‹ Nicomede tragedie de P. CorneilleChapitre 87 sur 116 · LACUS, MARTIAN · texte numérisé non relu

LACUS, MARTIAN

o u s aimez donc Plautine , et c’est-là cette foi Qui , contre Vinius , vous attachoit à moi ?

Si les yeux de Plautine ont pour moi quelque charme , Y trouvez-vous , Seigneur , quelque sujet d’alarme? te moment bienheureux qui m’en feroit l’époux , Rcuniroit par moi Vinius avec vous.

Par-là j de nos trois coeurs , l’amitié ressaisie

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St» O T H O N,

En dcracineroit et haine et jalousie.

Le pouvoir de tous trois , par tous trois affermi ,

Auroit pour noeud commun son gendre en votre ami , Et, quoique contre vous il osât entreprendre...

Vous seriez mon ami , mais vous seriez son gendre;

Et c’est un foiblc appui des intérêts de Cour ,

Qu’une vieille amitié contre un nouvel amour.

Quoi que veuille exiger une femme adorée ,

La résistance est vainc ou de peu de durée»

Elle choisit ses tems, et les choisit si bien ,

Qu’on se voit hors d’état de lui refuser rien.

Vous-même êtes-vous sûr que ce nœud la retienne D’ajoater , s’il le faut, votre perte à la mienne?

Apprenez que des cœurs séparés à regret ,

Trouvent de se rejoindre aisément le secret.

Othon n’a pas pour elle éteint toutes ses flammes ;

Il sait comme aux maris on arrache les femmes.

Cet art , sur son exemple , est commun aujourd’hui,

Et son maître Néron l’aveit appris de lui.

Après tout je me trompe , ou près de cette belle..,.

J’cspere en Vinius , si je n’espere en elle ;

Et l’offre pour Othon de lui donner ma voix ,

Soudain en ma faveur emportera son choix.

Quoi ! vous nous donneriez vous-même Othon pour maître ?

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TRAGÉDIE. ii

Ah ! pour en être digne , il l’est et plus que tous ;

Mais auffi , pour tout dire , il en sait trop pour nous. Usait trop ménager scs vertus etsesvir.es:

Il étoit sous Néron de toutes ses délices ;

Et la Lusitanie a vu ce mêmeOthon Gouverner en César et juger en Caton.

Tout favori dans Rome et tout maître en Province,

De lâche courtisan il s’y montra grand Prince;

Et son ame ployante , attendant l’avenir ,

Sait faire également sa coût et la tenir.

Sous un tel Souverain nous sommes peu de chose ,

Son soin jamais sur nous tout-à-fait ne repose ,

Sa main seule dépan: ses libéralités ,

Son choix seul distribue États et dignités.

Du timon qu’il embrasse il sc fait le seul guide ,

Consulte et résout seul, écoute et seul décide ;

Et , quoique nos emplois puissent faire de bruit ,

Si-tôt qu’il nous veut perdre, un coup d'œil nous détruit. Voyez d’ailleurs Galba , quel pouvoir il nous laisse ,

En quel poste sous lui nous a mis sa foiblessc ?

Nos ordres règlent tout, nous donnons , retranchons , ' Rien n’est exécuté dès que nous l’empcchons :

Comme par un de nous il faut que tout s’obtienne ,

Nous voyons notre cour plus grosse que la sienne ;

Et notre indépendance iroit au dernier point ,

Si l’heureux Vinius ne la partageoit point:

Notre unique chagrin est qu’il nous la dispute.

L’âge met cependant Galba près de sa chute :

De peur qu’il nous entraîne-, il faut un autre appui i

Mais il le faut pour nous aussi foible que lui.

11 nous en faut prendre un qui satisfait des titres Nous laisse du pouvoir les suprêmes arbitres.

Pison a l’ame simple et l’esprit abattu >

S’il a grande naissance , il a peu de vertu ,

Non de ccrtc vertu qui déteste le crime ;

Sa probité sévère est digne qu’on l’estime:

Elle a tout ce qui fait un grand homme de bien ; Mais en un Souverain c’est peu de chose ou rien.

Il faut de la prudence, il faut de la lumière,

11 faut de la vigueur adroite autant que fiere ,

Qui pénètre, éblouisse, et seme des appas....

Il faut mille vertus enfin qu’il n’aura pas.

Lui- même il nous priera d’avoir soin de l’Empire, nt saura seulement ce qu’il nous plaira dire.

Plus nous l’y tiendrons bas , plus il nous mettra haut. Et c’cst-là justement le maître qu’il nous faut.

Mais , Seigneur , sur le trône élever un tel homme, C’est mal servir l’État et faire opprobre à Rome.

Et qu’importe à tous deux de Rome et de l’État ? Qu’importe qu’on leur voie ou plus ou moins d’édar? Faisons nos sûretés , et moquons-nous du reste.

Point, point de bien public, s’il-nous devient funeste. De notre grandeur seule ayons dés coeurs jaloux ;

Ne vivons que pour nous , et ne pensons qu’à nous.

Je vous le dis encor , mettre Othon sur nos têtes.

C’est nous livrer tous deux à d’horribles tempêtes:

Si nous l’en voulons croire, il nous devra le tout j

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Mais de ce grand projet s’il vient pat nous à bout , Vinius en aura lui seul tout l’avantage :

Comme il l’a proposé , ce sera son ouvrage;

F.tla mort, ou l’exil, ou les abaissemens Seront pour vous et moi ses vrais remcrcîmens. Marti an.

Oui , notre sûreté veut que Pison domine ,

Obtcnez-cn pour moi qu’il m’assure Pb.utine ;

Je vous promets pour lui mon suffrage à ce ptix.

La violence cft juste après de tels mépris.

Commençons à jouir par-là de son Empire ,

Et voyons s’il est homme à nous oser dé.iire»

Quoi ! votre amour toujours fera son capital Des attraits de Plautine et du nœud conjugal ?

Eh ! bien , il faudra voir qui sera plus utile D’en croire... Mais voici la Princesse Camille.

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