V IR I A T E
ou s m’aimez, Perpenna, Sértorius le dit:
Je crois sur sa parole , et lui dois tout crédit.
Je sais donc votre amour ; mais, tirex-moi de peine , Paroi: prétendez-vous mériter une Reine,
A quel titre lui plaire, et par quel charme un jour Obliger sa couronne à payer votre amour?
Perpenna.
Par de sincères vœux, par d’assidus services.
Par de profonds respects , par d’humbles sacrifices ,
Et , si quelques effets peuvent justifier ....
Eh ! bien , qu’êtes-vous prêt de lui sacrifier?
Perpenna.
Tous mes soins , tout mon sang , mon courage , ma vie.
Pourriez-vous la servir dans une jalousie ?
Perpenna.
Ah 1 Madame ....
Viriate.
A ce mot en vain le coeur vous bat:
Elle n’est pas d’amour , elle n’est que d’État.
J’ai de l’ambition , et mon orgueil de Reine Ne peut voir sanschagrin une autre Souveraine
Qui » sur mon propre trône , à mes yeux s’élevant, Jusques dans mes Etats prenne le pas devant.
Scrtorius y regne , et dans tout notre Empire 11 dispense des loix où j’ai voulu souscrire :
Je ne m’en repens point ; il en a bien usé :
Je rends grâces au Ciel qui l’a favorisé ;
Mais , pour vous dire enfin de quoi je suis jalouse. Quel rang puis-je garder auprès de son épouse ?
Aristie y prétend , et l'offre qu’elle fait ,
Ou que l’on fait pour elle , en assure l’effet.
Délivrez nos climats de cette vagabonde Qui vient par son exil troubler un autre monde Et forcez-la sans bruit d’honorcr d’autres lieux ,
De cet illustre objet qui me blesse les yeux.
Assez d’autres Etats lui prêteront asyle.
Quoi que vous m’ordonniez, tout me sera facile : Mais quand Scrtorius ne l’épousera pas ,
Un autre hymen vbus met dans le même embarras.
Et qu’importe , apres tout , d’une autre , ou d’ Aristie , Si . . .
Rompons, Pcrpcnna, rompons cette partie; Donnons ordre au présent , et quant à l’avenir. Suivant l’occasion , nous saurons y fournir :
Le tems est un grand maître , il régie bien des choses. Enfin je suis jalouse , et vous en dis les causes. Voulez-vous me servir ?
Si je le veux ? J’y cours > t
34 SERTORIUS
Madame, et meurs déjà d’y consacrer mes jours.
Mais pourrai-je espérer que ce foiblc service Attirera sur moi quelque regard propice ,
Que le cœur attendri fera suivre. . . .
VlRUTÏ.
Arrêtez,
Vous porteriez trop loin des vœux précipités.
Sans doute un tel service aura droit de me plaire i Mais laissez-moi , de grâce , arbitre du salaire.
Je ne suis point ingrate , et sais ce que je dois;
Et c’est vous dire assez pour la première fois.
Adieu.
( Elle son avec Thamire. )