‹ Nicomede tragedie de P. CorneilleChapitre 39 sur 116 · NICOMEDE, PRUSIAS, ARSWOÉ, LAODICE , PLAMINIUS, ATTALE, CLÉONE · texte numérisé non relu

NICOMEDE, PRUSIAS, ARSWOÉ, LAODICE , PLAMINIUS, ATTALE, CLÉONE

T oüt est calme , Seigneur , un moment de ma vue A soudain apaisé la populace émue.

Prusias.

Quoi ! me viens-tu braver jusques dans mon Palais , Rebelle î

NlCOUEDt.

C’est un nom que je n’aurai jamais.

Je ne viens point ici montrer à votre haine Un captif, insolent d’avoir brisé sa chaîne;

Je viens , en bon sujet , vous rendre le repos Que d’ autres intérêts troubloient mal- à-propos.

H iij

Non que je veuille à Rome imputer quelque crime t Du grand art de régner elle suit la maxime »

Et son Ambassadeur ne fait que son devoir ,

Quanti veut entre nous partager le pouvoir.

Mais ne permettez pasqu’ellc vous y contraigne. Rendez, -moi votre amour , afin qu’elle vous craigne. Pardonnez à ce peuple un peu trop de chaleur Qu’à sa compassion a donné mon malheur i Pardonnez un forfait qu’il a cru nécessaire ,

Et qui ne produira qu’un effet salutaire.

( A Arsinoé. )

Faites lui grâce aufîî , Madame , et permettez Que jusques au tombeau j’adore vos bontés.

Je sais par quel motif vous m’êtes si contraire :

Votre amour maternel veut voir regner mon frere »

Et je contribuerai moi-même à ce dessein ,

Si vous pouvez souffrir qu’il soit Roi de ma main.

Oui , l’Asie à mon bras offre encor des conquêtes,

Et pour l’cn couronner mes mains sont toutes prêtcSi Commandez seulement, choisissez en quels lieux Et j’en apporterai la couronne à vos yeux.

Arsinoé.

Seigneur , faut-il si loin pousser votre victoire »

Et qu’ayant en vos mains et mes jours et ma gloire, La haute ambition d'un si puissant vainqueur Veuille encor triompher jusques dedans mon coeur i Contre tant de vertus je ne puis le défendre ,

Il est impatient lui-même de se rendre.

Joignez cette conquête à trois sceptres conquis *

Et je croirai gagner en vous un second fils.

Je me rends donc aussi , Madame , et je veux croire Qu'avoir un fils si grand est ma plus grande gloire; Mais parmi les douceurs qu’enfin nous recevons , Faites-nous savoir, Prince, à qui nous vous devons.

L’auteur d’un si grand coup m’a caché son visage ;

Mais il m’a demandé mon diamant pour gage ,

Et me le doit ici rapporter dès demain.

Aitaiï.

Le voulez-vous , Seigneur , reprendre de ma main ? Nicomidï.

Ah ! laissez-moi toujours à cette digne marque Reconnoître en mon sang un vrai sang de Monarque. • Ce n’est plus des Romains l’esclave ambitieux ,

C'est le libérateur d’un sang si précieux.

Mon frere, avec mes fers vous en brisez bien d’autres. Ceux du Roi , de la Reine , et les siens , et les vôtres.... Mais pourquoi vous cacher en sauvant tout l’Etat? Aitue.

Pour voir votte vertu dans son plus haut éclat ,

Pour la voit seule agir contre notre injustice ,

Sans la préoccuper par ce foible service ,

Et me venger enfin , ou sur vous , ou sur moi ,

Si j’eusse mal jugé de tout ce quejevoi....

( A Arsino i. )

Mais , Madame ....

Il suffit : voilà le stratagème Que vous m’avez promis pour moi contre moi-mcm*.

( A Nicomede .)

It j’ai l’esprit , Seigneur , d’autant plus satisfait ,

Que mon sang rompt le cours du mal quej’avois fait.

Nicomede, à Flaminius.

Seigneur , à découvert toute ame généreuse D’avoir votre amitié doit se tenir heureuse ;

Mais nous n’en voulons plus avec ces dures loix Qu’elle jette toujours sur la tête des Rois :

Nous vous la demandons hors de la servitude.

Ouïe nom d’ennemi nous semblera moins rude.

Flaminius, à Nicomede.

C’est de quoi le Sénat pourra délibérer ;

Mais cependant pour lui j’ose vous assurer.

Prince , qu’à ce défaut vous aurez son estime ,

Telle que doit l’attendre un cœur si magnanime :

Et qu’il croira sc faire un illustre ennemi ,

S’il ne vous reçoit pas pour généreux ami.

Nous autres, réunis sous de meilleurs auspicc* , Préparons à demain de justes sacrifices;

Et demandons aux Dieux , nos dignes Souverains, Pour comble de bonheur , l’amitié des Romains.

EXAMEN

DE NICOMEDE

o i c i une Piece d’une constitution assez extraordinaire : aussi est-ce la vingt et unième que j’ai mise sur le Théâtre ; et après y avoir fait rdeiter quarante mille vers , il est bien mal-aisé de trouver quelque chose de nouveau , sans s’écarter un peu du grand chemin , et se mettre au hasard de s’égarer. La tendresse et les passions qui doivent être l’amc des Tragédies , n’ont aucune part en celle-ci; la grandeur de courage y régné seule , et regarde son malheur d’un oeil si dédaigneux qu’il n’en sauroit arracher une plainte. Elle y est combattue par la politique , et n’oppose à ses artifices qu’une prudence généreuse , qui marche à visage découvert , qui prévoit le péril sans s’émouvoir , et qui ne veut point d’autre appui que celui de sa vertu , et de l’amout qu’elle imprime dans les cœurs de tous les Peuples.

L’Histoire qui m’a prêté de quoi la faire paroître en ce haut degrc , est tirée du quatrième livre de Justin. J’ai oté de ma Scene l’horreur de sa catastrophe, oh le fils fait assassiner son pere qui lui en avoit voulu faire autant , et n’ai donné ni à Prusias , ni à Nicomcd*

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aucun dessein de parricide. J’ai fait ce dernier amoureux de Laodire , Reine d’Arménie , afin que l’union d’une couronne voisine à la sienne donnât plus d’ombrage aux Romains , et leur fît prendre plus de soin d’y mettre un obstacle de leur part. J’ai approché de cette Histoire celle de la mort d’Annibal , qui arriva un peu auparavant chez ce même Roi, et dont le nom n’est pas un petit ornement à mon Ouvrage. J’en ai fait Nicomede disciple , pour lui prêter plus de valeur et plus de fierté contre les Romains , et prenant l’occasion de l’Ambassade où Flaminius fut envoyé par eux vers ce Roi leur allié, pour demander qu’on remît entre leurs * mains ce vieil ennemi de leur grandeur , je l’ai chargé d’une commission secretc de traverser ce mariage, qui leur devoit donner de la jalousie. J’ai fait que pour gagner l’esprit de la Reine, qui, suivant l’ordinaire des secondes femmes , avoittout pouvoir sur celui de son vieux mari, il lui ramene un de scs fils, que mon Auteur m’apprend avoir été nourri à Rome. Cela fait deux effets; car, d’un côté, il obtient la perte d’Annibal par le moyen de cette mcrc ambitieuse; et de l’autre , il oppose à Nicomede un Rival appuyé de toute U faveur des Romains , jaloux de sa gloire et de sa grandeur naissante.

Les assassins qui découvrirent à ce Prince les san» glans desseins de son pere , m’ont donné jour à d’autres artifices , pour le faire tomber dans les embûches que sa belle-meie lui avoit préparées*; et pour la fin , je l’ai réduite en sorte que tous mes Personnages y agissent avec générosité , et que les uns rendant ce qu’ils doi-

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vent à la vertu , et les autres demeurant dans la fermeté • ce leur devoir, laissent un exemple assez illustre , et une conclusion assez agréable.

La représentation n’en a point déplu , et ce ne sont pas les moindres vers qui soient partis de ma main. Mon principal but a été de peindre la politique des Romains au dehors , et comme ils agissoient impérieusement avec les Rois leurs alliés , leurs maximes pour les empêcher de s’accroître , et les soins qu’ils prenoient pour traverser leur grandeur quand elle commcnçoità leur devenir suspecte , à force de s’augmenter , et de se rendre considérable par de nouvelles conquêtes. C’est le caractère que j'ai donné à leur République en la personne de son Ambassadeur Flaminius, à qui j’oppose un Prince intrépide, qui voit sa perte assurée sans s’ébranler , et qui brave l’orgueilleuse masse de leur puissance , lors meme qu’il en est accablé. Ce Héros de ma façon sort un peu des règles de la Tragédie, en ce qu’il ne cherche point à faire pitié par l’excès de ses infortunes ; mais le succès a montré que la fermeté des grands coeurs qui n’excitc que de l’admiration dans l’ame du Spectateur, est quelquefois aussi agréable , que la compassion que notre art nous ordonne d’y produire par la représentation de leurs malheurs. Il en fair naître routefois quelqu’une ; mais elle ne va pas jusques à tirer des larmes. Son effet sc borne à mettre les Auditeurs dans les intérêts de ce Prince , et à leur faire former des souhaits pour ses prospérités.

Dans l’admiration qu’on a pour sa vertu , je trouve

EXAMEN

une maniéré de purger les passions , dont n’a point parlé Aristote, et qui est peut-être plus sûre que celle qu’il prescrit à la Tragédie par le moyen de la pitié et de la crainte. L’amour qu’elle nous donne pour cette vertu que nous admirons, nous imprime de la haine pour . le vice contraire. La grandeur de courage de Nicomedc nous laisse une aversion contre la pusillanimité , et la généreuse rcconnoissance d’Héraclius qui expose sa vie pour Martian , à qui il est redevable de la sienne , nous jette dans l’horreur de l’ingratitude.

Je ne veux point dissimuler que cette Piece est une de celles pour qui j’ai le plus d’amitié. Aussi n’y remarquerai-je que ce défaut de la fin qui va trop vite , comme je l’ait dit ailleurs , et où l’on peut même trouver quelque inégalité de mccurs en Prusias et Flaminius, qui, après avoir pris la fuite sur la mer, s’avisent tout d’un coup de rappellcr leur courage , et viennent se ranger auprès de la Reine Arsinoé , pour mourir avec elle en la défendant. Flaminius y demeure en assez méchante posture, voyant réunir toute la famille royale , malgré les soins qu’il avoir pris de la diviser , et les instructions qu’il en avoit apportées de Rome. Il s’y voit enlever par Nicomede les affections de cette Reine et du Prince Attale , qu’il avoit choisi pour instrumens à traverser sa grandeur , et semble n’ëtrc revenu que pour être témoin du triomphe qu’il remporte sur lui. D’abord j’avois fini la Piece sans les faite revenir, et m’etois contenté de faire témoigner par Nicomede à sa bclle-mere ■ un grand déplaisir de.ee

que

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que la fuite du Roi ne lui permettoit pas de lui rendre ses obéissances.

Cela ne démentoit. point l’effet historique , puisqu’il laïssoit sa mort en incertitude ; mais le goût des Spectateurs , que nous avons accoutumés à voir rassembler tous nos Personnages à la conclusion de cette sorte de Poèmes, fut cause de ce changement, où je me résolus pour leur donner plus de satisfaction , bien qu’avec moins de régularité»

SERTORIUS

A PARIS

AuBureaudelaPetitcBibliothequedcsThéatrei, rue des Moulins , butte S. Roch , n°. i u

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