SERTORIUS, PERPENNA
Sertorius.
JVpppeneï un dessein qui vient de me surprendre. Dans deux heures Pompée en ce lieu se doit rendre » II veut sur nos débats conférer avec moi.
Et pour toute assurance il ne prend que ma foi.
Perpenna.
l a parole suffit entre les grands courages ;
D'un homme tel que vous la foi vaut cent otages. Je n’en suis point surpris; mais<e qui me surprend. C’est de voir que Pompée ait pris le nom de grand. Pour faire encore au vôtre entière déférence ,
Sans vouloir de lieu neutre à cette conférence.
C’est avoir beaucoup fait que d’avoir jusques-là Fait descendre l’orgueil des Héros de Sylla.
Sertorivs.
S’il est plus fort que nous , ce n’est plus en Espagne Ou nous forçons les siens de quitter la campagne ,
Et de se retrancher dans l’empire douteux Que lui souffre à regret une province ou deux ,
Qu à sa fortune lasse il craint que je n’enlevc ,
Si-tôt que le printems aura fini la treve.
C’est l’heureuse union de vos drapeaux aux miens Qui fait ccs beaux succès qu’à toute heure j’obtiens • C’est à vous que je dois ce que j’ai de puissance;
Attendei tout aussi de ma reconnoissance.
Je reviens à Pompce, et pense deviner Quels motifs jusqu’ici peuvent nous l’amener.
Comme il trouve avec nous peude gloire à prétendre» Et qu’au lieu d’attaquer, il a peine à défendre ,
Il voudroit qu’un accord , avantageux ou non , L’affranchît d’un emploi qui ternit ce grand nom;
Et chatouillé d’ailleurs par l’espoir qui le flatte De faire avec plus d’heur la guerre à Mithridate ,
Il brûle d’être à Rome , afin d’en recevoir Du maîrre qu’il s’y donne , et l’ordre et le pouvoir.
Perpenna.
J’aurois cru qu’Aristic ici réfugiée.
Que , forcé parce maître , il a répudiée ,
Par un reste d’amour l’attirât en ces lieux Sous une autre couleur lui faire ses adieux;
Car de son cher Tyran l’injustice fut telle ,
Qu’il ne lui permit pas de prendre congé d’elle. Sertorius.
Cela peut être encore , ils s’aimoient chèrement ;
Mais il pourroit ici trouver du changement.
L’affront pique à tel point le grand cœur d’Aristie, Que sa première flamme en haine convertie ,
Elle cherche bien moins un asylc chez, nous ,
Que la gloire d’y prendre un plus illustre - époux;
C’est ainsi qu’elle parle , et m’offre l’assistance De ce que Rome encore a de gens d’importance.
Dont les uns scs parens , les autres scs amis ,
Si je veux l’épouser , ont pour moi tout promis.
Leurs lettres en font foi, quelle me vient de rendre.
so SER.TORIUS,
Voyez avec loisir ce que j’en dois attendre ,
Je veux bien m’en remettre à votre sentiment.
PïüPIHNA.
Pourriez-vous bien , Seigneur, ba'anccr un moment »
A moins d’une secrete et forte antipathie ,
Qui vo.is montre un supplice en l’hymen d’Aristic , Vova n* ce que pour dot lîomc lui veut donner,
Vous n’avez aucun lieu de rien examiner ?
Il faut donc , Perpenna , vous faire confidence Et de ce que je crains et de ce jque ie pense.
J’aime ailleurs. A mon âge il sied si mal d’aimer Que je le cache même à qui m’a su charmer ;
Mais tel que je puis être, on m’aime , ou, pour mieux dire ,
La Reine Viriatc à mon hymen aspire.
Elle veut que ce choix de son ambition De son peuple avec nous commence l’union ,
Et qu’ensuite à l’cnvi mille autres hyménéts.
De nos deux Nations , l’une à l’autre cnchaîne'cs , Mêlent si bien le sang c: l’intcrêt commun Qu’ils réduisent bientôt les deux peuples en un.
C’est ce qu’elle prétend pour digne récompense De nous avoir servis avec cette constance ,
Qui n’épargne ni biens , ni sang de scs sujets Pour affermir ici nos généreux projets.
Non qu’elle me l’ait dit , ou quelqu’autre pour elle ;
, Mais j’en vois chaque jour quelque marque fidclle. Et, comme ce dessein n’est plus pour moi douteux , Je ne puis l’ignorer , qu’autant que je le veux.
T R A G ÉJ) I E. xi
Je crains donc de l’aigrir, si j’épouse Aristie,
Et que de ses sujets la meilleure partie Pour venger ce mépris et servir son courroux Ne tourne obstinément ses armes contre nous.
Auprès d’un tel malheur , pour nous irréparable ,
Ce qu’on promet pour l’autre est peu considérable »
Et , sous un faux espoir de nous mieux établir ,
Ce renfort accepté pourroit nous affaiblir.
Voilà ce qui retient mon esprit en balance.
Je n’ai pour Aristie aucune répugnance;
Et la Reine à tel point n’asservit pas mon coeur Qu’il ne fasse encor tout pour le commun bonheur,
Cette crainte , Seigneur, dont votre ame est gênée ,
Ne doit pas d’un moment retarder l’hyménée.
Vitiate, il est vrai, pourra s’en émouvoir;
Mais que sert la colcre, où manque le pouvoir? Malgré sa jalousie et ses vaines menaces ,
N’êtcs-vous pas toujours le maître de scs places ?
Les siens , dont vous craignez le vif ressentiment , Ont-ils dans votre armée aucun commandement ?
Des plus nobles d’entr’eux , et des plus grands courages N’avez-vous pas les fils dans Osca pour ôtages ?
Tous leurs Chefs sont Romains , et leurs propres soldats Dispersés dans nos rangs ont fait tant de combats Que la vieilld amitié qui les attache aux nôtres Leur fait aimer nos loix et n’en vouloir point d’antres. Pourquoi donc tant les craindre: et pourquoi refuser..., Sertorius.
Vous-même , Perpcnna , pourquoi tant déguiser ï
jî SERT O R I US,
Je vois ce qu’on n\’a dit : vous aimez Viriate ,
Et votre amour caché dans vos raisons éclate ;
Mais les raisonnemens sont ici superflus :
Dites que vous l’aimez , et je ne l’aime plus.
Parlez ; je vous dois tant , que ma rcconnoissance Ne peut 6trc, sans honte, un moment en balance.
L’aveu que vous voulez à mon cœur est si doux Que j’ose....
Sertorius.
C’est assez , je parlerai pour vous.
Perpenna.
Ah! Seigneur, c’en est trop, et....
Sertorius.
Point de repartie î
Tous mes vœux sont déjà du côté d’ Aristie ,
Et je l’épouserai, pourvu qu’en meme jour La Reine se résolve à payer votre amour ;
Car , quoi que vous disiez , je dois craindre sa haine ,
Et fuirais à ce prix cette illustre Romaine....
La voici , laissez-moi ménager son esprit ;
Et voyez cependant de quel air on m’écrit.
( Perpenna tort, )