‹ Nicomede tragedie de P. CorneilleChapitre 76 sur 116 · SUR O T H O N · texte numérisé non relu

SUR O T H O N

cc 'OETTE Pièce est si fort au-dessus de Sophonishe , ( qui l’a immédiatement précédée : nous pouvons ajouter , et de toutes celles que Corneille a faites depuis ) que les amis de l’Auteur , jaloux de sa gloire , ne manquèrent pas de dire qu’elle égaloit et passoit même les meilleures qu’il eût données. ( Histoire du Théâtre François , par les freres Parfaict , tome neuvième , page et suivantes. ) Un grand nombre de personnes distinguées par leur naissance et par leur goût lui accordèrent aussi hautement leurs suffrages. »

ce Cette Piece abonde plus en choses qu’en mots , dit M. Taffignon , dans sa Dissertation sur Corneille et Racine , contre le sentiment de La Bruyère. Je ne pourrois en rapporter quelques endroits qu’en en laissant un grand nombre de

y] JUGEMENS ET ANECDOTES.

plus beaux j car elle a ceci d’admirable , que ce qu’un personnage y dit semble sans réponse , èt qu’on entend après dans la réplique quelque chose encore de plus fort.... Toutes les Tragédies de Corneille ont ce mérite merveilleux,... Celle-ci n’est pas , à la vérité , la plus agréable j mais c’est peut-ctre la plus belle et la plus utile. La plus fine politique s’y développe. Ceux qui ont part au Gouvernement s’y instruisent avec plus de succès que n’auroit fait Denys le Tyran dans une Comédie d’ Aristophane , intitulée Les Nuées , que Platon lui recommandoit de lire , pour apprendre l’art de rtfgner. »

Voici , en partie , comment Lofet rapporte le succès de cette Tragédie > Muse historique , du t Août 1664.

et Ce qu’illcc (1) j’ai su davantage ,

«C’est qu’Oihon , excellent Ouvrage,

«Que Corneille, plein d’un beau feu, :

« A produit au jour , depuis peu ,

« De sa plume docte et dorée ,

« Dcvoit , la suivante soirée ,

«Ravir et charmer, à son tour,

» Le Légat et toute la Cour....«

(1) A Fontainebleau.

JUGEMENS ET ANECDOTES

8 Novembre , même année.

< et II faut donc ici que J’avoue

«Qu’à l’Hôtel de Bourgogne on joue* » Depuis un jour ou deux , dit-on , «Un sujet que l’on nomme Oihon ,

« Sujet Romain , sujet sublime ,

« Et digne d’éternelle estime.

» Jamais de plus beaux sentiment,

«Ni de plus rares ornement « Pièce ne fut si bien pourvue.

« Je ne l’ai point encore vue ,

« Et je ne suis que le rapport « Que m’en fit hier maint esprit fort * «Qui dit qu’elle est incomparable,

« Et que sa conduite admirable ,

« Dans Fontainebleau , l’autre jour , «Charma tous les Grands de la Cour.

« Mais d’où lui vient cet avantage ?

» Et d’où vient que de cet Ouvrage « Tout le monde est adorateur?

«C’est que Corneille en est l’Auteur,

)) Cet inimitable génie,

a» Et que l’illustre Compagnie ,

«Ou Troupe Royale autrement,

« Qui la récite excellemment , y» Lui donne toute l’cfficace ,

« Tout l’éclat et toute la grâce *> Qu’on doit prétendre en bonne-foi a» Des grands Comédiens du Roi..,, *

vïij JUGEMENS ET ANECDOTES.

« Il y a peu de Pièces qui commencent plus heureusement que celle-ci : ( Voltaire ^ Commentaires d’Orhon ) je crois même que de toutes les expositions , celle d’Othon peut passer pour la plus belle j et je ne conuois que l’exposition de Bajaiet , de Racine , qui lui soit supérieure... Celle d’Othon est claire , vigoureuse , attachante i trois mérites très-rares dans les expositions. Cette première scene d’Othon prouve que Corneille avoit encore beaucoup de génie. »

« Le portrait d’Othon est très- beau , dans la quatrième scene du second acte. Il est permis à un Auteur Dramatique d’ajouter des traits aux caractères qu’il dépeint , et d’aller plus loin que l’Histoire. Tacite dit d’Othon , Pueritiam incuriosè y adolèseentlam peeulanter egerac , gratus Ne» rorti izmulationc luxus. In provinciam specie lega tionls se posuit ; comiter administrata provincia. Son enfance fut paresseuse , sa jeunesse débauchée. Il plut à Néron , en imitant ses vices et son luxe. S’étant exilé lui même dans là Lusitanie , dont il étoit Gouverneur , il s’y comporta avec humanité. Ibidtm.

« Corneille fit jusqu'à trois fois le cinquième

JUGEMENS ET ANECDOTES. ix

acte de cette Tragédie i et il avouoit que cet acte seul lui avoit coûté plus de douze cents vers. »

« Le Maréchal de Gramrnont dit, à l’occasion d’Othon , que Corneille devrait être le Bréviaire des Rois ; et Louvois , qu'il faudrait un Parterre composé de Ministres d’Etat pour juger cette Pièce.» Anecdotes Dramatiques, de l’Abbé de La Porte, tome second , page ji.

Belin donna, le ç Janvier i Gy? , une Tragédie , sous le titre de La Mort cTOthon , qui n’eut que trois représentations et n’a jamais été imprimée. On ne sait pas comment Belin a traité ce sujet, ni si son Héros est le même que celui de Corneille , la Piece de Belin « n’étant connue que par les Registres de la Comédie Françoise , » dit le Chevalier de Mouhy , dans son Abrégé de l’Histoire du Théâtre François > tome premier , page 355,

Représentée en 1664.

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