‹ Nidintabel la Perse ancienne H. CavaniolChapitre 10 sur 16 · TO · texte numérisé non relu

TO

Et tout ce qu’elle avait appris, elle le lui disait. Puis, par moments, elle s’arrêtait, et ses yeux semblaient interroger : « Est-ce ainsi? »

Elle lui disait encore, que les astronomes qui con-

l'atmosphère, sont autant de signes de bonheur ou de malheur pour les pays ot tes nations aussi bien que pour les rois et les particuliers. — Au-dessous du cours des cinq planètes sont, continuent les Chaldéens, placés trente astres, appelés les dieux conseillers ; une moitié regarde los lieux de la surface de la terre ; ces conseillers inspectent & la fois tout ce qui se passe parmi les hommes et dans lo ciel. Tous les dix Jours, un d'eux est envoyé commo messager des astres, des régions supérieures dans les réglons inférieures, tandis qu'un autre quitte les lieux situés au-dessous do la terre pour remonter dans coux qui sont au-dessus ; ce mouvement est exactement délini, et a lieu de tout temps, dans une période invariable. Parmi les dieux conseillers, il y a douze chefs, dont chacun préside & un mois de l'année et à un dos douze signos du zodiaque. I,e soleil, la lune et les cinq planètes passent par ces signes. Lo soleil accomplit sa révolution dans l'espace d'une année, et la lune dans l'espace d'un mois.

« Chaque planète a son cours particulier ; les planètes diffèrent entre elles par la vitesse et le temps de leurs révolutions. Les astres influent beaucoup sur la naissance des hommes, et décident du bon ou du mauvais destin : c'est pourquoi les observateurs y lisent l'avenir. Us ont ainsi fait, disent-ils, des prédictions & un grand nombre de rois, entre autres au vainqueur de Darius, Alexandre ; et aux rois Antigone et Sélcucus Nicanor, des prédictions qui paraissent toutes avoir été accomplies et dont nous parlerons en temps et lieu. Ils prédisent aussi aux particuliers les choses qui doivent leurarriver, et cela avec une précision telle que ceux qui en ont fait l'essai en sont frappés d'admiration, et regardent la science de ces

naissent le ciel et les symboles lui avaient enseigné la doctrine des cinq astres interprètes; qu’elle savait

astrologues comme quelque chose de divin. En dehors du cercle zodiacal, ils déterminent la position de vingt-quatre étoiles, dont une moitié est au nord et l'autre au sud ; ils les appellent juges de l'univers : les étoiles visibles sout affectées aux êtres vivants, les étoiles invisibles aux morts. La lune se meut, ajoutent les Chaldéens, au-dessous de tous les autres astres ; elle est la plus voisine de la terre, en raison de sa pesanteur; elle exécute sa révolution dans le plus court espace de temps, non pas par la vitesse de son mouvement, mais parce que le cercle quelle parcourt est très-petit; sa lumière est empruntée, et ses éclipses proviennent de l'ombre de la terre comme l'enseignent aussi les Grecs. Quant aux éclipses de soleil, ils n'en donnent que des explications très-vagues : ils n'osent ni les prédire ni en déterminer les époques. Ils professent dos opinions tout à lait particulières à l'égard de la terre : ils soutiennent qu'elle est creuse, sous forme do nacelle, ot ils en donnent dos preuves nombreuses et plausibles, comme de tout ce qu’ils disent sur l’univers. Nous nous éloignerions trop de notre sujet si nous voulions entrer dans tous ces détails; il suffit d étre convaincu que les Chaldéens sont, plus que tous les autres hommes, versés dans l'astrologie, et qu’ils ont cultivé cette science avec le plus grand soin. 11 est cependant difficile de croire au nombre d'années pendant lesquelles le collège do Chaldéens aurait enseigné la science de l’univers ; car depuis leurs premières observations astronomiques jusqu'à l’invasion d’Alexandre, ils ne comptent pas moins de quatre cent soixante-treize mille ans. » Trad. de M. IIokfer, t. I, p. U4 et suiv. — Sur les Chaldéens, Strxnott, XV, i, nous apprend que : « Il y a dans la Babylonie une caste ou colonie de philosophes indigènes appelés Cluiidiens qui s’occupent principalement d'astronomie. Quelquesuns aussi font le métier de tirer l'horoscope, mais ils n’ont pas

que les cinq planètes naturellement subordonnées au soleil, puisqu’elles en tirent la lumière et la ?ie, sont

l’approbation des autres Les Chaldéens astronomes sont de

différentes origines, car il y a des Orchéniens, des Borsippicns et plusieurs autres qui se divisent eu autant de sectes, suivant les différentes doctrines qu’ils professent. » — « Ces savants astronomes, dit M. dr Riancby, op. cit d'après Schlosser, Hist. univ. de l’antiq., qui à la vérité inventèrent la sphère convexe et surent tracer un méridien et fixer le point culminant du soleil, mais qui n’ullèreiit jamais plus loin, revendiquaient aussi, à l’époque d’Alexandre-le-Grand, des observations remontant à 473,000 ans. » — « Il est vrai, continue M. oe Runcey dans la note 3, t. I, p. 134, que ce nombre do

473.000 ans dont ils avaient effrayé Diodore, se réduisit à 1903 quand ils en parlèrent à Callisthènes. Callisthènes, selon Simplicius, envoya cette série d'observations à son oncle, le philosophe de Stagyre; Aristote n’en fait mention dans aucun des ouvrages qui nous sont parvenus. Toutefois, comme on a perdu beaucoup de ses livres, un entre autres intitulé Âslronomicon, il ne serait pas juste de conclure rigoureusement de ce silence que Simplicius a avancé un fait sans fondement. Toujours est-il que Ptolémée, qui a dû avoir connaissance de ces tables astrologiques, ne peut faire remonter son catalogue d'éclipses plus haut que 700 ans avant J.-C. Il ne suppute lui-même les éclipses que par heures et demi-heures, ce qui ne prouve pas une science fort avancée. M. Dhsdouits, Soirées de Monilhèry ; — Scblossbr, op. cit. >» — Cicéron, de Divin., lib. I, parle d'observations faites par les Babyloniens depuis

470.000 ans ; mais aussitôt il ajoute : « Ces hommes sont vains, ou ignorants, ou insensés ; ils mentent effrontément sans craindre le jugement de la postérité. » — Bérose et Alexandre Polyhistor rapportent au reste que Nabonassar détruisit tous les monuments historiques antérieurs à son règne, afin que do son avènement, l’on commençôt à dater l’histoire des Chai-

douées d’un mouvement particulier que n’ont |x>int les autres astres fixes ou assujettis à une marche régu-

déens ; Svxcblle, Chronographia. — Bébosb, cité par Plis», Hist. nal., VII, lvj, dit que les observations astrononiquos que l'on conservait à Babylone, ne remontaient qu'à 490 ans ; et Bérose, au rapport de Vitruve, doit être cru en cette matière, car il avait enseigné l'astronomie dans l'ile de Cos où il était établi. Vitruyb, De Architeelura, IX, vu.

Bérose, né, au rapport de Talien,au tenais d'Alexandre, professait un système astronomique qui parut tellement absurde à Bailly, que ce savant décida qu'il devait y avoir eu deux Bérose : l'un sous Alexandre qu'il sacrifie ; l'antre, plus ancien, sur lequel il se rejette. Bérose a été cité par Pline et Sénèque ; on en retrouve quelques fragments dans Fsuhicius, Bibliothèque, et Osorges le Syncklle, Chronographie.

Les prêtres chaldéens, il est certain, n'ont pas eu toute la science qu'on leur a prêtée, mais ils ont dd avoir des notions assez précises de la science qui a pour objet les mouvements apparents des corps célostos. — Voyez Ideler, Sur l'astronomie des Chaldéens, dans les Mémoires de l'Aeadémie des sciences de Berlin, années 1814-1815, p. 199.

A côté des Chaldéens, nous citerons les Chinois et les Japonais, comptant des observations qui remonteraient à deux mille cinq cents années; les Brahmines, trois cent millions; les Egytiens trente-quatre mille; les Phéniciens, trente mille ; les Perses, cent mille. 11 est démontré, Hermasn, Mjthol. des Griechen, « que ces chilTres représentent des cycles astronomiques multiples de treize, dix-neuf, cinquante-deux, soixante, soixante-douze, trois cent soixante, quatro cent dix, et d'autres périodes, au retour desquolles l'imagination a posé l'idée d'un renouvellement de la matière supposée indestructible, en attribuant à l'espace ce qui semble n'appartenir qu'au temps. > Càutu, t I, p. 123, Uist. Univ.

lière ; qu’elles annoncent aux hommes les événements futurs, et interprètent les desseins des dieux ; qu’en dehors du cercle zodiacal elle avait reconnu la position des vingt-quatre étoiles dont une moitié est au nord, l’autre au sud, que parmi ces juges de l'univers, les étoiles visibles étaient affectées aux êtres vivants, les invisibles aux morts.

Heureuse de lui montrer que de ses croyances elle n’ignorait rien, elle lui parlait de la création, d’Oannès, de Xisuthr, le rejeton qui, lors du déluge, est demeuré de reste 1 .

1 Quelques notions nous sont venues des savants araméens sur la création du monde : « Il y eut un temps où tout était ténèbres et eau, renfermant des monstres de toutes sortes. C'étaient des êtres à deux têtes, une d'homme et une de femme, des hommes qui uvaieut deux ailes, d’autres qui en avaient quatre. » — « Dans l'antiquité, dit M. de Riancey, quand on visitait le temple de Bel, on y voyait la représentation de ces étranges habitants du chaos. Ils ont apparu à la science moderne étonnée, et on considère avec surprise dans nos musées leurs masses gigantesques. »

Une femme Omorka régnait sur l’univers, mais un jour, un génie plus puissant, Bel, la coupa en deux, forma de l’une de ses parties, le ciel; de l'autre, la terre. Le chaos devint ordre. Tous les animaux préexistants ne pouvaient supporter la lumière, Bel les tua, établit les planètes et les astres, et pour peupler l'univers qui était vide, lira les hommes de la tête d'Omorka.

Ensuite parut le législateur intellectuel dont l'emblème cslla

Avec une joie d'enfant, elle lai répétait tout cela. On lui avait enseigné par des enchantements et

pointe de l'arête. Oannès sortit de ia mer Erythrée, et la première année, parut à Babylone. 11 avait deux tâtes: moitié homme, moitié poisson ; il tenait do l'un, les pieds, la parole i de l'autre, la tète, la queue. — Il instruisit les peuples sur tout ce qui pouvait leur dire utile ; leur donna des lois, leur ensoigna les sciences, les lettres, lour apprit il b&tir des maisons, & semer, & mesurer la terre. — Il vivait au milieu de tous, mais no mangeait pas avec eux ; et au soleil couchant se retirait vers la mer et passait la nuit dans les eaux.

« Bp.hosb, dit M. db Riancet, op. cit , avait promis d'éclaircir le mystère d'Oannès ; l'explication du prêtre chaldéen ne nous est point parvenue. Mais elle est indiquée dans le nom de ce personnage, Oannès, dans lequel on retrouve encore l'étymologie grecque du mot œuf, ion, l'œufde toutes les cosmogonies orientales qui devient ici le corps d'Omorka. »

L'époque arrive où la terre va être inondée par les eaux du déluge : • Chronos étant apparu en songe à Xisuthr, le rejeton qui est detneuri de reste, l'avertit que le quinzième jour du moi3 de Doéssius, lo genre humain serait détruit par un déluge. Il lui ordonna de mettre par écrit l'origine, l'hisloire et la tin de toutes choses ; de cacher ses mémoires sous la terre dans la ville du soleil, nommée Sippara; de construire un vaisseau, de rassembler toutes les provisions nécessaires et d'y entrer ensuite avec ses parents, ses amis, et un couplo de tous les animaux à quatre pieds et de tous les oiseaux. Xi- Bullir exécuta ces ordres de point en point, et fit un navire qui avait deux stades de longueur et cinq de largeur. 11 n'y fut pas plus tât entré que la terre (Ut inondée. 11 luissa passer quelque temps, puis quand il vit les eaux diminuer, il lâchaquelques oiseaux qui, ne trouvant ni nourriture, ni lieu où se reposer, retournèrent auprès de lui. Quelques jours après, il en

(les purifications à détourner le mal, à procurer •ebien.

lâcha d'autres qui revinrent avec un peu de boue aux pattes, la troisième fois il les laissa aller, ils ne revinrent plus. Xisuthr jugea donc que la terre ôtait suffisamment découverte; il fit alors une ouvorture au navire, et reconnaissant qu’il s’était arrêté sur une haute montagne, il en sortit avec ses enfants, sa lillo et le pilote. Il adora la terre, éleva un autel, sacrifia aux dieux. Ensuite, lui et tous ceux qui l'avaient accompagné hors du vaisseau disparurent. Ceux qui y étaient restés, ne les voyant pas revenir, en sortirent à leur tour et les cherchèrent vainement. Une voix se Ut soudain entendre, et leur annonça que la piété do Xisuthr lui avait mérité d’ôlre enlevé au ciel, et mis au rang des dieux. La même voix les exhorta à être religieux et â se transporter à Babylone après avoir déterré à Sippara les mémoires qui y étaient déposés. La voix cessa de se faire entendre, et ils allèrent bâtir la ville que l'on vient de nommer et quelques autres dans les environs. » (Frag. de Bkrose dons Geohses le Syncbi.lb.)

Le Sabéisme (de Sabaoth l'armée des cieux), fut le culte primordial non-seulement do la Chaldée, mais de presque tous les peuples ; ainsi donc, « d'abord astrale ou sabéïque, la religion chaldéenne n'était probablement que l’adoration des attributs de la divinité unique et créatrice représentée par le soleil, la lune et les grands corps lumineux qui roulent dans l’espace. Tout en s’altérant, elle n'avait pas détruit l’idée d’un seul Dieu et maître de toutes choses, et elle s’était associée à la doctrine d’une triade. Sans doute le monothéisme avait été rapidement corrompu par l’adjonction de plusieurs dieux de rangs divers. Sans doute les triades s’étaient multipliées, s’enchaînant et se développant les unes des autres. Mais le fond do la vraie doctrine demeurait. » M. db Riancky.

Le Dieu suprême c’est El , le Lui, l’innommé, l' Eternel, la

« Si tu venais dans les appartements que lu m’as donnés, tu verrais, sur les dalles, se rouler de longs serpents.

Lumière incréée. Après lui, la tirade supérieure se dessine : Ana, Bel et Heo. — Ana, l'ancien, le chef originel, le seigneur des esprits et des démons, le roi du monde inférieur, le maître des ténèbres et de la mort. — Bel, le seigneur, le suprême, le créateur, le roi de tous les esprits, le seigneur de la terre. — Hoâ.Heo ou Oannôs, le dieu du la mer, le dieu de l'ablme, le guide do la science, le poisson intelligent dont l'emblème est la pointe de l'arète; le coin, la base première du l'écriture, élément de tout savoir. Il est aussi le sorpcnl, le dieu de la vie, de l'intelligence, de la gloire, le dieu donateur, celui qui a fait à Tborame les plus précieux présents. — Ils sont unis à trois déesses. — Anat est la femme d’Ana. — Beltis, la grande déesse, la femme de Bel, la Mylitta, la dame par excellence, la mère des dieux, la déesse de la terre, de la guerre et des combats, la reine de la fécondité. — Dawkiaa la princesse est la femme d’IIeo.

Règne ensuite la seconde triade double. — Sin, le dieu lune; San, le dieu soleil ; Vul, le dieu de l'atmosphère. — Sin est le chef, le puissant, le dieu des esprits, l’architecte, le soutien des fortitications, le seigneur des bâtiments. Le croissant est son symbole. — San, qu'on nomme encore le brillant, le dieu du feu, la lumière du monde, le conducteur du jour, l'illuminateur des espaces du ciel et do la terre, le directeur, le moteur, le guide dos expéditions favorables, le vainqueur des ennemis du roi, le coocuicateur des résistances, a pour symbole le disque marqué d’une croix ou orné de rayons.— Quant à Vul, c’est le prince de l’Air, le chef bienfaisant et prévoyant, le seigneur de l'abondance et de la fécondité, le protecteur des canoux et de l'irrigation. La foudre enflammée, le sillon de l’éclair et du tonnerre dans la nue, voilà son symbole. — Ils

C'est que j’ai reconnu l’erreur des Perses qui commandent de les détruire.

Les serpents sont de bons génies ; leur nature est divine. De tous les animaux, ils sont le plus remplis

sont unis : San, à Aï Gula la maîtresse do la vie ; son symbole est une étoile à six ou huit rayons; Vul, à Salam bô; et Sin à celle que l'on qualilio de la Grande Dame.

Au-dessous sont les divinités mineures, qui représentent les cinq planètes. — Ninip ou Nin est aussi un dieu poisson ; ii se nomme la lumière des dieux rayonnant sur les nations ; on le ligure sur les bas-reliefs par l'homme-tnureau à quatre ailes qui garde le palais des rois. — Bel-Merodach, le juge, est celui qui préside aux portes et à Injustice ; il est le support de la souveraineté, le gardien des trésors. — Nergal, est l'hommo-lion ailé, le grand héros, le roi des batailles, le champion des dieux, le piétineur, le guide des assauts, le tuteur de la Babylonie. — Ishtar, l'étoile par excelleuce, est la déesse qui réjouit l'humanité, la maîtresse du ciel eide la terre, la reine de tous les dieux, la déesse de la chasse ; son symbole est la femme. Quelques images sculpturales la représentent portant sur son sein et dans ses bras un enfant-dieu. - Nébo, le voyant, le prophète, est celui qui s’entend aux affaires, il a les renseignements et les leçons, c’est le porteur du sceptre du pouvoir, il accorde aux rois le sceptre de la royauté pour gouverner les peuples. — On le représente avec une longue barbe, joignant lep deux mains dans l'attitude de la réflexion, et sa robe toute droite est couverte d'inscriptions.

Les titres que nous avons rapportés ici sont tirés des inscriptions. Voyez Bérose dans Georges i.b Syncklle. — Mythologie do Trbssan. — Creuzer, Religions de l'antiquité — M. dk Riancey, op. cil. — Les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles lettres, tome XIII.

d’esprit et de feu, ce qui leur donne cette vitesse incomparable qu'ils possèdent. Eux seuls se rajeunissent, s'accroissent et se résolvent en eux-mêmes, c’est leur manière de mourir.

Ils représentent l’être primordial, le plus divin, plein de grâce.

Quand ils ouvrent les yeux, ils répandent la lumière dans la région première née; quand ils les ferment, les ténèbres se manifestent

Faut-il en savoir encore, dis-moi, j’en apprendrai. » Nidintabel souriait et lui répondait :

« Tu es bonne et je t’aime. »

Puis il la couvrait de baisers.

Elle avait des tressaillements d’une volupté sans nom.

« Quand sur mes lèvres je sens tes lèvres, disait-elle, il me semble que mon cœur arrête ses battements, tu m’étouffes, ô mon roi, je t’aime tant./...»

Un instant après, avec des caresses dans la voix, dans les yeux, dans le toucher, elle reprenait :

« Je serai pour toi, mon maître, cette femme ver-

’ C’est ainsi que le phénicien Tahaut, l’inventeur de l’écriture, l’a enseigné. Sanchonialon (?)

tueuse dont le prix surpasse de beaucoup celui des perles.

Je chercherai la laine et le lin, et de mes mains qui tiendront le fuseau et la quenouille, je te tisserai les vêtements d’écarlate.

Je veux que tous me louent; que, dans Babylone, l’on dise :

« Plusieurs femmes, par leur sagesse, se sont illustrées, mais celle-là les surpasse toutes. »

Je veux que l’on te désigne pour ton bonheur quand tu seras assis dans l’assemblée des anciens.

Et puis, quand il te plaira de partager ma couche, tu la trouveras toujours parfumée de myrrhe et de cinnamome.

Jamais assez tu ne me baiseras des baisers de ta bouche, car tes amours me seront plus précieuses que tout le reste. Pour moi, tu es entre les hommes ce que l’oranger est entre les arbres; je ne désire que ton ombre.

Oh 1 que de fois, durant les nuits, je t’ai cherché près de moi; toi que mon âme aimait, je ne te trouvais point; je t’appelais, et ma voix restait sans écho. »

Comme une liane roulée autour d'un grand arbre, elle le tenait embrassé.

Elle lui répétait :

« Je t’aime tant; mon bonhenr est si grand. »

— Je savais ton amour, répondait-il, mais l'autre avait toutes mes pensées encore, elle vivait trop en moi, et pour venir à toi, je voulais pouvoir me donner tout entier. »

On n’entendait plus au dehors que le gémissement de la brise dans les têtes des arbres ; dans la salle, que le bruit étouffé des baisers.

La pâle clarté d’une grande étoile d’or enveloppait les deux amants.

« C’est Ishtar, dit Arlystone, vois comme elle semble nous protéger, nous contempler, nous sourire. »

Cette nuit- là, deux larmes de bonheur roulèrent le long des joues ridées de la vieille Tamar.

Seule, devant le lit abandonné de sa maîtresse, l'esclave pria.

El de son cœur, vers les dieux de Tyr et de Sidon, cette prière, comme un nuage d’encens pur, montait.

Le lendemain, dès les premières lueurs de l’aube, on exécuta les ordres des Anciens. On ferma les portes, on ne les entrouvrait que pour recevoir les habitants des campagnes, qui, chassés devant les troupes

du Grand-Roi, accouraient éperdus en demandant asile.

Encore ne recevait-on que ceux qui pouvaient combattre.

On attendit.

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