‹ Nidintabel; la Perse ancienneChapitre 12 sur 14 · DARIUS · texte numérisé non relu

DARIUS

Le siège avait duré vingt et un mois.

Pour châtier Babylone de sa révolte, Darius fit empaler trois mille d’entre les premiers de la ville; au reste, il permit de l’habiter. Il ordonna aux nations voisines de fournir des femmes pour la repeupler, et à chaque peuple il régla le contingent; on en amena cinquante mille.

Enfin il fit abaisser les remparts, arracher les portes.

Une seule subsistait, on n’avait point osé la ren-

verser, parce que, sur la terrasse, se trouvait le tombeau de la reine Nitocris.

On en prévint le roi ; on lui dit que sur la tombe on lisait une inscription.

Darius y vint; on lui lut ces mots que la reine ellemême avait fait graver :

« Si quelqu’un des rois qui me succéderont à Babylone vient à manquer d’argent, qu’il ouvre ce sépulcre, qu’il en prenne autant qu’il voudra; mais qu’il se garde bien de l’ouvrir pour d’autres motifs, cette infraction lui serait funeste. »

Darius fit desceller la tombe. Mais il n’y trouva que le corps de la reine et cette autre inscription :

« Si tu n’avais pas été insatiable d’argent et avide d’un gain honteux, tu n’aurais pas violé le tombeau des morts. »

Furieux d’une telle mystification, Darius fit raser la porte et jeter au vent les cendres de la reine.

Enfin, pour récompenser Zopvre, il l’honora comme pas un jusque-là ne l’avait été.

Il le nomma gouverneur de Babylone, jusqu’à la fin de sa vie, sans tribut.

Tous les ans, il lui envoya les présents que les Perses estiment le plus ; et souvent il répétait :

« J’aimerais mieux que Zopyre n’eût pas été si

horriblement mutilé que de conquérir vingt Babylone outre celle que je possède. »

Pendant que Darius achevait de ramener la Babylonie à l’obéissance, les autres provinces s’en détachaient.

C’était trop tard.

La révolte devint générale dans la Perse, la Susiane, la Médie, l'Assyrie, l’Arménie, la Parlhie, la Margiane, la Sattagydie et la Sace.

Mart’iya qui avait soulevé la Susiane, fut mis à mort par les habitants eux-mêmes, à l’annonce seule de la marche de Darius contre eux.

EnMédie.Phraortèssemità la tête de la révolte. Darius, pour s’opposer à lui, envoya un corps de troupes commandées par le persan Hydarnès, en lui disant :

« Salut, combattez dans la Médie tout ce qui ne m’est pas soumis. »

Près de la ville de Ma..., les Mèdes furent mis en déroute, le six du mois d’anamakahiya. Les Perses s’établirent à Kapada en attendant l’arrivée du roi.

Dadarsès partit en Arménie ; il battit les troupes de cette province, le six du mois de Ihurawarahiya; le dixhuit du même mois, près du château de Tigris ; le

neuvième jour de thaïgarcis près du château d'Arménie.

Puis il se sépara lui-même de Darius ; Vomisès fut envoyé contre lui ; une première rencontre eut lieu dans un canton d’Assyrie le quinze d’anamakahiya ; une seconde à A’utiyara, en Arménie, dans les premiers jours de thurawahariya.

La guerre durait alors depuis plus d’une année ; Darius se rapprocha des provinces où elle avait lieu ; de Babylone il se rendit en Médie. Phraorlès avec son armée s'avança vers Ghudrusie ; il fut vaincu le vingt-

six du mois de Avec sa cavalerie, il marcha sur

Rhagès ; les Perses le poursuivirent. Fait prisonnier, conduit devant le roi, on lui coupa le nez, les lèvres et les oreilles, on le chargea de fers, on l'exposa publiquement aux portes de son palais. A Ecbatane, on le mit en croix.

En Sagastie, Chitratak’hma fut traité comme Phraorlès. Il fut mis en croix à Arbèles.

Dans la Parlhie, l’Hyrcanie, la Perse, une seconde fois à Babylone, des événements semblables eurent lieu.

Enfin, résumant l’inscription qu’il avait fait tracer sur le rocher que l'on nomme Bi-Sutoun, Darius put écrire :

« Ainsi, tout s'accomplit heureusement par la grâce d'Ormuzd ; j’ai soumis par dix-neuf combats les

provinces révoltées ; j’ai fait neuf rois prisonniers

Ce que contient celte inscription est la vérité même

Voilà ce que j’ai fait par la grâce d’Ormuzd. »

A Bi-Sutoun encore, touchant aux quatorze tablettes d’inscriptions qui redisent la gloire de ce règne, il existe un bas-relief historique et religieux à la fois, qui dépeint aux yeux le résultat de ces événements.

Le roi, dans son costume royal, debout, et tenant de la main gauche un arc appuyé sur le sol, est suivi de deux officiers qui portent, le premier un arc, le second une lance.

Darius, sous ses pieds, foule un ennemi renversé qui demande grâce, et reçoit neuf prisonniers de costumes divers, têtes nues, avec les mains liées derrière le dos, et attachés l’un à l’autre par une corde passée au cou.

Au-dessus de cette scène plane le férouer du roi, le mihr, dont on ne voit que la partie supérieure, le reste se perdant sous un ample vêtement; un grand cercle cordelé est passé autour de la taille ; de la main gauche il tient un anneau ; et la droite, il la lève en signe de commandement.

Toutes ces représentations sont de grandeur colossale.

Des inscriptions se rapportant aux figures du tableau se trouvent dans le champ même du bas-relief et sur la plinthe.

L’homme que le roi foule aux pieds est Gomatas, il porte une longue robe, a une forte chevelure, une barbe pointue. Au-dessous, on lit :

« Il a fait un mensonge, car il disait: Je suis

Bart’iya, fils de Cyrus, et je suis roi. »

Le premier des captifs, à longue tunique, sans ceinture est :

« Athrinèsqui a fait un mensonge ; il disait : Je

suis le roi de la Susiane. »

Le second, à courte tunique, serrée à la taille par une ceinture à agrafes, chaussé de bottines est :

« Nalilalabirès, qui a fait un mensonge en di-

sant : Je suis Nabukliadanachara, fils de Nabonis et roi de Babylone. »

Puis, viennent Phraortès ; Mart’iya; Chilratak'hmès Véisdatès ; Arak’ha de Babylone ; Phraalès, le roi de laMargiane, elle scythe Sarak’ha, le seul qui ne soit point accusé de mensonge.

Son corps est couvert d'une tunique, attachée au cou, descendant peu au-dessous du genoux et serrée

à la taille par une ceinture. Il n’a pas de chaussure, et sa tête chevelue, barbue, est couverte d'un grand bonnet pointu qui s’incline en arrière 1 .

Les révoltes comprimées, c’est celui-là contre lequel Darius avait tourné ses armes ’ .

1 Telle est en substance l'inscription fie Bi-Sutoun. — M. J. Oppert, op. cil., tome 2, livre II, chapitre v, pages 238 à 250, en a donné une traduction complète. — M. Oi pert, d'après cette inscription, a restitué les dates des expéditions de Darius :

— Décembre 520, Darius force les Babylonions à se retrancher derrière les murs ; — Janvier 517, le siège commence ; — Août 518, lin du siège, la Médie, l'Arménie se soulèvent ; — Novembre 518, défaite des Mèdes...

* Dans l'inscription do Bi-Suloun, Darius se vengeait sur un prisonnier de la défaite qu'il avait essuyée chez les Scythes.

— « Les Thracos et les Gètes sont soumis, dit M. de Riakcey, mais les coureurs scythes échappent aux bataillons iraniens. Les Perses s'égarent dans les solitudes; les fatigues, les maladies diminuent l'armée, qui est forcée de revenir, en Asie, morcelée et presque détruite. Le Grand-Roi fut trop heureux de retrouver le pont de l'Isler conservé; le petit tyran de la Ghereonèse, Milliade d'Athènes, eût voulu lo détruire. 11 savait déjà que les Perses avaient pris pied jusqu'en Thracc, jusqu'en Macédoine, que lo roi de cette dernière contrée avait fait hommage à Darius ; que Lemnos et lmbros étaient prises, et il pressentait l'invasion de l'Hellade. » Heureusement, l'avis d'Hisliée de Milet prévalut, le pont subsista, Darius fut sauvé. Voyez Hérodote, IV, i et seq. — « A peine échappé aux steppes du nord, Darius combattit les pacifiques Hindous. Le grec Scylax, suivant lo cours de l'Hindus, le Sind, était descendu vers la mer. Le pays de montagnes situé au nord de ce fleuve fut réduit sous la domination persane. Darius

L’empire était formidable cent soixante-cinq mille deux cents lieues carrées, en superficie ; une armée nombreuse ; des revenus qui se montaient à cent quatre-vingt dix millions, produit net, puisque les provinces elles-mêmes devaient fournir à toutes les dépenses des services publics*. Darius put se reposer dans sa gloire en disant :

« Parce que je n’étais ni irréligieux, ni menteur, ni

triomphait par lui-même, et en môme temps son lieutenant Aryandès comprimait par une expédition contro Barce un soulèvement de l'Egypte. C'était la pacification générale. »

' Darius, le Grand Roi, dit: Voici les pays que je possédais-, par la grâce d'Ormuzd, je devins leur roi : Perso, Elam, Babylonie, Assyrie, Arabie, Egypte, les peuples de la mer, Asie Mineure, Ionie, Médio, Arménie, Cappadoce, Parthie, Sarangie, Ariane, Chorasmie, Raclriane, Sogdiane, le Paropanisus, les Saces, Sattagydes, Arachosie, Macée, en tout 23 provinces. — Trad. de l'inscription do Di-Suloun, M. J. Opi-biit, op. cil., orne 2, liv. Il, cbap. v, p. 238 à 250.

* « Les dix mille « Immortels > faisaient au monarque une brillante et valeureuse escorte. Chaque année le souverain passait la revue de ses troupes, et ses ministres • yeux et oreilles du roi, » parcouraient les camps et les garnisons, ranimant la discipline, récompensant le mérite et punissant les négligences.

Au premier mot du schah, toute celle multitude se levait en armes. Un rendez-vous était donné dans une des vastes plaines asiatiques, et alors le monarque, traîné sur un char éclatant, faisait marcher ses armées vers le nord ou vers le midi, l'orient ou lo couchant, selon son bon plaisir, selon le caprice d'une femme ou la haine d’un satrape. • — M. Ruhcet.

tyran, Ormuzd et les autres dieux qui existent m'ont été propices’. »

Par imitation de ses prédécesseurs alors, il songea à augmenter les palais d’Istakhar’ .

1 Les peuples sur lesquels ce roi régna en gardèrent un bon souvenir, et Eschtle, dans sa tragédie des Perses , prêtait au chœur les paroles que chacun se répétait après la défaite de Xerxès :

« Souterraines et saintes déités, dit lo chœur, et vous, roi des enfers, rendez Darius à la lumière ; ce n’est que ce roi qui nous pourra indiquer le terme de nos malheurs si nous devons en redouter encore.

Entend-il mes lamentations, ce roi qui vivra à jamais, co prince qui égale les dieux. Mes gémissements vont-ils jusqu'à luiî

O prince des ombres, permettez à cette ombre glorieuse, à ce dieu que l’on vénérait jadis à Buse, de quitter vos demeures ; qu’il vienne, ce roi qui n’eut point son égal en Perse...

Jamais, en des guerres destructives, il n’a perdu ses armées-, nous le croyions inspiré des dieux, et cela était, puisque ses armes furent sans cesse triomphantes...

Qu’il vienne, ce père de son peuple, ce roi irréprochable... »

* « La chaîne de rochesMe marbre gris, qui porte encore le nom de trône de Djem-Scbid, s’arrondit en un immense amphithéâtre qui sert d'enceinte à un édifice formé de blocs énormes unis l'un à l'autre sans ciment et si admirablement rapportés que l'œil n'aperçoit presque point les jointures. Des escaliers de marbre donnent accès à trois étages de terrasses où dix cavaliers de front peuvent passer. Bur les pilastres qui ont survécu, des animaux fabuleux se dressent et paraissent garder les portes. Des colonnes cannelées, que trois

Mais, pour les conquérants rois de Perse, le repos ne pouvait être de longue durée. Au reste, les Athéniens venaient d’incendier Sardes ; l'Ionie se soulevait.

La révolte, il est vrai, fut promptement apaisée, et cruellement punie par les Phéniciens, qui servaient à la fois et la haine de leurs maîtres et leur animosité personnelle.

Mais ce soulèvement avait rappelé à Darius ses anciens projets contre la Grèce.

A la nouvelle de l’incendie de Sardes, il avait demandé son arc et lancé une flèche en s’écriant :

« O Dieu suprême, puissé-je me venger des Athéniens. »

Et depuis, chaque jour au moment du repas, un officier devait lui répéter trois fois :

« O Seigneur, souvenez-vous d’Athènes. »

hommes ont peine à embrasser et qui ne mesurent pas moins de dix -sept mètres de hauteur, soutiennent un péristyle sur lequel Mouvront des bàtimonts composés de nombreux appartements et décorés d'une foule do sculptures et de reliefs. . .

Le caractère général est identique aux constructions babyloniennes ; même style, môme grandiose, même symbolisme, mêmes inscriptions, avec plus de recherche et d'ornementation peut-être.

C’était bien la résidence des maîtres de l'Orient, de ceux en qui se résumaient les empires détruits et les monarchies écroulées. » M. de Riancey.

On résolut d’attaquer par terre et par mer.

Une flotte fut équiqée, dirigée contre l’Hellade, mais une tempête furieuse brisa les vaisseaux persans contre le mont Athos.

L’armée de terre traversait la Thrace, mais la tribu des Bryges vendit si chèrement sa liberté au satrape Mardonius qu’il fut obligé de revenir sur ses pas.

C’était peu de chose que ces pertes, pour la vaste domination de Darius, aussi bientôt fut-il préparé pour une de ces expéditions formidables, comme la Perse seule pouvait les organiser. Miltiade à Marathon sauva la Grèce.

Des révoltes encore, entre autres, en Egypte 1 , vinrent pendant dix ans, suspendre le cours des vengeances du Grand-lloi.

Il songeait de nouveau à l’Hellade, quand la mort vint le surprendre.

1 L'Egypte, satrapie de l'empire des Perses, était nommée Slcsraya, Mezraïm. — L'inscription de la statue d'Ouza-horpenrès, nous apprend qu'il avait été chargé par Darius • de rétablir le collège des hiérogrammates, de faire le recensement de la population, & laquelle Darius restituait tous scs droits comme auparavant, et de restaurer le nom de tous les dieux, leurs temples, leurs offrandes et la célébration de leurs panégyries à toujours. » Bhcgscu, ffist. d'Egypte, t. I, p. 273.

APPENDICE

APPENDICE

ZOROASTRE, — ou suivant les diverses orthographes et les divers idiômes, Zcrdusl,Sapelman-Zerlocht, Zerdoucht, Zeraloucht, Sapélémaë Zèrèloschstrô, Zerathxislrd, était fils de Poroschasp, « posscsscurde nombreux chevaux, • et de Dogdo. — Voyez sa vie dai)3 Axocetii.-Dufebrox, op. cit.

On a traduit le nom de Zoroastre par •• astre pur, — étoile de pureté, » d’après le grec. — Diogè.ve de Laekce, in proemio ad vilas philos., l'a traduit par « celui qui sacrifie aux étoiles, » convertissant ainsi l’adorateur du feu ensahéen. — Hochant : « contemplateur des astres ; » — d’autres, « prince du secret, » — » ami du feu, » — « astre d’or. » — M. Ecgèxe Bcrxouf dans son Commentaire suite Yaçna, par « possesseur de chameaux jaunes. »

A quelle époque parut Zoroastre? — C’est là une grosse question. Le seul renseignement que nous donne VAvesta, à ect égard, est celui-ci : « Cet événement arriva à la (In d’une partie du temps livrée à Ahriman. »

On ne saurait non plus s’arrêter à l’opinion répandue dans l’antiquité, et qui faisait remonter Zoroastre à cinq mille ans avant la guerre du Troie. Cette opinion fut suivie par TIermodore le Platonicien; Hermippe, qui avait étudié à fond les institutions de Zoroastre; Xanthus; Plutarque, Isis et Osiris; Pline l’Ancien; Diogène-Laôrcc...

Platon nous parle déjà de Zoroastre comme d’un sage très-ancien.

M. Opperl place ce législateur vers l’époque de Djem- Schid, deux mille trois cents ans avant Jésus-Christ.

M. de Iléeren, et M. Champollion-Figeac qui l’a suivi, pensent que « Zoroastre pourra garder une place légitime dans l’histoire de l’ancienne philosophie orientale pour la période de temp3 où la Dactriane formait un Etat particulier et prospère. »

Cette opinion est clairement développée, et appuyée de bonnes raisons dans M. de IIéehen, De la politique et du commerce des peuples anciens, etc., traduction française, tome I, page 474; — dans M. Ciumtolliox, la Perse, pages 124 et suivantes.

M. Jean Retnicd, Encyclopédie nouvelle, au mot Zoroastre, suit celte version : « 11 est remarquable, dit-il, qu’Hérodote qui a bien connu les institutions de Zoroastre, n’ait pas même prononcé le nom de ce législateur. Cette omission serait inexplicable si Zoroastre avait pu se présenter à l’esprit de l’écrivain avec une physionomie historique. Donc il est vraisemblable qu’il ne so présentait pas non plus de cette manière à celui des mages qui instruisit le voyageur grec. On peut inférer

de cette circonstance que Zoronstrc n’a vécu ni sous l’empire des Perses, ni sous celui des Mèdes... Si les liages n’ont pas donné à Hérodote plus de renseignements sur la vie de Zoroastre qu’il y en avait (autant que nous en pouvons juger par ce qui nous reste dans leurs écritures sacrées), il a dû en effet considérer ce personnage comme se réduisant à un nom fabuleux joint à ridée d’une vague antiquité; et il est naturel dés lors qu’avec son sentiment précis de l’histoire, il ne se soit pas cru obligé d’en faire expressément mention. »

AaQOrriL-DürERROX, Zend-Avesla, a assimilé le schah Wystaçpa , Gustap , de la tradition à Darius fils d’Hvstaspe, ce qui ferait Zoroastre le contemporain de ce roi. — M. de Ruxcet, op. tit., t. III, page 50, a adopté celte manière de voir. — Mais comment se fait-il alors que la grande inscription de Bi-Sutoun ne cite pas à cùté de tous les noms qu’elle nous a transmis, celui de Zoroastre? Commentse fait-il, comme le dit M. Reynaud, qu’Hérodote n’en fasse point mention ?

Enfin on a trouvé des raisons pour faire remonter l’existence de Zoroastre à 70 ans avant Cyrus; et afin de trancher la difficulté provenant de la divergence d’opinions, on a supposé qu’il y avait eu dans l’ancienne Perse, deux Zoroastre, l’un ayant existé à l’époque de Djem- Schid, qui serait alors le Wystaçpa ; l’autre plus moderne, se rapprochant de Darius lllsd’Hystaspe.

La version de WM. de lléeren et Champollion s’appuyant, il nous semble, sur les raisons les plus solides, nous n’hésitons pas à la suivre.

Ne pouvant dans un aussi court aperçu, qu’est le nôtre, reproduire les discussions savantes qui se sont élevées sur cette question, nous renvoyons, pour une élude approfondie, aux auteurs que nous avons cités.

Zoroastre fut un imposteur infime et sanguinaire, ont dit le3 uns; un homme divin, ont dit les autres. — Exagérations ridicules.

Zoroastre fut le premier d’entre les mages qui ait tracé par écrit les dogmes, les lois et la morale que la tradition avait conservés jusqu’alors; ce fut un homme de génie, mais un homme ; et ses qualités purement humaines ont Uni par céder aux passions qu’il avait longtemps nourries, sans les avouer; sa vie, par conséquent, dut offrir un mélange de grandeur et de bassesse.

> Esprit sublime, dit ANQCETiL-DurERROX , grand dans les idées qu’il s’est formées de la divinité et des rapports qui unissent tous les êtres; pur dans sa morale et ne respirant d’alxmd que le bien de l’humanité.

Un zèle outré lui fait employer l’imposture.

Le succès l’aveugle.

La faveur des princes et des peuples lui rend la contradiction insupportable, et en fait un persécuteur qui voit de sang-froid des fleuves de sang arroser ce qu’il appelle l’arbre de la loi. »

En effet, dans le principe, ce sage, « après avoir prescrit à ses auditeurs les sacrifices qu’ils devaient rendre à l’Etre suprême, cessa soudain de fréquenter le reste des hommes, se bornant au commerce de ceux que leurs dispositions naturelles rendaient plus aptes à connaître la vérité. » C’est Dion Curïsostome qui nous en parle ainsi.

Mais, plus lard, nous le revoyons, écoutant son ambition, reparaître à la cour du roi, où il savait trouver tous les honneurs, devenir vil courtisan pour satisfaire à un désir de vengeance contre un contradicteur, Ardjasp, le roi du Touran, puis froidement cruel |en conseillant une guerre que tous redoutaient comme devant être

sanglante et désastreuse; et lui, pour atteindre 3on but, répond aux objections les plus scnsée-s : « Qu’est-il besoin de prudence avec cet ennemi de la loi, il faut marcher contre lui. »

Zoroaslre se présenta devant le roi Gustasp et lui dit : * Je suis envoyé par le Dieu qui a fait les sept deux, la terre et les astres; ce Dieu qui donne la vie et la nourriture et prend soin de son serviteur, qui t’a donné la couronne, te protège et a tiré ton corps du néant. » Puis, lui présentant YAoesta, la parole de vie, le livre dans lequel il venait de restituer les pures doctrines ; d’enseigner à nouveau la pureté de parole, de pensée et d’action; les vieilles et saines croyances qu’avaient conservées, i\ peine, quelques Poiviodècheskans , les hommes du premier âge, ceux qui avaient été instruits par l’oreille, auxquels Ormuzd avait parlé par ses ministres; il ajouta :

•• Dieu m’a envoyé aux hommes pour leur annoncer cette parole. •

Le monde savant ne s’est pas encore accordé sur l'antiquité du livre de Zoroastre qui nous est parvenu, YAvesta ; » mais on ne le porte pas dans son état actuel, dit M. CuiMroLLiox, op. cit., p. 50, au-dessous du VI e siècle avant l’ère chrétienne; toutefois, son origine est vraisemblablement plus ancienne »

Et plus loin, page 150 : « A l’égard du Zend-Ave-sta, on ne peut faire descendre au delà du règne de Darius I" la rédaction qui nous est parvenue en langue et en écriture zendes. C’est par la connaissance de cette même langue, qu’on a pu interpréter les écritures cunéiformes de Persépolis; il faut donc admettre que l’écriture zen de et l’écriture cunéiforme existaient en même temps, dès le

règne de Cyru3; que l’une, rectangulaire, fut l’écriture des monuments et des actes inscrits sur la pierre ; que l’autre, d’un tracé compliqué par ses formes arrondies, fut l'écriture des livres, et que la langue zeude fut également employée par ces deux écritures contemporaines. Mais Zoroastre vécut longtemps avant Cyrus; quelle fut l’écriture iranienne de son temps? Cette question doit être ajoutée à tant d’autres que fait naître le voile qui couvre les temps inconnus de l'Iran. »

Il est évident maintenant que le zend de l’Iran dérive du sanscrit de l’Inde. A Bactres, où Zoroastre expliqua scs livres, le zend porta le nom de iléry, et du zend sont sortis quatre dialectes : herri, qui fut en usage dans l’Hérat; sagri, Sedgestan; zauéli, Zaboulestau; soghdi, Soghdiane.

« Plusieurs siècles et quelques centaines de lieues, dit Asqcetil-Dcperrom, occasionnent dans les langues sorties l’une de l’autre des changements qui en cachent ordinairement la source. »

>< Avec le temps et la multiplicité des provinces persanes, deux idiômcs qui furent plus que des dialectes, car la littérature locale les fixa anciennement par d’importants ouvrages, naquirent du zend et lui succédèrent ; ces deux idiémes sont connus sous le nom de pchlvi et de parti.- M. Ciumfolliox, p. U2.

Le pehlvi et le parsi, suivant Anqcetil, sont deux frères issus d’une source commune, le zend ; le pchlvi, né sous un ciel rude, dans des contrées montagneuses, est demeuré longtemps grossier; l’autre a grandi dans les belles plaines du Farsistan ; et tous deux ont une égale antiquité; le parsi exista du temps de Zoroastre, il a survécu à l’empire des Perse3, est passé dans la langue des Persans modernes, où il s’est mélangé d’arabe. Dans une co-

médie d’Aristophane, une phrase prononcée par un Perse est complètement de l’idiôme parsi. — M. Héeren, op. cit ., pages 129 à 131, a retracé toutes les notions réunies sur les anciennes langues de l’Iran. — Voir aussi M. Cqampollion, op. cit. y p. 140 et suiv.

Les livres que l’on a attribués avec plus ou moins de raison à Zoroastre, et que, réunis, l’on nommait Avesta, formaient 21 nosks , trois fois sept volumes. En voici les titres en zend et en pehlvi, tirés d’une notice de M. Léon de Rosny, analysant le volume de Dosabqoy Framdji, parsi de Bombay, The Parsees , 1858, publié à Londres. Avec ces titres, nous rapporterons en substance, d’après M. Parisot, Encyclopédie du XIX e siècle y au mot Zend - AvcstUy les points de religion et de législation, etc., dont traitaient ou traitent chacun de ces volumes.

1. Yatha, en pehlvi Suttout-Yeacht ; la nature de Dieu et des esprits; il se compose de 33 fargards ou chapitres.

2. Ahou,an pehlvi Sutloud’gour; prière, pureté des actions, aumône, concorde entre parents : 22 fargards.

3. Verio, en pehlvi Vehest-Mallire ; foi et obéissance à la loi, caractère de Zoroastre, du peuple saint, des actions louables et dignes d’Ormuzd jusqu’à la résurrection : 22 fargards.

4. A-thüy en pehlvi Bug; contenu de la loi, idée véritable du Dieu suprômo, raison de l’obéissance à la loi, moyens de combattre Ahriman et de concourir à la ruine de son empire : 21 fargards.

5. RattouSy en pehlvi Davadjed-flamas ; le peuple d’Ahriman, le monde céleste et le monde souterrain, nature de tous les êtres créés : 32 fargards.

6. Oussady en pehlvi Nadour; astronomie, médecine : 35 fargards.

7. Tchid, en pchlvi Patchem; quadrupèdes qu’il est permis de manger, célébration et cérémonie des fêtes des Gahanbars, mérite de celui qui lit Vïaçna : 22 fargards.

8. Hacha , en pchlvi Rattoustide ; autorité des rois, obéissance des sujets, devoirs des juges, fondement des états : KO fargards.

9. Varujehous , en pehlvi Barras; actes et volontés des rois, conduite que doit tenir le berger à l’égard du troupeau, le roi à l'égard du sujet, le juge dans le lieu de sa juridiction : 60 fargards.

10. Dadjda , en pehlvi Kassasroub ; science du bien, véracité, purification cl amélioration du pécheur : 60 fargards.

11. Manangho, en pchlvi Viclitaps; soumission de Cu3tasp à la loi : 60 fargards.

12. Sicouthcnaman, en pehlvi Khesout, reconnaissance d’un Dieu suprême, foi, récompenses et punitions Anales, obéissance aux rois, devoirs, états et rangs honorables de la société : 22 fargards.

13. Angèhous, en pehlvi Saffand; de l’homme et de tous les faits qui concernent l’humanité : 60 fargards.

11. ilazda'i, en pehlvi Djarsat; naissance et premières années de l’enfant : 22 fargards.

IK. Khastremlchaî, en pehlvi Bongan-Teacht; hymnes aux anges de lumière, aux izeds : 17 fargards.

IG. Ahoural, en pehlvi Neijadoûm; emploi des richesses, conduite du sectateur d’Ormuzd : Si fargards.

17. Aa, en pehlvi Housparem ; ouvrages surnaturels, peines et épreuves de l’homme juste pendant la vie, jurisprudence des successions, horoscopes : 64 fargards.

18. Etm, en pehlvi Davasromid ; maui de l’homme, préceptes à l’égard des prisonniers : CK fargards.

19. Darregobio , en pehlvi Achkaram; loi des juges, emploi de la loi, connaissance des devoirs : î>2 fargnrds.

20. Dadada, en pehlvi Yendidad; préservatif contre les productions ah riinaniennes, les dews : 22 fargnrds.

2t. Vastarem, en pehlvi Hadokhl ; moyen d’opérer «les prodiges, des phénomènes qui semblent contraires h l’ordre de la nature : 30 fargnrds.

Trois autres naçkas , en zend ; nosk, en pehlvi, devront être ajoutés, plus tard, au livre de la Loi ; les choses se passeront ainsi :

Zoroastre eut trois femmes. La troisième femme fut Houo, nièce de Djamnsp, il la vit trois fois, et cette femme s’étant lavée, les germes restèrent dans l’eau. Les izeds Nériocengh et Anahid furent chargés de les garder jusqu’au terme où trois filles, se lavant dans la même eau, recevront ces germes et mettront au monde trois fils de Zoroastre.

Le premier sera nommé Oschederhami, paraîtra au dernier mille du monde, arrêtera le soleil dix jours et dix nuits, et la deuxième partie du genre humain embrassera la Loi dont il apportera le vingt-deuxième nosk ; le deuxième, Oschedermah, viendra quatre cents ans après Oschederbami, arrêtera le soleil vingt jours et vingt nuits, et la troisième partie du genre humain embrassera la loi dont il apportera le vingt-troisième nosk; le troisième, Sosioch, viendra à la fin des siècles; toute la terre embrassera la Loi; il apportera le vingt-quatrième nosk. Et la résurrection se fera ensuite.

Les Parais ne possèdent plus qu’un petit nombre des livres que nou3 venons de citer; les autres auront été détruits, soit lors de la conquête d’Alexandre, soit lors de l’invasion des Arabes.

L’Aersta des Parees actuels ne se compose plus que

de cinq livres dits : l'açna, Vendidad , et Vispered, composant le Vendidad-Sadé ; Yecht-Sadés et Si-Rouze.

Le l’açna ou Izechné contient les prières. Le Vispered, l’éloge de tous les chefs des êtres. Le Vendidad , le fond de la loi. Les Yechts-Sadés sont composés de prières, Yechts, Néaechs, Aprins, écrites les unes en zend, les autres en pehlvi. Le Si-Rouze consiste en une litanie pour les trente jours du mois.

LTûfna se divise en deux parties, la première a vingtsept Ms ou chapitres; la deuxième trente-six et trois Yechts ou prières. Le Vendidad a vingt-deux fargards. Le Vispered se compose de vingt-sept cardés ou chapitres.

Le docte et valeureux Anquetil a retrouvé ces livres chez les Parsis ou Parses, Gaibres ou Gaures, sectateurs de Zoroastre, réfugiés dans l’Inde, il les a traduits après de longues et pénibles études, et à son éternelle gloire en a enrichi pour toujours l’Europe savante.

On trouve encore quelques fragments du Vislap-nosk, Hadokhl-nosk , Damdad-nosk.

Parmi les livres écrits en pehlvi, il faut citer : le Boundiheschl que les Perses considèrent comme la traduction d’uu des livres du prophète. Il contient la cosmogonie, abonde en généalogies royales, malheureusement, renseignements auxquels on ne saurait accorder grande confiance. Les Ravaèts de IlEniuM-Saurora renferment des renseignements semblables à ceux du Boxm-dèliescht, et qui souvent ne sont pas plus sérieux que ces derniers. Le Boun-déhesclit et les Ravaèts ont été traduits par AXQCETa-bCFEBILON.

Il y eut, on est d'accord sur ce point, deux états successifs dans la religion persane. — Zoroastre inaugura

le deuxième état, et ses institutions durèrent en Perse jusqu’à l’invasion du Koran.

Le premier fondateur du culte de l’Iran avait été Héômo, le ministre Adèle d'Ormuzd; le premier, il avait réglé à la fois et le dogme et les formes du culte.

Tout d’abord, il avait proclamé l’existence d’un Dieu unique; ce Dieu était :

ZEROUANO, — ou Zervane-Akérènc, le temps sans borne.

Le Sarvam Akiaram des Hindous a la môme signification ; la religion des Perses, comme leur langue, comme leurs lois, devait conserver quelques caractères de l’origine indienne.

Ce Dieu régnait au commencement; il était le premier principe; le créateur de la lumière; de l’eau première; du feu originel; d’Ormuzd, le bien; et d’Ahirman, le mal, ces deux agents secondaires, sans cesse en lutte dans le monde. L’Eternel, on l’adorait en entretenant le feu sur se3 autels, car le feu le plus pur des éléments était son image. — Le culte était aussi simple que le dogme.

Ce fut là la religion des hommes du premier âge, les Poéviodèke du nom de leur religion, ou Peischdadiens.

Mais bientôt le culte du feu entraîna à l’adoration des astres et des éléments; des 3ectes hétérodoxes naquirent. Et déjà, au milieu de l’épais tissu des fables, fruits de la superstition ou des passions, les vieilles et saines croyances se perdaient malgré le zèle du pieux Djem- Schid, quand Zoroastre arriva; il entreprit une réforme.

Zoroastre considéra les circonstances du temps, la faiblesse naturelle des esprits, l’obstination de l’ignorance, et dans sa doctrine, l’idée du Dieu unique s’efface quelque peu sous l’action envahissante du dualisme,

d’Ormuzd cl d'Ahriman; mais toutefois, son système resta en opposition bien tranchée avec le grossier polythéisme et le panthéisme de la Chaldée et de Babylone.

Nous avons esquissé dans notre livre I, chap. r, d’après l’.-luesta, et le plus possible avec ses expressions mômes, le système religieux de Zoroastrc; nous allons donc simplement compléter ce que nous en avons dit par quelques citations.

HONOVER, — en pehlvi; en zend Ehonèhè, existait au commencement avec Dieu, ['Eternel, le Temps sans borne; Ilonover, » c’est-à-dire la Parole, le Verbe, qui procédait de Dieu, être émané de Dieu, mais inférieur à Dieu et supérieur à toutes les créatures, source et modèle de toutes l« s perfections des êtres, avec la puissance de les produire. » M. CnAMroLLiox, op. cil., p. 126.

C’est Ormuzd lui-même qui a enseigné à Zoroastrc ce qu’était Honover :

Zoroastre demanda à Ahurü-Mazdà :

* Ahuré-Mazdà, esprit le plus saint, créatour des mondes existants, véridique I Quello fut, 6 Ahurà-Mazdé, (ditos-moi), la parole qui exista avant le ciel, avant l'eau, avant la terre, avant la vache, avant l’arbre, avant le feu flls d'Ahurâ-Mazdà, avant l’homme véridique, avant les dews et les hommes carnivores, avant tout l'univers existant, avant tout le bien créé par Mazdà et ayant son germe dans la vérité ? »

Alors répondit Ahurâ-Mazdà :

« Ce fut la totalité du Verbe créateur, très-saint Zoroastre, je le le dirai. Elle exista avant le ciel, etc., etc.

« Telle ost la totalité du Verbe créateur, ô très-saint Zoroastre, que quand mémo elle n’est pas prononcée, ni récitée, mais chantée, elle componso cent autres prières émanées qui ne sont pas prononcées, ni récitées) mais chantées.... Et celui qui, dans ce monde-ci qui existe, 6 très-saint Zoroastre, se souvient de la totalité du Verbe créateur, ou laprofère quind

il s'en est souvenu, ou la chanto quand il la prorire, ou la célèbre quand il la chante ; je conduirai son âme trois lois à travers le pont du monde meilleur (le paradis), vers la meilleure existence, vers la meilleure vérité, vers les meilleurs jours. »

...«J'ai prononcé celte parole qui contient le Verbe otl'émanation pour accomplir la création de ce ciel-ci, avant la création de l'eau, de la terre, de l'arbre, de lairache quadrupède, avant la naissance de l'homme véridique & deux pieds. » — Traduction de M. Oppebt, Annales de philosophie chrétienne, tome LXIV, p. 54.

A ce passage nous ajouterons la fameuse prière des 21 mots que les Parais doivent répéter cent fois par jour. M. Oppert la dit, vraisemblablement, antérieure à Zoroastre.

■ Comme le Verbo de la volonté suprême, ainsi l'émanation n'existe que parce qu’elle procède d'une vérité quelconque. La création do ce qui est bon dans la pensée ou dans l'action, appartient dans le monde h Mazda, et le règne est à Ahuri, que le Verbe a constitué le destructeur des méchants. »

Dieu par le verbe avait créé deux intelligences auxquelles il donna le pouvoir de créer. La première fut Ormuzd; la seconde Ahriman.

ORMUZD, — est en pehlvi Honnisda ou Hormizda- Choda ; en zend, Ehoro-Mezdao; Ahurd- Mazda; d’où les grecs, Oromazdos , Oromazos.

Les Livres Saints sont remplis des louanges d’Ormuzd.

Dans le Yaçna :

« J'invoque et célèbre le créateur Ahurâ-Mazdà, lumineux, resplendissant, très-grand et très-bon, très-parfait et trèsénergique, très-inlolligent et très-beau, éminent en pureté, qui possède la bonne science, source de plaisir, lui qui nous a créés, qui nous a formés, qui nous a nourris, lui le plus accompli des êtres intelligents. » E. Btiasoup. Commentaire sur le Yaçna, p. 146.

Ailleurs :

« Je prie et invoque le grand Ormuzd, brillant, éclatant de lumière, très-parfait, Irès-excollent, très-pur, très-fort, trèsintelligent ; qui a le corps le plus pur, au-dessus de tout ce qui est saint, qui ne pense que le bien, source de plaisirs, qui me donne ce qfie je possède, qui est fort et agissant, qui nourrit, qui est souverainement absorbé dans l'excellence. •

Dans les Yccht-Sadés :

Zoroostre consulta Ormuzd en lui disant :

« O Ormuzd, absorbé dans l'excellence, juste juge du mondo qui existe par votre puissance. ..Quelleesl la parole excellente et élevéo? Quelle la victorieuse ? Quelle la fontaine de lumière? Quelle la motrice d’action? Quelle la frappante et triomphante? Quelle la guérissante? Quelle cello qui rend malades et brise les dews-hommes? Quelle celle qui dans tout le monde existant, comble les désirs? Quelle celle qui dans tout le monde existant, éloigne et détruit ce qui est contraire au bien? »

Alors Ormuzd dit :

« Mon nom, 6 Sapelman Zoroastre, nom immortel, nom excellent, voilé la parole excellente et élevée, la victorieuse; etc., etc. »

A quoi Zorastre dit ;

« Apprenez-moi ce nom dans toute son étendue, 0 pur Ormuzd!... Que lorsque je voudrai briser les dews-hommes, briser tous les magiciens, les paris, personne ne me blesse, ni le dew, ni l'homme, ni le magicien, ni le pari. »

El Ormuzd dit :

« Mon nom est celui qui aime à être consulté, ô pur Zoroastre I Mon nom est la concentration) Mon nom est l'omnipotence è l'instant ! Mon nom est l'intelligence I Mon nom est la science ! Mon nom est l'excellence 1 Mon nom est le roi ! Mon nom est le grand! Invoquez-moi Zoroastre, jour et nuit; l'eau, les arbres, les saints férouers iront & votre secours, et vous mettront dans la joie. Si vous voulez, 6 Zoroastre, rendre malades et briser les dews-hommes, magiciens, paris, ceux qui

rendent sourds, aveugles, les couleuvres a deux pieds, fies achmogs 11 deux pieds, les loups à quatre pieds, l'arméejiombreuse et impure... prononcez et récitez mon nom dans toute son étendue, tous les jours et toutes les nuits 1 ... Mon nom est celui qui donne la santé, qui la donne par excellence. Mon nom est... etc., etc. »

La demcured’Ormuzd se nomme Bchescht ; son royaume Gorotman. Le Gorotman est la plus élevée des sphères célestes ; bien par delà l’Albordj, dit I ’Avesla; le soleil roule bien au-dessous du trône d’Ormuzd , et semble pendre au-dessous de ce dOme magnifique qu’illumine la présence d’Ormuzd, comme un riche diamant, à l’cx- Irémité d’une chaîne précieuse.

AHR1MAN, — en parai Achmogh ; en pehlvi Harernan ; Arya-Maynia ; chez les Grecs Areirnanios ouArimunnis; Arimanus chez les Latins, — est au contraire surnommé le « caché dans le crime. » Il est la source de tout mal, le néant du bien, le père du crime, le principe de toute corruption. Ahriman est représenté, tenant à la main droite un serpent court et à grosse queue, son symbole , tandis que de la main gauche, il écrase un lion, symbole d’Ormuzd. - Est-il le martikhore ou tueur d’hommes de Ctésias? Est-il ce lion qui, dans les palais, déchire les licornes ailées à tête de lion ; le loup à ailes, à crête, à queue vertébrée comme celle du scorpion ; le lion ailé à bec de vautour? — Certainement ce sont des emblèmes ahrimaniques ; mais est -ce bien lui ou seulement quelque dew de son peuple ?

Ce sont ces deux intelligences, l'une toute de bien, l’autre toute de mal, qui ont créé l’univers. Dieu leur avait ordonné de le créer par la parole.

La première des créations du bien fut celle des :

FÉROUERS. — Le3 Férouers du bien sont les types de tous les êtres bons qui doivent exister dans l’avenir. « Ces subtances spirituelles, dit M. de Sicr, s’unissent à l’homme au moment de la naissance et le quittent à la mort. Elles combattent les mauvais génies produits par Àhriman, et sont la cause de la conservation des êtres. »

Comparez aux génies des Latins ; aux anges gardiens du Christianisme.

On a reconnu les Férouers dans ces figures aériennes placées sur les monuments, tantôt au-dessus de la tête du monarque comme pour le protéger, tantôt en avant entre lui et le feu sacré, comme pour lui servir de médiateur. Ces figures sont dans un anueau d’où partent des ailes, deux, quatre ou six, comme celles de nos anges et nos chérubins, qui se terminent par un plumage épais.

Ces types immortels des différents êtres étaient d'abord dans le ciel, puis Ormuzd les exila de leur patrie première en leur disant :

« Quel avantago n« retirerez-vous pas de ce que dans le monde, je vous donnerai d'être dans les corps. CombaUez les daroudjs, faitcs-les disparaître. A la lin, je vous rétablirai en votre premier état, et vous serez heureux. A la fin, je vous remettrai dans le monde, vous serez immortels, sans vieillesse, sans mol. >

On lit dans l’At'Mta :

« J 'invoque et célèbre les redoutables, les puissants férouers des hommes purs, les férouers de l'ancienne loi, les férouers des hommes nouveaux, mes parents, les férouers de mon ttme. »

Le Yechl-Farvardin est tout entier consacré à leur louange :

t Gloire, y est-il dit, aux purs, aux forts, aux excellents férouers des saints depuis Kaiomorls jusqu'au héros de victoire Sosioch ; aux férouers des étoiles, aux férouers du Verbe

céleste, du feu, de l'eau, de la terre, des arbres, des troupeaux, du taureau, du pur commo le ciel Kaïomorts ; au pur et saint férouer de Zoroastre; du premier des élres en foule créés, premier des purs par la pensée, premier des purs par la parole , premier chef, premier guerrier, premier cultivateur, à la création duquel Ormuzd a pensé avant de songer au reste des êtres! Louange aux saints férouers des grands du monde, des bienfaiteurs des provinces, des princes purs, des races multiples do héros I Louange aux férouers des hommes et des femmes de toutes les provinces de l'Iran 1 »

Ce sont ces « génies bienfaisants, dit M. Buuxocf, qui dispensent le bonheur aux hommes vertueux dont ils sont eux-mêmes la glorieuse apothéose. »

On les invoque aussi dans les cérémonies funèbres, et par là, on aide à la guérison et à la puriilcation des âmes.

A la suite des Férouers, Ormuzd créa :

LES AMSCIIASPANDS, — qui furent pour lui des auxiliaires dans la lutte qu’il devait soutenir contre Ahriman.

Ormuzd estl’amschaspand suprême. Dans le Yaçna, le3 six autres sont ainsi nommés :

«J'invoque et célèbre Bahmon, la bienveillance; Ardibehecht la pureté excellente-, Scbahriver,lo roi désirable-, Sefondarmad, celle qui est sainte et soumise; Khordad et Amerdad, celui qui produit tout, et celle qui donne la vie.

Bahman. — - Les Amschaspands reposent sons sa garde. Il est le père de la pureté du cœur. Il aide Taschter à distribuer l’eau sur la terre. Il donne la paix, l’intelligence, les troupeaux en abondance, les profits. 11 reçoit les justes à l’entrée du Gorotman, quand leurs âmes sous la conduite des izeds célestes ont franchi le pont Tchinevad. Alors, couvert d’habits d’or, il se lève de son trèna, pour donner des vêtements aux âmes heureuses et leur dit :

« Ames pures, comment êtes-vous arrivées ici? Comment du monde des tribulations êtes-vous venues dons ces demeures célestes où le père du mal n'a point de pouvoir? Soyez bienvenues en ces lieux, soyez heureuses, Ames pures I Heureuses près d'Ormuzd et des amschaspands, dans le séjour de la félicité au milieu duquel Ormuzd trône avec les amschaspands, et avec tous les saints. •

Ses Hamkars ou coadjuteurs, sont : Mah, Goschoroun, et Rameschné-Rast, ennemis d’Achmogh, d’Akouraan et de Tarmad. Bahman et le Theos eunoias de Plutarqee. De Isid. et Osirid. xlvii.

Ardibehccht, — préside au feu, à la santé, aux productions de la terre, à la grandeur de l’univers. Plutarque le nomme Theos alètheias. 11 a pour hamkars, Séroch, Behram, et les feux, allumés dans l’Atech-gfth, les Adérans; ennemis des dews de l’hiver et de Sapodiguer. Il est lui-même hamkar de Rapitan.

Schaliriver, — préside aux richessesmétallurgiques que renferme la terre, et les fait découvrir aux mortels. — Plutarque : Theos eunomids. — Ilamkars : Khor, Asman, Anirau, Mithra. Ennemi . Savcl.

Sefendarmad , — passe pour déesse et fille d’Ormuzd. Ou la prend quelquefois pour la terre à laquelle elle préside. — Aslouïad est son ennemi. — Plutarque la considère comme le génie de la sagesse.

Klwrdad et Amerdad, — selon Plutarque , forment un couple inséparable, il nomme le premier « génie des eaux, de la richesse ; » et la seconde, « l’artisan de l’agréable et de l’honnête. »

Khordad a pour hamkars : Tachter, Bad, Ardafréoech; pour ennemis : Tarik et Zaretch.

Amerdad, veille sur la végétation, fait croître les arbres, mûrir les fruits, blondir les moissons ; germer les grains dans le sein de la terre; naître les fleurs ; croître

les moelleuses toisons sur le dos des brebis; écarte la grêle, la foudre, les pluies froides et dévastatrices, les épizooties ruineuses, les vents funestes. Ses harakars sont: Rachné-rast, Achtad, Zemiad; — son ennemi est le grand dew Tosius.

Aux férouers du bien étaient opposés, dans le système perpétuellement dualiste de Zoroastre, les férouers du mal, les dews ; aux six amschaspands, six princes des dews ayant à leur tête comme prince suprême, Ahriman, ainsi que nous avons vu Ormuzd à la tête de ses six amschaspands.

Après Ahriman, le premier des six prince3 des dews, celui qui est opposé à Bahman, est :

AKOUMAN. — Celui-là, le livre de la Loi semble le craindre plus que toutes les autres productions d’Ahriman, souvent il en parle :

« Si le dew qui est de toute inutilité dans ses pensées vient sur les germes du monde; si les daroudjs viennent sur les hommes, tourmentent les justes, bouleversent les sept terres jusqu'à la racine, venez, ô Ormuzd, au secours de la nature opprimée.... «

« Akouman s’applique, cherche uniquement à rendre les hommes très-méchants, par là, il augmento la force des dews ; et les dispositions pures du cœur, l'inlelligenco donnée d’Ormuzd sont inutiles pour les bonnes œuvres.... »

« Tu as affligé l'homme qui vivait bien et qui était immortel, toi Akouman dont les pensées sont l'inutilité même , qui des dews cachés dans le crime est le plus inutile ; dont les paroles elles actions ne présentent rien de bien, roi puissant des darvands. — Il a dit : « Les hommes qui sont en grand nombre ne jouiront pas do la paix. » Maintenant, dites, ô Ormuzd, très-pur roi, et vous Bahman, dites : « Je veillerai sur le monde. » Ces envieux sont assis pour nuire, ô intelligent Ormuzd, dites que l’homme vive; quelque chose qu’ils disent, veillez sur leurs paroles. — Il parle contre l’homme pur, grand, fidèle à la loi; contre le taureau pur et lumineux; il s’élève

contre vos productions, A Ormuzd ; il dit, lui qui n‘a appris que le mal, qu'il tourmentera l'homme qui vit bien et parle avec intelligence. L'eau ne coulera plus, les biens qui viennent de Bahman disparaîtront, les biens dont vous avez dit que vous prendriez soin. 11 dit : « Je gâterai en les regardant d’un œil mauvais, les troupeaux créés grands ; le pur soleil donné pour durer longtemps ; je ferai que les pâturages seront sans eau.... »

CRÉATION. — Le peuple céleste était créé, Ormuzd allait s’occuper des choses de la terre. Lui-même, dans 1 ’Avesta, se rend ainsi témoignage :

« En quarante-cinq jours, moi Ormuzd avec les amschaspands, j'ai bien travaillé, j'ai donné le ciel ; j'ai ensuite célébré le Gahanbàr (époque) et lui ai donné le nom do gâh Médiozercm.

En soixante jours, moi Ormuzd, j'ai bien travaillé, j'ai donné l'eau et j'ai ensuite célébré leGahanb&rot lui ai donné le nom de gâh Slèdiosdxem.

En soixante-quinze jours, j’ai donné la terre, puis célébré le gâh Peleschem.

En trento jours, j'ai donné les arbres, puis célébré le gâh Eiathrcm.

En quatre-vingt jours, j'ai donné les animaux, puis célébré le g&li Médiareh.

En soixante-quinze jours, j'ai donné l'hommo, puis célébré le g&h llamesplhmedem. »

Suivant Tnotus Hïde, op. cit. : Création des lieux, AK jours, du 11 de Bahman au 23 de Sefendarmad. — Création des eaux, 00 jours, du 26 de Sefendarmad au 2S d’Ardibchccht. — Création de la terre, 73 jours, du 26 d’Ardibehecht au 10 d’Amerdad. — Création des arbres, plantes, 30 jours, du 11 d’Amcrdad au 10 de Schahriver. — Création des animaux, 80 jours, du 11 de Schahriver au 30 d’Aban. — Création de l’homme, 73 jours, du 1" d’Ader au 10 de Bahman. — En tout 363 jours. —

Ces époques répondent aux. fêtes des GahanMrs instituées par Djem-Schid.

.... Quievit seplimo, ajoute Thomas IIyde, ut cxemplo esset tw minibus diem seplimum sanctifimre.

Le roi Djem-Schid pour rappeler aux hommes la création, avait divisé l’année en six époques, une fête était fixée pour chacune d’elles ; et pour chacune, il avait prescrit des offrandes différentes. — Un quadrupède cuit, très-chargé de chair et de lait, ou du pain au lait. Donner à manger aux hommes purs, véridiques, pauvres et bons, à ceux qui se conduisent sagement dans l’état de mariage. — Si vous ne pouvez faire tout ce qui est commandé, donnez un tas de bois sec montant à la hauteur de l’œil, ou au moins à celle du coude ; si vous ne le pouvez encore, du moins priez Ormuzd. Lt en agissant de la sorte, vous serez aussi méritant que si vous aviez donné mille brebis avec leurs agneaux h des hommes justes, pour être agréable à des âmes saintes et pures, et vous aurez une place au behescht, où résident Ormuzd et les esprits célestes. — Au contraire, si vous manquez, vous éloignez de vous la clémence divine, vous en privez le pécheur et votre péché augmentera d’un gahanbàr à l’autre , de telle sorte que , à la première omission, vous aurez accru de cent quatre-vingt fois son propre poids; qu’à la seconde, vous serez considéré comme un menteur et l’on n’écoutera plus votre parole. A la troisième, vous ne serez plus parmi les fidèles. A la quatrième, on ne souffrira pas que vous alliez monté sur un animal. A la cinquième, vous ne pourrez posséder aucun bien pur en ce monde. A la sixième enfin, vous serez exclu de l’examen favorable du juste juge, et vous ne passerez pas le pont.

<■ Afin d’assurer la conservation de l’homme, qui était

plus que toutes les autres créatures, l’objet de ses prédilections, Ormuzd créa :

LES YEZDS, — ou lzeds, ou qualités physiques et morales qui concourent au bonheur individuel, et à celui des sociétés ; les Yezds sont d’un rang inférieur aux amschaspands. — « Ces intelligences de deux ordres secondaires étaient l’objet des plus grands respects parmi les hommes. •> H. CiUMroLLiON, op. cit., p. 127.

En voici la liste :

Aban, — génie de l’eau, préside aux arts libéraux et mécaniques.

Achtad — préside à l’abondance. — Ses fonctions ressemblent à celles d’Amerdad. 11 donne à ses adorateurs la force morale qui fait accomplir le devoir. Il veille sur les quatre coins du monde, et du haut de l’Albordj verse ses trésors sur le monde.

Ader — régit le feu, sous tes ordres d’Ardibéhecht.

Anuhid — est la planète Vénus ;

Aniran , — la lumière primitive.

Archèchiny — est femelle et préside au bonheur, les ris, les plaisirs l’accompagnent. Elle charge les tables de festin et inonde les cœurs de joie.

Ard, — qui ne fait qu’un avec Archéching, préside au feu, à la lumière qui illumine l'intelligence.

Ardviçour — est l’eau primordiale, la source sortant du trône d’Ormuzd ; c’est l’eau ignée, divine, immatérielle, dont les eaux terrestres et atmosphériques ne sont que des individualisations bien inférieures.

« Je fais izeschné, dit VAvtsla, A l'eau des sources Ardviçour, qui remplissent abondamment les désirs, donnent la santé et l'intelligence des réponses d'Ormuzd -, qui, priées, célébrées dans le monde existant, donnent aussitôt l'abon-

dance aux purs, distribuent les biens avec profusion à l’assemblée puro, donnent l'abondance au monde pur, au royaume, à la province pure, la semence aux femelles ; qui purifient toutes les femelles qui conçoivent pour engendrer , donnent h toute femelle d'engendrer heureusement , portent le lait à toutes les femelles qui ont un chef... Lorsque toute cette eau qui coule en abondance sur la terre, se précipite avec grandeur de l’excellente montagne, l'Albordj, dans le fleuve Voôrokesché, il fait tout naître, tout exister dans les endroits au milieu desquels il coule, porte l’eau do la source qui a mille canaux, mille bras pleins ; chacun est porté à la distance qu’un cavalier bien monté peut parcourir en quarante jours... Avec cette eau pure et abondante, je viens au secours des sept keschvars, je porte celte eau aux purs pendant le chaud et le froid. »

Au troisième tiers de la nuit, le coq l’appelle à son secours.

« O source Ardviçour, venez promptement à mon secours, donnez-moi la vie, élevez-moi au-dessus de mille hommes... Faites couler l’eau dans mes villes, vous qui .avez un corps de fille pure — »

Asman — est le ciel.

Darzo — habite les monts et les versants de l’Albordj.

Beh ram — préside à la force du feu.

« Je demande à ce victorieux Behram donné d’Ormuzd, dont le bras est agissant, dont le corps est grand, qu’il mette mon * corps en son état et le rende excellent, qu’il m’apporte les biens, lui qui est comme le Kerô dont l’eau est abondante, coule au loin dans les villes et les vallées Behram ex-

cellent cheval, qui, au troisième tiers de la nuit, quand tout désire la lumière, veille sur la terre.... Ce Kehrkds d’or qui veille sur les provinces. »

Behram se présente encore sous le corps du vent ; d’un taureau à oreilles et cornes d’or, qui frappe de la corne; d’tm cheval à oreilles et queue d’or ; d’un chameau qui porte les biens, les trésors, désirs de l’homme,

lui fait passer le monde à grands pas; du viradjeh à la dent droite et aiguë ; d’un coq ; d’un agneau à tête d’or ; d’un bélier dont les pieds sont purs et les cornes recourbées ; d’un homme de quinze ans, éclatant de blancheur et vigilant quant aux yeux.

Dahman — est le béatiflcateur du peuple et des hommes justes.

Din — veille sur la loi sainte.

Farvardin — a les férouers sous sa domination ;

Goch, — les biens ;

Goschoroun , — l’àme des animaux ;

Khorschid , — le soleil;

Mah y — ized femelle, la lune ;

Manrespand , — la parole divine.

Mithra — est l’amour, l’àme-fcu du soleil ;

Nèriocengh , — le feu qui anime les rois.

Parvand.

Ramcchnc-Karoin — préside aux révolutions célestes ;

Ramechnc-Rast , — au repos;

T as chier, — aux eaux pluviales. C’est le dieu du déluge. On lit dans le Boun-dchescht :

« Taschter, le garnie des eaux, déversa l'eau sur la terre pendant trente jours et trente nuits : dix jours sous la forme d'un homme, dix jours sous la forme d'un cheval, dix jours sous celle d’un taureau. Les gouttes étaient énormes, chacune comme une grande soucoupe. Les flots couvrirent la terre à hauteur d’homme. Cette inondation lit périr tous les génies impurs. »>

Vad — préside au vent ;

Venant , — à la santé;

Zèmiad, — ized femelle, à la terre.

« Qu’ürmuzd vous donne tous les biens, disaient les Perses; que Bahrnan vous accorde d’ôlre pur de coeur, Ardibehecht de bien parler ; Scliahriver de bien faire ; SeR-ndarmad d'être

humble do cœur; Khordad, ce qui ost doux à manger; Amerdad, les fruits; Ader, un grand éclat ; l’eau Ardviçour. l’abondance ; le Soleil, l'empire élevé; la Lune, la semence abondante des animaux; Tir, d’ôtre libéral : Gosch, la pureté et la sainteté ; Milhra, le bonheur ;Serosch d’être obéissant aux ordres de Dieu -, Rameclmé-Rast, démarcher dans la droiture ; Farvardin, force et lumière ; Behram, vicloiro; Ram, les plaisirs purs et certains ; Vad, force et puissance ; Din, science ; Ascheching,la nourriture journalière et éclat modéré ; Aschtad, de bien remplir vos devoirs; Asman, de prendre garde au douzakh ; Zémiad, un trône éternel; Manrespand, de ne voir que le bien ; Aniran, la gloire du corps. »

Aimer et adorer Ormuzd, avoir un respect accompagné de reconnaissance pour les intelligences qu’il a chargées du soin de la nature; l’honorer dans tout ce qu’il a produit; prendre dans ses actions les attributs des bons génies pour modèle, retracer dans sa conduite l'harmonie de l’univers , détester et combattre Ahriman dans toutes ses créations, voilà les grandes formules de la religion de Zoroastre.

Quant à la morale, nous n’ajouterons que peu de chose à ce que nous avons déjà donné dans nos notes.

Le législateur recommande, aux princes et aux chefs, la bonté, la justice, la fermeté. Des sujets, il veut soumission et respect ; des prêtres, science et pureté ; de tous, obéissance exacte aux préceptes de la Loi.

Zoroastre, comme ses pères, les antiques Ariens, regarde le feu comme le symbole le plus pur de la divinité : « Ordonnez aux prêtres, dit la Loi, d’avoir soin du feu, de ne l’éteindre ni dans l’eau, ni dans la boue ; d’avoir dans chaque ville un autel du feu, car son éclat vient de celui de Dieu. » On ne doit pas l’animer avec le souffle, car venant du corps, ce souffle est impur. Les mages doivent y mettre des odeurs et du bois aux cinq gahs du jour. — Et la loi s’écrie :

« Qu’y a-t-il de plus beau au monde, il ne demande que du bois et des odeurs. »

Un jour, un contradicteur demanda :

■ Pourquoi s’adresser au feu pour demander des biens, puisque lui-même demande du bois ? »

— « Dans une ville, lui fut-il répondu, les différents états ont besoin les un3 des autres ; nous prions le feu comme des domestiques prient le maître; et lui nous demande comme le maître à ses domestiques. »

« Us mettent tous leurs soins, dit Thomas Htde, à conserver purs ces quatre éléments : le feu resplendissant, l’eau courante, le vent subtil, et la terre (gravis) mère. » Le jeûne n'était ni méritoire, ni permis. On doit se bien nourrir, car un corps vigoureux rend l’Ame plus forte pour résister aux dews. — Darius, s’intitulant le chef des mages, fit graver sur son tombeau qu’il pouvait boire beaucoup et portait bien le vin.

La loi de Zoroastre prescrit l’usage des ablutions, le paiement de la dime, le respect envers les prêtres, la pratique de la prière et de l’aumône, la destruction des insectes, des reptiles et des bêles vénimeuses ou malfaifaisantes.

L’agriculture et le soin des troupeaux sont en honneur. Le laboureur est nommé » la source du bien. - Mais acheter dans sa ville pour revendre avec gain, c’est pécher, et agir ainsi pour des grains est la plus mauvaise action ; on peut acheter dans une ville pour revendre dans une autre. — • Quels sont ces hommes disaient les Perses, en parlant des Grecs, qui s’assemblent sur une place publique pour se tromper les uns les autres, par des serments réciproques. < — Au reste, « parmi les peuples, les Perses honoraient le plu3 ceux qui demeuraient à côté d’eux. Us honoraient le moins

ceux qui sont le plus éloignés, s’estimant cux-mémcs de beaucoup et en toutes choses les plus excellents des hommes, et accordant aux autres d’autant plus de vertu qu’ils avoisinent l’excellence, d’autant moins qu’ils en sont éloignés. » Voyez Hérodote, I, cxxxiv.

Comme la Loi est pour ainsi dire le corps sous lequel s’est manifestée la parole primitive qui a créé le monde, la lecture des livres qui la renferme est un hommage rendu à cette parole, et une nécessité.

Les fidèles confessent mentalement leurs fautes à l’être suprême, c’est par là que la prière commence.

Enfin la prière est recommandée parce que l’homme a besoin du secours qu’elle procure.

Zoroastre consulta Ormuzd en lui disant : « Ormuzd absorbé dans l'excellence, juste juge du monde qui existe par votre puissance, quelle est la prière qu'il faut vous adresser pour avoir tout en abondance, toutes les saintes et pures productions ? »

Ormuzd répondit: « Priez en récitant VEschem. Celuiqui prie en récitant VEschem , qui le récite bien et souvent, avec pureté de cœur dans le monde, c'est comme s'il me priait, moi qui suis Ormuzd, c'est comme s'il invoquait l’eau, la terre, les animaux, les arbres; enfin, c’est comme s'il invoquait toutes les pures créatures, tous les germes saints, donnés d'Ormuzd. — Celui qui répété un pur Eschem-vohou , c'est comme s’il procurait le sommeil à cent personnes, nourrisait de

viande mille hommes et donnait raille lièvres •» (Anquktil-

Duperron, op. cil.)

Mais on ne doit pas prier dans un but unique ; chaque sectateur de Zoroastre doit faire concert dans sa prière avec tous les autres membres de la société militante, et implorer Dieu au nom de tous ; il intercède aussi pour que Dieu accorde la grâce, à ceux qui se sont éloignés du bien, de le3 y ramener. Où trouver une plus noble et plus simple prière que cette invocation des naçkcis :

« Intelligence pure, donne-moi une sainteté inébranlable dans mes actions, dans mes paroles; fuis que je puisse exécuter à découvert tout ce que jo désire, que ju porte publiquement la parole & ceux qui sont instruits, et aussi à ceux qui ne losont PAS etqui me font du mal... Ce que je te demande, Ormuzd, c'est que les méchants deviennent mehestans, qu’ils soient sans péché, et qi.o bientôt, où était ie péché, ou né voie que des oeuvres pures. » — Yaçna.

• Ainsi, lié dès cette viu avec la céleslo société des anges, obéissant an même chef, animé des mêmes désirs, éclairé des mêmes lumières, participant aux mêmes travaux, le mazdélsnan en s’élevant après sa mort dans le monde supérieur, ne fait que rejoindre les êtres avec lesquels il avait déjà pris l’habitude de vivre sur la terre. Confiant dans les promesses de Zoroastre, et sachant que la mort est le principe de leur accomplissement, il rend en paix son Ame. Rien dans cette crise suprême ne peut le troubler si sa conscience est pure, et s’il se rappelle celte encourageante réponse d’Ormuzd que le prêtre en célébrant l’oRlce répète tous les jours : « Par la voie du temps arriveront sur le pont Tchincvad donné d’Ormuzd, les dnrvands, et les justes qui auront vécu dans ce monde purs de corps et d’àme. Les âmes des justes passeront le pont Tchincvad qui inspire la frayeur, en compagnie des célestes izeds. Ilahman se lèvera do son trône d’or, et leur dira :

« Commuai êtes-vous venues ici, é émes pures, du moudo de maux dans ces demeures où le mal n'existe pas 1 Soyez les bienveuuos... • — Vendidait, farg. 19. — Jeak Reymaeo, Ency. nouv. au mot Zoroastre.

Enfin, les prières des mages sont si efilcaces, que le médecin même, qui les n guéris de quelque maladie, doit se contenter de ces prières et ne point exiger d’autre paiement.

Le respect que l’on avait pour la terre était poussé à un tel point qu’il était défendu de la souiller en y enterrant les cadavres d’hommes ou d’animaux.

. LES CÉRÉMONIES FUNÈBRES, — nous dit M. Dcbeux, sont encore actuellement à peu près semblables à ce qu’elles étaient dans l’antiquité. A Surate et à Bombay, les Parais exposent les corps morts sur la plate-forme de tours rondes, d’environ onze pieds de hauteur, situées hors des villes et loin des habitations. Les oiseaux carnassiers, qui se tiennent toujours en grand nombre autour de ces hideux cimetières, dévorent toute la chair des cadavres, et les os sont jetés ensuite dans une espèce de puits creusé à cet effet au milieu de la plateforme. •

Cn vRDtv nous donne la description d’un de ces cimetières ou dakhmés : « C’est, dit-il, une tour ronde qui est faite do grosses picrre3 de taille ; elle a environ trentecinq pieds de haut et quatre-vingt-dix pieds de diamètre, sans porte et sans entrée. Cette tour a au dedans un degré fait de hautes marches attachées contre le mur en tournant. Quand ils portent un mort dans ce tombeau, trois ou quatre de leura prêtres montent avec des échelles sur le haut du mur, tirent le cadavre avec une corde, et le font descendre le long de ce degré qui est cent fois plus dangereux et plus difficile qu’une échelle, n’y avant rien A quoi on puisse se tenir; car ce ne sont que des pierres fichées dans le mur, à trois ou quntre pieds l’une de l’autre, non pas en ligne droite, mais en tournant, et qui n’ont pas plus de neuf pouces d’assiette. H y a une manière de fosse an milieu, que je vis remplie d’ossements et de guenilles. Ils couchent les mort3 tout habillés sur un petit lit fait d’un matelas et d’un coussin.

Ils les rangent tout autour contre le mur, si serrés qu’ils se touchent les uns les autres, sans distinction d’àge, de sexe ou de qualité ; et ils les étendent sur le dos, les bras croisés sur l’estomac, contre le menton ; les jambes croisées l’une sur l’autre, et le visage découvert. On met proche du mort, à son chevet, des bouteilles de vin, des grenades, des coupes de faïence, un couteau et d’autres ustensiles, chacun selon ses moyens. Quand il n’y a point de place pour un mort, ils en font une, en tirant les corps les plus consumés dan3 cette fosse, que j’ai dit être au milieu du cimetière. Je crois avoir déjà remarqué que la sécheresse de l’air de Perse, et surtout d’ispahan, est si grande qu’il consume les cadavres en peu de temps, et qu'il en empêche l’infection. J’ai fait divers tours dans ce sépulcre, et j’admirais qu’il n’y sentit point mauvais. J’y vis des corps encore frais, il n’y avait rien de gâté aux mains et aux pieds qui étaient nus ; mais le visage l’était beaucoup, à cause que les corbeaux qui remplissent le cimetière, et qui sont par centaines aux environs, se jettent d’abord sur cette partie. »

Suivant Thomas Hyde, il y a des tombeaux ( coruiito rium ) blancs, et d’autres noirs. Si le vautour, primo invadit rectum oculvm, ou si le chien a été amené à temps pour recevoir le dernier souffle. Ce mort est placé dans les cases blanches; sinon on le met dans un tombeau noir, car l’inaccomplissemcnt d’une de ces conditions est réputée un mauvais signe.

Les corps des rois et des princes n’étaient pas livrés aux animaux carnassiers. Dans le3 environs d’Istakhar, on retrouve de nombreuses sépultures; on a cru voir dans l’une d’elles, celle de Cyrus-le-Grand. — Selon Ctésias, Darius se fit faire un tombeau sur le mont à

deux cimes, ou mont-royal, Naskhi-Roustau près de Persépoli3; Chardin, Ker-Porter, MM. Flandin et Coste ont visité et décrit ce rocher ; les tombeaux des anciens rois Perses sont au nombre de quatre, sur la même ligne, dans le même style, avec les mêmes symboles.

Lorsqu’on eut achevé ce tombeau de Darius, le roi « eût le désir de le voir, mais il en fut dissuadé par ses devins, par ton père et par sa mère : mais ceux-ci, non moins curieux, voulurent visiter ce tombeau, et il leur en coûta la vie. Les prêtres qui hissaient sur la montagne le père et la mère de Darius, ayant aperçu des serpents, abandonnèrent les cordages ; le prince et la princesse furent tués dans leur chute. Mais Darius fit couper la tète aux quarante prêtres qui s’étaient chargés de hisser son père et sa mère sur la montagne.

Ce tombeau de Darius existe encore, et sa situation explique parfaitement la narration de Ctésias; pour cette fois du moins, sa véracité éclate par d’imposants témoignages. Us sont non moins favorables à Diodorc de Sicile, qui rapporte qu’à l’orient de la citadelle de Persépolis, à quatre plèthres de distance environ, on voit une colline nommée le Mont-Royal, où se trouvent les tombeaux des rois de Perse. Ce mont n’est autre chose qu’un rocher où l’on a creusé intérieurement plusieurs chambres, dans lesquelles les monuments funéraires des rois étaient rangés. Aucune porte faite de main d’homme n’y donnait accès; les cercueils étaient descendus dans les chambres sépulcrales au moyen d’une machine très-ingénieuse. » — M. Ceampolliox.

Les Yezds n’abandonnent pas l’homme, même au moment de sa mort. Lorsque celle-ci arrive, l’Ame erre pendant trois jours autour du corps.

Ormuzd, lui-même, a enseigné aux hommes ce qui, alors, avait lieu.

« Quand le juste meurt où va son Ame?

Ormuzd répondit : « Elle s'assied A la tête du mort, elle chante le gah Oscbtouet, elle dit avec pureté: « Moi qui suis pure, celui qui est pur, quel qu'il soit, ordonnez Ormuzd que ses désirs (mes désirs), soient remplis. » Celte même nuit, l'Ame jouit du bonheur selon tout ce qu'elle a Tait dans le monde pendant sa vie. »

11 en est de même durant la deuxième et la troisième nuit. La troisième nuit à la lin, l'Ame de 1 homme juste est dans le monde, elle est dans les arbres odoriférants, elle en sent le parfum comme si elle avait un corpB. Alors s'élève, souffle un vent de la partie de Bapitan (du midi), tm vent qui répand la meilleure odeur, l'odeur la plus suave, la meilleure, la plus pure. Ce vent prend au nez ; l'Ame de l'homme pur dit : « Jusqu’au moment où ce vent a commencé de souffler, jamais vent de meilleur odeur ne m'a affecté l'odorat. » Dans ce vent parait avec éciat son Kerdar vivant, sa propre loi, elle parait avec un corps de fille pure tout éclatante de lumière; avec les ailes de l'Eorosch, grande, excellente, élevée, la gorge haute, très pure, — grande, germe brillant, forte comme un corps de quinze ans, pure commo ce qu'il y a de plus pur dans le monde.

L'Ame de l'homme juste lui dit : « Qui êtes-vous ? Des êtres qui habitent les corps, je n'en ai jamais vu de plus pur que vous. » Elle répond : « Je suis votre propre loi, je suis votre chercher ce qui est pur, votre pensée, parler, ngir pur, votre loi pure, vous qui avez ou une loi pure, lorsque vous étiez dans un corps, selon ce que vous avez fait, je suis maintenant excellente, très- sainte, très-pure, de très-bonne odeur, triomphante A l'abri de toute crainte. Etant dans votre corps lorsquo, vous avez vu le darvand, vous l'avez lié, vous avez frappé tout ce qu'il machinait, vous lui avez opposé une porte de bois, vous vous êtes assise, avez dit la parole, avez fait izoschné à l'eau pure, au feu d'Ormuzd, vous avez fait du bien A l'homme juste qui habitait près de vous, A celui qui venait do loin ; c'est pour cola quo je suis éclatante de gloire, pure, très-pure, précieuse, très-précieuse aux yeux d'Ormuzd, que je suisassisedansun lieu large. » — « Que l'homme Jonc, (dit Ormuzd,) me fasse izeschné avec pureté de pensée,

parole, action, à moi, qui aime & être consulté longtemps. » — L'&me ilo l'homme juste fait ensuite un pas et pose le pied dans le lieu de la pensée pure; — deuxième pas, — parole pure; — troisième pas, — action pure; — quatrième pas, — lumière première. — Alors les justes morts auparavant lui disent: Comment, ô juste, êtes-vous venu dans cesdemeures, de ce monde existant dans ce séjour céleste, de ce mondo de maux, dans ce monde où le mal n'a aucun accès. Quo de temps il faut que vous ayez été pur.

Quant à l’ime du méchant, elle rôde durant trois nuits près de la ceinture du mort, elle éprouve le malheur selon ce que l’homme a fait durant sa vie. — Elle brûle enfin, sent des odeurs les plus pourries de toutes ; et son kerdar l’entraîne dans le douzakh, au milieu des dewset des méchants.

« Là elle est punie et tourmentée, dit M. Ciumpolliox, p. 129; mais la clémence de Dieu ne l’abandonne pas entièrement, un bon esprit veille à ce que le châtiment soit proportionné aux fautes. — Dans cet enfer de Zoroastre, les peines ne sont pas éternelles; l’expiration des crimes par le châtiment a des limites; une durable félicité est promise à tous les hommes, aux bons pour leurs mérites, aux méchants après l’expiration de leurs peines. Cette époque heureuse pour tous les hommes sera cellemême de leur résurrection. ■

LA RÉSURRECTION — arrivera quand expirera le temps borné fixé par le temps sans limite à douze mille ans.

Une chose surprend Zoroastre, c’est ce rétablissement des corps.

« Mais, le vent emporte 1» corps, l'eau l’enlève, dit-il à Ormuzd, comment donc pourra-t-il être rétabli ; comment se fera la Résurrection. »

Ormuzd répondit .

« C'est par moi que l'Asman (lo ciel), gros d'étoiles, est dans l'espace céleste, lui dont l'office est, en montrant son visage, de donner au loin la lumière qui était cachée. C'est par moi que la terre existe, a été tirée du monde subsistant; la terre sur laquelle marche le ir.uitre du monde. C'est par moi que le soleil et la lune, les étoiles, élèvent dans les nues leurs corps lumineux. J'ai donné le grain qui passant dans la terre croit de nouveau et se multiplie abondamment. C'est moi qui ai donné dans les arbres des veines, (des racines,', de différentes espèces ; qui y ai mis un feu qui ne brûle pas. C'est moi qui mets selon son espèce l'enfant dans celle qui porte, qui donno séparément !i tous les êtres, la peau, les ongles, le sang, les pieds, l'œil et l'oreille. C’est moi qui donne l'eau en bas pour qu'ello coule ; je la donne en haut pour porter l'eau à ce monde en la faisant tomber en pluie. C'est moi qui donne l'homme dont l'œil voit, dont la force est dans le vent (respiration); lorsqu'il veut s'élever on ne peut le vaincre avec le bras. C'est moi qui donne chacun do ces êtres; que celui qui ne fait que lo mal paraisse et ossuye d'opérer la résurrection, il aurait beau aider ces choses à ressusciter, il ne pourrait. Mais on la verra certainement. Les veines seront de nouveau rendues aux corps, et lorsque la résurrection aura été faite, il ne faudra pas la faire une deuxième fois, car, dans ce temps, de la terre céleste viendront les os ; de l'oau, le sang ; des arbres, le poil ; du feu, la vie, comme à la création des êtres. »

La résurrection se fera selon l'ordre qui a été suivi pour la création. L'assemblée de tous les êtres du monde paraîtra :

« Dans cette assemblée chacun verra le bien ou le mal qu'il aura fait. Dans cette assemblée, le darvand paraîtra comme un animal blanc dans un troupeau noir. Dans celte assemblée, lo juste qui aura été ami dans lo monde du darvand, le darvand prendra ce juslo à partie: • Pourquoi, lui dira-t-il, lorsque j'étais dans le monde no m'avez-vous pas appris à agir avec pureté? C'est parce que, ô vous pur, vous ne m'avez pas instruit que je suis exclu de celte assemblée des bienheureux. > — Ensuite les justes seront séparés des darvands. Les justes iront au Gorotman, les darvands seront de nouveau précipi-

tés au douzakh. Pendant trois jours et trois nuits, ils y seront puni3 en corps et âmes ; et pendant ce temps, les justes dans le Gorotman goûteront en commun les plaisirs des bienheureux, comme il est dit : Le jour que les purs seront séparés des Darvands, quiconque parultra taché ira en bas. Ensuite le père sera séparé de sa moitié, la sœur du frère, l'ami do l'ami, il sera passé à chacun selon ses œuvres. Les pleurs pleureront sur les darvands, et les darvands sur eux-mèmes, car le père pur aura un Uls darvand ; de deux sœurs, l'une sera pure, l'autre darvande. 11 leur sera fait selon leurs œuvres. »

Puis :

« Gourzseher, du ciel qui est sous la lune tombera sur la terre, la terre sera comme malade, semblable A la brebis qui tombe do frayeur devant le loup. Ensuite la chaleur du ciel fera couler les grandes et les petites montagnes qui renferment les métaux. Cos métaux seront sur la terre comme un fleuve. Alors tout homme passera dans ces métaux coulants et sera purifié. Les purs s'approcheront donc et y passeront comme dans un lait chaud ; les darvands seront aussi obligés d‘y marcher. Ainsi dans le monde tout ira dans les métaux coulants, et do cette manière tout homme deviendra excellent ot heureux. Le père, le Gis, la sœur, l'ami, tous, l'un avec l'autre, feront des œuvres méritoires.

« Les Ames sur lesquelles je vous ai consultées, dit Zoroastre, étant puriliées, pures au darvandes, qu'arrivera- t-il à l'Ame et au corps. »

Ormuzd dit : « Tous les hommes seront unis dans une même œuvre ; il feront avec zèle un grand sélaesch à Ormuzd et aux amschaspands. » Dans co temps- IA, Ormuzd ayant achevé toutes les productions ne créera plus rien. Les morts ressuscités ne feront plus rien de servile. » — Zend-Avesta.

Et tous les êtres de la création, hommes du bien et hommes du mal, bons génies, daroudjs, dews, tout le peuple d’Ahritmn, Ahrinnn lui-même, convertis à la loi d’Ormuzd, célébreront sa gloire.

Chez tous les peuples, on retrouve toujours les mêrnc3 croyances, les mêmes principes, derrière le grossier

manteau de la fable, produit de la vanité ou de l’ignorance, qui les enveloppe.

Et parmi toutes les preuves que l’on peut apporter à l’appui de l’idée de l’unité de la race humaine ; quelle plus grande saurait-on trouver que cette analogie des dogmes, que cet accord des traditions chez les hommes de tous les lieux et de tous les âges.

Dans l’ancienne histoire de l’Iran, à côté de Djem, deux rois entre tous, se dessinent ; deux chefs de révolutions.

Le premier est Zohak, l’homme du mal, un conquérant que détrônera un descendant de la race pure.

FÉRIDOl'N, — un homme de bien, est le second.

Le dew de l’orgueil avait pénétré dans le cœur de Djem si fécond jusque là dans le bien. Il avait méprisé la loi, épousé la fille d’un dew et recherché les adorations de son peuple. Dieu devait l’en punir, lui et sa race.

De la source pure, Djem avait laissé une fille, Zaïanèh- Zarcherchem. Elle fut mère d’Athvian; et ce prince fut chassé du trône de l’Iran, par l’Ilamyaritc Zohak, sorti de l’impure poussière des dews ; fils de la fille de ce dew que Djem avait épousée dan3 le délire de son orgueil.

Nons assistons ici à une de ces révolutions étranges et toutefois si communes dans les régions asiatiques ; Zohak n’est rien autre qu’un conquérant arabe; d’abord fendataire de Djem, il va renverser le successeur de ce prince, et pendant quelque temps désoler l’Iran et l’Asie toute entière, car : « Zohak était un roi extrêmement injuste et méchant , il introduisit les mauvaises

mœurs dans l’univers, et fit périr tous les rois. » C’est ainsi que nous le dépeint Tibabi. — Traduction de M. Dobeux.

Les livres saints sont remplis de malédictions contre ces conquérants arabes.

Zohak, di3ent-ils, eut neuf successeurs de son nom ; de sa mère sont ainsi venues dix hontes, et le premier *ut la honte même, livré au péché de l’envie inspiré par Ahriman.

La dernière honte de cette race fut Zohak-Bevarnsp, le roi aux deux serpents. Il ajouta à sa méchanceté naturelle les maléfices de la magie.

Son visage était pâle et maigre, son regard étincelant et égaré, son air lier et hautain, son corps absolument difforme.

Deux ulcères douloureux sur ses deux épaules ajoutaient par les souffrances à sa férocité naturelle. Il avait fait un pacte avec le démon qui lui demanda pour prix de ses services de baiser ses épaules. Aussitôt deux horribles serpents se jetèrent dessus et se creusèrent une demeure. — Il n'y avait point d’autre remède contre cc mal que de laver lc3 plaies avec du sang humain chaud ou d’y appliquer la cervelle d’un homme nouvellement tué. Et il avait établi sur scs sujets un tribut de deux hommes par jour. — Ce Bevarasp avait trois liouches, trois ceintures, six yeux, mille forces. Il était plus violent, plus puissant que les dews, que les daroudjs livrés au mal, que les darvands de ce monde qui sont des daroudjs très-violents, créés par Ahriman et qui rôdent sans cesse sur la terre pour y multiplier la mort.

Le hideux conquérant, dont les épaules étaient rongées par deux ulcères affreux, pousse scs hordes fanatiques jusque dans l’Inde, qui tremble encore au nom de

Sacyà ; puis ii revient, gorgé de sang et de richesses, s’endormir dans les délices d’ Ispahan.

« C’est un terrible souvenir que Zohak a laissé dans l’Asie entière. Car il ne faut pas croire que ce fut simplement un de ces lléaux dont Dieu se sert pour châtier les peuples et qui passent sans laisser d’autres traces que celles des plaies qu’ils font aux nations. La conquête de Zohak avait un caractère à la fois guerrier et religieux, dont le poison pénétra plus intimement au cœur des populations. Ministre de vengeance eide corruption, il vint semer par les armes do nouveaux germes d’erreur. Un seul mot nous indique cette révolution : « Et il appela toutes les nations à l’idolâtrie. » — M. de Riancey.

Mais tant de cruauté, tant d’horreur, de violence, d’idolàtrie suscite enfin la révolte:

« Or il y avait dans Ispahan, dit Tabari, Irad. cit un homme qui était père de deux jeunes gens beaux de visages et doués d’un heureux naturel. Un jour on saisit ces deux jeunes gens et on les tua, sans s’inquiéter de leur père ni de leur mère. Cet homme se nommait Cavèh. Il était forgeron et travaillait sous un auvent devant sa maison, quand on vint lui annoncer que ses enfants avaient été pris et mis à mort. Au même instant, il sortit de son auvent, et dans son trouble et sa juste colère, il se mit à courir par la ville avec la pièce de cuir que portent les forgerons pour garantir du feu leurs vêtements. El il se mit à pousser des cris et des gémissements dans Ispahan, et les hommes se réunirent autour de lui. Or, les habitants d’ispahan étaient fatigués de la cruauté de Zohak, ils se levèrent en masse avec le forgeron Cavêh, lequel attacha au bout d’un bâton cette pièce de cuir qui le couvrait jusqu’aux pieds et la tint comme étendard.

Tous ceux de Zohak furent massacrés, tous ses trésors et ses armes pillés. »

Des gens partis de toutes les villes vinrent grossir l’armée du forgeron. Cent mille hommes furent autour de lui. Alors il leur dit : « Choisissez un souverain afin que je l’oppose à Zohak et que je prenne scs ordres. » Ceux-ci lui répondirent : • Sois notre roi, nous t’acceptons. » Cavêh leur répondit : * Vous savez que je ne remplirais pas convenablement les devoirs d’un roi ; or il y a un prince de la race royale nommé Féridoun. »

Et Féridoun, le onzième descendant de Djem, le fils d’Athvian, fut élu. — Ce Féridoun avait été nourri, dans les pâturages du Caucase, par une vache mouchetée comme un paon ; il avait été ensuite confié aux soins et aux leçons d’un vieillard, et la voix des génies lui avait révélé sa future grandeur.

La colère d’ürmuzd était tombée , le péché de Djem était effacé à ses yeux.

Zohak-Bevarasp fut lié vivant à perpétuité sur le mont Damavend, à l’endroit où il avait été vaincu; et son Ame, dans l’autre monde, est continuellement tourmentée pour ses crimes.

Sur le trône, Féridoun conféra à Gaôh, le titre de Pahlaven-Gihan, général de ses armées, et combla sa famille de richesses.

Tout cela fut inspiré au roi par la reconnaissance, et pour consacrer à jamais le souvenir de la délivrance, il décida que l’étendard royal de l’Iran serait désonnais le tablier de cuir. 11 le fit orner de pierreries, et pour les rois, ses successeurs, c’est une bonne action d’enrichir ainsi le signe du salut.

« Ainsi triomphait le beau, le fortuné Afridoûn. Tout est grand et imposant dan3 ce monarque; la tète ceinte

du fameux Kulah-Schahy (couronne royale) que porteront après lui tous les rois de l’Irèn; ayant en main le sceptre A tôle de vache, symbole de reconnaissance pour sa nourrice de la montagne ; décoré de la royale ceinture, Kemer-Schahy ; et du baudrier orné de pierreries, Barè ; couvert d’une robe éblouissante, chaussé de brodequins de pourpre, il s’assied sur le Irène de son grand-père Djcra-Schid, cl reçoit les hommages de tous les Merzeban et les Schulurban (Satrapes) de son empire ; puis il distribue aux chefs de l’armée les colliers, les ceintures ou les robes magnitlqucs, témoignage de gratitude et récompense de la voleur.

Son autorité fut reconnue dans presque toutes les vastes régions de l’Asie orientale. L’Inde même, après trois campagnes, se serait vue obligée de se soumettre à la souveraineté du schah. » II. se Ruxcet.

BABYLONE. — Bab-i-lu, porte du dieu du déluge. •

Une femme conçut un jour le projet de construire une ville. — Celte femme quelle était-elle?

Doit-on la compter parmi ces conquérants fameux, dont les armes ont été troubler le monde jusqu’en ses confins les plus reculés ; parmi ces hardis constructeurs, dont les oeuvres bravant les siècles doivent raconter aux générations de tous les Ages, quel a été leur puissance, leur splendeur. — N'est-clle, au contraire, qu’un de ces êtres légendaires que l’imagination des peuples s’est complue à illustrer de toutes les magnificences d’un empire ?

L’histoire de Ninus, dit Schlosser, n’est qu’un confe

oriental ; celle de Sémiramis un mythe asiatique. Ninus et Sémiramis, dit M. Oitert, ne sont que les personnifications de la ville et de l’empire de Ninive.

Mythe ou réalité? — On l’ignore.

Il y a sans doute de l’un, de l'autre.

Laissons parler Diodobe .

Cette femme, l’histoire l'a nommée Sémiramis; c’est la fille de la nymphe Dercèlo, de la déesse au visage et à la tête de femme, au corps de poisson.

Dercèto n’avait pas toujours eu cette singulière apparence. « Les plus habiles racoutcnt, dit M. de Riaxceï, tome i , p. 149, d’après Diodobe, liv. II, que Vénus offensée par elle, lui inspira un violent amour pour un jeune sacrificateur. Dercèto eut de lui une fille; mais elle conçut une si grande honte de sa faiblesse qu’elle fil disparaître le jeune homme, et ayant exposé l’enfant dans un lieu désert, elle se jeta elle-même dans le lac où son corps fut métamorphosé. La petite fille cependant fut sauvée et nourrie par des colombes. Plus lard, un|berger des troupeaux du roi la recueillit, l’éleva, et, en souvenir du prodige, l’appela Sémiramis. •

Sémiramis ne devait pas rester longtemps dans l’obscurité. Un officier du roi d’Assyrie, Ménonôs, l’épousa; et bien lot il est appelé, à la suite de son roi, dont les armées vont fondre sur la Dactriane.

Le siège de Bactres traînait en longueur; Ninus commençait à redouter un affront pour ses armes jusque-là victorieuses; quand Ménonè3, regrettant la jeune femme qu’il avait laissée en Syrie, l’appela vers lui.

* Comme le voyage était long, dit Diodobe, elle prit un habit ambigu par lequel on ne pouvait juger si elle était femme ou homme. Ce vêtement très-propre à garantir durant le chemin son corps et son visage des impres-

sionsdii soleil, laissait cependant une pleine liberté pour les exercices militaires. »

Par elle, Iiactres C3t enlevée. Elle délaisse son mari pour le monarque Assyrien ; •> cette Sémiramis , ajoute UtonoBE, ne fut qu’une belle courtisane qui gagna, par scs attraits, le roi d’Assyrie. » Et plus tard, mère de Nynias, elle se débarrassera de Jiinus.

« On dirait, à lire la vie de Ninus et celle de Sémiramis, dit M. de Ruxcet, qu’à l’un on a donné tout l’éclat des conquêtes, à l’autre toute la splendeur du luxe, du commerce, des constructions admirables. La mémoire des hommes admet parfois de telles divisions pour se recon. naître un peu dans la confusion où elle est jetée. Il ne faut pas croire qu’aucune trace ne nous reste des expéditions de Sémiramis; mais c’est surtout du souvenir de ses palais magiques, de ses jardins suspendus, de ses terrasses enchantées que sa renommée a vécu. On s’est plu à reconnaître dans ses travaux le génie ci dateur d’une nature moins rude et plus amie des arts. »

C’est de retour à Bah vlone que Sémiramis va songer à ces constructions surprenantes dont les ruines nous étonnent encore.

La ville qu’elle veut doit répondre aux grandes choses qu’elle a déjà entreprises. Qui pourra l’arrêter, lui faire obstacle?

Le manque de bras? — Mais ne tient- elle pas de ramener de la Baclriano et de la Phénicie de longues chaînes de captifs. L’Asie toute entière ne lui en fournira-t-elle pas encore !

La nature ? — La dompter pour elle ne sera qu’un jeu.

Il faut que toutes ses actions soient telles que les hommes puissent un jour graver 3ur sa tombe ces phrases qu’elle-même va composer :

« Je n’ai reçu de la nature que le corps d’une femme. Par mes actes je me suis égalée au plus vaillant des hommes.

« J’ai tenu sous ma loi la domination de Ninus qui n’est bornée vers l’orient que par le fleuve Hinaman; qui touche vers le sud au pays de l’encens et de la myrrhe ; qui, vers le nord, s’appuie sur les Sogdiens et les Saques.

« Avant moi, nul homme d’Assyrie n’avait vu de mers. J’en ai mi quatre que personne n’abordait tant elles étaient éloignées.

«< J’ai contraint les fleuves de couler où je voulais, et je ne l’ai voulu qu’aux lieux où ils pouvaient être utiles.

« J’ai fécondé les terres stériles, j’ai élevé des forteresses inexpugnables, j’ai percé avec le fer, à travers d’impraticables rochers, de larges chemins.

« J’ai frayé des routes sur mon passage, et mes chariots ont couru là où les bêtes féroces ne pouvaient marcher.

« Au milieu de ces travaux, j’ai trouvé du temps pour mes plaisirs et pour mes amis. » Polyen, I, vm, 26, trad. de M. Poirson, Précis cTHist. Ane.

Sémiramis a fait ses plans. La ville sera grandiose, les constructions surprenantes; l’ensemble tiendra du prodige.

Mais il faut un vaste emplacement. — Il est trouvé.

La cité géante commandera le cours de l’Euphrate. Elle sera assise dans cette plaine qui fut naguère le témoin de la confusion des langues ; où l’humanité, encore dans toute la fougue et la folie de la jeunesse, avait voulu se dresser jusqu’au ciel et y défier le Tout-Puissant. — Genèse, ch. xi, i à 9.

La reine ordonne, et soudain de tous les points de

l'A. ie des travailleurs accourent. Ils sont deux millions. — Les uns creusent le sol; d’autres convertissent en briques la terre que les premiers retirent.

Sur les fourneaux bout le bitume, l’asphalte de la rivièrc d’Is.

Les murailles s’élèvent. De trente en treute couches do briques, des lits de roseaux entrelacés consolident les constructions; d’énormes fossés les protègent.

Et bientôt apparaît un immense carré, entouré d’abord d’uneeau large et profonde, puis d’un mur do 480 stades de long; de 50 coudées royales d’épaisseur; de 200 d’élévation; percé de 100 portes d’airain avec des jambages et linteaux de même métal; et couronné de tours qui so font face, laissant cependant encore entre elles l’espace nécessaire pour qu’un char attelé de quatre chevaux y puisse tourner.

L’Euphrate, dont le cours rapide descend de l’Arménie et se décharge dans la mer Erythrée, partage ce carré en deux parties égales. Chaque partie a son attribut, l’une le temple du Dieu; l’autre le palais du roi.

Bel, du haut de son temple; le malkhades terrasses de son palais, dominaient la ville. Les prêtres, la cour, c’était la nation.

Le mur d’enceinte touche le fleuve par chacune de scs extrémités, et, formant un angle à ce point, se rattache des deux côtés à une maçonnerie construite également en briques cuites, formant les quais des deux rives.

L’intérieur de la ville, rempli de maisons à trois et quatre étages, est traversé par des rues alignées se coupant à angles droits, les unes parallèles, les autres perpendiculaires au fleuve.

Telles sont le3 dimensions énormes que donne le plus accrédité de tous les historiens A cet égard, Hérodote,

qui visitait la Babylonic environ 400 ans avant Jésus- Christ.

Sur Bahylone, voyez : Genèse , ch. il, v. 1-9. — Hérodote, I, clxxtiii-clxxiii. — Diodore, II. — Stbabon, XVI.

— Qcimte Cdrce, V. — Quelques détails encore dans Arriex, VII. — JrsTiN, l. — Plue, Hist. nal ., VI.

Sur l’état physique des contrées de l'Euphrate et du Tigre, nous renvoyons au père de l’histoire, Hérodote, 1, cxcucc. — XÉxornox, Anabasc. — Stkabox, XV. — Ptolémée, Géograpli., VI. — Plue l’A.xciex, Hist., nal., V et VI.

— Ammiex-Marcellix, XXIV.

Pour la reconstruction de l’histoire des Assyriens, la Bible est la source principale. Après elle, c'est Hérodote, dans les livres I, xcv, eu, cm, en, clsxvii; 11, cui; VII, lxiii. Pour plus de détails, Hérodote renvoie à son Histoire des Assyriens. Elle ne nous a pas été conservée. Hérodote l’a-t-il même écrite? — C’est Diodore de Sicile, dont les renseignements sont en grande partie empruntés ùCtésias; — Bérose encore, Berosi, Chaldæorum historiæ gax supersunt, Leipsig, 1823, in-8*. — Jusnx. — Peu de choses, dnns Velleids Patercclis, I, ni; Agathias, De rebus gestis Justiniani; — et Paul Obose, hist., I, iv.

ENCEINTES. — Les auteurs anciens nous ont appris que Babvlone était défendue par six enceintes principales, et plusieurs monuments fortifiés.

En venant du dehors, ‘la première enceinte que l’on rencontrait, se nommait Imgur-Bel; elle renfermait toutes les autres ; la deuxième, doublant pour ainsi dire la première, était « le boulcvart Mvitti-Bel, » comme il est dit dans une inscription :

« Bahylone est la ville des lois; Imgur-Bel est l’enceinte; Nivilli-Bel, le boulevard. »

La troisième muraille réunissait la ville de Borsippa à la vieille ville de Babylone, laquelle ne se composant plus que des palais royaux était, elle-même, enveloppée de trois enceintes dont nous donnerons la description, d’après Diodore, au mot Palais.

Le roi Nabuchodonosor se glorifie d’avoir achevé Imgur-Bel.

« Babylone est le refuge du dieu Mérodach, s’écriet-il ; j’ai achevé Imgur-Bel, sa grande enceinte. Dans les seuils des grandes portes, j’ai ajouté des battants d’airain, dos rampes et des grilles très-fortes; j’ai creusé ses fossés ; atteint le fond des eaux ; construit les bords de la tranchée en bitume et en briques. Les maisonnettes (constructions qui se trouvent) sur les bords des hauts murs, comparables à un rocher qu’on ne peut enlever, je les ai faites en bitume et en briques. •

A côté du roi, écoutons Hérodote, I, clxxviii et seq.

• La ville de Babylone est située dans une vaste plaine; elle forme un carré parfait, dont chaque côté est de cent vingt stades; l’enceinte totale est par conséquent de 480 stades. Telle est la grandeur de Babylone, Mtie d’ailleurs avec une magnificence qui l’emporte beaucoup sur toutes les autres villes que nous connaissons. Elle est entourée d’abord d’un fossé profond, trèslarge et rempli d’eau, ensuite d’un mur dont l’épaisseur est de 50 coudées royales, et la hauteur de 200. La coudée royale est de trois doigts plus longue que la coudée ordinaire. — Il faut dire ici comment fut employée la terre retirée du fossé et de quelle manière on construisit le mur. A mesure que l'on creusait le fossé, la terre qui en sortait était immédiatement façonnée en briques; et lorsqu’on en avait disposé un nombre convenable, on les faisait cuire au four. On bAlissait ensuite avec des

briques enduites d’une couche d’asphalte chaud, au lieu de simple chaux, en les disposant par assises, et entre chaque trentième assise on introduisait un lit de tiges de roseaux. On construisit par ce procédé d’abord les parois du fossé et ensuite le mur, en continuant d’employer le même genre de construction. Elevés au sommet du mur et sur ses bords, deux rangs de tourelles à un seul étage, contigués et tournées l’une vers l’autre, laissaient entre elles l’espace nécessaire pour le passage d’un char attelé de quatre chevaux. Dans le pourtour de la muraille, on comptait cent portes en airain, avec les jambages elles linteaux de même métal... — Le mur d'enceinte était la principale défense de Babylone; on en cleva en outre un second intérieur et parallèle presque aussi solidement construit que le premier, mais moins épais. En outre, çà et là, au milieu des deux quartiers, sur les deux rives, certains édifices sont fortifiés. »

Les principaux sont : La pyramide, la tour à étages.

Nabuchodonosor s’est glorifié d’une de ces fortifications intérieures :

• Voulant préserver efficacement la pyramide et la défendre contre l’ennemi et contre les attaques qui peuvent être dirigées contre Babylone l’impérissable, je fis construire en maçonnerie dans les extrémités de Babylone Icboulcvart du Soleil-Levant qu’aucun roi n’avait fait avant moi. Je fis creuser les fossés et consignai sur des barils la construction do ses bords. Tout autour je fis couler de l’eau dans cette digue immense de terre à travers ces grandes eaux, comparables aux abirnes de la mer, je fis faire un conduit, j’ai fait murer ces grands fossés avec des briques; fait construire ce mur pour garantir les produits de la plaine de Babylone, un

refuge pour les contrées des Sournir et des Accad. — Baril de Philips , J. OrPEHT, op. rit. »

Ouvrons maintenant le livre de Diodore, II, vii :

« Sémiramis, jalouse de surpasser en gloire son prédécesseur, résolut de fonder une ville dans la Pabylonie; elle Ht venir de tous côtés des architectes et des ouvriers au nombre de deux millions, et fit préparer tous les matériaux nécessaires. Elle entoura cette nouvelle ville, traversée par l’Euphrate, d’un mur de trois cent soixante stades, fortifié, selon Ctésias de Cnide, de distance en distance, par de grandes et fortes tours. La masse de ces ouvrages était telle, que la largeur des murs suffisait au passage de six chariots de front, et leur hauteur paraissait incroyable. Au rapport de Clitarquc et de quelques autres, qui suivirent plus tard Alexandre en Asie, le mur était d’une étendue de trois cent soixante-cinq stades, qui devaient représenter le nombre des jours de l’année. 11 était construit avec des briques cuites et enduites d’asphalte. Son élévation était, d’après Ctésias, de cinquante orgyes; mais, selon des historiens plus récents, elle n’était que de cinquante coudées, et sa largeur était de plus de deux chariots attelés; on y voyait deux cent cinquante tours d’une hauteur et d’une épaisseur proportionnées A la masse de la muraille. Il ne faut pas s’étonner si le nombre des tours est si petit comparativement â l’étendue de l’enceinte ; car dans plusieurs endroits la ville était bordée de marais, en sorte que la nature rendait inutile la fortification de main d’homme. Pour hâter l’exécution de ces travaux, la reine avait assigné l’espace d’un stade à chacun de ses ami3, et leur fournissait les matériaux nécessaires avec l’ordre d’achever leur tâche dans l’année. » Trad. Hocfei.

Selon Strabox, XVI, i : • L’enceinte de Babylone a

383 stades de tour, sur 32 pieds d’épaisseur. La hauteur du mur est de 50 coudées dans l'intervalle des tours et de 60 en y comprenant les tours. La largeur est assez grande pour que deux quadriges y puissent facilement courir en sens contraire. Aussi cette enceinte est-elle au nombre des sept merveilles du monde... »

Qdixte-Ccrce, V, i : «Son murest de briques cimentées de bitume et a 32 pieds d’épaisseur ; deux quadriges peuvent s’y rencontrer san3 danger. Il a 100 coudées de haut et les tours sont de 10 pieds plus élevées. L’enceinte est de 368 stades (lisez 363), et l’on rapporte que la tâche avait été de faire un stade par jour... »

Les historiens anciens sont donc, nous le voyons, loin d’être d’accord sur les dimensions des murs de Babylone. — 480 stades de tour, dit Hérodote; Diodore copiant Ctésias 360; Strabon 383, il est à supposer que l’on doit lire pour Diodore comme pour Strabon 363, ainsi qu’on lit dans Quinte-Curce, au lieu de 368.

Les auteurs se contredisent encore plus pour la hauteur que pour la circonférence; Hérodote et Diodore lui donnent 200 coudées, 300 pieds; Strabon 30 coudées, 75 pieds; Quinte-Curce, 100 coudées, 150 pieds. — La hauteur des murs ne fut plus que de 50 coudées quand Darius Hystaspe les eut réduits après la prise de la ville.

M. Offert, op. cit., a ainsi rétabli les dimensions de ces murailles :

Imgur-Bel était long de 480 stades, 90,720 mètres; haut de 90 coudées, 17 mètres 25; large de 50 coudées, 20 mètres 25; des tours, de place en place, le surmontaient, elles étaient hautes de 200 coudées, 103 mètres.

Nivitti-Bel avait 360 stades de long, 68,040 mètres; 50 coudées de haut, 26 mètres 25 ; 18 de large, 9mètres 45 ; les too r s étaient de 110 coudées ou 57 mètres 75.

RUES. — Intérieur de la ville. — D’après ccs calculs, Babylone avait donc une étendue que nous pouvons à peine nous figurer aujourd'hui. Hérodote nous dit : « que l’intérieur de la ville rempli de maisons de trois à quatre étages est traversé par des rues alignées se coupant à angles droits, les unes parallèles, les autres perpendiculaires au fleuve. » — D’après Diodore, on avait laissé un espace de deux plèthres entre les maisons et le mur d’enceinte. Le plèthrc est d’environ 16 toises; deux piètres donnent 32 toises ou 192 pieds. Mais « quelque grande qu’elle fût, néanmoins, sa population nous donne l’idée d’un district renfermé dans une enceinte, plutôt que d’une ville régulière. Les rues qu’on dit avoir été menées d’une porte à l’autre, n’étaient que des chemins par des terres cultivées où des bâtiments étaient distribués en groupes. Quinte-Curce dit positivement que l’enceinte de Babylone contenait assez de pâturages et de terres labourables pour fournir à l’entretien des habitants pendantun long siège. EtXénophon rapporte que lorsque Cyrus la prit, ce qui eut lieu durant la nuit, les habitants du quartier opposé n’en furent pas avertis avant la troisième partie du jour, c’est-à-dire trois heures après le soleil levé ; effet provenant sans doute de la grande distance des groupes de maisons les uns des autres ; puisque si elles n’eussent été séparées que par des ruc3 régulières, le bruit et la confusion auraient répandu par toute la ville avec beaucoup plus de rapidité la nouvelle de cet événement. » Voyage de M. Rico aux ruines de Babylone, traduit et enrichi d’observations par M. Raimond, ancien consul de Bassora. Paris, 1818.

« J’ai fait ajouter, dit Nabuchodonosor, dans les grandes portes, des battants en airain et des grilles, et j’ai agrandi comme une merveille les rues de Babylone. Dans les

terrains les plus élevés, j’ai bâti de grandes forteresses ; j’ai placé leurs fondations au-dessous des eaux, j’ai fortifié avec art ces circonvallations. ■

Le fleuve coupait la ville en deux parties ; des digues le contenaient. Hérodote : « La ville est partagée en deux grandes portions par le fleuve qui coule au milieu... Le mur d’enceinte touche donc par chacune de scs extrémités le fleuve, et formant un angle à ce point, il se rattache des deux côtés par une maçonnerie construite également de briques cuites, qui forme les quais des deux rives du fleuve.. Toutes les rues sont terminées par une porte, qui s’ouvre dans la maçonnerie du quai où elles aboutissent; toutes ces portes sont, comme on vient de le dire, d’airain, et conduisent au fleuve. » Pendant que les amis de Sémiramis s’acquittaient de la construction des murs, « elle construisit, rapporte Diodore, dans la partie la plus étroite du fleuve un pont de cinq stades de longueur, reposant sur des piles enfoncées à une grande profondeur et à un intervalle de douze pieds l’une de l’autre ; les pierres étaient assujetties par des crampons de fer, et les jointures soudées avec du plomb fondu. Les faces de chaque pile exposées au courant de l’eau étaient construites sous forme de saillies anguleuses, qui, coupant les flots et amortissant leur impétuosité, contribuaient à la solidité de la construction. Le pont était recouvert de planches de cèdre et de cyprès, placées sur d’immenses madriers de palmier ; il avait trente pieds de large, et n’était pas le moins beau des ouvrages de Sémiramis... »

« Les maisons ne touchent pas aux murs, rapporte Qülnte-Cürce, V, i, car il y a un espace intermédiaire de prés d’un arpent ; et même toute la ville n’est pas occupée par des constructions ; il n’y a d’habité que l’espace

de 90 slades, et tout n’y est pas continu, les édifices y sont, pour plus de sécurité, isolés ; ils ensemencent et cultivent tout le reste ; afin qu’en cas d’attaque du dehors, ils aient de quoi nourrir les assiégés. L’Euphrate coule par le milieu, encaissé entre de puissants quais. Toutes ces grandes constructions sont entourées de larges cavernes, pour amortir le choc du fleuve, qui, sans ces réservoirs, dépasserait la hauteur des quais et inonderait la ville. Ils sont construits en briques cuites, et tout l’ouvrage est revêtu d’une couche de bitume. Un pont de pierre jeté sur le fleuve joint les deux quartiers opposés. Ce pont est aussi au nombre des merveilles de l’Orient ; car l’Euphrate charrie beaucoup de limon ; il a donc fallu en retirer beaucoup do vase pour l’y asseoir sur des fondements solides. Puis, il s’y accumule des tables qui s’attachent aux rochers sur lesquels repose le pont, arrêtent le cours de l’eau dont la violence est d’autant plus grande qu’elle e3t moins libre dans son canal. • « Sémiramis, continue Diodore, choisit ensuite le lieu le plus bas des environs de Babylone pour y construire un réservoir carré, dont chaque côté était de 300 slades. Ce réservoir était fait de briques cuites et d’asphalte ; sa profondeur était de 35 pieds. Elle fit détourner le fleuve pour le conduire dans ce réservoir, et construire une galerie souterraine communiquant avec les palais situés sur chaque rive ; les voûtes de cette galerie étaient biltics en briques cuites de quatre coudées d’épaisseur, enduites d’une couche d’asphalte bouilli. Les parois de la galerie avaient vingt briques d’épaisseur, douze pieds de haut jusqu’à l’arc de la voûte, et la largeur de la galerie était de 15 pieds. Cet ouvrage fut terminé en sept jours; elle fit rentrer le fleuve dans son lit, de telle façon que, au moyen de la galerie souterraine, elle pou-

vait se rendre d’un palais à l’autre, sans traverser l’eau. Les deux extrémités de la galerie étaient fermées par des portes qui ont subsisté jusqu’à la domination des Perses. »

il estqueslion dans une inscription d’un courant d’eau nommé le Canal du Soleil levant; ou ignore si l’on doit y voir un égoùt, ou un canal distribuant l’eau, la fraîcheur dans la ville et servant à l’irrigation des champs.

« Nabuchodonosor, roi de Babylone, y est-il dit, ennemi de l’impureté, vicaire du Dieu suprême, l’auguste seigneur, restaurateur de la pyramide et de la tour, fils de Nabopolassar, roi de Babylone, moi !

Les eaux contenues dans le courant d’eau nommé le canal du Soleil- Levant de Babylone, avaient été négligées depuis le temps du déluge, le lit creux de la terre avait été endommagé; j’ai bouché ses crevasses, aligné le cours du canal. A partir de l'Euphrate jusqu’à Mi bour Sabou « eaux de la citerne vide, » j’ai élevé ses parois on bitume et en briques, et dans Mi bour sabou , prés de Babylone, j’ai creusé le bassin du canal et j’y ai ménagé des conduits à écluse, à la gloire du dieu Mérodach, le seigneur sublime.

Mérodach, grand seigneur sublime, toi qui es majestueux, sois propice, accorde-moi gracieusement la vie jusqu’aux jours reculés, une fécondité septuple, la stabilité du trône et la victoire du glaive. » M. OrpEivr, op. cil ., liv. 11, ch. n, page 153, Inscription lue sur un baril trouvé dans les profondeurs du groupe de ruines connu sous le nom de Kasr. — Ce canal était souterrain en partie, du moin3 au-dessous des trois murs d’enceinte de Babylone.

Nous avons déjà parlé des briques employées à Babylone, nous devons dire ce qu’elles étaient.

Les briques que l’on y retrouve sont de deux sortes, l'une cuite au feu, l’autre purement durcie au soleil. « La grandeur moyenne des briques cuites au feu, dit M. Hoefer, op. cit., est de 13 pouces carrés sur 3 d’épaisseur. On en trouve de la moitié de cette dimension, cl quelques-unes d’une autre forme pour des ouvrages particuliers, tels que des coins arrondis, etc. Ces briques sont de différentes couleurs : les unes sont blanches, tirant plus ou moins sur le jaune, comme les belles briques de nos planchers, qui sont l’espèce la plus fine ; rouges comme notre brique commune, l’espèce la plus grossière ; d’autres, avec une teinte noire, qui sont très-dures. La brique crue est de beaucoup plus grande que la brique cuite ; ce n’est en général qu’un épais morceau de terre, où l’on aperçoit des roseaux ou de la paille hachée qu’on y a mêlée exprès afin de la mieux lier. •

L’édifice le plus extraordinaire qu’il y avait à Babylone, ou plutôt à Borsippa, était :

LA TOUR A ÉTAGES. — Cette construction incroyable étonne tous les historiens anciens.

• Le temple de Jupiter Bélus existe encore de mon temps, dit HÉnonon:; il est carré et a deux stades de côté. Au centre s’élève une tour massive, longue et large d’un stnde ; elle en supporte une autre, et celle-ci une autre encore ; ainsi de suite jusqu’à huit. Un escalier en spirale conduit extérieurement de tour en tour. Vers le milieu de la montée, sont une station et des sièges où se reposent les visiteurs ; la dernière tour est surmontée d’une chapelle spacieuse, renfermant un grand lit richement couvert, et auprès une table d’or. On n’y voit point

de statue et nul n’y passe la nuit, honnis une femme indigène que choisit entre toutes le dieu, à ce que rapportent scs prêtre3. — Ils disent encore, et ils ne me paraissent point dignes de foi, que le dieu parcourt le temple et se repose sur le lit, de la même manière qu’à Thèbes en Egypte, selon tes Egyptiens. Car, là aussi, une femme passe la nuit dans le temple de Jupiter- Thébain, et l’on assure que ni l’une ni l’autre de ces femmes n’a commerce avec des mortels. De même à Pataro en Lvcie, la prêtresse du dieu, lorsqu’il est présent, car l’oracle n’est pas perpétuel, passe la nuit dans l’intérieur du temple. — Il y a dans ce temple de Babylone, en bas, une autre chapelle, contenant une grande statue de Jupiter assis, et auprès, une large table; toutes deux sont d’or, ainsi que le trône et ses degrés ; le tout, selon les Chaldéens, est du poids de huit cents talents. En dehors de la chapelle, l’autel est d’or, et sur un autre autel plus vaste on sacrifie des victimes parfaites, car sur le premier on ne peut immoler que des agneaux non sevrés. Sur le grand autel, les Chaldéens brûlent par an mille talents d’encens pur quand ils célèbrent la fête du dieu. On voyait du temps de Cyrus, dans cet enclos sacré, une statue d’or massif, haute de douze coudées; je ne l’ai point vue, mais les Chaldéens le disent, et d’après eux je le répète. Darius, lils d'IIystaspe, eut dessein de l’enlever, il n’osa; mais son fllsXerxès la prit et tua le prêtre qui lui défendait de la mouvoir. Tels étaient les ornements de ce temple, et il renfermait en outre une multitude d’offrandes particulières. » — IIÉao-

DOTE, I, CLXXXI à CLXXXIV.

Après Hérodote, écoutons Diodore :

« Sémiramis éleva au milieu de la ville un temple consacré à Jupiter , que les Babyloniens nomment Bélus,

ainsi que nous l’avons dit. Comme les historiens ne sont pas d’accord sur ce monument, et qu’il est tombé en ruines par la suite des temps, il est impossible d’en donner ici une description exacte. On convient cependant qu’il était extraordinairement élevé, et qu’à cause de son élévation, les Chaldéens y faisaient leurs travaux astronomiques, en observant soigneusement le lever et le coucher des astres. Tout l’édilicc était construit avec beaucoup d’art, en asphalte et en briques; sur son sommet se trouvaient les statues de Jupiter, de Junon et de Rhéa, recouvertes de lames d’or. Celle de Jupiter représentait ce dieu debout et dans la disposition de marcher ; elle avait quarante pieds de haut, et pesait mille talents babyloniens. Celle de Rhéa , figurée assise sur un char d’or, avait le même poids que la précédente ; sur ses genoux étaient placés deux lions, et à côté d’elle étaient figurés d’énormes serpents en argent , dont chacun pesait trente talents. La statue de Junon, représentée debout, pesait huit cents talents ; elle tenait dans la main droite un serpent par la tête, et dans la main gauche un sceptre garni de pierreries. Devant ces trois statues était placée une table d’or plaqué, de quarante pieds de long sur quinze de large, et pesant cinq cents talents. Sur cette table étaient posées deux urnes du poids de trente talents ; il y avait aussi deux vases à brûler des parfums, dont chacun pesait trois cents talents ; et trois cratères d’or , dont l’un consacré à Jupiter , pesait douze cents talents babyloniens, et les autres chacun six cents. Tous ces trésors furent plus tard pillés par les rois des Perses »> — Trad. Hoefer.

Enfin ce sont les inscriptions elles-mêmes qui vont nous décrire cet imposant édifice.

• Nabuchodonosor, roi de Babylone, pasteur des peu-

pies, témoin de l’immuable affection de Mérodach, le puissant empereur qui exalte Nébo, le sauveur, le sage qui prête son oreille aux injonctions du Dieu suprême, le vicaire des dieux sans reproche, reconstructeur de la pyramide et de la tour, fils ainé de Nabopolassar.

Nous disons : Mérodach le grand seigneur m’a luimême engendré; il m’a enjoint de reconstruire ses sanctuaires. Nébo, qui surveille les légions du ciel et de la terre, a chargé ma main du sceptre de la justice.

La pyramide est le temple du ciel et de la terre, la demeure du maître des dieux Mérodach, j’ai fait construire en or pur, en forme de coupole, la cellule des oracles, le lieu où repose sa majesté.

La tour, la maison éternelle, je l’ai refondée, rebâtie en argent, en or, en autres métaux, en pierres, en briques vernissées, en lentisque et en cèdre; j’en ai achevé la magnificence.

Le premier édiüce, qui est le temple des assises de la terre, et auquel se rattache le plus ancien souvenir de Babylone, je l’ai refait et terminé en briques et en cuivre ; j’en ai élevé le faite.

Nous disons : pour l’autre, qui est cet édifice-ci, le temple des sept lumières de la terre, et auquel remonte le plus ancien souvenir de Borsippa, un roi antique le bâtit, (on compte de là ii vies humaines), mais il n’en éleva pas le faite. Les hommes l’avaient abandonné depuis le jour du déluge, en désordre proférant leurs paroles. — (Comparez avec la Genèse, XI, 1 à 9.)

Le tremblement de terre et le tonnerre avaient ébranlé la brique crue, avaient fendu la brique cuite des revêtements; la brique crue des massifs s’était éboulée en formant des collines. Le grand dieu Mérodach a engagé mon cœur à le rebâtir, je n’en ai pas changé l’ernplacc-

ment, ni altéré les fondations. Dans le mois du saint, au jour heureux, j’ai percé par des arcades la brique crue des massifs et la brique cuite des revêtements; j’ai ajusté les rampes circulaires, et inscrit la gloire de mon nom dans la frise des arcades.

J’ai mis la main à reconstituer la tour et à en élever le faite; comme jadis elle dut être, ainsi je l’ai refondée et rebâtie; comme elle dut être dans les temps éloignés, j’en ai élevé le sommet.

Nébo qui t’engendre toi-même, dominateur qui exaltes Mérodach, sois entièrement propice â mes œuvres pour ma gloire. Accorde-moi pour toujours une vie jusqu’aux temps les plus reculés, une fécondité septuple, la solidité du trône, la durée de la victoire, la paciücation de3 rebelles, la soumission des pays ennemis. Dans les colonnes de la table éternelle qui llxe les sorts du ciel et de la terre, consigne le cours fortuné de mes jours, inscris-y la fécondité. Imite Mérodach, le roi du ciel et de la terre, le père qui m’a engendré, bénis mes œuvres, soutiens ma domination. Que Nabuchodonosor, le roi qui relève les ruines, demeure devant ta face. » Inscription trouvée par M. Riwuxson; trad. deM. Oi’PEBT, op. cil. liv. II, ch. vi, page 212.

Ailleurs, du même roi :

« Uorsippa, la ville de celui qui exalte le Dieu, je l’ai honorée. Au milieu d’elle, j’ai fait construire la tour, la maison éternelle. Avec de l’or, de l’argent, des autres métaux, des pierres précieuses, des briques vernissées, du lcntisquc, du cèdre, j’ai achevé sa magnificence. J’ai recouvert en or les portes du lieu du repos de Nébo ; les poutres de la porte des oracles ont été plaquées en argent; le battant de la porte du lieu du repos, le seuil, les linteaux, les gonds, je les ai incrustés avec du zariri

(du verre probablement). Les colonnes en cèdre du réduit de ses filles, je les ai incrustées d’argent. L’accès au lieu, du repos, l’escalier du temple, le chemin des aveugles, le remède de ceux qui murmurent dans le sanctuaire, est fait en argent (6 e étage?). Les battants, les colonnes et les portes dans les rampes, ont été construites en couleurs variées. J’ai fortifié le temple. Pour étonner ceux qui habitent le monde, j’ai restauré la merveille de Borsippa , qui est le temple des sept merveilles de la terre. En briques couvertes de cuivre j’en ai élevé le faite, l’emblème mystique de Nébo , la couche de sa souveraineté, l’emblème de la louange de sa bienveillance, le trésor de la ville de SU AN NA KI(?), l’espoir de ceux qui l’invoquent, la tente de ceux qui lui sont proches (c’est-à-dire l’intérieur du temple), je l’ai recouvert de rangées de marbre et d’autres pierres.

Au dieu Sin, qui soutient le flanc de mon autorité, j’ai construit le BIT TIM AN NI, son temple, en forme de caverne, dans la plate-forme au-dessous de la tour. .. • — M. J. OrrEBT. Expéd. en Mésopotamie.

D’après M. OrrEBT, le premier étage, en partant de la base de la tour, était coloré en noir; le deuxième, blanc; le troisième, orange; le quatrième, bleu; le cinquième, écarlate; le sixième, argent; le septième, or.

Les sept murailles d’Ecbatane étaient revêtues de couleurs semblables. El H. Victor Place a retrouvé la même disposition de couleurs dans les sept étages de la tour du palais de Khorsabad.

La substruclion de la tour à étages, selon M. OrrrRT, était de 600 pieds carrés; les tours avaient 25 pieds de hauteur chacune. La première avait de longueur de cèté 180 pieds; la deuxième, 156; la troisième, 132; la quatrième, 108; la cinquième, 84; la sixième, 60 ; la sep-

tièmc, 36. Dans cette dernière était le temple de Nébo, l’inspecteur du ciel et de la terre.

A Babylone, ae faisant face, situés sur les bords du fleuve, étaient :

LES PALAIS DES ROIS. — Diodore attribue la construction de ces palais à Sémiramis ; il nous en donne la description :

« Elle fit construire à chaque extrémité du pont un palais d’où elle pouvait voir tonte la \ille. Ces deux palais étaient, pour ainsi dire, les clefs des deux quartiers les plus importants. Comme l’Euphrate, traversant Babylone, coule vers le midi, l’un de ces palais regardait l’orient, l’autre l’occident, et tous deux étaient d’une grande magnificence. Celui qui était situé au couchant avait soixante stades de circuit; il était fortifié par de beaux murs, très-élevés et construits en briques cuites. En dedans de ce mur était une autre enceinte, faite avec des briques crues, sur lesquelles étaient imprimées des figures de toutes sortes d’animaux; ces figures étaient peintes avec tant d’art, qu'elle3 semblaient être vivantes. Cette enceinte avait quarante stades de longueur. Son épaisseur était de trois cents briques; et sa hauteur, suivant Ctésias, de cinquante orgyes; la hauteur des tours était de cent soixante et dix orgyes.

Enfin , en dedans de cette seconde enceinte, il y en eut une troisième, qui entourait la citadelle, dont le périmètre était de vingt stades, et qui dépassait en hauteur le mur intermédiaire. Sur les tours et les murailles on avait représenté toutes sortes d’animaux , parfaitement imités par les couleurs et le relief. On y voyait une chasse, composée de différents animaux, qui avaient

plus de quatre coudées de haut. Dans cette chasse, Sémiramis était figurée à cheval , lançant un javelot sur une panthère ; auprès d’elle était Ninus, son époux, frappant un lion d’un coup de lance.

On pénétrait dans la citadelle par une triple porte, derrière laquelle étaient des chambres d’airain, s’ouvrant par une machine; enfin, ce palais l’emportait de beaucoup en étendue et en beauté sur celui qui était situé sur la rive opposée. Ce dernier n’avait qu’un mur d’enceinte en briques cuites, de trente stades de circuit. Au lieu de figures d'animaux, on y voyait les statues d'airain de Ninus, de Sémiramis, des gouverneurs de province et la statue de Jupiter, que les Babyloniens appellent Bélus. On y remarquait cependant des représentations de combats et de chasses très-agréables à la vue. » — Trad. Hoefeb.

Mais Sémiramis ne doit point avoir seule la gloire de ces constructions; Nabuchodonosor en revendique une large part ; grâce à lui, il nous l’apprend, un palais plus somptueux que les autres s’élève sur un des côtés de la ville avec une promptitude inouïe; et ses vastes terrasses vont devenir autant de jardins suspendus :

• Nabuchodonosor, roi de Babylone, restaurateur de la pyramide et de la tour, filsdeNabopolassar, roi de Babylone, moi !

Je dis : J’ai construit le palais, le siège de ma royauté, le cœur de Babylone (fans la terre de Babylone, j’ai fait poser les fondations à une grande profondeur audessous du niveau du fleuve, j’ai relaté sa construction sur les cylindres recouverts de bitume et de briques.

Avec ton assistance, ô dieu Mérodach, j’ai bèti ce palais indestructible. Que le dieu trône à Babylone, qu’il y établisse sa demeure, à cause de moi qu’il septuple le

nombre des naissances ; puisse à cause de moi le peuple de Babyîone dominer jusqu'à des jours reculés! » M. Oppert, op. cil ., liv. Il, ch. h, page 156.

Les palais à Babyîone étaient semblables à ceux d’Hisir- Sargon. « C’est cette ville qui avoisine le palais de Khorsabad, où ont été exécutées les fouilles de M. Botta et celles des savants anglais. Cette ville, qui avait été à peine découverte et qui ne l’est pas encore tout à fait, a cependant été reconnue et mesurée par M. Victor Place, consul de France à Mosoul. Cet intrépide et habile explorateur a retrouvé tout le palais deSargon, dont quatorze chambres seulement avaient été déblayées. Ce palais, qui est à moitié dans l’enceinte de la ville, à moitié au dehors, est d’une étendue et d’une magnificence surprenantes. M. Botta avait reconnu et décrit les appartements de réception, la résidence officielle du monarque. M. Victor Place a mis au jour les immenses dépendances du palais, les logements des officiers, les cuisines, les magasins et enfin le harem, le temple et la tour qui, à l’imitation de la tour de Babel, s’élevait dans l’enceinte du palais. Le gouvernement français vient d’ordonner la publication des admirables travaux de notre zélé et courageux représentant. M. Place a pu exécuter le plan de la ville avec ses huit portes, deux sur chaque face, une d’honneur enrichie de splendides sculptures peintes, l’autre de service simple et donnant passage au peuple. Il a donné également le plan de tout le palais, qui contient plus de deux cents chambres. Sur les sept étages de la tour ou observatoire, quatre existent encore avec les différences de coloris dans les briques qu’indique Hérodote, avec les rampes tournantes dont la Bible révèle l’existence à Babel, avec les dimensions que donne l’historien grec : la hauteur égale

au carré de la base. M. Place a résolu le problème de la couverture du palais et des maisons; cette couverture était de briques crues, au-dessus desquelles on entassait de la terre battue et pressée au rouleau avec un soin infini, pour éviter les infiltrations. Ces terrasses formaient les fameux jardins suspendus. Des peintures précieuses, des statues de divinités et des statues d’hommes, des ornements splendides, des instruments de toutes sortes, ont été découverts. C'est la vie des Assyriens prise sur le fait. » — M. de Riancey. — Voyez Ninive et Assyrie de M. Victor Place, in-folio en cours de publication.

Et si à côté de ce livre de M. Place, on ouvre celui de MM. OrrERT et J. Menant, les Fastes de Sargon , ce sera le roi lui-même qui vous racontera les magnificences de ses palais.

Ecoutons-le, il va nous dire comment il a défié les obstacles et s’est joué dans les merveilles.

... « Pour remplacer Ninive, je fis d’après la volonté divine et le vœu de mon cœur, une ville que j'appelai Hisir-Sargon. Nisroch, Sin, Samas, Nebo, Ao, Ninip et leurs grandes épouses qui régnent éternellement en Mésopotamie et sur le paysd’Aralli, ont béni ces merveilles splendides et les murs superbes dans la ville de Hisir-Sargon. J’ai rectifié les institutions qui n’étaient pas conformes à leurs volontés. Les prêtres, les nisiramki, les sarmahhi sapar débattirent dans leurs discussions savantes, sur la prééminence de leurs divinités et l’efficacité de leurs sacrifices.

J’ai bâti dans la ville des palais couverts de peaux de veaux marins, en santal, ébène, lentisque, cèdre, cyprès, pistachier sauvage, un palais d’une incomparable splendeur pour le siège de ma royauté. J’ai disposé leur duna sur des plaques en or, en argent, en

cuivre, en tak-tilpi , en pierres lisses, en couleurs faites avec de l’étain, du fer, de l’antimoine et des hibisli arrangés. J’ai écrit là-dessus la gloire des dieux ; au-dessus j’ai bâti une charpente en poutres de cèdres. J'ai entouré avec des rosaces en briques vernissées, les poutres de pin et de lenlisque, et j’ai calculé leur distance. J’ai fait un escalier en spirale, à l’égal de celui du grand temple d’Assyrie qu’on nomme dans la langue de Phénicie Bethilanni. Entre le3 portes, j’ai mis huit lions doubles.

Pour décorer les portes, j’ai fait des enjolivements dans les linteaux et les montants ; les traverses en pierre de gypse d’une grande dimension que j’avais enlevées de ma main, je les ai placées en dessus. J’ai muré leurs parois et j’ai entraîné à l’admiration les grands du pays...

Avec les chefs des provinces (mal-ki); les satrapes (pahatij ; les sages, (ak-li) ; les docteurs, (sa-piri); les magnats, (ivhi); les lieutenants, ( sa-pi-li ); les juges et les gouverneurs d’Assyrie, j’ai siégé dans mon palais et j’ai exercé la juridiction. •

Toute sa grandeur, toute sa gloire, c’est à ses dieux que le roi la rapporte.

« Sargon, le grand roi puissant, roi des lé-

gions, roi d’Assyrie, vicaire des dieux à Babylone, roi des Soumirs et des Accads, favori des grands dieux.

Les dieux Assour, Nébo et Mérodach m’ont conféré la royauté dis nations. Fier de mon nom sans tache, j’ai déclaré la guerre à l’impiété, j’ai restauré les sanctuaires de Sippara, de Nipour, de Babylone et de Borsippa, j’ai redressé les infractions commises par les hommes contre les lois respectables.

J’ai réuni les couronnes de Kalou, Chalanné, Orchoé,

Rata, Larsam, Zari, Kisik le séjour du dieu Lnguda, j'ai assujetti leurs habitants. Quant aux lois de Baalbek. et de la ville de Harran, tombées en désuétude depuis des jouis reculés, j’ai remis en vigueur leurs coutumes altérées.

Les grands dieux m’ont rendu heureux par la constance de leur affection, m’ont accordé sur tous les rois l’exercice de ma souveraineté ; ils leur ont imposé à tous l’obéissance. A partir du jour de mon avènement, les princes mes rivaux ne m’ont pas dédaigné ; je n’ai pas en homme lèche redouté les combats et les batailles ; j’ai rempli de terreur les terres des rebelles et j’en ai exigé les symboles de soumission présentés dans les quatre éléments...

C’est par la grâce et la puissance des grands dieux mes maîtres, que j’ai forcé mes serviteurs à m’obéir ; par la prière, j’ai obtenu la défaite de mes ennemis...

Seul, je me rendis à Babylone aux sanctuaires de Bel, le juge des dieux, dans l’exaltation de mon cœur et la splendeur de ma face; je pris les mains du grand seigneur, l’auguste dieu Mérodach, et je parcourus le chemin de la chambre des dépouilles. •

Enfin pour remercier les dieux, et par la suite encore se concilier leur affection, le roi s'écrie :

« Puisse Assour, le père de3dieux, bénir ccs palais en donnant à ses images un éclat spontané. Que jusqu’aux jours les plus reculés il veille sur les issues ! Que devant sa face suprême demeure le taureau sculpté, le protecteur et le Dieu qui porte le parfait bonheur et la béatitude, et qu’il les fasse rester dans cette maison jusqu’à ce que ces taureaux se meuvent de ce seuil.

Qu’avec l’aide d’Assour, le roi qui a bâti ces palais se réjouisse de sa progéniture et qu’il multiplie sa race, (pie

jusqu’aux jours les plus reculés durent ces créneaux. Que celui qui y demeure, en sorte entouré de la plus haute splendeur, qu’il se réjouisse dans l’exaltation de son cœur de pouvoir accomplir ses vœux, d’atteindre son but, et qu’il rende sa splendeur sept fois plus illustre. »

En célébrant ainsi son œuvre, Sargon n’a rien dit de trop ; les débris attestent encore ses paroles.

Une autre merveille de Babvlone, dont la renommée allait aussi loin que celle de la tour à étages, était :

LES JARDINS SUSPENDUS. — C’est à Diodore que nous devons d’en connaître la description :

« Il y avait dans la citadelle le jardin suspendu, ouvrage, non pas de Sémiramis, mais d’un roi syrien postérieur à celle-ci ; il l’avait fait construire pour plaire à une concubine. On raconte que cette femme, originaire de la Perse, regrettant les prés de ses montagnes, avait engagé le roi à lui rappeler, par des plantations artificielles, la Perse, son pays natal. Ce jardin, de forme carrée, avait de chaque côté quatre pléthres ; on y montait, par des degrés, sur des terrasses posées les unes sur les autres, en sorte que tout présentait l’aspect d’un amphithéâtre. Ces terrasses ou plates-formes sur lesquelles on montait étaient soutenues par des colonnes, qui, s’élevant graduellement de distance en distance, supportaient toutes le pied des plantations ; la colonne la plus élevée, de cinquante coudées de haut, supportait le sommet du jardin et était de niveau avec les balustrades de l’enceinte. Les murs, solidement construits, à grands frais, avaient vingt-deux pieds d’épaisseur, et chaque issue dix de largeur. Les plates-formes des terrasses étaient com-

posées de blocs de pierre dont la longueur, y compris la saillie, était de seize picd3 sur quatre de largeur. Ces blocs étaient recouverts d’une couche de roseaux mêlés de beaucoup d’asphalte; sur cette couche reposait une double rangée de briques cuites, cimentées avec du piètre; celles-ci étaient, à leur tour, recouvertes de lames de plomb, afin d’empêcher l’eau de filtrer à travers les atterrissements artificiels, et de pénétrer dans les fondations. Sur cette ouverture se trouvait répandue une masse de terre suffisante pour recevoir les racines des plus grands arbres. Ce sol artificiel était rempli d’arbres de toute espèce, capables de charmer la vue par leur dimension et leur beauté. Les colonnes, s’élevant graduellement, laissaient par leurs interstices pénétrer la lumière, et donnaient accès aux appartements royaux, nombreux et diversement ornés. Une seule de ces colonnes était creuse depuis le sommet jusqu’à sa base ; elle contenait des machines hydrauliques qui faisaient monter du fleuve une grande quantité d’eau, sans que personne ne pùt rien voir à l’extérieur. • — Trad. Hoefeb.

Mais «la domination Chaldéenno, dit M. de Ruihcet, va bientôt être refoulée dans les murs de sa capitale. Il fallait en finir; la corruption se ravivait toujours dans ce foyer ; l’orgueil et les vices de la grande ville de l’orient criaient vengeance. Baruch n’avait pu voir sans horreur cette idolâtrie grossière et ces impurs sacrifices aux dieux d’or et d’argent. Isaïe avait dit: « O vierge de Babylone, asseyez-vous à terre, vous n’êtcs plus sur le trône; c’est votre sagesse et votre science même qui vous ont perdues. Vous vous ête3 écriée : Je suis souveraine. • Au jour marqué, ce n’étaient pas « ces enchanteurs avec

tous les secrets de leur magie , » ni cette multitude de conseillers, « ces augures qui éhulient le ciel , qui contemplent les astres, qui comptent les mois pour en forger des prédictions , » qui pouvaient la sauver. Joël s’était fait entendre. Jérémie avait tonné contre ces procédés sacrilèges et menteurs de la caste, contre ces infamies de tout le peuple. Il avait écrit sur un livrer tous les maux qui devaient tomber 3ur Babylone ; il lit porter ce livre par Saraias, avec ordre de le lire, ajoutant :

» Quand vous aurez achevé de lire ce livre, vous rattacherez à une pierre et vous le jetterez au milieu de l’Euphrate et vous direz : Ainsi Babylone sera submergée. •

Dans une nuit de réjouissances et de festins, • celle fille de voleurs va être pillée, » Cyrus est A ses portes.

Sous Darius, comme ou l’a vu dans ce récit, elle cherchera à reconquérir son ancienne splendeur, vains efforts; et cette fois complètement, elle sera plongée dans la tombe et s’y endormira pour jamais.

Ce sont ses propres maîtres qui s'appliqueront à la rendre déserte. D’abord, ils lui préféreront Suse, Ecbatane, Persépolisla ville persane par excellence; ensuite, à côté d’elle, ils construiront Ctésiphon, Séleucie.

A l’opulence va succéder la pauvreté hideuse. Aux rumeurs des places publiques, le calme effrayant des tombeaux.

Naguère on pouvait dire de Babylone ce qu’EzÉcmEL disait d’Assour, « elle était comme un êrêz sur le Liban, ses branches étaient belles, touffues et répandant l’ombre; il était haut, et sa chevelure s’élevait entre les rameaux serrés. #

Mais, à l’époque de Diodorc, déjà, « une petite partie de la ville seulement était habitée, le reste de l’espace

compris dans ses murs ('«lait converli en champs cultivés.

Et Slrabon s’éciiait quelques années plus tard ;

« La grande ville n'est plus qu’un grand désert! »

Bientôt l’enceinte seule de ses murailles subsista :

• llla avlem Babylon, dit Pacsaxias, in Arcad., omnium quas unquam sol aspexit urbium maxima, jam præler muros nihil liabet reliqui. »

Il ne reste plus que les murailles de celle Babvlonc, qui avait été la reine de toutes les villes du monde.

Elle va devenir un parc où les rois de Perse viendront chasser les bêles fauves. S. Jkbômk nous l’apprend, il le tenait d’un témoin oculaire, un religieux persan :

• Didicimus a quodam fraire Elamila, qui de illis (inibus egredietis, nunc Jcraso/ymis vilain exigil monachûi'um , venalionts regias esse in Babylone et omnis qeneris bestias murorun i cjus ambitu tantum contineri. «

Peu à peu les murailles tombèrent on ruine; avec le temps, l’Euphrate, dont le lit se comblait de ces décombres, se fit un autre cours, et du êiahar-Malkha, il ne resta plus en ces lieux qu’un mince filet d’eau qui, coulant à travers les masures et ne trouvant plus de pente d’écoulement, se changea en marais. C’était ainsi du temps de Théodoret :

• Euphrates quondam urbem ipsain mediam dividebal ; nunc autem (luoius convenus est in aliam viam, et per rudera minimus aquarum meatus (luit. »

Et maintenant, c’est à peine si l’on peut reconnaître la place qu’occupa jadis cette colossale cité ; c’est à peine si au premier aspect se présente une seule trace de son existence. Quelques buttes, quelques élévations de terre, appelées Moudjelibeh , vestige, dit-on, de la grande citadelle de Babylone; Kasr, reste dos palais royaux et des

jardins suspendus; Amran Ibn-Ali , la nécropole peutêtre de la grande ville; formées par la décomposition des édifices et la pulvérisation des briques cuites au soleil, déchirées par le temps, sillonnées par les eaux, couvertes à la surrace de morceaux de briques, de bitume, de pots de terre; une colline oblongue, dont la base peut avoir deux mille deux cent quatre vingt-six pieds : voilà les seuls vestiges qui puissent indiquer la place qu’occupèrent les demeures des dieux et des rois.

Cette colline que l'on rencontre à six milles au sud de llilla, en ligne droite, est la ruine de Babel.

Jadis cet édifice comprenait huit étages ; deux terrasses seulement sont restées debout, on retrouve les énormes fragments des autres, portant encore les traces du feu du ciel qui, sans doute, les a renversées. La première des terrasses qui subsiste a soixante pieds d’élévation ; de profonds ravins, comme autant de cicatrices, la sillonnent; la deuxième c3t une ruine compacte avec l’aspect d’une tour. Le tout, vu de l’occident, a une forme pyramidale.

« Voilà, dit M. Héerex, dans son Manuel d’histoire ancienne, voilà le Birs-Nemrod , dont la vue est sublime dans ses débris; les nuagc3 se jouent autour de son sommet, scs retraites sont habitées par des lions, tout y

respire la désolation Ainsi s’est accomplie la parole

du prophète. *

Depuis plus de quatorze siècles, dans ces plaines silencieuses et mornes, où naguère la civilisation a régné avec tout son éclat, des Arabes fouillent la terre et en retirent Ie3 briques dont ils ont bâti les villes qui se trouvent dans ces contrées, Bagdad, Cufa, llilla, Mesched-Ali et autres.

• C’est ainsi que périssent les ouvrages des hommes, c’est ainsi que s’évanouissent les empires et les nations. » — Yolney.

Tout meurt, la gloire, la puissance, les arts, souvent même les souvenirs

Page 1