‹ Nidintabel la Perse ancienne H. CavaniolChapitre 5 sur 16 · BABYLONE · texte numérisé non relu

BABYLONE

On entrait dans le mois que les Perses, suivant l’appellation mède-arienne , nomment Garmapada*.

L’astre que le monde aime, à cause de ses rayons frais, se levait pour verser, avec ses clartés radieuses, la fraîcheur et le repos sur la terre, haletante et comme pâmée, il n’y avait qu’un instant, sous la chaleur enflammée du jour.

Le ciel, pour ainsi dire, était tenu embrasé par le*

* Voyez Appendice, au mot Babylone.

* Juillet-Août.

— IIG

étoiles d’or, les planètes cl les constellations du zodiaque.

II semldait qu’une divinité vînt de farder tout le firmament avec une fine poussière de santal.

Deux hommes étaient montés sur la plate-forme du temple de Mérodach, vaste pyramide plus élancée que celles d’Egypte 1 .

L’un d’eux était Nidinlahel, l’autre, le grand prêtre du Dieu qui reposait à la base du temple, dans la cellule des oracles.

Au-dessous d’eux, tout autour, au milieu de la plaine, s’étalait Babylone, majestueuse, grandiose, resplendissante de civilisation ; confiante encore en sa force,

1 Dos escaliers ou rampes construites en voûte suivaient la surface, et conduisaient aux sanctuaires Clovis, dont t'issue était, comme i l'ordinaire, du cété nord. L'entrée du côté sud, i fleur do terre, était protégée par un mur d’enceinte do soixante stades. La première porte visibleà l'oxtérieur conduisait vers l'ouverture du sanctuaire de Mérodach, non éclairé par le soleil. La plale-formo était aux 0/10 de la hauteur de la pyramide. Tout en haut, était le temple des bases de la torro. Voyei M. Oresa-r, op. rit., liv. Il, ch. iv, p. 1 08 h 18!.

Le continent, suivant les Chahlécns, était creux, et avait la forme d'un bol, d'un bateau babylonien renversé ; Babvlono en était lo contre. — Chique peuple, an reste, répondait avec la môme assurance : « Le centre de la terre est cher moi. » lin Egypte, le point ceutral est Thèbes; dans l'Inde, lo mont Mérou ; pour les Hébreux, Jérusalem; jiour les Grecs, le mont Olympe d'abord, plus tant le temple de Delphos,.

eu ses. ilieux; et aspirant à redevenir la maîtresse de l’Asie.

Coupant la ville en deux parties, semblable à une large bande d’argent, l’Euphrate se déroulait dans la campagne, rapide en son lit sinueux \

Le Nahar-Malkha* se déversait dans de nombreux canaux, dans de grands lacs qui parsemaient la plaine obscure de places et de lignes blanches 3 .

Dans la ville, sur la rive orientale du lleuve, dans

1 Son cours ôtait si tourmenté, que ceux qui venaient de la mer à Babylono par le fleuve, rencontraient la bourgade d'Arderica trois fois en trois jours.

2 Fleuve royal, c'est ainsi que l'on appelait l'Euphrate, ou du moins, l'un de ses bras.

3 « Le pays des Babyloniens, dit Stradon, XV, est arrosé par plusieurs fleuves; les plus grands sont l'Euphrate et le Tigre... Le Tigro est navigable jusqu'à Opis, — lisez Coche, suivant M. IIiufkr, op. cit., p. 159, col. 1, n. 3, — et la ville actuelle de Séleucie. Opis est un bourg qui sert de marché pour les pays environnants. Quant û l'Euphrate, il est navigable jusqu'à Üuhylone, à plus do trente mille stades de la iner. Les Perses, pour empêcher do remonter ces fleuves, et prévenir l'invasion étrangère, y avaient établi des cataractes artilicielles. Alexandre, à sou arrivée, détruisit toutes celles qu'il pouvait, et particulièrement celles du Tigre, depuis la mer jusqu'à Opis. — 11 s’occupa aussi des canaux. L’Euphrate subit uno crue qui commonco au printemps et dure jusque vers l'été, à l'époque où les neiges fendent dans l’Amtôuie. Los chumps seraient donc submergés et convertis en lues si l'on ne détournait pas l'excès d'eau par des canaux et des tranchées, comme ou le fait en Egypte pour le Nil. Voilà pour-

le quartier de Borsippa se dressait la fameuse tour à étages.

Sa cîme carrée se perdait dans la transparence bleuâtre de la nuit, comme pour y aller espionner les secrets du ciel. L'idée de la divinité et de sa puissance s’attachait à celle imisse; et il semblait que le temps dut glisser sur elle, sans laisser la moindre trace de

quoi on a pratiqué ces canaux. On a besoin d'une grande dépense de main d'œuvre, car la terre est profonde, molle et cède au point d’être facilement charriée par les courants qui rendraient ainsi les campagnes stériles, tandis que les canaux et les embouchures se comblent. Il résulte de là que l'excédant des eaux se répand de nouveau sur les plaines voisines de la mer, y formo des lacs et des marais couverts de joncs avec lesquels on tresse toutes sortes de vases, les. uns enduits d'asphalte et susceptibles de contenir des liquides, les autres servant sans autre préparation. On en fait aussi des voiles qui ressemblent à des nattes ou à des claies — »

Strabon naquit vers l'an 50 av. J. -G. Il fut le disciple de Xenarchus, philosophe péripatéticien, et s’attacha ensuite à la secte des stoïciens. Il composa des Mémoires historiques , qui sont perdus, et une Géographie en dix-sept livres, dont la majeure partie nous est parvenue. C’est avec celle de Ptoléméo le meilleur ouvrage de l'antiquité. Au moyen âge, Strabon jouissait d'une telle autorité qu'on ne le nommait que le Géographe. Toutefois, il faut souvent encore se défier de ses indications. Strabon visita l’Asie antérieure ; l'Egypte, il était lié avec le gouverneur Cornélius Gallus ; la Grèce ; l’Italie, vécut longtemps à Rome et mourut dans les dernières années de Tibère.

1 Borsippa, « terre des langues-, lieu de la dispersion des tribus. >• — Du temps de Darius encore, un mur réunissait

son passage, comme la goulle d'eau qui roule sur un plan de métal poli 1 .

Le sommet des temples, recouvert de plaques de cuivre ou d'autres métaux, fulguruil sous les pâles rayons du Dieu ; des blocs de verre en forme d'œufs, consacrésû la déessede la fécondité; des stèles teintées de nuances diverses, scintillaient.

Sur l’autre rive, dans la vieille ville de Babylone, devenue par la suite cité royale, on apercevait audessus des lignes horizontales des palais’, la pointe conique des obélisques, placés sur leurs pyramidions carrés couverts d’écriture ; et le feuillage en éventail des palmiers qui* dardaient vers les astres leur fût svelte, élancé, dépourvu de branches, couvert d'écailles.

Puis se détachaient dans l’ombre les terrasses superposées des jardins suspendus, une des sept merveilles du monde; la terre que l’on y avait jetée était si profonde, que les plus grands arbres y pouvaient prendre racine’ ; des piliers, posés sur le roc, soutenaient toute la charge.

Borsippa à Babylone. Mais, sous ce môme roi, ce mur fut détruit, et Borsippa redevint ville séparée.

1 Voyez Appendice, Tour à étages.

2 Voyez Appendice, Palais.

1 « lin seul arbre, dit M. („har i un, Voyag. Ane., ut cèdre

On racontait que ces jardins étaient l'œuvre d’un roi syrien, postérieur à Sémiramis, qu’une de ses femmes, originaire de la Perse, regrettant les prés de ses montagnes, l’avait engagé à lui rappeler par des plantations artilicielles son pays natal, et qu’alors ces constructions avaient été ordonnées pour faire selon son désir*.

Plus loin, de longues rangées d'habitations, séparées par des rues sans nombre, s'enlre-croisaienl comme les fils d’un immense réseau 1 .

Plus loin encore, s’étendaient de grands terrains que l'on cultivait, dans la crainte d’une attaque du dehors, pour nourrir les assiégés. •

De longues lignes obscures enveloppaient ces constructions, ces cultures.

La première, celle qui renfermait toutes les autres, était formée par le mur d’enceinte Iragur-Bel 3 .

ou variété do Tamarix oiienlaüs, existe sur l'emplacement des célèbres jardins suspendus de Bahvlone, le long de la rive orientale du fleuve. Les Arabos l'appellent atheli ou atlieti, et disent que Dieu l'a miraculeusement préservé de la destruction pour permettre à Ali d'y attacher son cheval après la bataille do Hillali... » Les Arabos fuiout, encore maintenant, aux approches do la nuit, l'emplacement sur lequel ces jardins s'élevaient, ils le croient hanté parles malins esprits.

1 Diodohb, Jiv. 11. — Voyez Appendice, Jardins suspendus.

- Voyez Appendice, Hua.

J Nabuchudonosor a fuit mesurer Iingur-tlel : • Je lis me-

La seconde, par le boulevard Nivitti-Bel.

Une troisième enveloppait Borsippa.

Trois autres encore entouraient les palais dos rois 1 .

Enfin, tout au loin, en dehors de la première enceinte, des feux brillaient, une teinte pourpre colorait le ciel, et il s'élevait une fumée épaisse, rousse, comme si la plaine séchée eût été toute en feu.

C’était le quartier de Halalat.

La population industrielle, ouvrière, l'habitait".

Dans l’air, il n’y avait pas un souffle.

Et sauf le clapotement des eaux contre les rives, le br uissement de la respiration forte et saccadée des chameaux qui reposaient, couchés sur le ventre, comme des autruches, tout n'était que silence.

surer Imgur-Bel, que Bel le protège, le grand mur do Babylone l’inexpugnable, ce qu’aucun roi avant uioi n’avait fait : Quatre mille mahargagar, voilà la superficie de Babylone. »

Le mahar , dit M. Oppkrt, op. cil., tome I, p. 229, note 2, est une mesure de superficie du 60 pieds de côté. Le mahar gagar est 3C0 fois 3000 pieds carrés. 4000 muliargagar donnent ainsi 40C0 X 3G00 X 300 — 3,184,000,000, c’est-à-dire, pour lo côte du carré 72,G00 pieds. Or, 72,000 pieds fout 120 stades, longueur assignée par Hérodote au côté du graud carré de Babylone. — C’est Nabuchodonosor lui-même qui vient confirmer les données de l'bislorien grec.

1 Voyez Appendice, Enceintes.

- M. Oppkrt, op. cil., Uülah.

La ville dormait. Les rues étaient désertes.

Sur les places, on ne voyait s’allonger que les ombres colossales des palais, des obélisques, des lions de granit gris à la gueule béante ; des hommes-taureaux à quatre ailes d’aigle, aux cheveux frisés, à longue barbe artislenient tressée, et dont la tête humaine était surmontée d'un bonnet arrondi, entouré d’une double paire de cornes

1 Os taureaux ailés à tôle humaine forment le montant des portes des palais. On en voit au musée du Louvre, ils viennent de Khorsabad. — « Os poils de la touffe qui termine la queue paraissent tordus eu rouleaux parallèles, dit M. Char-ton, op. cil., tome 1, p. 88, n. I, interrompus par des rangées horizontales de boucles. Les poils de l'échine, des cuisses et dos flancs sont également disposés en boucles. Saul les oreilles qui sont celles d un taureau, la tête est complètement humaine. Cette tête est coiffée d'une sorte de tiare, couronnée de palmes ou de plumes, et ceinte à sa baso par une double paire de cornes qui viennent se recourber on avant. Le pied de devant est doublé, do manière que l'animal paraisse complet lorsqu’il est regardé de face. » — Les taureaux de Persépolis ont depuis le haut de la couronne jusqu'à la corne du pied dix-neuf pieds de haut. — M. Crbuzer a pris l'homme-laureau pour le marliclwras ou mangeur d’hommes de Ctésias. M. Heeren partage cette opinion. — « 11 y a, dit Ctésias, un animal dans l lnde d’une force énorme, plus grand que le lion le plus grand, rouge comme le cinabre, couvert d'un poil épais comme les chiens. Martichoras est son nom chez les Indiens, ce qui veut dire en grec, qui mange les hommes. Sa télé n’est pas celle d'un animal, et il porte une face d’homme. Ses pieds sont comme ceux du lion ; h sa queue, ii a un aiguillon comme le

C’étaient des personnifications de divinités ; dans la lueur indécise, ils apparaissaient formidables.

De temps à autre seulement, une chauve-souris

scorpion. » — Malheureusement pour l’opinion de IIebkkn et de Chsuzbb, la description de Ctésias ne peut se rapporter aux animaux que l'on voit au Louvre, pas plus qu'à ceux dont le savant voyageur Kkr-Portbr a donné le dessin. Le martichoras, au surplus, était tout à fait étranger à la mythologie des Perses, et Ctésias n'en a jamais parlé que comme d'un animal de l'Inde ; « depuis longtemps, dit M. Dubeux, op. cit., le martieboras est reconnu pour être le tigre. » — L'opinion de Sacy, de Kbr-Porter et de M. Guignuut semble de beuucoup préférable. Ces savants voient dans l'animal fabuleux dont il s'agit, une représentation d'Aboudad-Kaïomorts, l'homme-taureau, roi de la terre ; Kaïomorts, le premier roi de 1a dynastie des Peischdadiens, engendré par le taureau Aboudad, et dont le nom signilie en persan taureau et homme. — On a de plus supposé que cette combinaison de divers animaux avait pour objet de figurer les différents attributs de la divinité, la toute-puissance, l’omniscience, l’ubiquité. Voy. La yard. Ces combinaisons paraissent bien fcycées ; en sculptant ces animaux, l'on ne devait point avoir en vue tant d'attributs ; et l’opinion la plus satisfaisante est, sans contredit, celle qui voit dans Y homme- taureau la représentation pure et simple d\dboudad-Kaïomorts.

Comme les amulettes, les cylindres que l'on plaçait sous les entrées des palais, des maisons, ces animaux étaient des gardiens, des protecteurs, des garants de sécurité et do bonheur. Dans les inscriptions d'Hisir-Sargou, le roi s'écrie : « Que devant la face suprême d'Assour demeure le taureau sculpté, le protecteur et le dieu qui porte le parfait bonheur et lu béatitude, et qu'il les fasse rester dans cette maison jusqu’à ce que ces taureaux ao meuvent do ce seuil. »

passait, de ses ailes rasant la pyramide, se jouait quelque temps dans un rayon de lune, puis, soudain, se replongeait dans la nuit.

Pure et blanche, ronde comme une roue de char, la lune montait dans l’azur, oignant tout autour d’elle le ciel de ses clartés.

Devant elle, le prêtre se prosterna, le front dans la poussière, les bras allongés. Trois fois ensuite il porta la main de son front à la terre, de la terre à sou front. Il l’adorait :

« Salut «à toi, Dieu sublime, qui règles le parcours d*s trente mansions diurnes. Salut à toi, qui éclaires les deux et la terre, toi le régulateur des dieux ; loi qui donnes l’autorité aux jugements des rois.

Salut, Siu, chef puissant, dieu des esprits, architecte et soutien des fortifications, seigneur des constructions des hommes.

Grand-Dieu, devant ta face bienfaisante, ton esclave s’humilie, protège-le, et qu’à jamais ses jours s’écoulent dans la félicité, par la constance de ton affection.

Implore pour moi la Grande-Dame, ton épouse ; et devant vous, dans ton temple, dans le Dit lim an ni, je ferai placer au premier jour du mois qui l’est consacré, les dons que l’on estime le plus. »

De nouveau le prêlro se prosterna.

Après quelques instants, il se releva, et s'adressant «à Nidinlahel :

« Dans un empire, il y a trois forces, trois puissances qui concourent à la stabilité du tout :

Les dieux, le roi, le peuple.

Des dieux viennent l'inspiration, le feu qui doit animer le corps des rois.

Le roi est la tête qui commande et dirige.

Le peuple est le bras qui tue et qui construit.

Un royaume sans roi est comme un fleuve dont les eaux sont taries; comme une forêt sans herbe; comme un troupeau sans pasteur.

Mais, de même que c’est par la vérité seule que le soleil échauffe, que la lune circule dans ses phases; de même que c’est sur la vérité que reposent les assises du monde ; de même, c’est par le secours des dieux qu’un roi devient renommé par les qualités du bien, instruit dans la justice, inébranlable en sa dévotion.

C’est par eux que la sagesse pose autour de sa tête des grâces assemblées et lui fait une couronne d’ornements.

C’est par eux qu’il devient semblable «à une retraite contre la tempête ; aux ruisseaux d’eau vivo dans les

terres sèches ; au vent; au feu ; an soleil ; à la lune, et plus tard, jouit de l'adoration des hommes.

Les Dieux t'ont choisi pour rendre à la grande ville des lois, sa splendeur passée.

Leur volonté s’est manifestée par l’entremise des prêtres ; c’est par notre bouche qu’ils te dicteront la conduite que tu devras suivre.

Ne t’en écarte jamais, car celui qui les écoute, les

prend pour guides et s’appuie sur leur force, est comme

un arbre planté près des eaux ; la chaleur vient, il ne la sent pas; sa feuille reste verte; en tout temps, il porte des fruits ; cet homme béni obtient en ce monde une protection universelle, et dans l’autre, son âme se fond en l’essence intelligente.

C’est de la sorte que le prêtre s’élève à toute la supériorité de la parole ; le guerrier jusqu’à posséder le trône de la terre; le commerçant à l'opulence.

Quant à l'homme qui se confie en l'homme ; qui, de la chair fait son bras, et dont le cœur se retire des dieux, il est comme une bruyère dans la lande, le vent passe et la renverse. »

Puis, désignant les deux quartiers deBorsippa et de Babylone, le prêtre ajouta :

« Que Borsippa la ville des dieux demeure àjamais

unie à Babylone, la ville des rois, et le reste des hommes leur sera soumis.

Souviens-toi ; Sémiramis’ s’est humiliée devant les

1 Sémiramis fut-elle en réalité la fondatrice do Babylone ? Les historiens sont loin d’ôtre d’accord. — Ctésias, et Diodorb qui l’a suivi, indiquent Sémiramis. — Quintb-Curcb dit que la seconde opinion, celle qui rapporte les constructions à Bêlus, est la plus accréditée. — Ammikn-Marcblun donne il Sémiramis la construction des murs, à Bôlus celle des palais — Enfin, Hérodote pnrle d’une Sémiramis, mais bien postérieure à la fondation de Babylone. — Pour expliquer cette difficulté, quelques auteurs ont admis une seconde Sémiramis qui aurait été la femme de Nabonassar, la Sémiramis d’IIérodoto alors, mais bien postérieure à la première, puisque Nabonassar régnait en 747, l’ôre que ce roi a inaugurée commençant à cette date. — Volnby, Recherches nouvelles sur l'Hist. anc ., partie III, Chronologie des Babyloniens, tente de mettre d'accord en supposant une erreur commise, non par Hérodote, mais par les prêtres chaldéens consultés par l’historien. — D’un autre côté, Miot, tome I, p. 212, note 55 de sa Trad. d’Hérodote, pense que Sémiramis a réellement vécu à l’époque indiquée par Hérodote. Babylone n’a pas pu acquérir tout d’un coup, dit-il, une telle importance. Sémiramis n’a paru qu’à l'époque de Nabonassar, et : « C’est alors seulement qu'elle aura exécuté, soit comme reine, soit comme régente, les travaux que son génie, son goût pour les grandes choses, et surtout sa politique, ont dû lui faire entreprendre, tant pour sa gloire que pour offrir un asile aux peuples qu’il était de son intérêt de dérober à la puissance chancelante de Ninive, et mettre cet asile en sûreté. •» Et l'imagination, l'orgueil, la vanité des peuples aidant, on a réuni sur une seule tête toutes les merveilles d’un empire. — Enfin, tout ceci est si pou prouvé, que l'on s’est môme demandé si Ninus et Sémiramis ont existé; voyez ci-dessous Appendice, au mot Ba-

dieux . Et quand ceux-ci voulurent la rappeler à eox, on vil une bande de colombes se poser sur les terrasses de son palais. La reine disparut; mêlée û ces oiseaux, elle s'était envolée vers les sphères célestes.

Maintenant encore on la vénère comme une divinité, et la colombe lui est consacrée.

Nabuchodonosor, le roi pur de tonte injustice est toujours demeuré devant la face des grands dieux.

Et, grâce à eux, il a écrit dans les frises des portiques, la gloire de son nom; il a restauré la pyramide et la tour ; il a joui de la stabilité du trône et de la victoire du glaive.

A cause delui, sa race a trôné dans Bahylone durant des soses ‘ et y a septuplé le nombre des naissances.

bylone. Cependant les monumonts nous ont redit le nom d'un Ninnip ou Ninnip-Paloukin, sans lui assigner de date ; celui d'une Dercéto , nom donné par les Grecs à la mère de fémiramis ; et, dans les listes royales, on trouve une Semouramit qui pourrait bien être celle d’Hérodote, et qui prouve tout au moins que ce nom n'était point inconnu à l'Assyrie.

1 L'auteur du Dabislan (livre do mœurs), Monseu, dit que les Chnldéens comptaient par cycles arbitraires formés par la multiplication des nombres sacrés, 3, 6, 12, les uns par les autres, et formaient ainsi les soses, les nères, les tares.

„ Les traditions chaldéennes ne comptent point par années, ditM. de Riancst, op. cil., t. 1, p. 133. Elles divisent le temps par tranches énormes de soses, de nères, de sares. Les soses, les plus faibles cycles ne se composaient que d'un total de GIT* ans; mais les nères étaient une somme de GOO ans qui mulli-

Avec l’assistance de ces puissants protecteurs, tous ces temples il les a construits. »

Et le prêtre montrait de la main, le temple des encens élevé à la gloire de Mérodach ; celui de Mylitta, en forme de coupole; deNébo; deSin; le temple

pliés par 60 ou par le uorobre décuple 600 donnaient un produit de 3,600 ou même de 36,000 ans. Pour apprécior ces chifTres & leur juste valeur, il faut savoir que la première période du monde qui aurait duré 120 sares, c.-à-d., 432,000 ans ou même 4,320,000 années, est remplie par dix vies humaines. » Enfin, coniinue M. de Riakcey dans la note 2 do la page 135 : « Les Chaldècns confondirent souvent, par la similitude des mots et l'identité de l’étymologie, les jours et les ans. Or, en réduisant les sares de 3,600 ans à 3,600 jours, on trouve que la durée des dix premiers règues chaldéens dont parle Bérose, et la vie des patriarches selon Moïse, est & peu près la mémo. 11 y a dix patriarches. 11 y a dix rois antédiluviens. Xisuthr, le Noé chaldéen, et Noé de la Bible, sont le même personnage. » — A côté de cela, nous voyons les Chinois apporter des chronologies de 200,000 années, les Hindous de pins de 4,000,000.... « Ces calculs infinis de générations et de siècles, dit Cbateacbriaed, Génie du Chritlianisme, liv. IV, c. t, ont leur source dans la faiblesse naturelle au cteur humain. Les hommes qui sentent en eux-mômes un principe d'immortalité, sont comme tout honteux de la brièveté de leur existence ; U leur semble qu'en entassant tombeaux sur tombeaux, ils cacheront ce vice capital de leur nature, qui est de durer peu, et qu’en ajoutant du néant à du néant, iis parviendront à faire une éternité. Mais ils se trahissent eux-mômes et découvrent ce qu'ils prétendent dérober ; car plus la pyramide funèbre est élevée, plus la statue vivante placée au sommet diminue, et la vie parait encore bien plus petite quand l'énorme fantôme de la mort l’exhausse dans ses bras. »

carré de Samas, l’arbître suprême des litiges ; de Nana; d'Ao qui préside aux augures, et celui de la souveraine de la maison d’Oannès 1 .

« Enfin, c’est par la grâce et la splendeur des dieux ses maîtres, qu’il a forcé ses serviteurs à lui obéir; c’est par la prière qu’il a obtenu la défaite de ses ennemis ; c’est par elle, qu’il a été en son pouvoir, chaque année, au jour de l’éclair, delà nouvelle pluie, d'exposer dans les temples, les délices des dieux de la pyramide et de Babylone; ainsi que les dons des pays qui relevaient de sa domination 3 . »

* D'après les inscriptions; voyez M. Oppbrt, op. cil.

* « Nabuchodonosor, roi de la justice, le pasteur véritable des peuples, le guide de l'humanité qui dirige l'adoration due aux dieux Del-Dagon, Soleil et Mérodach, qui exécute leurs décrets profonds, le maître do la vie, le monarque auguste et sans reproche, reconstructeur de la pyramide et de la tour, ülsaîné de Nabopolassar, roi do Babylone.

Mérodach, le grand maître m’a élevé à la royauté des nations, il m'a donné ces vastes plaines pour les gouverner. Je me remets humblement à Mérodach le dieu qui m'a créé. Il a appelé mon attention sur l'observation de ses préceptes, il a manifesté devant moi ses oracles les plus obscurs, ses lois suprêmes.

Au premier jour do la fête sublime imara, la fête de la main suprême, jour do l'éclair, de la nouvelle pluie, j'ai fait exposer los délices des dieux de la pyramide et de Babylone, le poisson, l'oiseau, le usummu, le tribut, le trésor étranger, le disip, le khimit, le sizib, le dumuk, le saman (huile?), le kurunnu, le dasap, le sikar (vin ?) salu, le don suprême, ainsi

Un instant il se tut.

11 se rappelait les grandes époques de Babylone, et tous les évènements accomplis, il les voyait comme une fleur qu’il aurait tenue dans sa main.

Suivant le cours de ses pensées, il continua:

« En tout ceci se montre la main des dieux. Ils ont fait que nous avons pu sauver la plus grande partie des richesses amassées dans les temples depuis des éternités. L’avarice des conquérants ne les a point su découvrir.

Toutes les dépouilles des pays d’izallu, do Tuïmmu, de Simmin, de Khilbun, d’Aranaban, de Soukha, de Bet-Kubal et de Bitat 1 , que Nabuchodonosor a fait entrer commeleseaux de fleuves qui ne seraient plusà leurs sources, dans la pyramide de Mérodach et de Zarpanit, nos deux maîtres, y sont encore renfermées.

Au besoin, pour le soutien de notre indépendance, nous te les livrerons.

que les dons des pays Izallu, Tuïmmu, Simmin, Khilbun, Aranaban, Soukha, Bet-Kubat, Bitat (pays conquis), comparables aux eaux des fleuves qui ne sont plus 4 leurs sources, dans la pyramide de Mérodach et de Zarpanit mes deux maîtres ... » M. Oppsrt, op. cil., trad. d'insc.

1 Ce sont probablement des pays de Syrie, comme le semble impliquer le nom de Khiibvn, Helbon. Les autres noms sont en partie inconnus.

Tous les dons des hommes pieux, les vêtements, les étoffes bleues, pourpres, teintes avec du beromf, et du safran ; les bois d’ébène, de cèdre, de cyprès, coupés sur le mont Amanus, aux belles forêts, tu pourras en disposer.

Dans les grands vases de terre rangés dans les caveaux, tu trouveras de l’or, de l’argent.

Nous en tirerons encore des riches.

Tu décréteras des impôts. Tu réclameras les chevaux, les mulets, les bêtes de somme, les armes.

Les pauvres ensemenceront les terres ; travailleront aux revêtements des murs; mouleront les briques, forgeront les armures.

Et déjà, ne vois -tu pas cette lueur qui s’élève sur Halalat, immense comme celle d'un vaste incendie.

Ah, c’est que Babylone ne manque pas d'hommes forts, dont la haineest exaspérée.

S’il le faut , nous enlèverons l'or pur d’Ophir 1 ,

* L'or d'Ophir fut pour Iss anciens, Phéniciens, Israélites, ce que l’or du NouveauMondo fut pour les Espagnols.

Dans le livre 1 des Rois, XXII, 49, on voit le roi Josaphat équiper une flotte pour aller chercher de l'or à Opbir. « Josaphat équipa une flotte pour aller quérir de l'or à Ophir; mais elle n'y alla point, parce que les navires furent brisés à Hetsjon-Guébor, » Asiongaber.

Mais, qu'était-ce que le pays d'Ophir 1 — Calmet a placé l’Ophir en Arménie ; — de Hardt en Phrvgie ; — Oldermann

l’argent et les métaux qui recouvrent les temples. Nous les dépouillerons des pierres précieuses qui les or nent, de tout l’ivoire apporté des îles de Kittim.

Nous irons soulever les contrées des Akkad 1 et des Soumir.

Nous t'amènerons des guerriers et des armes de Cu-

en Ibérie; — Arias Montanus, Guillaume Postel au Pérou; — Christophe Colomb à Hispaniola; — d'autres dans l'Inde; — d’autres encore et parmi eux Niebuhr en Arabie; — d'autres sur la côte orientale de l’Afrique; — enfin, M. Hœfcr émet l'opinion que le nom d'üphir ne s'appliquait pas à une contrée particulière, mais que c'était une dénomination générale pour tout pays riche en or et en objets précieux. Voyez M. Hœfeb, op. cil., page 50.

Généralement, l'Ophir est regardée comme une contrée de l'Inde. On trouvera dans l’ouvrage do M. Hcefeb, page citée, une savante dissertation sur le pays d’Ophir, et l’indication des principaux ouvrages qui en ont traité.

1 Bochabt croit que le pays des Akkad est la Siltuce dos auteurs profanes. — Suivant la Bible, Nemrod, ce puissant chasseur devant l'Eternel, fonda, outre Babylone, Erech, Akkad et Calneh, dans la \ allée de Sennaar. Genèse, X, 10.

Or des débris existent encore. Par le 31° 19’ de latitude, et par le 45° 40’ de longitude, à quinze milles do Larsa, «< paraît autour d’un monticule une vaste enceinte formant un cercle irrégulier et mesurant plus de six milles de circonférence, (près de sept kilomètres). Des ruisseaux nombreux l'arrosent, elle est parsemée de restes d'édifices, dont la plus grande hauteur n’est pas moindre de cent pieds. « Ces constructions rudes et primitives, sont manifestement de l'époquo «la plus reculée, et rappellent celles des premiers étages de Babel. » Rawlimson. — C'est Warka, l'Erech ou l'Orech de nos livres saints. » M. do Riancky, op. cit., t. 1 p. 108.

tha, le séjour du dieu Nergal ; d’Orchoé ; de Sippara ; de Nipur, la demeure d'Oannès ; de Larsam ; de Chalanné;deZari'... »

Pour écouter, le prêtre s’arrêta.

Une psalmodie lente, douce, croissante par intervalles, montait jusqu’à eux, à demi étouffée.

Les voix arrivèrent plus distinctes, plus fortes ; le rhythme était saccadé, de plus en plus.

1 Nipour, Ni fer. — Clialanné, Kataeh de la Bible, Mugbeir.

— Sippara, Sofeira. — Larsam, Senkereh. — Zari, Zerghoul.

Des légendes inscrites sur des briques nous redisent les travaux qu'a exécutés, dans la plupart de ces villes, le roi Uruk, Ouiuk ou Urkarn, l'Orchomus des Latins, Ovina, St clam. IV, le septième successeur de Bel, Bcl-Nemrod probablement. Les monuments construits par ce roi étaient faits d'assises de briques superposées et assez mal jointes. M. Lomjs, Chaldxa and Susiana, les a décrits et mesurés. « L un d eux n’est autre que la colline de Bowarieb & Warka Le regard s'ef-

fraie à contempler cette masse de deux cents pieds anglais de largeur, de plus de cent pieds de haut, dont la contenance cubique est de 3,000,000 de pieds, et pour l’exécution de laquelle il a fallu plus de 30,000,000 de briques. » M. de ttixxcey, op. cil., t. 1, p. III. — Le temple de Mugheir était rectangulaire, ses angles étaient orientés sur les quatre points cardinaux. Du N. -B. au S.-O. il avait de longueur 198 pieds; du N.-O. au S.-E. 133. Ce devait être un b&timont à trois étages dans le genre do la tour de Babylone. Loftcs, op. cil.

— On y trouve des tombeaux ; et & côté des cadavres, on avait placé des lampes, des vases, des cylindres métalliques gravés, des armes do bronze ou de pierre, des bracelets et des colliers de bronze. Rawunso.x, The fi ce gréai monarchie s of the ancient liastem t vold.

Puis, toul à coup, le silence se Ot.

« Ils sont là, reprit le prêtre ; dans le sanctuaire de Mérodach, ils nous attendent.

Ce que j’avais à te dire en présence de la face Vénérée du Dieu qui nous voit et m’entend, je l'ai terminé.

Seras-tu cet homme rempli de la crainte des dieux, confiant en leurs prêtres, secourable à tous les êtres, et trouvant son bonheur dans le bien do ceux qui lui seront soumis. »

Nidintabel répondit :

« Je le serai. »

Ils redescendirent la rampe construite en voûte qui suivait la surface de la pyramide, et arrivés à la porte d’Hilisut, le prêtre poussa les battants dorés.

Ils entrèrent dans le sanctuaire.

Les ministres de San, le dieu soleil, portaient des robes dorées ; ceux de Sin, le dieu lune, des robes d’argent; ceux de Ninip étaient revêtus de robes noires.

A leur tunique orange, on reconnaissait les serviteurs de Mérodach ; à l’écarlate ceux de Nergal ; a la stole blanche ceux de la déesse Nana ; à la robe bleue, ceux de Nébo.

C’étaient là les couleurs qu’affectionnaient ces dieux 1 .

Les prêtres étaient assis sur des escabeaux d'ébène qui s’étageaient sur plusieurs rangs.

Les grands prêtres dont les robes étaient toutes chamarrées de broderies, rehaussées de pierres fines, et alourdies dans le bas de franges d’or et de pommes d’émeraude, se tenaient au premier rang, tout en face de la statue du dieu, et près de l’autel de la souveraineté du sublime maître.

Aux coins de l'autel, l’encens fumait.

Et des lampes appendues à la voûte par des torsades de fils d'or, inondaient le temple de lumière.

La muraille était tapissée de longues et larges plaques de marbre chargées d’inscriptions.

Aux variations des pyroglyphes* , on distinguait les époques de l’écriture.

* Chacun des étages de la tour portait une de ces couleurs. — Voyez ci-dessous, Appendice, Tour à étages.

* M. Huefeh donne ce nom do pyroglyphcs, de pur feu, et de gluptô , je sculpte, aux caractères cunéiformes ou en coin. « Les hiéroglyphes sont propres aux monuments égyptiens, de môme que les pyroglyphes caractérisent les monuments érigés sous les dynasties des Achæménides, des Arsacidos et des Sassanides, c'est-à-dire à l’époque où le culte du . feu était en quelque sorte la religion de l'état chez les mattres de l'Asie. » Les pyroglyphes étaient l’écriture sacrée des Perses, comme les hiéroglyphes l’étaient de l'Egypte, t On ne la voit

Les plus anciens dataient du règne d'Assar-Haddon 1 ; d'autres provenaient du roi Nabuchodonosor * ; les derniers étaient du temps de Nériglissor 8 .

L'inscription d’Assar-Haddon indiquait que l’on devait à ce prince la construction de la pyramide ; que par un décret, il en avait fixé l’année et le jour.

Et le scribe avait laissé parler le roi lui-même :

« En présence du dieu Mérodach, je me prosternai, et assemblai la totalité de mes armées, et mes peuples delà Basse-Chaldéo dans toutes leurs tribus. J’allumai du bois d’aloès, et je déposai ma tiare en guise de signe heureux. »

Plusieurs lignes relataient quels matériaux le roi avait réunis.

« Alors, je mis ma tiare sur ma tête, ordonnai

quo sur les monuments et les objets relatifs au culte. Mais les Perses avaient sans doute une écriture démotique d'un usage plus commun. »

* Assur-akh-iddin. M. Oppbrt a traduit dans les Annales de philosophie chrétienne, t. G5, p. 201, les inscriptions du prisme d’Assar-tiaddon publiées par MM. Layard et Raw- L'NSON.

* Nabuchodonosor, Nabu-cad-netzar, Nabuchadanachara, Nabu-chudur-assur, le restaurateur de la pyramide et de la tour.

* « Nergal-sarr-azar, le roi de Babylone, conservateur de la pyramide et de la tour-, celui qui accomplit do grandes choses, » d : t une inscriptiol .

aux grands de se prosterner. Dans une tente couverte de peaux de veaux marins, construite avec de l’ébène, du santal et du lentisque, je me réseï vai un endroit pour moi, et fis mouler les briques de la pyramide, le temple des grands dieux, et pour ses mei veilles, car, Babylone est la ville des lois* . »

Plus tard, le temple ayant souffert des injures du temps, des restaurations avaient été entreprises, des embellissements faits par Nabuchodonosor.

« Dans la pyramide, le temple de la souveraineté de Mérodach, j’ai commencé la restauration de la cellule des oracles, le lieu du repos du maître des dieux. En marbre, j’ai construit son dôme; j'ai recouvert avec do l’or massif, comme l’orient et l’occident, le cuivre et le plomb de sa coupole.

Les portes de la pyramide, celles de Kuzbu, de Hilisut, celle delà tour, je les ai rétablies. »

Et plus loin :

« Cet autel est l’autel de la souveraineté du sublime maître des dieux, Mcrodach. Un roi antérieur l’avait fait construire en argent, je l’ai fait revêtir d’or pur d’un poids considérable.

Le palladium de la pyramide, je l’ai fait en or mas- 1 Voyez M. Oppert, op. cil., t. 1,1. II, ch. vin.

sif ; le symbole mystique de Mérodach, jel’ai faitémailler en zarir 1 et en pierre, de sorte qu’il représente les étoiles du fu marnent.

Le sanctuaire de Babylone, je l’ai rebâti et restauré ; c’est le temple des bases de la terre dont j'ai élevé le faîte en briques et en cuivre.

Car à la reconstruction de la pyramide mon cœur a été dirigé par le Dieu.

Des cèdres du Liban furent appropriés à la charpente de la cellule des oracles, le lieu où repose sa royauté. Les poutres de cyprès furent recouvertes d’or pur, et les traverses inférieures de même bois, émaillées d'or, de métaux et de pierre.

La tour à étages, Bit zi (la , est le siège du Dieu du troisième mois,... Nébo. Néanmoins j’ai établi un lieu de repos à Nébo dans la pyramide même, et recouvert d'or le seuil, les jambages et les gonds ; à ce temple, j’ai donné l’éclat du jour*. »

Le roi Nériglissor s’était occupé de fortifier la pyramide; tout autour, il avait construit un mur d’enceinte.

« Les grilles en airain qui sont dans les ouvertures voûtées de la pyramide, pour monter aux statues en

1 Du verre, probablement.

1 Voyez M. OprEnT, op. cU. } t. 1, I. H, ch. \ • .

argent, et près du seuil où s'arrête l'homme pieux, aucun roi antérieur ne les avait restaurées dans la porte du soleil levant, la porte du canal, la porte du Dieu de tous les Arabes et la porte des mille paroles vaines 1 * . Et puisque c’est un lieu de contrition et d’adoration des dieux, je les ai refaites. Les huit grilles en airain que j’y ai adaptées (que devant elles l’adversaire et l’ennemi tremblent dans la peur de mourir), je les ai ornées et recouvertes d’argent 3 . »

Il avait encore réparé les statues en argent des portes et des voûtes.

Puis, entre ces pages d’écriture, régnaient de longues lignes de figures symboliques.

C’étaient des prêtres promenant sur des autels portatifs et dans des pyréthcs le feu éternel; d’autres, avec le char du soleil sur lequel était sculpté un cheval blanc, symbole de la divinité; de longues théories d’animaux à tête de vautour, ailes d’aigle, corps d’homme; d’autres à corps et face humaine, aux longs cheveux tressés, barbe bouclée, ailes d’aigle; un bour-

1 Ces quatre portes de Nériglissor, celle du soleil levant, à l’est; celle de tous les Arabes, au sud; du canal, à l’ouest; des mille paroles vaines, au nord, étaient des ouvertures visibles de l’extérieur, construites à différentes hauteurs pour ar-

river des voûtes do la rampe au jour. D’après M. Oppbrt.

! Voyez M. Oppert, op. cit., t. 1,1. II, ch. vin.

geon sort épanoui du sommet de la tête, c'est le symbole du principe fécondant ; des Oannès enfin avec une hure de poisson qui leur couvre la tête, la peau et les écailles enveloppent tout le corps. Ils ont une main étendue dans le geste de l’enseignement, et l’autre tient un vase sacré.

Toutes ces représentations, sculptées de profil, peintes de vives couleurs, semblaient, de leur œil taillé de face, regarder curieusement dans le temple.

A côté des grands prêtres, était venu prendre place celui de Mérodach.

Nidintabel s’avança près de la statue du Dieu, et se mit sous sa protection en prenant les mains du grand seigneur auguste 1 :

« J’en prends mon maître à témoin, dit-il, je serai le roi que vous souhaitez, bienfaisant pour qui respecte les dieux ; terrible pour qui les offense.

Tel qu’il pleut durant les quatre mois humides ; tel j’inonderai mon empire de bienfaits.

Pour ceux que j’aime et ceux que je n’aime pas, ma justice sera la même.

1 « Je pris les mains du grand seigneur, l'auguste dieu Mérodach, ... » dit Sargon. Voyez MM. Oppkbt ot Mbkàst, tes Fastes de Sargon, in-f, lmp. impôr.

Comme la lune verse la joie dans les cœurs, ainsi je ferai que tous mes sujets se réjouissent en moi ; comme la terre nous porte, ainsi je les soutiendrai. Durant mon règne, la justice sera ferme et stable comme un taureau sur ses pieds et la vérité régnera.

Mérodach, Nébo qui t’engendres loi-même, et vous dieux puissants, soyez entièrement propices à mes œuvres pour ma gloire. Accordez-moi pour toujours une vie jusqu’aux temps les plus reculés ; une fécondité septuple; la solidité du trône ; la durée de la victoire; la pacification des rebelles: la soumission des pays ennemis. Dans les colonnes de la table éternelle qui fixe les sorts du ciel et de la terre, consignez le cours fortuné de mes jours, inscrivez la fécondité »

Devant la statue du Dieu, il se prosterna.

Alors les grands prêtres se levèrent, et, croisant les bras sur leur poitrine, joignant les mains, dans l’altitude de la prière, chacun à leur tour, sur un rhythme lent et saccadé, ils psalmodiaient ces litanies :

« Sin, chef puissant, ne trompe pas l’espoir de ceux qui t’invoquent,

San, brillant dieu du feu, lumière du monde, conducteur du jour, sois à jamais le guide des expé-

* D’uprès les inscriptions.

ditions favorables, le conculcateur des résistances.

Vul, prince prévoyant des airs, ne cesse pas de faire régner sur ces lieux l’abondance et la fécondité ; de protéger les canaux de l’irrigation.

Nin, lumière des dieux rayonnant sur les nations, bénis le palais des rois, et donne à ses images un éclat spontané; jusqu’aux jours les plus reculés, veille sur leurs issues; fais demeurer le bonheur et la béatitude dans leurs maisons, jusqu’à ce que le taureau sculpté, ton image, se meuve de leur seuil.

Mérodach, préside à la bonne justice, sois le support de la souveraineté, le gardien des trésors.

Nébo, toi le voyant, toi le prophète, accorde longuement au roi le sceptre de la royauté pour gouverner les peuples.

Et loi, Nisroch, seigneur des mystères de l’hymen, toi qui as béni la race de Sargon, donne à notre roi d’augmenter sa famille. Ecoute la voix de l’épouse, aide ses œuvres, et que des enfants lui soient accordés 1 .

Quo San pour ces œuvres de bien s’unisse à son

1 Sur une des briques de Ninive, on lit : « Nisroch, seigneur des mystères do l'hymen, augmente la famille de Sargon, roi du monde, roi d’Assyrie, qui a construit ce bûtiraent nuptial . . . Ecoute la voix de l'épouse, aido ses œuvres, que des enfants liv soient accordés. *»

épouse Aï-Gula, la maîtresse de la vie ; que Yul consulte Salam-bô ; que la Grande Dame soit avec Sin.

Qu’Ana, le seigneur des esprits inférieurs et de la mort; que Bel, le maître de la terre; qu’Oannès, le dieu de l'abîme des eaux, se joignent à leurs reines, Anat, Mylilta et Dawkina, pour que notre roi soit grand dans sa progéniture, multiplie sa race, soit entouré de la plus haute splendeur, et, dans l’exaltation de son cœur, se réjouisse de pouvoir accomplir ses vœux, atteindre son but et rende sa magnificence sept fois plus illustre 1 . »

Quand ils eurent achevé, Nidintabel se releva.

Le grand prêtre de Mérodach le revêtit des insignes royaux, et tous le saluaient en disant :

« Nabuchodonosor, fils de Nabonide notre roi, vis éternellement*. »

Le lendemain, errant dans les grandes salles du palais, sombre et mélancolique comme un augure; triste au milieu de sa toute-puissance comme un époux veuf de son épouse, le roi entendait la multitude assemblée autour des murailles s’écrier :

1 D’après les inscriptions.

* « . . . Nidintabel qui a fait un mensonge en disant : Je suis Nabucbadanachara, Dis de Nabonis, roi de Dabylone,... » dit l’inscription de Bi-Sutoun.

« Gloire au malkha divin, protégé de Sin, favori d’Oannès, pupille des yeux d’Ao le dieu qui abreuve les dieux.

Vie éternelle au roi qui ne saurait être remplacé ; au pasteur des peuples; au puissant empereur qui exalte Nébo; au sauveur, au sage qui prête son oreille aux injonctions du dieu suprême.

Gloire, gloire dans tous les âges, au vicaire des dioux 1 . »

1 D'après los inscriptions.

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