‹ Nicomede tragedie de P. CorneilleChapitre 40 sur 116 · M. D C G. LXXXV · texte numérisé non relu

M. D C G. LXXXV

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JL^E cherchez point dans cette Tragédie le* agrémens qui sont en possession de faire réussir au Théâtre les Poëmes de cette nature j vous n’y trouverez ni tendresses d’amour , ni emportemens de passions , ni descriptions pompeuses , ni narrations pathétiques. Je puis dire toutefois qu’elle n’a point déplu, et que la dignité des noms illustres , la grandeur de leurs intérêts , et la nouveauté de quelques caractères , ont suppléé au manque de ces grâces. Le sujet est simple , et du nombre de ces événemens connus , où il ne nous est pas permis de rien changer , qu’autant que la nécessité indispensable de les réduire dans la réglé nous force d’en resserrer les tenu et les lieux. Comme il ne m’a fourni aucune femme , j’ai été obligé de recourir à l’invention pour en introduire deux , assez compa- ^ tibles l’une et l’autre avec les vérités historiques auxquelles je me suis attaché. L’une a vécu de ce tcms-là ; c’est la première femme de Pompée»

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qu'il répudia pour entrer dans l’alliance de Sylla» par le mariage d’Emilie , fille de sa femme. Ce divorce est constant par le rapport de tous ceux qui ont écrit la vie de Pompée j mais aucun d’eux ne nous apprend ce que devint cette malheureuse , qu’ils appellent tous Antistie , à la réserve d’un Espagnol , Évêque de Gironne , qui lui donne le nom d’Aristie , que j’ai préféré , comme plus doux à l’oreille. Leur silence m’ayant laissé liberté entière de lui faire un réfuge , j’ai cru ne lui en pouvoir choisir un avec plus de vraisemblance que chez les ennemis <le ceux qui l’avoient outragée. Cette retraite en a d’autant plus , qu’elle produit un effet véritable , par les Lettres des Principaux de Rome que je lui fais porter à Sertorius , et que Perpenna remit entre les mains de Pompée , qui en usa comme je le marque. L’autre femme est une pure idée de mon esprit , mais qui ne laisse pas d’avoir aussi quelque fondement dans l’His- 4 toire. Elle nous apprend que les Lusitaniens appelèrent Sertorius d’Afrique , pour être leur chef contre le parti de Sylla j mais elle ne nous dit point s’ils étoient en République , ou sous

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une Monarchie. Il n’y a donc rien qui répugne à leur donner une Reine ; et je ne la pouvois faire sortir d'un sang plus considérable , que de celui de Viriatus dont je lui fais porter le nom , le plus grand homme que l’Espagne ah opposé aux Romains , et le dernier qui leur a fait tête dans ces Provinces avant Sertorius. Il n’étoit pas Roi , en effet , mais il en avoit toute l’autorité -, et les Préteurs et Consuls que Rome envoya pour le combattre , et qu’il défit souvent , l’estimerent assez pour faire des Traité* de paix avec lui , comme avec un souverain et juste ennemi. Sa mort arriva soixante et huit ans avant celle que je traite -, de sorte qu’il auroit pu être ayeul ou bisayeul de cette Reine que je fais parler ici*

» U fut défait par le Consul Q. Servilius , et non par Brutus , comme je l’ai fait dire à cette Princesse , sur la foi de cet Évêque Espagnol que je viens de citer , et qui m’a jetté dans l’erreur après lui. Elle est aisée à corriger par le changement d’un mot dans ce vers unique qui en parle , et qu’il faut rétablir ainsi î •»

Et de Servilius l’astre prédominant, &c.

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Je sais bien que Sylla , dont je parle tant dans ce Poème , étoit mort six ans avant Sertorius; mais a le prendre à la rigueur , il est permis de presser les tems pour faire l’unité de jour , et , pourvu qu’il n’y ait point d’impossibilité formelle , je puis faire arriver en six jours , voire en six heures ce qui s’est passé en six ans. Cela posé, rien n’empêche que Sylla ne meure avant Sertorius * sans rien détruire de ce que je dis ici , puisqu’il a pu mourir depuis qu’Arcas est parti de Rome pour apporter la nouvelle de la démission de sa Dictature ; cequ’il fait en même-tems que Sertorius est assassiné. Je dis , de plus , que , bien que nous devions être assez scrupuleux observateurs de 1 ordre des tems , néanmoins , pourvu que ceux que nous faisons parler sc soient connus , et aient eu ensemble quelques intérêts à démêler , nous ne sommes pas obligés 1 nous attacher précisément à la durée de leur vie. Sylla étoit mort quand Sertorius fut tué , mais il pouvoit vivre encore sans miracle ; et l’Auditeur , qui communément n’a qu’une teinture superficielle de l‘Histoirc , s’offense rarement d’une pareille prolongation qui ne soit point de la

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vraisemblance. Je ne voudrais pas toutefois faire une réglé générale de cette licence , sans y mettre quelque distinction. La mort de Syîla n’apporta aucun changement aux affaires de Sertorius en Espagne , et lui fut de si peu d’importance , qu’il est mal-aisé , en lisant la vie de ce Héros chez Plutarque , de remarquer lequel des deux est mort le premier , si l’on n’en est instruit d’ailleurs. Autre chose est de celles qui renversent les États , détruisent les partis , et donnent une autre face aux affaires , comme a été celle de Pompée , qui ferait révolter tout l’auditoire contre un Auteur , s’il avoit l’impudence de la mettre après celle de César. D'ailleurs , il faîloit colorer et excuser en quelque sorte la guerre que Pompée et les autres Chefs Romains contir.uoient contre Sertorius j car il est assez mal-aisé de comprendre pourquoi l’on s’y obsfmoit , après que la République sembloit être rétablie par la démission volontaire , et la mort de son Tyran. Sans doute que son esprit de souveraineté qu’il avoit fait revivre dans Rome y n’y étoir pas mort avec lui , et que Pompée et

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beaucoup d’autres , aspirant dans l’amè à prendre sa place , craignoient que Sertorius ne leur y fût un puissant obstacle , ou par l’amour qu’il avoit toujours pour sa patrie , ou par la grandeur de sa réputation et le mérite de ses actions , qui lui eussent fait donner la préférence , si ce grand ébranlement de la République l’eût mise en état de ne se pouvoir passer de maître. Pour ne pas déshonorer Pompée par cette jalousie secrette de son ambition , qui semoit dès-lors ce qu’on a vu depuis éclater si hautement , et qui peut-ctre étoit le véritable motif de cette guerre , je me suis persuadé qu’il étoit plus à propos de faire vivre Sylla , afin d’en attribuer l’injustice à la violence de sa domination. Cela m’a servi de plus à arrêter l’effet de ce puissant amour que je lui fais conserver pour son Aristie , avec qui il n’eût pu se défendre de renouer , s’il n’eût eu lien à craindre du côté de Sylla , dont le nom odieux , mais illustre , donne un grand poids aux, laisonncmens de la politique , qui fait l’amc de toute cette Tragédie.

Le même Porapce semble s’écarter un peu de

AU LECTEUR. villa prudence d’an Général d’armée , lorsque , sur la foi de Sertorius , il vient conférer avec lui dans une ville dont ce chef du parti contraire est maître absolu j mais c’est une confiance de généreux à généreux , et de Romain à Romain , qui lui donne quelque droit de ne craindre aucune supercherie de la part d’un si grand homme. Ce n’est pas que je ne veuille bien accorder aux Critiques qu’il n’a pas assez pourvu à sa propre sûreté j mais il m’étoit impossible de garder l’unité de lieu , sans lui faire cetre échappée , qu’il faut imputer à l’incommodité de la réglé , plus qu’à moi qui l’ai bien vue. Si vous ne voulez la pardonner à l’impatience qu’il avoit de voir sa femme , dont je le fais encore si passionné , et à la peur qu’elle ne prît un autre mari , faute de savoir ses intentions pour elle , vous la pardonnerez au plaisir qu’on a pris à cette conférence , que quelques-uns des premiers dans la Cour , et pour la naissance et pour l’esprit , ont estimée autant qu’une Piece entière. Vous n’en serez pas désavoué par Aristote , qui souffre qu’on mette quelquefois des choses sans

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raison sur le Théâtre , quand il y a apparence qu’elles seront bien reçues , et qu'on Jt lieu d'es~ pérer que les avantages que le Poëmc en retirera pourront mériter cette grâce.

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