‹ Nicomede tragedie de P. CorneilleChapitre 84 sur 116 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MàRTIAN, PLAUTIN E, FLAVIE.

*ue venez-vous m’apprendre?

Que de votre seul choix l’Empire va dépendre. Madame.

PLAUTIN E.

Quoi ! Galba voudroit suivre mon choix ?

Non ; mais de son conseil nous ne sommes que trois ;

Et si pour votre Othon vous voulez, mon suffrage ,

Je vous le viens offrir, avec un humble hommage,

Pt A U UNI.

Avec ?

Avec des vœux sincères et soumis ,

Qui feront encor plus , si l’espoir m’est permis. , PLAUTIN E.

Quels vœux et quel espoir ?

Cet important service Qu’un si profond respect vous offre en sacrifice,... PLAUTIN E.

Eh! bien, il remplira mes désirs les plus doux}

Mais, pour reconnoissancc, enfin, que voulez-vous?

Martian.

TRAGÉDIE. ij

La gloire d’ctrc aiofé.

Plautine.

De qui ?

De vous , Madame.

Plautine.

De moi-même ?

De vous. J’ai des yeux, et mon amo,.»

Plautine.

Votre amc, en me faisant cette civilité ,

Devroit l’accompagner de plus de vérité.

On n’a pas grands foi pour tant de déférence , Lorsqu'on voit que la suite a si peu d’apparence. L’offre sans doute est belle et bien digne d’un prix ; Mais en le choisissant vous vous êtes mépris.

Si vous me connoissiez, vous feriez, mieux paroître....

Hélas ! mon mal ne vient que de vous trop connoîtrc. Mais vous-même , après tout, ne vous connoisscz pas. Quand vous croyez si peu l’effet de vos appas.

Si vous daigniez savoir quel est votre mérite ,

Vous ne douteriez point de l’amour qu’il excite.

Othon m’en sert de preuve } il n’avoit rien aimé Depuis que de Poppée il s’étoit vu charmé.

Rien que d’entre ses bras Néron l’eût enlevée, L’image dans son cœur s’en étoit conservée ;

La mort meme , la mort n’avoit pu l’en chasser :

A vous seule étoit dû l’honneur de l’effacer,

Vous seule d’un coup-d’oeil emportâtes la gloire D’en faire évanouir la plus douce mémoire ,

Et d’avoir su réduire à de nouveaux souhaits Ce cœur impénétrable aux plus charmans objets.

Et vous vous étonnez que pour vous je soupire î P L A U T r N E.

Je m’étonne bien plus que vous me l’osiez dire :

Je m’étonne de voir qu’il ne vous souvient plus Que l’heureux Martian fut l’esclave Icélus ,

Qu’il a changé de nom , sans changer de visage. Martian.

C’est ce crime du sort qui m’enfle le courage.

Lorsqu’en dépit de lui )c suis ce que je suis ,

On voie ce que je vaux, voyant ce que je puis.

Un pur hasard, sans nous, réglé notre naissance; 'Mais, comme le mérite est en notre puissance ,

La honte d’un destin qu’on vit mal assorti ,

Fait d’autant plus d'honneur quand on en est sorti. Quelque tache en mon sang que laissent mes ancêtres, Depuis que nos Romains ont accepté des maîtres ,

Ces maîtres ont toujours fait choix de mes pareils Pour les premiers emplois et les secrets conseils.

Us ont mis en nos mains la fortune publique.

Us ont soumis la terre à notre politique :

Patrobc , Polyclerc , et Narcisse , et Pallas Ont déposé des ltois et donné des États ;

On nous élève au trône au sortir de nos chaînes.

Sous Claude on vit Félix le mari de trois Reines;

Et quand l’amour en moi vous présente un époux,

Vous me traitez d’esclave et d’indigne de vous !

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Madame, en quelque rang que vous ayiez pu naître , C'est beaucoup que d’avoir l’oreille du grand maître. Vinius est Consul , et l,acus est Préfet :

Je ne suis l’un, ni l’autre , et suis plus en effet;

Et de ces Consulats , et de ces Préfectures Je puis, quand il tnc plaît , faire des créatures :

Galba m’écoute enfin , et c’est être aujourd’hui , Quoique sans ces grands noms, le premier d'après lui.

Pardonnez donc. Seigneur, si je me suis méprise: Mon orgueil dans vos fers n’a rien qui l’autorise ;

Je viens de me connoître , et me vois , à mon tour , Indigne des honneurs qui suivent votre amour.

Avoir brisé ccs fers fait un degré de gloire Au dessus des Consuls , des Préfets du prétoire )

Et si de cet amour je n’ose ctte le prix ,

Le respect m’en empêche , et non plus le mépris.

On m’avoit dit pourtant que souvent la nature Gardoir en vos pareils sa première teinture ;

Que ceux de nos Césars qui les ont écoutes ,

Ont tous souillé leurs noms par quelques lâchetés.

Et que pour dérober l’Empire à cette honte, L’Univers a besoin qu’un vrai héros y monte.

C’est ce qui me faisoit y souhaiter Oîhon;

Mais , à ce que j’apprends , ce souhait n’est pas bon.

I aissons-en faire aux Dieux , et faites-vous justice : D’un cœur vraiment Romain dédaignez le caprice. Cent Reines à l’envi vous prendront pour époux ;

Félix en eut bien trois , etvaloit moins que vous.

Cij

Madame , encore un coup , soufrez que je vous aime , Songez que dans ma main j’ai le pouvoir suprême ,

Qu’entre Othon et Pison mon suffrage incertain »

Suivant qu’il penchera, va faire un Souverain.

Je n'ai fait jusqu’ici qu’empêcher l’hyménée ^

Qui d’Othon avec vous eût joint la destinée; !:i

J’aurois pu hasarder quelque chose de plus: Vot

Ne m’y contraignez point à force de refus. ^7<

Quand vous cédez Othon , me souffrir en sa place, Un

l'eut- être ce sera faire plus d’une grâce ,

Car de vous voir à lui ne l’espérez jamais. ^ r,r

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