LACUS, MARTIAN
o u s aimez donc Plautine , et c’est-là cette foi Qui , contre Vinius , vous attachoit à moi ?
Si les yeux de Plautine ont pour moi quelque charme , Y trouvez-vous , Seigneur , quelque sujet d’alarme? te moment bienheureux qui m’en feroit l’époux , Rcuniroit par moi Vinius avec vous.
Par-là j de nos trois coeurs , l’amitié ressaisie
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St» O T H O N,
En dcracineroit et haine et jalousie.
Le pouvoir de tous trois , par tous trois affermi ,
Auroit pour noeud commun son gendre en votre ami , Et, quoique contre vous il osât entreprendre...
Vous seriez mon ami , mais vous seriez son gendre;
Et c’est un foiblc appui des intérêts de Cour ,
Qu’une vieille amitié contre un nouvel amour.
Quoi que veuille exiger une femme adorée ,
La résistance est vainc ou de peu de durée»
Elle choisit ses tems, et les choisit si bien ,
Qu’on se voit hors d’état de lui refuser rien.
Vous-même êtes-vous sûr que ce nœud la retienne D’ajoater , s’il le faut, votre perte à la mienne?
Apprenez que des cœurs séparés à regret ,
Trouvent de se rejoindre aisément le secret.
Othon n’a pas pour elle éteint toutes ses flammes ;
Il sait comme aux maris on arrache les femmes.
Cet art , sur son exemple , est commun aujourd’hui,
Et son maître Néron l’aveit appris de lui.
Après tout je me trompe , ou près de cette belle..,.
J’cspere en Vinius , si je n’espere en elle ;
Et l’offre pour Othon de lui donner ma voix ,
Soudain en ma faveur emportera son choix.
Quoi ! vous nous donneriez vous-même Othon pour maître ?
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TRAGÉDIE. ii
Ah ! pour en être digne , il l’est et plus que tous ;
Mais auffi , pour tout dire , il en sait trop pour nous. Usait trop ménager scs vertus etsesvir.es:
Il étoit sous Néron de toutes ses délices ;
Et la Lusitanie a vu ce mêmeOthon Gouverner en César et juger en Caton.
Tout favori dans Rome et tout maître en Province,
De lâche courtisan il s’y montra grand Prince;
Et son ame ployante , attendant l’avenir ,
Sait faire également sa coût et la tenir.
Sous un tel Souverain nous sommes peu de chose ,
Son soin jamais sur nous tout-à-fait ne repose ,
Sa main seule dépan: ses libéralités ,
Son choix seul distribue États et dignités.
Du timon qu’il embrasse il sc fait le seul guide ,
Consulte et résout seul, écoute et seul décide ;
Et , quoique nos emplois puissent faire de bruit ,
Si-tôt qu’il nous veut perdre, un coup d'œil nous détruit. Voyez d’ailleurs Galba , quel pouvoir il nous laisse ,
En quel poste sous lui nous a mis sa foiblessc ?
Nos ordres règlent tout, nous donnons , retranchons , ' Rien n’est exécuté dès que nous l’empcchons :
Comme par un de nous il faut que tout s’obtienne ,
Nous voyons notre cour plus grosse que la sienne ;
Et notre indépendance iroit au dernier point ,
Si l’heureux Vinius ne la partageoit point:
Notre unique chagrin est qu’il nous la dispute.
L’âge met cependant Galba près de sa chute :
De peur qu’il nous entraîne-, il faut un autre appui i
Mais il le faut pour nous aussi foible que lui.
11 nous en faut prendre un qui satisfait des titres Nous laisse du pouvoir les suprêmes arbitres.
Pison a l’ame simple et l’esprit abattu >
S’il a grande naissance , il a peu de vertu ,
Non de ccrtc vertu qui déteste le crime ;
Sa probité sévère est digne qu’on l’estime:
Elle a tout ce qui fait un grand homme de bien ; Mais en un Souverain c’est peu de chose ou rien.
Il faut de la prudence, il faut de la lumière,
11 faut de la vigueur adroite autant que fiere ,
Qui pénètre, éblouisse, et seme des appas....
Il faut mille vertus enfin qu’il n’aura pas.
Lui- même il nous priera d’avoir soin de l’Empire, nt saura seulement ce qu’il nous plaira dire.
Plus nous l’y tiendrons bas , plus il nous mettra haut. Et c’cst-là justement le maître qu’il nous faut.
Mais , Seigneur , sur le trône élever un tel homme, C’est mal servir l’État et faire opprobre à Rome.
Et qu’importe à tous deux de Rome et de l’État ? Qu’importe qu’on leur voie ou plus ou moins d’édar? Faisons nos sûretés , et moquons-nous du reste.
Point, point de bien public, s’il-nous devient funeste. De notre grandeur seule ayons dés coeurs jaloux ;
Ne vivons que pour nous , et ne pensons qu’à nous.
Je vous le dis encor , mettre Othon sur nos têtes.
C’est nous livrer tous deux à d’horribles tempêtes:
Si nous l’en voulons croire, il nous devra le tout j
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Mais de ce grand projet s’il vient pat nous à bout , Vinius en aura lui seul tout l’avantage :
Comme il l’a proposé , ce sera son ouvrage;
F.tla mort, ou l’exil, ou les abaissemens Seront pour vous et moi ses vrais remcrcîmens. Marti an.
Oui , notre sûreté veut que Pison domine ,
Obtcnez-cn pour moi qu’il m’assure Pb.utine ;
Je vous promets pour lui mon suffrage à ce ptix.
La violence cft juste après de tels mépris.
Commençons à jouir par-là de son Empire ,
Et voyons s’il est homme à nous oser dé.iire»
Quoi ! votre amour toujours fera son capital Des attraits de Plautine et du nœud conjugal ?
Eh ! bien , il faudra voir qui sera plus utile D’en croire... Mais voici la Princesse Camille.