LAODICE, ARSINOÉ, CLÉONE, A R S I N O É
La cause de nos maux doit-elle être impunie ? Laodice.
Non , Madame ; et pour peu qu’elle ait d’ambition , Je vous réponds déjà de sa punition.
Arsinoé.
Vous qui savez son ctime, ordonnez de sa peine, Laodice.
Un peu d’abaissement suffit pour une Reine i C’est déjà trop de voir son dessein avorté.
Arsinoé.
Dites , pour châtiment de sa témérité ,
Qu’il lui faudroit du front tirer le diadème.
Laodice.
Parmi les généreux il n’en va pas de même;
Us savent oublier .quand ils ont le dessus,
It ne veulent que voir leurs ennemis confus.
Ars in o ii 4^
Ainsi qui peut vous croire aisément sc contente,
Le Ciel ne m’a pas fait l’ame plus violente.
Soulever des sujets contre leur Souverain ,
Leur mettre à tous le fer et la flamme en la main , ïusques dans le Palais pousser leur insolence.
Vous appeliez cela fort peu de violence ?
Nous nous entendons mal , Madame , et je le voï;
Ce que je dis pour vous , vous l’expliquez pour moi.
Je suis hors de souci pour ce qui me regarde ,
Et je viens vous chercher pour vous prendre en ma garde, Pour ne hasarder pas cri vous la majesté Au manque de respect d’un grand peuple irrité.
Faites venir le Roi , rappeliez votre Attale ,
Que je conserve en eux la dignité royale :
Ce peuplé en sa fureur peut les connoître mal.
Peut-on voir un orgueil à votre orgueil égal ?
Vous par qui seule ici tout ce désordre arrive ,
Vous qui dans ce Palais vous voyez ma captive ,
Vous qui me répondrez , au prix de votre sang ,
De tout ce qu’un tel crime attente sur mon rang.
Vous me parlez encore avec la même audace Que si j’avois besoin de vous demander grâce î L A o D I C E.
Vous obstiner, Madame, à me parler ainsi ,
C’est ne vouloir pas voir que je commande ici ,
Que,
TRAGÉDIE. î f
Que quand il nu* plaira vous serez ma victime ï Et ne m’imputez point ce grand désordre à crime.
Votre peuple est coupable , et dans tous vos sujets.
Ces cris séditieux sont autant de forfaits;
Mais pourmoi qui suis Reine, etqui dans nos querelles , Tour triompher de vous, vous ai fait ces rebelles,
Par le droit de la guerre il fut toujours permis D’allumer la révolte entre ses ennemis :
M’enlever mon époux , c’est vous faire la mienne.
Je la suis donc, Madame; et, quoiqu’il en avienne ,
Si ce peuple une fois enfonce le Palais ,
C’est fait de votre vie, et je vous le promets.
Vous tiendrez mal parole , ou bientôt sur ma tombe Tout le sang de vos Rois servira d’hécatombe.
Mais avez-vous encor , parmi votre maison ,
Quclqu’autrc Métrobatc ou quelqu’autre Zenon ? N’appréhcn lez-vous point que tous vos domestiques Hc soient déjà gagnés par mes sourdes pratiques?
En savez-vous quelqu’un si prêt à se trahir.
Si las de voir le jour , que de vous obéir ?
Je neveux point régner sur votre Bithynie; Ouvrez-moi seulement les chemins d’Arménie ;
Et , pour voir tout d’un coup vos malheprs terminés. Rendez moi cet époux qu’en vain vous retenez.
Sur le chemin de Rome il vous faut l’aller prendre , Flaminius l’y mène , et pourra vous le rendre ;
Mais hâtez-vous , de grâce , et faites bien ramer , Car dcja sa galère a pris le large en nier.
Àh 1 si je le croyois !...
N’en doutez point, Madame.
Fuyez donc les fureurs qui saisissent mon aine. Après le coup fatal de cette indignité ,
Je n’ai plus ni respect , ni générosité.
Mais plutôt demeurez pour me servir d’ôtage , Jusqu’à ce que ma main de ses fers le dégage.
J’irai jusques dans Rome en briser les liens,
Avec tous vos sujets, avecque tous les miens ;
Aussi bien Annibal nommoit une folie De présumer la vaincre ailleurs qu’en Italie.
Je veux qu’elle me voie au cœur de ses Etats Soutenir ma fureur d’un million de bras,
Et sous mon désespoir rangeant sa tyrannie, . . .
Vous voulez donc enfin regner en Bithynie ?
Et dans cette fureur qui vous trouble aujourd’hui Le Roi pourra souffrir que vous régniez pour lui ! La o d i c e.
J’y régnerai , Madame, et sans lui faire injure; l’uisquc le Roi veut bien n’étre Roi qu’en peinture, Que lui doit importer qui donne ici ia loi ,
Et qui règne pour lui des Romains ou de moi ?... Mais un s.ccond otage entre mes mains sc jette.