‹ Nidintabel; la Perse ancienneChapitre 3 sur 14 · LES ROIS · texte numérisé non relu

LES ROIS

Le scribe s’était relevé. Il continua :

« Les choses du ciel étant dites, les premières, comme il convenait, je vais te lire les choses de la terre.

Immédiatement après Ormuzd et les six Amschaspands, fut créé le taureau modèle, Aboudad, qui contenait en lui les germes de la population animale, et les innombrables familles des plantes qui couvrent la surface de la terre.

L'homme, comme germe, était dans Aboudad.

Il était dit que partout où serait le bien, le mal chercherait à le détruire.

Ahriman se jeta sur le taureau, le frappa et le tua sur le champ.

Mais, de l'épaule gauche sortit Goschoroun, son âme, qui devint le génie tutélaire delà création ; et, de la droite, Kaïomorts, qui fut ainsi le premier homme, la tige des rois de l’Iran 1 .

Il fut formé brillant et blanc, ses yeux regardaient en haut.

A sa vue, les créations étaient pénétrées de respect et de crainte.

Ahriman n’avait rien à opposer à ce chef-d’œuvre d’intelligence qu’avait produit Ormuzd; il le tua.

1 Kaïomorts serait ainsi le premier roi do l’Iran. 11 fut le fondateur de la dynastie des Teischdadiens, « distributeurs de la justice. » — Ou lui donna, dit M. Dubeux, le surnom do Gucr-Schah, « roi de la montagne, >• parco qu’il fréquentait peu les hommes et vivait sur les lieux élevés propres à la prière, « ses yeux regardaient eu haut » dit l’Avesta. — Thomas IIyde, op. cil., et Malcolme, hist de la Perse, t. 1 de la trad. franc., l’appellent Guil-Schah, roi de la terre, roi de boue, roi de terre détrempée avec l’eau. — M. Dr beux n’admet pas cette version. — « Pourquoi, dit M. de Riancey, hist. du Monde , t. 1, p. 184, noto 1, le titre do Guil-Schah, ne s’appliquerait-il pas à Kaïomorts, le premier homme? Ne serait-ce pas un souvenir des origines primitives, de cet Adimo , homme de boue , comme les livres sacrés de l’Inde appellent le premier homme, de cet IJoang-Ti , patriarche de terre jaune, comme disent les livres sacrés de la Chine, et enfin de Y Adam de notre Sainte Ecriture? » — Cependant, le voyageur mahométan Mohsbk-

La semence de Kaïomorts tomba sur la terre.

La lumière du soleil la purifia.

Sefendarmad en prit un tiers en dépôt; l’ized Jiériocengh promit de veiller sur les deux autres; de telle sorte qu'au bout de quarante ans, grâce à eux et à Ormuzd, le lieu imprégné du liquide fécondateur laissa sortir un arbre pareil à une tige de reivas.

L’arbre mit dix ans à prendre sa croissance.

Il représentait deux corps, dont l’un avait la main dans l’oreille de l’autre. Ils faisaient un tout, et l’on ne pouvait savoir quel était le mâle et quelle était la femelle.

D’un arbre, Ormuzd en fit des hommes, et Meschia, Meschiané vécurent.

Tous deux, à cette époque fortunée, étaient pleins d’innocence et créés pour le ciel.

Mais l’astucieux ennemi du bien eut l’art de séduire leurs âmes trop crédules.

Sous la forme d’une couleuvre, il sauta sur la terre,

el-Fakt, natif de Cachemire, dons son Dabisldn, prétend que Kaïomorts, loin d'étre lo premier homme, n’a été que le quatorzième successeur de princes, dont il cite même quelques noms, d'une dynastie indienne du nom de Mahabads. — L’ouvrage de Mohsen ne date que de deux siècles, mais il s'appuie sur d’anciens livres pehlvis, entre autres, sur le Duualeer, que l’on a découvert depuis.

troubla leurs pensées, bouleversa leur existence.

« C’est Ahriman, leur dit-il, qui a donné l’eau, la terre, les arbres, les animaux. »

Puis, peu à peu, devenant plus hardi, le dew qui ne dit que le mensonge se présenta de nouveau. Cette fois il leur apporta des fruits qu’ils mangèrent, et de cent béatitudes dont ils jouissaient, il ne leur en resta qu’une.

Séduits une troisième fois, ils en vinrent à boire du lait.

Une quatrième fois, et ils allèrent à la chasse, mangèrent la chair des animaux qu’ils avaient tués, et se tirent des vêtements avec les peaux.

Enfin, découvrant le fer, ils coupèrent les arbres, se construisirent une tente, s’unirent.

La femme avait été la première à sacrifier au dew maudit.

Et Meschia, Meschiané, dans l’enfer, porteront la peine de leur péché jusqu’à la résurrection 1 .

1 Voilà, en résumé comment le Zend-Avesta, rapporte la lutte des deux principes, le bien et le mal, dominés par Zôrouano, le grand dieu, sans extrémités, sans bornes. — Celte doctrine, disait déjà Plutarqub, est très -ancienne ; elle fut professée par les premiers philosophes... Pythagore répandit le dualisme dans la Grèce ; l'esprit et la nécessité de Timée de Locres ; l'homogène et l ’ hétérogène des Platoniciens

Je n’ai rien à te dire au sujet des princes qui t’ont précédé*.

Leur souvenir n’est pas seulement conservé dans nos listes et nos annales, il doit vivre dans la mémoire.

N’as-tu pas, du reste, sur les monuments et dans les salles de tes palais des panneaux entiers remplis

ne sont que le dualisme. Le chrétien Saturnin le professait publiquement du temps môme des apôtres ; et les Manichéens n'étaient-ils pas aussi quelque peu disciples de Zoroastre? — Voyez Akquetil-Duperrow, Zend-Âvesla, Doun-déhescht.

* On ne retrouve que par lambeaux les annales primitives de la Perse, dans les chroniqueurs arabes. — Nous avons déjà parlé dans l’appendice, du Boun-déhescht, des Ravaëls de Bbhram-Schapoür, et de la confiance qu’on peut leur accorder. Mais nous devons citer comme donnant de précieux détails. ABOc-DJAFAR-MouAMMED-TABARi,dans s&Chronigue, traduite par M. Dübeux. Tabari est mort à Bagdad en 923; — le poète Ferdoccy-ibn-Ferrocck, qui a réuni les traditions éparses du Farsistan, dans son histoire des Scbahs, Schah-Namèh , «livre des rois, » en 999 après J.-C. Fbrdoccy fit hommage de ce livre à son maître Mahmoud-Gaznevy, le conquérant de la Perse. — M. J. Mohl a traduit le Sc/ia/i-Mzmèh.» — M. Scott- Waring a poitô ce jugement sur l’œuvre de Fbrdoccy : « C'est à tort que l’on donne au Schah-Namèh le nom de poème épique, et que sir William Jones, l’appelle une suite de poèmes épiques. Cet ouvrage renferme l’histoire d’une période de 3,700 ans... et c’est bien plutôt un poème historique comme le sont la Pharsale de Lccaiw, l'Enéide et Y Iliade ; en un mot, c’est un poème historique animé par des fables.» — Le Schah- Namèh, comme on l'a dit plus judicieusement encore, est une « histoire en vers. »

des hauts faits des rois, avec leurs représentations grandioses et des inscriptions qui t’en expliquent le sens 1 .

Ce serait donc vainement que je te montrerais et

• « L’élude des monuments en écriture cunéiforme observés dans Tandon Iran a fait savoir avec certitude que ces inscriptions sont toujours triples; c'est-à-dire que le texte de chaque inscription est simultanément écrit sur trois tablettes différentes, en trois langues différentes aussi qu’on croit être d’abord l’ancienne langue persane, la langue mède et la langue assyrienne... • M. Champollion, la Perse.

Nous ne pouvons ici donner, môme un aperçu de tout ce qu'il a fallu de patience et de sagacité aux philologues pour arriver à éclaircir par la lecture dos textes ce que l'inspection des représentations ne suffisait pas à faire comprendre ; nous nous contenterons de citer rapidement les noms* et les travaux des savants à qui nous devons cette découverte sans prix. Voir le savant article de M. Maudy, iïinive el Babylone, Revue des Deux-Mondes du 15 mars 1868.

M. Grotefend, le premier, à Gœltingue, en 1820, détermina quelques caractères cunéiformes sur des inscriptions que Niebuhr avait rapportées de Persépolis. 11 lut ainsi les noms de Darius et de Xerxès. — En 1820, en Norwège, M. Rask continua ces études avec quelque succès. — M. E. Bubkoüf lit faire un pas considérable à cette scitnce nouvello, et publia en 1836 un mémoire dans lequel il montrait que la langue des monuments persiques était un dialecte de l'ancien idiôme do la Baclriane, dans lequel avaient été écrits les livres de Zoroastre. — Ce mémoire fut suivi de travaux de M. Lasser, do Bonn. MM. Botta, Layard, Rawlirson édilièrent sur les données de leurs devanciers, et M. Rayvlinson parvint mémo à traduire complètement la première colonne de l’inscription trilingue de Bi Suloun, c'est -à dire la partie persépolitaine. —

Houscheng Peishdad, le juste, fondant Suse ou Balkh 1 ; et Tehmourelz*, le roi armé de toutes pièces 3 , vain-

M. Jules Oppbr^, savant allemand que la France s'est acquise par la naturalisation, acheva d’éclaircir les dernières difficultés. Et, dit M. Maury, « l'ancien idiome des Perses qui so rapproche encore plus du sanscrit que le zend, leur langue sacrée fut ainsi déllnitivement retrouvée, et un éminent philologue allemand, M. Spibgel, est en mesure de nous en donner la grammaire. *»

La deuxième colonne dos inscriptions trilingues est reconnue généralement pour être d’écriture môdc; à son tour elle fut déchiffrée, grâce aux études do Westergaard, qui sur ce sujet publia en 1844 un important travail; de M. de Saulcy, en Franco, do MM. Hincks, en Irlande, Norris, Holzmann, Haug et Spiegbl.

La troisième colonne, l'écriture assyrienne avait été, dès le début, étudiée par Grotefend; ses études furent continuées par MM. Botta, de Longpéhier, de Saulcy, Hincks. Mais c’est à sir Henry Rawlinson, en Angleterre; à M. Oppert, en France, que l’on doit véritablement la connaissance du système graphique assyrien tout entier. — Sir II. Rawlinson a ébauché les principes; M. Oppert les a définis, coordonnés, éclaircis. — Nous possédons maintenant une grammaire assyrienne; elle est de M. J. Ménant, élève de M. Oppert. Grammaire Assyrienne, in-4\ lmp. Imp u , 1808.

* Certains auteurs enseignent que Balkh aurait été la capitale do l’empire dcKaïomorts. — Les peuples du Caucase conservent encore la mémoire du nom de Houscheng. César Famin, Région caucasienne, Univers Pittoresque.

1 II fonda Ispahan. — Isfahan nesfi djihan , Ispahan est la moitié du monde, disent les Persans modernes dans leur admiration pour celle cité.

* Resavend.

qaear des mauvais génies'; et le glorieux Üjem-Schid siégeant à Istakhar *, ou à Balkh, recevant la parole d’Ormuzd, construisant le varé, l'enceinte sacrée aux quatre côtés ; puis malheureusement se laissant aller à sacrifier aux mauvais génies 3 . Ce serait en vain que je

' Devbend.

* On voit encore à Persépolis ou Istakhar, les restas des palais de Djem Schid. Kt le voyageur qui passe en ces lieux doit s'incliner devant le tréuo gigantesque, Takhl i-Djem- Schid, où s'est assis le favori des génies. — Takhl-i-Djem- Schid, c'est ainsi que les modernes Persans appellent les restes du magnilique palais de Persépolis, célèbre par les quarante pr&ciouses colonnes qui l’avaient fait nommer Tichehit-Hinar.

« Rien no peut donner une idée de l'onsomble solennel que découvre lo voyageur placé un lace de cos monuments, dit M. E. Flandix; en faca de lui, le palais des rois, ruiné, désert, s'élève et s'étend de la montagne sur la plaine verdoyante, au dessus d'une longue muraille coupée par un gigantesque escalier à rampe double; en haut, un large groupe de colonnes élégantes qui soutiennent encore quelques débris de leurs chapiteaux aériens; à gauche, lus piliers sur lesquels su détachent les colosses imposants qui gardaient autrefois l'entrée de la domeure royale; è droite, d'autres palais en ruines, dont les murs sculptés se détachent d'abord en noir dans un milieu lumineux, puis se colorent peu è peu sous les rayons d'un soleil ardent. Au fond, entre les colonnes, l'œil découvre encore dès ruines, des masses de pierres couvertes de ligures symboliques, et dans la brume bleuâtre de cetto atmosphère tranquille, on aperçoit des tombes creusées dans le flanc do la montagne qui sert de fond à ce thé&tre imposant. » (Eugène Flamoix et Pascal Coste, Voyage en Perse, 1840 et 1811).

’ « El Eblis, que Dieu le maudisse, dit Tabaiu, s'adressa à

dirais la sagesse de Féridoun 1 ; la folie de Kaî-Kaous*; les prescriptions de Zoroastre; les victoires de Kaï- Khosrou; les malheurs de Cambyse.

Tout cela tu le connais.

Mais ce que la loi m’ordonne de te rappeler, ce sont tes propres actions, tes paroles. Elle veut que je te dise toute la vérité ; t’éclaire sur tes obligations. Et c'est en son nom que je le parle.

Tu as la royauté, c’est-à-dire la toute-puissance, le gouvernement des peuples sans contrôle, la propriété du sol et des hommes, corps et biens.

Djem-Schid : Tu n'es pas un homme. Considère que depuis que tu exerces la royauté tu n'as jamais été malade. D'ailleurs les rois sont dépossédés ; ils meurent ; ils ont des ennemis qui se lèvent contre eux, et toi tu n'as éprouvé aucun de ces maux parce que tu es Dieu; mais tu ne te connais pas toi-méme. Tu étais d'obord dans le ciel; et le soleil et la lune et les étoiles étaient sous tes ordres, et tu les dirigeais bien. Tu es descendu sur la terre pour rendre la justice aux hommes et remonter après cela au ciel ; mais tu as oublié ce que tu es ; maintenant, toute la terre t'appartient, et tu as rendu justice aux hommes, fais-toi donc connaître à eux, et ordonne leur de t'adorer, et quiconque no t'adorera pas, jetie-le dans le feu. > Tabxri, trad. de M. Dudeux.

1 Voyez Appendice, au mol : Féridoun.

* Ce prince avait voulu, disent les traditions, s'élever au ciel; mais les aigles qu’il avait attelés à son char n'avaient pas tardé à le renverser. Le prince se releva de celte chute, mais, corrigé par une aussi ridicule aventure, il devint un des rois dont la Perse a gardé le meilleur souvenir.

Hais tout ce pouvoir tu ne l’as que pour en user comme le fait Ormuzd ton modèle.

Et s’il en était autrement ce serait à nous de suivre sa parole. Il a dit à ses prêtres :

« Renversez le roi qui n’est pas selon mon désir. »

Distributeur de la justice, tu peux sous l’égide de son saint nom commettre les plus grands crimes.

Mais Bahman veille, et pour toi, comme pour tous, viendra le jour du jugement.

Actif et éclairé, tu dois punir les malversations d’une manière terrible. Les châtiments prompts et sévères seront des avertissements solennels.

Faible, n’attend rien d’heureux. Ton règne sera regardé comme une calamité; les plaintes des victimes viendront mourir aux portes de ton palais; sous la fureur, les licences, la cupidité de tes satrapes, les populations fuiront, périront ; les provinces les plus fertiles se changeront en déserts.

Ne le confie jamais à tes femmes ; ne t'arrête point à leur volonté.

Houscheng les a éloignées du trône, parce que, disait-il :

. « A force de fréquenter les hommes, on peut découvrir leurs passions, jamais on ne parviendra à découvrir celles des femmes.

Le marbre et l'albâtre servent à la construction des palais; mais nous renfermons les diamants dans nos trésors; le marbre et l'albâtre sont les hommes, dont les qualités solides doivent être employées à Futilité publique; les femmes sont les diamants qui ne servent qu’à l’agrément 1 . »

Houscheng a pensé vrai.

Et si tu as des conseils à écouter, des avis à prendre,' tu ne dois t'adresser qu'aux prêtres, ou aux conseillers qui remplissent près de toi les fonctions des Amschaspands près d'Ormuzd.

Souviens-toi de Djem-Schid avant sa chute, et vois de quels trésors Dieu l’avait comblé 3 1

1 Danville. Gèog . ancienne.

‘ Un jour, Ormuzd parla à Djem : « Soumets-toi à ma loi, pur Djem, lui dit-il, médite-la, porte-la à ton peuple. » — Djem répondit : « Je no suis pas assez juste, ô Ormuzd, pour pratiquer, etc., etc. » — Alors le Dieu reprit ; « Si Djem ne peut pratiquer ma loi, ni la méditer, ni la porter aux hommes, du moins qu’il rende heureux le monde qui m’appartient, qu’il le rende fertile, abondant, en ait soin, le nourrisse, l’entretienne, en soit le chef, le gouverne. » — Et Djem s’écria : « C’est là mon désir, 6 Ormuzd, mais faites que durant mon règne il n’y ait ni vent chaud, ni vent froid, ni pourriture, ni mort, que les dews disparaissent lorsque je prononcerai votre parole. » — Le dieu, satisfait, mit dans les mains de son Adèle un glaive à poignée d’or. Le roi divisa la terre en trois parties, s’avança successivement sur chacune d’elles, l’ouvrit de son glaive, et ces lieux jusque-là déserts, se peuplèrent aussi-

Rappelle-toi encore les paroles que le pieux Féridoun adressait à son fils :

« Considérez chaque jour de votre règne comme le feuillet d’un livre, appliquez-vous à n’y rien écrire qui ne soit digne de la postérité.

Si l’homme réfléchissait bien sur sa propre nature, sur la vanité des biens de cette vie et la grandeur de Dieu, il ne s’attacherait qu’à cet être souverain.

Que vos richesses n’excitent point votre orgueil; que la chute de ceux que vous avez élevés vous serve de leçon.

Une même fin nous attend tous. Souvenez-vous, qui que vous soyez, que le monde manque à tous; donnez votre cœur au Créateur, lui seul ne vous manquera jamais. »

tôt d’animaux domestiques, de chiens, d'oiseaux, d’hommes, do feux rouges et brûlants. Los hommes s’assemblèrent, le9 villages naquirent, les villes, les bourgs furent fondés. L’hiver frappa ces contrées, mais les hommes s'aperçurent bientôt quo la terre était couverte d’herbes quand la neige se fondait. Et le temps vint, durant ce règne brillant, où lo monde fut si heureux que l’on ne vit plus ni grands froids, ni chaleur extrême, ni vieillesse, ni mort, ni passions déréglées, productions des dews. Il n’y avait plus do chef insoumis ou brutal, de mendiant, d'imposteur, de délateur, de traître, de furieux. Les femmes n'étaient sujettes à aucune infirmité, et les hommes frais et éclatants do santé paraissaient n’avoir que quinze ans.... Zeml-Avesla, Vendidad-Sculà , Fargard II.

Enfin, pense comme Kaï-Khosrou :

« A quoi servent les nombreuses armées et une longue vie, puisque ceux qui viendront après nous fouleront nos cendres. De la même manière que l’empire est venu de main en main jusqu’à nous, ainsi passera-t-il dans d’autres mains. »

Au reste, de ta venue, date une ère nouvelle de grandeur et de sagesse. L’Iran voit de beaux jours.

Dans nos annales, tu vas retrouver non-seulement tes actions, mais encore tes paroles.

Ecoute, c'est toi-même qui parles 1 Il :

1 Nous avon9 donné ici le commencement de l'inscription persane de Bi-Sutoun. Cette inscription se trouve à une lieue do Kirmanschah, ii gauche de la route de Bagdad k Hamadan, dans le Kurdistan, sur un rocher d’une hauteur perpendiculaire de 456 mètres. Des figures colossales l'accompagnent. Darius y a relaté tous les événements du commencement do son règne, y a établi sa généalogie :

t Je suis Darius, roi, grand roi des rois, roi des contrées aux nations nombreuses, roi de ce monde immense et son soutien, fils d'Hy3taspe, Achæménide. — Hystaspe fût mon père.

Il était fils d'Arsamês, fils d’Ariaramnès, celui-ci de Téispôs, dont le père fut Achæménôs; c’est pourquoi nous sommes appelés Achseménides. Notre origine est très-ancienne, trèsanciennement notre race donna des rois ; huit de mes ancôlroa furent rois, je suis le neuvième, et je le suis par la grèce d'Ormuzd; c’est lui qui m’a donné la couronne. » M. Oppert, Eiptd. en Mésop., in-4% t. II, a traduit en entier cette précieuse inscription. — Plus loin nous en donnerons la suite, ou tout au moins un résumé. — Les Peischadiens ôtaient des rois

— « Voici ce que j’ai fait avant d’être roi.

Un fils de Cyrus, nommé Cambyse, de notre race, était roi; il avait un frère nommé Bart’iya, fils de père et de mère avec Cambyse. Cambyse le tua et partit pour l'Egypte. Et son royaume devint impie, le mensonge fréquent dans la Perse, la Médie et les autres provinces.

Ensuite, il y avait un mage du nom de Gumata*,

mcdes; les Acliæménides ou Kéaniens furent des rois perses ; — Nous avons déjà sommairement parlé dos tribus ou castes chez les Perses; nous ajouterons ici ce qu'en dit Hérodote, I, exxv : « Il y n choz cette nation de nombreuses tribus; Cyrus en convoqua une partie et les détermina à la révolto. Ces tribus, de qui les autres dépendaient, étaient les Pasargades, les Maraphiens, les Maspicns. Les Pasargades sont les plus illustres de tous : la famille des Achæménides, d'où sont issus les rois do Perso se rattacho & eux. Les autres sont : les Pan- Ihialécns, les Dérusiens, les Germaniens, tribus de laboureurs : puis les Dacns, les Mardiens, les Oropiques et les 8agarties, tribus nomades. » — « Je vous recommando mes dernières volontés à tous, dit Cambyse dans son dernier discours Hér., III, lxv, et surtout aux Acbæménides ici présents; jo vous adjure, en invoquant les dieux de ce royaume, ne souflrez pas quo la royauté retombe entre les mains des Mèdes... »

On sait quelle grande confiance on peut avoir dans les récits d Hérodote ; tous les jours, grâce aux découvertes que fuit la science, on reconnaît de plus en plus la véracité de t'histotorien grec ; aussi, dans le cours de ce récit, citerons-nous, le plus souvent qu'il nous sera possible, l'hislorien que l'on a nommé à juste titre, le père do 1 histoire.

1 Ce mage que les inscriptions nomment Gumata, est ap-

qui se leva de Pissiachada, de la montagne appelée Arakadrisch, et le quatorzième jour du mois de

pelé Smerdis dans Hérodote ; Sphcndadate dans Ctésias ; Mardus dans Eschyle -, Oropaste dans Justin.

Nous empruntons à l'Histoire du Monde de MM. de Rukcet, histoire si heureusement et si savamment conçue, les lignes relatives à l’état de la Perse, à l’avènement de Darius I".

« L'antique casto sacerdotale de l’Iran, la caste des mages, renforcée dos Aramôens de Dabylone, possédait encore une redoutable influence ; la puissance de ses collèges s’étendait sur la politique. Son chef, le Moubed-Moubeddn } à qui était confiée la garde du tréne et du diadème, qui sacrait lui-môme le nouveau monarque, avait été chargé par Cambyse d’administrer le royaume en son absence. L’ambitieux Pasilithès conspira contro son prince, et couronna son propre frère, le mage Gomalôs, qui avait une ressemblance frappante avec le second fils de Cyrus, » le frère do Cambyse, Smerdis, « celui que la haine do Cambyse, » ou plutôt, les craintes, voyez à ce sujet Hér. III, xxx, « avait fait périr. L'empire se soumit d’abord à un liommo qui s’appuyait sur la caste dominante, ot qui exemptait pour trois ans les provinces de toute contribution... Mais la fraude fut découverte, sept chefs iraniens mirent à mort l’usurpateur et firent main basse sur les mages qui le soutenaient. Darius fils d'Hystaspe, Kaï-Guslasp, l’un des principaux auteurs do la révolution, fut proclamé <« schehin-schah » 522. »

Darius lui-mômo nous retrace le tableau de cette révolution. Voyez notre récit, p. 36... Quel soin prend ensuite ce prince « do donner à la réaction dont il est l’auteur, la couleur d’une restauration politique et religieuse. » Voyez notre récit, p. 38..., et la note l,p. 35, dans laquelle nous avons rapporté les paroles du roi établissant sa généalogie.

Darius récompense ses complices ; il réduit le nombre des cent satrapies à vingt gouvernements qu’il leur donne,

vivak'hnaya 1 , il menlit au royaume en disant :

« Je suis Barlius, fils de Cyrus et frère de Cambyse. »

Et tout le royaume conspira et passa au mage. Ce fut le neuvième jour du mois de garmapada* qu'il

IIÉHODOTE, III.lxxxix et seq ; il fait payer les impôts remis par Smerdis, en établit de réguliers-, subit un conseil des premiers d'entre les Pasargados.

« L'autorité de Darius, continuent MM. de Riancey, ne fut pas reconnue sonsdifliculté. Le parti des mages avait profilé de son passago sur le trône avec Gomatès pour intéresser profondément àsa cause les populations opprimées; d'ailieuis, il est probable que Gomatès représentait les croyances dégénérées qui avaient fait alliance avec l'idolâtrie babylonienne, tandis que Darius était probablement le plus ardent soutien de la réforme dont Zoroastre venait do lever le drapeau et qui prétendait ramener l'empire aux simples et pures doctrines des Aryâs; toujours est-il que le règno de Darius fut une lutte » presque « continuelle contre des révoltes sans cesse renaissantes.» — Le Tourân était sans cesse prêt à courir aux armes. Darius sut le contenir, mais à force d'énergie. — En même temps, Babylone, soulevée par les intrigues des mages, se révolta prenant pour chef un « roi, «* Natitabira, qui so disait Nabuchodonosor fils de Nabonid. »> MM. de Riakcey, Histoire du Monde, tome III, pages 42 et 46 C'est l'histoire de celte révolte et celle de son chef Nidintabel, Kadilabira, Nalitabir ou Natitatabirès, que nous allons commencer avec notre second livre, prenont pour guides et les récits d'Hérodote, et les bulletins militaires que Darius a consignés dans l'inscription deBi-Sutoun.

1 Février-Mars.

* Juillet-Août.

s’empara de l’autorité, et Cambyse ne pouvant supporter cette usurpation mourut.

Il n’y avait pas un homme, un Persan, un Mède ou quelqu’un de notre race, qui chassât le mage de ce royaume. La crainte empêchait la résistance. Gumata dit souvent publiquement, parce qu’il avait connu Bartius :

« Qu’il ne se trouve personne qui dise que je ne suis pas Bartius, fils de Cyrus. »

Personne ne l’osa.

Autour de lui, tous se turent jusqu’à ce que je me sois présenté. J’adorais Ormuzd, et le dieu m’accorda sa protection. Ce fut le dixième jour du mois de bagâyadish 1 , qu’avec mes fidèles auxiliaires’, je mis à

1 Mars-Avril.

1 Darius eu élevant à sa gloire le monument de Bi-Sutoun n'a pas oublié, comme il le dit lui-mémo : •• Ceux qui seuls furent mes compagnons lorsque je mis à mort le mage Gumata,... » Intaphernès, fils d'OEosparès ; Otanès, tils de Sochrès ; Gobryas, fils de Mardonius ; Uydarnès, fils de Mégabignès ; Mégabyse, fils de Dadyès ; Ardimanis, fils d’Ochus. D'après M. Opebt. — Les indications d'Hérodote sont presque identiques. — • Dus mutilations ont détruit les noms do quatre conjurés. Si ces mutilations ne sont pas l'effet du hasard, no peut-on pas supposer dans ceux qui s'en rendirent coupables un esprit de vengeance que le patriotisme mède put inspirer contre les sept conjurés persans ? » M. ChamroLLioir, op. cil., p. 329.

mort le mage et ses principaux partisans, dans la forteresse de Siktha’uwalisch, dans la province de Nisaya, en Médie. fuis je suis devenu roi par la grâce d’Ormuzd, et ce fut lui qui m’investit du royaume'.

Ce royaume, qui avait été enlevé à ma famille, je l’ai récupéré, rétabli sur des bases solides, tel qu'il était dans l’ancien temps. J’ai prohibé les coutumes que Gumata y avait introduites; j’ai prescrit aux habitants le chant et le culte dont le mage les avait privés; j’ai fortement réorganisé la Perse, la Médie et les autres provinces, rétabli les choses selon l’ancien temps, et tout cela par la grâce d’Ormuzd. »

— Ces paroles, nous les avons transcrites, parce qu’elles étaient l’expression de la vérité. J’ai dit. »

Alors, le roi se leva, bénit le scribe agenouillé devant lui, et prononça :

« Qu’Ormuzd m'accorde d’être éclatant de lumière comme l’âme du sage Kaï-Khosrou; bon et heureux

1 Vers cette époque, la troisième année de Darius, an du monde 3485, avant J.-C. 519, ou la deuxième suivant le calcul dos Juifs, ce roi leur permit de continuer à rebâtir le temple. Esdras, I, V, VI. Le mage Smerdis leur avait retiré l'édit donné par Cyrus. On retrouve l'édit de Cyrus, en entier, dans Esdras, I, 1 à 5.

comme le pur Djem-Schid; qu’il me permette de faire du bien aux hommes justes ; de ne pas soutenir l’avare ; d’être bienfaisant pour mes amis; de répondre avec douceur à mes ennemis; et me rende plus célèbre encore par mes actions que le grand Khosrou n’a été jamais. »

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