‹ Nicomede tragedie de P. CorneilleChapitre 54 sur 116 · V IR I A T E · texte numérisé non relu

V IR I A T E

ou s m’aimez, Perpenna, Sértorius le dit:

Je crois sur sa parole , et lui dois tout crédit.

Je sais donc votre amour ; mais, tirex-moi de peine , Paroi: prétendez-vous mériter une Reine,

A quel titre lui plaire, et par quel charme un jour Obliger sa couronne à payer votre amour?

Perpenna.

Par de sincères vœux, par d’assidus services.

Par de profonds respects , par d’humbles sacrifices ,

Et , si quelques effets peuvent justifier ....

Eh ! bien , qu’êtes-vous prêt de lui sacrifier?

Perpenna.

Tous mes soins , tout mon sang , mon courage , ma vie.

Pourriez-vous la servir dans une jalousie ?

Perpenna.

Ah 1 Madame ....

Viriate.

A ce mot en vain le coeur vous bat:

Elle n’est pas d’amour , elle n’est que d’État.

J’ai de l’ambition , et mon orgueil de Reine Ne peut voir sanschagrin une autre Souveraine

Qui » sur mon propre trône , à mes yeux s’élevant, Jusques dans mes Etats prenne le pas devant.

Scrtorius y regne , et dans tout notre Empire 11 dispense des loix où j’ai voulu souscrire :

Je ne m’en repens point ; il en a bien usé :

Je rends grâces au Ciel qui l’a favorisé ;

Mais , pour vous dire enfin de quoi je suis jalouse. Quel rang puis-je garder auprès de son épouse ?

Aristie y prétend , et l'offre qu’elle fait ,

Ou que l’on fait pour elle , en assure l’effet.

Délivrez nos climats de cette vagabonde Qui vient par son exil troubler un autre monde Et forcez-la sans bruit d’honorcr d’autres lieux ,

De cet illustre objet qui me blesse les yeux.

Assez d’autres Etats lui prêteront asyle.

Quoi que vous m’ordonniez, tout me sera facile : Mais quand Scrtorius ne l’épousera pas ,

Un autre hymen vbus met dans le même embarras.

Et qu’importe , apres tout , d’une autre , ou d’ Aristie , Si . . .

Rompons, Pcrpcnna, rompons cette partie; Donnons ordre au présent , et quant à l’avenir. Suivant l’occasion , nous saurons y fournir :

Le tems est un grand maître , il régie bien des choses. Enfin je suis jalouse , et vous en dis les causes. Voulez-vous me servir ?

Si je le veux ? J’y cours > t

34 SERTORIUS

Madame, et meurs déjà d’y consacrer mes jours.

Mais pourrai-je espérer que ce foiblc service Attirera sur moi quelque regard propice ,

Que le cœur attendri fera suivre. . . .

VlRUTÏ.

Arrêtez,

Vous porteriez trop loin des vœux précipités.

Sans doute un tel service aura droit de me plaire i Mais laissez-moi , de grâce , arbitre du salaire.

Je ne suis point ingrate , et sais ce que je dois;

Et c’est vous dire assez pour la première fois.

Adieu.

( Elle son avec Thamire. )

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