‹ Nidintabel; la Perse ancienneChapitre 4 sur 14 · UN FESTIN · texte numérisé non relu

UN FESTIN

Le soir du sixième jour de Bagayadish, le dernier de la fête du Nourouz, le roi donnait un festin 1 à tous

1 L'habitude des Perses était de ne faire par jour qu'un seul repas, celui du soir. — Dans Hérodote, VII, exx, on voit Mégacréon, conseiller aux Abdéritains de se rendre aux temples, afin de rendre grâce aux dieux de ce que le roi Xerxès n'avait point coutume de se mettre & table deux fois par jour, car s'ils avaient dû lui préparer, pour le mat in, un repas encore comme celui du soir, ils auraient été réduits à l'état le plus misérable que puissent endurer des hommes.

Héracude os Cumes, qui avait écrit sur l’histoire des Perses un ouvrage en cinq livres, nous apprend que pour le repas, « le roi était placé dans uno salle et ses hôtes les plus honorés dan3 une salle qui lui faisait face. Il apercevait de sa table ses protégés à travers un rideau sans qu’ils pussent repaître leurs yeux de la vue du suprême monarque; et ce n'était

à des anneaux lions couchés 8 . attachées aux *nt, en se gon- •mfflail du bois et des allées le leur vivant 5

oton très -fin. — byssus était «lu tions microsco- ■» ^ur les tissus izfer, Phénicie, S Pline aflirmo •ir était de tout 1 du colon a été •' les Pliéniciens plusieurs paséloflb One, prélos rois. Voyez,

. Iraduc. franc.

t zodiaque.

li<UIIEL, XXXI, 3.

voyons lo lydien no d’or, Hénon., mène ù Sardes, beauté qu’il dota ino troupe d’Im-

res servaient do « Udê, II, v. 714.

les grands de sa cour et aux principaux seigneurs de ses pays, venus à Suse, pour lui apporter les présents des peuples.

De telle sorte que, presque toute la puissance de la Perse, de la Médie et des autres provinces, se trouvant devant lui, il voulut montrer les richesses et la gloire de son royaume, l’éclat et l’excellence de sa grandeur*.

Les tables étaient dressées dans le parvis des jardins royaux*.

Des tapisseries de couleur blanche et hyacinthe 3 , tenues dans le haut par des cordons de byssus écar-

qu'aux jours de fêtes que le roi les réunissait & sa table dans uno grande salle. Le roi mangeait & part, les convives étaient près do lui, buvaient avec lui, mais non pas du même vin; ils étaient assis sur un simple carreau, et le roi sur un tabouret d'or. Quand le roi dinait en famille, les jeunes filles du harem chantaient pendant le repas. Le nombre des animaux abattus chaque jour pour le service du palais était estimé à mille, soit bœufs, brebis, Anes, chevaux, chameaux. La volaille y abondait; chacun était servi devant soi et emportait ce qu'il ne mangeait pas. Enfin les gardes du palais étaient nourris avec les restes. » Coahpollion-Figeac, ta Perse, page 89 et note. — Uêiucude est cité par Diogène ns Laeiitk, Athénée et Vossics. Voir Heeben, Politique et Commerce des anciens, irad. franç., t. I", page 520 note 2. — Dans la Bible, Eslher.

1 Eslher, I, 3, 4.

* Esther, I, 5.

1 Esther, T, G.

laie 1 à des anneaux d’argent; à la base, à des anneaux de bronze que portaientau dos de petits lions couchés 8 scellés dans la pierre; et sur les côtés, attachées aux colonnes soutenant la toiture, arrêtaient, en se gonflant, la brise légère et parfumée qui soufflait du bois de cèdres 3 plantés de la main des rois, et des allées de platanes 4 , où les saints, ayant prié de leur vivant 5

1 Qu’était-ce que le byssus? — Un tissu de coton très-fin. — « "Wilkinson combat cependant l’opinion que le byssus était du coton. 11 s’appuie à cet égard sur les observations microscopiques que Ure, Bauer et Thompson ont faites ^ur les tissus trouvés dans les momies d'Egypte. » M. Hcefeb, Phénicie, page 37, col. 2 et note 3. Univ. Pit. — Toutefois, Pline affirme dans son Ilisl. Nat., XIX, i, que le cotonnier était de tout temps cultivé en Arabie et en Egypte. L’usage du coton a été répandu en Grèce, en Italie, en Espagne, par les Phéniciens et les Carthaginois. — En tout cas, il résulte de plusieurs passages de la Bible, que le byssus était une étoffe fine, précieuse, employée aux vêlements des prêtres et des rois. Voyez, sur la culture et l’emploi du coton, Hebrkn, traduc. franç. Didot, in-8°.

* On les prend encore pour des symboles du zodiaque.

3 Le cèdre est l'érèz de la Bible. — Voyez Ezécuiel, xxxi, 3.

4 Cet arbre était fort en honneur. — Nous voyons le lydien Pylhius offrir à Darius un platane et une vigne d’or, Hérod., VII, 27. — Xerxô3, en suivant la route qui mène à Sardes, trouva sur son chemin un platane de toute beauté qu’il dota d’ornements d'or et dont il confia la garde à une troupe d’immortels, Hérod., VII, xxxi.

8 Les anciens pensaient que certains arbres servaient de refuge aux âmes dos morts. Cp. Virgile, Ænéide, II, v. 714.

sous l’ombre de ces arbres, aimaient à séjourner après la mort.

Des eunuques marchant avec précaution sur la pointe de leurs orteils, pour éviter le claquement monotone des sandales de papyrus, apportaient des immenses cuisines du palais, les mets que d’autres découpaient et présentaient aux convives.

Il y avait d’énormes quartiers de chameau, de bœuf, de cheval et d'âne 1 sur des plats de bronze et d’argile rouge rehaussée de dessins noirs.

Sur des porcelaines émaillées de couleurs vives, des poissons désossés; des silures du Nil que l’on avait rapportées vivantes ; des œufs d’aulruche; des chauvesouris de Borsippa conservées dans le sel 3 ; des per-

’ « Les Perses honorent plus que tout autre le jour de leur naissance, ils le célèbrent par un festin plus abondant. Les riches, ce jour-là, étalent un bœuf, un cheval, un chameau, un âne, rôtis tout entiers à la fournaise; les pauvres se contentent de servir sur leur table une tôle de menu bétail. Ils n’ont pas beaucoup de plats, mais de nombreux hors-d’œuvres qu’on leur apporte l’un après l’autre. — Ils délibèrent ivres sur les affaires dignes d’attention. Le lendemain, à jeun, le maître de la maison où ils étaient réunis leur soumet do nouveau ce qu’ils ont résolu. S’ils l’approuvent, ils l’exécutent... »

Hérod., I, CXXXI1I.

* « La ville de Borsippa était consacrée h Diane et à Apollon. Il y a une grande fabrique de toile. On y voit une masse de chauve-soui is beaucoup plus grandes que partout ailleurs,

drix ; des faisans avec leurs plumes ; des oiseaux de marais que l’on nourrissait sur les étangs; des olives, des oignons d’Egypte mucilagineux et d’une douce saveur 1 .

Avec ces mets, les convives mangeaient des pains babyloniens de dourâh*, de pur froment d’Eolie d’ordinaire réservés au roi, et d'autres à croûte blonde,

on les prend pour les manger et on les conserve salées. » Strabon, XV, l

1 Les Hébreux, dans le désert, s’écriaient : « Il nous souvient des poissons que nous mangions en Egypte, sans qu’il nous en coûtât rien; des pastèques, des melons, des poireaux, des oignons et des aulx. » Nomb . XI, 5. — « Les oignons cultivés dans les pays méridionaux, et surtout en Egypte, dit M. Huefer, Phénicie, p. 21, col. 2, sont doux, mucilagineux, ol d’une savour agréable. Ils sont aussi beaucoup plus gro3 que ceux du Nord. »» — Au rapport d’Hérodote, on a marqué sur la pyramide de Chéops, en caractères égyptiens, « pour combien les ouvriers durant la construction, ont consommé d’aulx, d’oignons et de persil. Autant que je puis m’en souvenir, l’inscription que l’interprète m’a expliquée signifie que la somme s'élève à 1,600 talents d'argent, » plus de huit millions huit cent mille francs.

* Le dourâh, holcus Sorghum, L., donnait chez les Orientaux le pain par excellence. Hérodote entend probablement parler de cette céréale, quand dans son livre I, exem, il dit : « La terre — d’Assyrie — y est si favorable au fruit de Cérôs qu’on y récolte généralement deux cents, et dans les bonnes années, trois cents pour un. Les feuilles du froment et de l'orge acquièrent facilement quatre doigts de largeur. » — Voyez M. Hcefkr, Phénicie , page 20, col. L

estampés de dessins et marqués d’hiéroglyphes, comme on les avait en Egypte.

Pour porter les aliments à la bouche, ils se servaient de spatules d’ivoire à manches d'argent et d’or, et pour couper les viandes, de couteaux de silex ou d’airain.

Des boîtes en cèdre, bizarrement sculptées, renfermaient les condiments, les épices, des graines d’amome, del’aneth, de l’hedyosmum, du cumin dont on battait les tiges pour en séparer le grain 1 * , du sel que le roi faisait chercher à l’oasis d’Ammon, du silphium que l’on ne donnait que dans les repas fastueux.

Cette plante, recherchée entre toutes, avait, disait-on, de singulières propriétés. Elle endormait les brebis, faisait éternuer les chèvres, et le suc laiteux de sa racine guérissait tous les maux, désinfectait l’air et les eaux 3 .

1 « Malheur à vous, dit saint Matthieu, xxm, 23, scribes et

pharisiens, car vous payez la dimo dos épices, menthe, aneth et cumin, et vous négligez, etc... »

* Le silphium était trôs-céiôbre chez les anciens. — A Cyrène, on le regardait comme sacré, et on lui attribuait uno origine miraculeuse. Il avait paru tout à coup, disait-on, après une pluie de poix, sept ans après la fondation de Cyrène, l’an de Rome 420. — Les compagnons d’Alexandre trouvèrent cette plante en grande quantité sur les montagnes do Candahar, AnniEN, III, xxvui. — Ahistopuane fait dire à un Sycophanto

On versait à boire dans des conpes sidoniennes 1 en argent ciselé 5 , avec les bords garnis d’ormentations d’or 3 ou de pierres précieuses *.

Et il y avait en abondance, comme le roi le pouvait faire, des vins de vigne 5 d’Echalyban en Syrie, de Tyr

qu'il ne changerait pas sa manière do vivre môme pour du silphium consacré à Battus, le fondateur de Cyrène. — César vendit 1500 marcs d'argent la réserve de silphium que l'on conservait dans le trésor public à Rome. — Néron un jour en reçut une lige en présent, et les courtisans on parlèrent comme d'un don extraordinaire. — Le revers d'une médaille de Cyrène représente le silphium; sur la face de celte médaille est gravé le Jupiter-Ammon. — On trouvera des détails sur cctto plante dans Théophraste et Pline , ces auteurs nous montrent le silphium commo ayant une racine épaisse, charnue, vivace; une tige semblable h celle du fenouil; une feuille analogue à celle du sclinum ; graine large et ailée comme celle de la phyllis. — On prend d'ordinaire le silphium des anciens pour Yassa-fœlida; voyez Budceus, ad Tlieophrastum, VI, in; l’abbé Bellay, Mémoires de l'Académie des Belles- Lettres, t. XXXVI ; Pacho, Voyage dans la Mannorique et la Cyrénaïque; Bruce, Voyages à la recherche des sources du Nil.

1 Athénée, XI, uv, les nomme Kibôria. — Homère, Iliade, XXIII, v. 741 ; — Virgile, Ænéide, I, v. 724, les admirent.

* Virgile, Ænéide, I, v. 640. — Athénée, XI, xxxiv.

* Homère, Odyssée, IV, v. 61G.

4 Diodore, III, xlvii. — Cicéron, in Vcrr. , II, îv, 27. — Virgile, Ænéide, I, v. 729.

6 Avant l'expédition d'Alexandre, la vigne n'avait pas encore été importée en Babylonie. Les Macédoniens l'y apportèrent les premiers. Ils ne faisaient pas do fosses pour la planter, mais enfonçaient dans le sol des pieux ferrés, et en

et de Byblos 1 ; des vins de palmier, de grenade, de lotus, d’orge d’Egypte.

On les puisait avec de grands godets de métal dans des vases de verre ciselés et diversement colorés, produits des fabriques de SidonV

les retirant, les remplaçaient par des plants de vigne. Strabon, XV. — Hérodote rapporte que de son temps la vigne n'existait pas on Assyrie.

' On exportait au loin les vins de Tyr, de Byblos, de Béryte, do Gaza, d'Ascalon. — On prétend même que les Tyriens Turent les inventeurs de la viticulture. — On connaît le récit de la Bible au sujet de la grappe de raisin rapportée par deux hommes de la terre de Chanaan ; on l a suffisamment plaisanté, et comme cela arrivo souvent, faute de réOexion. M. Léon de Ladorde, dans son Commentaire géographique sur l’Exode, pago lîl, explique ainsi ce récit:

« Go fait n'a cependant rien que de très-naturel, et encore aujourd'hui, si j'envoyais du désert deux Arabes cherchor & Bethléem une grappo de raisin, qu'ils eussent intérêt à rapporter intacte et dans sa plus grande conservation, ils no feraient pas autrement ; car il est impossible de supposer qu'on puisse porter à la main, dans un trajet de soixantecinq lieues, une charge de dix à quinze livres et de deux à trois pieds do longueur. C'est on effet à ce poids et à cette ampleur que la raisin parvient dans la Syrie et l’Asie-Mineure. « Et M, de Ladorde ajoute que lo tronc de la vigne atteint, dans ces contrées, une grosseur, et les branches, une étendue, dont on n’a pas d'exemple en Europe. — Ce n'était donc pas tant il causo du poids, quo par précaution, que ces hommos se mettaient h deux « pour apporter aux Israélites un témoignage aussi évident do leurs assertions. »

5 Au rapport de Stbador, XVI, u, et de Pure, XXXVI,

Des pots d’argile, frottes en dedans d’amandes amères, rafraîchissaient l’eau du Choaspès, la seule que buvait le roi 1 , par le suintement continuel qui se produisait sur leurs parois extérieures.

xxv, on admirait beaucoup ces verres do Bidon. — Dans le commerce des vases et autres objets de verre, l'Egypte no pouvait avecTyrsoutenir la concurrence. — On prétend que la première fabrique de verre a été créée è l'embouchure du fleuve Bélus.

« Dans la partie de la Syrie, qu’on nomme Phénicie, dit Pline, îtXXVI, xxvi, entre la racine du mont Carmel, est un marais qu'on appelle Cendevia. Co marais passe pour être la source de la rivière Bélus, qui, parcourant un espace de cinq mille pas, se jette dans la mer près do la colonie Ptolémaïs. Son cours est lent ; son oau est malsaine è boire ; mais il est sacré par les cérémonies religieuses ; il est limoneux et profond. On n'en découvre le sable qu'à marée basse ; roulé par les flots et dépouillé des matières qui le salissent, ce sable brille de tout son éclat. On pense qu'il doit sa force et son utilité à l'action de la mer. L’espace où ce sable se découvre n’est pas plus de cinq cents pas, et il a servi pendant des siècles & la production du verre. On raconte qu'un navire de marchands de nitre ayant relâché sur cette côte, les marins qui manquaient de tables pour dresser leurs repas sur le rivage, s'en firent avec des morceaux de nitre tirés do leur navire ; que par l'action du feu, la fusion de ce sel, mélé au sable du rivage, avait donné des coulées liquides, transparentes, et que ce fut là l'origine du verre. » — La fabrication des pierres précieuses artificielles était aussi parfaitement connue des anciens, témoin, cette « colonne en pierre d'émeraude jetant la nuit un grand éclat, » qu 'Hérodote vit à Tyr dans le fameux temple d'Hercule. Hérodote, 1I,xuv.

1 Cyrus, marchant contre Babvlone, fait porter sur des

— Si —

Toute entière, la salle était tendue de guirlandes de feuilles vertes du papyrus, entremêlées de fleurs rouges des grenades; blanches des lis; jaunes en dedans, blanches en dehors des crocus.

De longs vases retombaient, élargies en ombelles, des gerbes monstrueuses de nénuphars affectés à l’ized Aban'; de lauriers-roses; de marum blancs; de menthe; de népenthès; de jasmins, tirant sur le rouge; de fleurs de saule et de doudaïm si parfumées*.

Les plats, la table en étaient couverts.

On avait été jusqu’à découper des blocs de marbre en corbeilles de fleurs monstrueuses, et on les avait revêtues de leurs couleurs naturelles.

Les calices contenaient des parfums, du nard 3 ,

chars un approvisionnement de celte eau dans des vases d’argent. — « L'eau du Choaspès seule, et uon une autre, dit Hérodote, est servie & la table royale. On la fait bouillir, et partout où va le roi, on la transporte dans des vases d'argent, sur un convoi de chars à quatre roues, attelés de mulets. » 1 Des fleurs étaient alTeclées aux génies. Ainsi le lis blanc à Bahman ; la mentho à Asman ; le safran à Zemiad ; le jasmin tirant sur le rouge & Ormuzd...

1 On a traduit le mot doudatm de la Bidle par mandragores. C'est une erreur, la mandragore n'a aucun parfum, et ce ne peut être de cotto plante que le Canl ■ des Cant. VII, 13, a voulu parler quand il dit : « Les doudaïm jettent leur odeur. » Telle est l'opinion de M. IIcefer. Univ. Bit., Phén. Ass., etc. * « Linné est d'opinion, dit M. Hcefer op.cit. page 36, col. 2,

du musc 1 et du lad qui transsude des jeunes tiges do cistus, et que l’on récolte en les frottant avec des lanières de cuir 8 .

Des socles élégants de bois d’ébène sur lesquels on avait étendu des lames d’argent, entaillé des moulures de palme, des boutons, des fleurs épanouies, supportaient de larges spatules de métal, renfermant de l’huile parfumée, où des mèches de coton puisaient

que le fameux nard des anciens appartient à CAndropogon nardus, graminée de l’Inde... » M. Hcefer penche plutôt pour le jonc odorant, Andropogon schænanllius L., « espèce beaucoup mieux connue que la précédente, continue M. Hcefeii. Cetto plante croît aux lieux sablonneux, dans l'Inde et dans l'Arabie. Toutes ses parties exhalent une odeur suave aromatique, qui approche do celle do la rose. » — Depuis un temps immémorial, on a préparé avec le nard, des huiles odoriférantes.

* Le Doun-déhescht parle de l'animal merveilleux qui a du musc sous la queue (civette) ; du meschknafé qui a son parfum de musc dans le nombril.

* Le Lad le lêdanon des Grecs, le ladanum des Latins est une matière résineuse odorante. — « Quant au lédanon que les Arabes appellent ladanum , dit Hérodote, III, cxn, c’est le plus merveilleux do tous les parfums d’Arabie, car né dans la mauvaise odeur il en exhale une parfaite. On le trouve en effet mêlé à la barbe des chèvres et des boucs, à laquelle il s'attache comme une glu, quand elles ont brouté dans la forêt. On en compose beaucoup de parfums, et les Arabes l’emploient à leurs fumigations. >» Cette matière résineuse transsude des tiges, rameaux, feuilles de quelques espèces de cistus; c. crelicus; c. ladani férus... On la récolte en été.

une clarté odorante; des brasiers dans lesquels, de temps à autre, on jetait du kinnamôm* t de l’encens,

* On sait que le Kinnamôm était un des aromates qui entraient dans la composition de l’huile sainte, Exode , XXX, 23. SuivantM. Hoefbr, op. cil. p. 31 col. 2, le kinnamôm, cinnamo^ num. cinnamome, n’était autre chose que la cannelle.

Hérodote, les distingue cependant et, qui plus est, raconte, d'après les Phéniciens, il est vrai, .a provenance de l’un et de l’autre. 11 est curieux do voir avec quelles fables grossières le grave historien s'est laissé duper par les rusés marchands do Tyr. Mais avant tout nous devons dire, à la justification d’Hérodote, que, de son temps, ces fables avaient cours ; que les Phéniciens propageaient des contes, plus effrayants les uns que les autres, sur les contrées lointaines qu’ils visitaient, pour détourner les autres peuples de toute idée de concurrence, et d’ailleurs, que la vérification de ces faits était pour ainsi dire impossible, car, on allait jusqu’à dire que les Phéniciens tuaient tous ceux qui se hasardaient à naviguer vers ces pays de productions rares. Chez les peuples de l’antiquité, cette façon d’agir était commune : Strabon nous montre les Phéniciens détruisant les colonies grecques d’Afrique et d’Espagne-, et les Carthaginois, ces enfants de la Phénicie, coulant bas tous les équipages étrangers qu’ils rencontraient se dirigeant vers la Sardaigne ou les colonnes d’Hercule. Voyez M. Hoefbb, op. cil. page 54. — Voici, au sujet de la cannello et du cinnamome, les fables que rapporte Hérodote : « Les Arabes vont chercher la cannelle après s’ètre enveloppé de peaux le corps tout entier, la figure, sauf les yeux. La cannelle croit dans un lac peu profond, dont le bassin et les rives sont couverts de bétes ailées, analogues aux chauve-souris. Ces bétes ont un cri sinistre et sont très-fortes ; les hommes, en prenant bien soin de défendre leurs yeux, récoltent la cannelle. » — La fable du cinnamome est plus étrange en-

du styrax 1 , du galbanum \ et des grains de myrrhe.

Les colonnes sur lesquelles reposaient les frises de la toiture étaient de marbre, cannelées, laminées d’or.

Leurs bases étaient sculptées de fleurs et de feuillages, les chapiteaux, formés de deux licornes’, le chef

core : d'abord les Phéniciens ne savent pas où les Arabes vont le prendre, mais ils so le procurent et voici comment : « De grands oiseaux, disent-ils, apportent les pelures que, d'après les Phéniciens, nous appelons cinn&mome; ces oiseaux les emploient à faire leurs nids d’argile sur les monts escarpés, inaccessibles aux hommes. Les Arabes se servent d’un expédient Ils coupent en gros morceaux des bœufs, ânes ou autres bêtes de somme, et les portent en ces solitudes où ils les déposent non loin des nids, se retirant eux-mêmes à l'écart. Les oiseaux descendent et enlèvent ces quartiers de chair. En mettant un tel poids sur les nids trop faibles pour le soutenir, ils les brisont et les font tomber à terre. Les hommes accourent et ramassent le ciunamome qui, de leurs mains, passe en d'autres contrées. » Hérodote, III, ex, cxi.

* L’arbre qui porte l'encens, dit Hérodote, III, cvn, est gardé par des serpents volants, et ce n'est qu'avec la vapeur du styrax que les Arabes parviennent & les éloigner.

1 Le Galbanum, Khilbinah, entrait dans la composition du parfum sacré. Exode, XXX, 34. On admet aujourd'hui généralement qu'il provenait du Feruta ferulago L.

» M. de Heekek pense que la licorne que l'on retrouve fréquemment dans l'ancienne architecture de la Perse n’est autre que le quadrupède que Ctésus, dans son lndica , appelle dne sauvage et décrit de la sorte : < Dans l'Inde se trouvent des Anes sauvages aussi grands et quelques-uns même plus grands que des chevaux ; ils ont la tète rouge, les yeux bleus et le reste du corps blanc; sur leur front est une como longue d’une coudée,

des animaux purs donnés d'ürmuzd, accroupis dans la position des sphinx.

Leurs corps se réunissaient avant le train de derrière ; leurs têtes se relevaient avec effort comme pour beugler; leurs gueules aux dents ronges s’ouvraient comme en de longs bâillements, et comme pour aspirer l'air, leurs naseaux énormes étaient dilatés démesurément.

Au plafond, il y avait une grande peinture polychrône, représentant le monde, tel qu'il était indiqué dans l’Àvesta.

Tout autour, l’Albordj ‘ , renfermant les sept Kes-

très-blanche, dans sa partie inférieure, vers te front de l'animal, jusqu'à une hauteur de deux palmes; la partie supérieure terminée en pointe est rouge et le milieu noir. Il est très-courageux , court plus vite qu’aucun autre animal ; il commence lentement, mais ensuite son galop devient de plus en plus rapide. Il se défend avec sa corne, ses pieds, ses dents, et tue des hommes et des chevaux. »

1 Sur ce mont, dit l\dvMfa, il n'y avait, ni nuit obscure, ni vent froid, ni pourriture, fruit de la mort, ni mal donné des dews. Là, l'ennemi ne se levait Jamais en chef impérieux. — C'était devant lui, en dedans, que paraissaient les astres, la nouvelle lune qui est comme en elle-même, la pleine lune qui fait tout naître. — De son sommet effrayant, de même qu'un vigoureux coursier, le soleil s'élancait avec majesté pour donner la lumière, et dominait sur ce monde, la voie aux deux destins, le bien et le mal, sur les eaux et les grains donnés en abondance.

chvars, les sept contrées de la terre 1 ; au centre le llouguer, Tirèh-Albordj, la montagne sainte 2 .

L’artiste avait indiqué et les trois grandes mers, et les vingt-trois petites, et les fleuves.

Le Keschvar Kounnerets, il l’avait divisé en sept climats 3 , avait désigné la mer, ou zaré ferakh-hand qu’il renferme, celle où Ormuzd avait mis en plus grande abondance tous les germes purs.

Il avait noté la place qu’occupaient les lieux de délices donnés de Dieu, au commencement, et souillés par Ahriman, dans la suite 1 .

* A l’est , Schavé ; au midi , Frédédàfsché et Vidédafsclié ; Arzé à l'ouest; Voroberesté, Yorodjereslé au nord; Khounnerets-bami au milieu. — Boun-dèhescht.

8 Au milieu de sa course, le soleil apportait ses rayons sur l'élevé Houguer, la montagne sainte destinée à recevoir l’oau de la source sacrée Ardouisour, à sa sortie du trône d’Ormuzd, à la transmettre par d'innombrables canaux d’or dans toutes les contrées, pour quelle y donne la semence aux femelles, les rende grosses et procure du lait à celles qui ont un chef.

3 Iran, Tazian, Mazendran, Touran, Roum, Sind etTchin.

4 II faut lire dans le Vendidad celte longue énumération. Les paroles d'Ormuzd y sont empreintes d'une mélancolie charmante. Il a vu son œuvre de bien détruite par l'inépuisable méchanceté d'Ahriman , et il semble se mettre à la place do l'homme, la victime, pour déplorer ce mal inévitable. « J'avais donné, ô Sapetman Zorouslre, un lieu de délices et d'abondance, tel que personne n'en pouvait donner un semblable. Si je ne l’avais donné, quel autre l'aurait pu. Ce lieu était Eeriène-Vedjô

Le üouguer formait le calice d’ane fleur épanouie, les sept Keschvars en étaient les pétales.

Les murs de la salle étaient tapissés de dalles d’albâtre, formant des panneaux 1 plus hauts que longs, et maintenus entre eux par des crampons de cuivre, à double queue d’aronde, qui s’encastraient en dedans.

On y avait représenté en bas-reliefs méplats, des chasses, des combats, des sièges de ville.

Là, le monarque coiffé de la tiare droite entourée de diadèmes, vêtu d’une robe blanche, bordée d’une largo frange et couverte de broderies à sujets religieux, comme des combats de génies contre des monstres; accompagnés de trois eunuques, dont l’un tient un chasse-mouche, les autres, ses armes, porte son sceptre d’une main, un fouet de l’autre, et considère de longues chaînes de vaincus qui passent un à un

plus beau que le monde entier. El voilà que le pieliaré, dont l'àme n'est pas mortelle, le péetiaré plein de mort, y a fait la grande couleuvre mère de l'hiver... » — Eeriène-Vedjô était à l'orient de l'Iran. — Le second lieu Ait Soghdâ (Sogdiane) ; ensuite Moôré (Mérou dans le Kborassan) ; Uàkhdi (Balkh) ; Nesàê (Nisa du Khorassan); Ilaroiou (Uérat). Et ainsi, seize créations auxquelles Âhrimon a su opposer autant de créations mauvaises.

1 Avant d'appliquer ces panneaux sur les murs, on avait soin de graver sur la face qui devait être cachée, le nom, le litre, la généalogie du prince qui avait fait construire lo monument.

devant loi, la tête baissée, nae, on ceinte seulement d’un bandeau, les mains attachées derrière le dos.

Là, c’est le siège d’une ville.

La cité est figurée par une forteresse environnée d'eau; les assiégeants se servent de tours roulantes, les assiégés lancent des feux sur l'ennemi.

Puis c’est la prise de celte ville.

Des femmes fuient sur des chariots traînés par de jeunes bœufs; des hommes passent l’eau, portés sur des outres gonflées’; les vainqueurs emportent les dépouilles, et des eunuques grammates, debout près des portes, comptent à mesure qu’ils défilent, les moutons, les bœufs et autres bestiaux, en inscrivent le nombre avec des roseaux sur des rouleaux de papyrus.

Sur d’autres panneaux, on voit le roi présider à un passage de troupes dans les montagnes ; recevoir des ambassadeurs et leur offrir la paix en tenant deux flèches dans sa main; célébrer des cérémonies religieuses, ayant au-dessus de lui son férouher, figure ailée, portant dans ses mains l’anneau de la domination universelle.

Ce sont des charges de cavalerie ; des archers qui

1 Plus d’une fois, Jules César fit usage de celte méthode.

lancent des flèches; des morts que dévorent des chiens, des vautours; des chasses au lion, au taüreau sauvage ; le roi, assis sur son char, au milieu de ses musiciens, reçoit l’offrande des victimes qui loi est faite, par des chasseurs armés de flèches; enfin des eaux * sans perspective, et à travers lesquelles nagent des poissons; des barques superposées dont les proues sont en forme de têtes de chevaux, conduites par des rameurs.

Toutes ces figures sont de profil.

Des cartouches couverts de caractères cunéiformes sont disséminés dans le pourtour de la salle. On y lit les hauts faits et les titres des rois, des inscriptions en leur honneur.

Ces longues et précieuses pages d’histoire, la postérité devait les relire, et conserver avec culte ce qu’elle en pourrait recueillir.

Les viandes avaient été enlevées.

Dans des plats d’or et d’argent, on servit des cervelles de palmier* ; des pastèques vertes à pulpe rose;

1 Suivant Stiubow, on tirait du palmier : « Du pain, du vin, du vinaigre, du miel, de la farine et toutes sortes d’ouvrages nattés. Les forgerons emploient les noyaux de dattes au lieu de charbon. Macérés dans l'eau, ces noyaux servent à la nour-

des pommes de grenade aux grains de rnbis 1 ; des noix de la Perse; des oranges* ; des dattes fraîches admirables de beauté et de grosseur, et d’autres desséchées pour rendre le vin plus agréable 3 ; des pistaches aux noix fortes comme des amandes, mais d'une saveur bien supérieure; des raisins à couleur d’ambre; des gâteaux de sésame, de miel, de riz 4 , et des fruits

riture des bœufs et des moulons. Il existe, dit-on, une chanson persane où les avantages des palmiers sont portés au nombre de trois cent soixante. » — « Beaucoup, dit Xèsopbon, Anab., II, m, admirent la forme et le goût agréable du chou palmiste; mais il porte violemment à la tête. Le palmier se sèche entièrement dès qu'on lui enlève le sommet de sa tige. >

1 Grenade, rimmin. — Le fruit était consacré au dieu Soleil syrien Hadad-Rimon. Le Boun-dehescht mentionne le grenadier sous le nom de mivch, arbre à fruit. Les grenades figurent souvent comme ornements sur les murs de Persépolis, Biles surmontaient les lances des mélophores. La Heur était consacrée au soleil.

3 Le Cant. des Cant. en parle : « L'odeur de votre bouche sera comme celle des oranges, » et non pas comme on a traduit, comme celle des pommes.

3 « Quant aux dattes mêmes, dit Xénof-boî», Anab., Il, m, celles qui ressemblent aux dattes que l'on voit en Grèce, on les laisse aux esclaves ; sur la table des maîtres on n'en sert que de choisies, remarquables par leur beauté et leur grosseur-, leur couleur est celle do l'ambre jaune. On on fait sécher aussi; celles-là on les réserve pour le dessert; c'est un mets délicieux quand on boit, mais il donne des maux de tète. »

4 Ahistooulk, cité par Stbabok, nous apprend que l’on cul-

de lotus pilés et séchés au soleil. Enfin, des pâtes étirées et roulées en longs tuyaux ; des figues fraîches, d’autres réduites en masse compacte, que l’on avait fait revenir de Judée 1 .

A chaque service, des eunuques renouvelaient les parfums des vases et des cassolettes; les fleurs, qui se fanaient, et en répandaient de nouvelles sur le pavé de porphyre, de marbre, d’albâtre et de marbre tacheté*.

La fumée des encens, l’arôme des fleurs, enveloppaient les convives dans un nuage de senteurs.

tivait le riz dans des plaines dont on avait soin de retenir l'eau par des digues, et qu’on le semait sur des bandes de terrain en relief. La lige atteignait jusqu’à quatre coudées de haut, environ un mètre, portait beaucoup d’épis riches en grains. La récolte se faisait vers le coucher des Pléiades, et on le battait comme l’épeautre. L’auteur ajoute que l’on cultivait ainsi le riz, non-seulement dans l'Inde, mais dans la Bactriano, la Babylonie, la Susiano et la Basse-Syrie. Selon Mégille, on semait le riz avant les pluies, mais il avait, pour son développement, besoin d'être submergé. » M. IIoefer, op. cil.; tiré de la note 1, col. 2, p. 160.

1 Figuier, lihn. En Judée, on avait en juin les figues vertes du printemps; en août, les figues d’été; à la chute des feuilles, les ligues d’automne. Chacune de ces espèces avait un nom particulier; et le mot debclim s'appliquait aux gâteaux de figues qui faisaient la nourriture ordinaire du peuple.

« En Babylonie, dit Hérodote, on n’essaie pas de cultiver le figuier, la vigne, ni l'olivier, car lo sol y est si propre aux céréales...»

8 Eslher, I, C.

A la flamme des lampes et des brasiers, les vases d’or et d’argent lançaient de longs rayons ; les verres convexes, qui ornaient les coupes, multipliaient les flammes en les élargissant ; les pierres d'un blanc mat reluisaient comme des éclaboussures de lait ou de la poussière d’argent.

Les incrustations de sardoines à couleur d’ongle, de topazes jaunes comme le safran; de béryls bleus comme l'émail des statues des divinités et des rois; d’escarboucles, de diamants, comme autant d’étoiles, scintillaient.

Et les feux qui sortaient des douze sortes d’émeraudes ' , des quatre espèces de saphirs, des trois espèces de rubis, rouge, rouge-rose et couleur de vinaigre, inondaient la salle.

C’était une colossale orgie de fleurs, de parfums; une incroyable débauche de rayons, de scintillements, de lumières ; un gigantesque étalage de tout ce que l’Asie produisait de plus précieux, de plus rare, de plus inouï’.

1 Théophraste dit que les émeraudes et les jaspes dont on se sert comme objets de parure, viennent du désert de la Baotriane. Ces pierres sont ramassées par des cavaliers qui s'y rendent vers la saison des vents du nord , lorsque ces vents soulèvent et emportent le sable.

1 Quels changements depuis Cyrus. Que l'on se souvienne

Et quel autre parmi les mortels aurait pu tout cela?

Quel autre? sinon le Grand-Roi dont les esclaves, continuellement parcourent l’Asie pour y chercher ce qu'il y a de plus beau; dont les caravanes vont jusqu’en Ethiopie, dans le pays des noirs.

Quel autre? sinon, « ce maître des contrées aux nations nombreuses, ce dominateur du monde immense et son soutien; » ce juge suprême de la vie et de la mort de ses sujets; ce fils donné d'Ormuzd, et placé bien au-dessus des autres hommes par le feu particulier qui l’anime, le même qui est en présence du Dieu; ce roi qui est sur la terre ce que Bahman est au ciel.

Le malca divin était assis sur un siège plus élevé que ceux des autres convives. Sa tête dominait. Il semblait avoir dix coudées.

Il portait la tunique desoie 1 chamarrée d’or et de

des paroles du lydien Sandamis à son roi Crésus : « Seigneur, vous vous disposez à faire la guerre à dos peuples qui ne sont vêtus que de peaux ; qui se nourrissent non de ce qu’ils voudraient avoir, mais de co qu’ils ont, parce que leur pays est stérile; fauto do vin, ils ne boivout quo do l’eau; ils ne connaissent ni les ligues, ni aucun fruit agréable.... »

4 Ezéchiel, XVI, 10: « Et je t’ai couvert do soie...., “dit l’Eternel. — Des entrepôts de l’Euphrate venaient « ces fils précieux et solides; » tissu sôriquo, nêma sêricon. — Voyez

dessins, toute garnie de pierres fines 1 , et serrée à la taille par la royale ceinture.

Il avait au cou un largo gorgerin à sept rangs d’émaux, de lapis-lazullis, d’onyx, de chrysolithes, de ligures, de perles d'or et d’ambre ; aux bras, aux poignets, des bracelets de deux à trois tours d’anneaux, appliqués sur la peau, et ornés de têtes de bœuf.

Sept eunuques étaient chargés du soin de servir devant lui.

A côté, les invités étaient placés suivant leur rang, leurs distinctions.

C'était d’abord le Moubed-Moubedân 2 , le plus ins-

sur la soie chez les anciens, IIeeres, op. cit., 1. 1, p. 115 de la trad. franç. Didot, in-8v

1 C’est ainsi que le prophète Ezéchiel, XXVIII, 13, nous montre le roi de Tyr : « Tu étais dans les délices de l’Héden ; les vêtements étaient riches de pierres précieuses do toutes sortes, de sardoine, de topaze, de jaspe, de chrysolilhc, d’onyx, debcril, de saphir, d’escarboucle, d’émeraudo et d’or....»

* Le titre de Moiibcd-Moubedân répond à notre titre de pontife des poulifes. Son autorité était toute spirituelle ; mais comme les chefs temporels avaient pour lui beaucoup de déférence, la religion influait sur la loi civile. — Les Vestours ou prêtres étaient en tel honneur que Darius, avant toutes choses, lit graver sur sa tombe qu’il était docteur dos prêtres. «Les sages et les mages formaient la partie la plus considérée de la cour des rois de Perso ; ils lui étaient nécessaires comme devins et augures ; ils réglaient l’observation des rites et l’accomplissement des cérémonies. Cyrus les appela pour la

trait, le plus sage, le plus saint, le plus pur d'entre les prêtres, celui qui avait en l'absence du roi la garde du trône et du diadème, celui qui sacrait les monarques.

Puis, les principaux d’entre les Moughs-beds.

Après eux les parents du roi, les conseillers sans lesquels rien ne pouvait être décidé, ceux qui l’avaient aidé à renverser l’impie Gumata.

Enfin, la plupart des satrapes de ses vingt gouvernements.

Bagée, fils d’Artone; Mégabaze; Phraortès; Nidinlabel, fils d’Ainahy, de Babylone, en étaient les plus distingués.

première fois auprès do lui pour réciter, à l'aubo du jour, les hymnes sacrés et offrir chaque jour les sacrillces aux dieux. Ces prêtres devins étaient aussi conseillers du roi et classés parmi les serviteurs les plus distingués du palais ; les mages avaient seuls, avec les femmes du sérail et les eunuques, le privilège d’approcher souvent de la personne du roi : on présume qu'ils composaient aussi le tribunal des juges royaux, ou tribunal supérieur do l'empire. •• M. Chahpoixiok, op. cil., page 82.

Des rétributions fixées par la loi religieuso elle-même assuraient l'existence des Destours. Ils étaient divisés en trois classes selon leurs degrés dans la science, les bonnes œuvres l'élévation des sentiments, la vérité des paroles. — « Persarummagos, dit Thomas IIyde, op. cil., nemo inlelligit maleficos, sed philosophas gui magiani naturalcm callebant cl religiosos gui vtlcres rilus probe noranl. »

Tous, pour les services rendus, avaient déjà reçu des colliers, des ceintures, des robes d’honneur, les témoignages de la gratitude royale et la récompense de la valeur.

Après le repas, les conviés se purifièrent, et seules, les coupes de vin et de boissons fermentées continuèrent à circuler.

Jusque là, on avait évité de parler, dans la crainte, comme le disait la loi, que les mauvais génies n’eussent trop facilement raison de ceux qui voulaient accomplir ainsi plusieurs choses à la fois.

Mais, maintenant, le roi ayant donné l’exemple, chacun en toute liberté s’adressait à lui, et parlait, selon sa pensée, des affaires du royaume.

Ils se racontaient leurs chasses, leurs batailles; disaient leurs blessures; énuméraient les peuples qu’ils avaient connus, décrivaient leurs coutumes.

Les prêtres les renseignaient sur les commencements des choses; leur montraient les progrès des sciences ; comment on interprétait les révélations des dieux, comment on se rendait les génies favorables, comment on écartait les mauvais destins.

Ceux qui avaient pris une part active à la révolution qui avait détrôné les mages, se rappelaient les événe-

ments survenus; faisaient voir comment ils avaient agi ; quels abus les y avaient poussés; leurs craintes, leurs doutes, puis leur triomphe, la joie des peuples, la gloire qui avait été leur partage 1 .

Tous se souvenaient du règne de Cambyse, le célébraient pour ses conquêtes, le plaignaient pour ses excès, maudissaient les mauvais génies qui l’avaient détourné de la bonne voie où l’avait placé Ormuzd 2 .

A ce règne malheureux, ils comparaient les commencements brillants de celui du fils d’Hystaspe; et

1 Voyez ces événements dans Hérodote, III, lxvii à lxxxix. Les longs détails que nous donne rhistorien grec ont été confirmés par l’inscription de Bi-Sutoun.

* Voyez le règne de Cambyse dans Hérodote, livre III.

Nous avons déjà cité et nous citerons encore plus d'une fois, dans le cours de ce récit, les historiens grecs Hérodote, Ctésias et Xénophon. Il est utile de savoir ce qu'il en faut penser :

Hérodote, nous l’avons dit déjà, est le premier parmi les anciens qui ait compris les devoirs de l’historien et l’utilité de l’histoire. Il vécut du temps des rois Achæménidos, Darius, Xcrxôs et Artaxerxès-Longue-Main ; il ne visita pas la Porse, mais alla jusqu’à Babylone ; et là recueillit les précieuses notions qu'il nous donne. 11 nous le dit lui-môme, il a étudié à fond les traditions persanes ; « tout ce que j'ai dit jusqu’ici des mœurs persanes, je l'ai vu et je l’ai pu dire avec certitude. » De plus, il est certain qu’Hérodole connut les ouvrages de Denys deMilet, d’Uellanicus de Milylène, de Charon de Lampsaque qui, avant lui, avaient traité de la Perse. Hérodote n'a parlé quo des quatre premiers Achæménides de Cyrus à Xcrxôs, malheureusement, car dans tous ses récits on retrouve

chacun donnait au roi des louanges, comptant de la sorte acquérir sa faveur; les uns, ambitieux de gouvernements et de dignités plus élevés; les autres, les

l’exacte observation des faits et lu réserve que doit inspirer l'amour de la vérité.

Ctésias de Cnido était engagé comme médecin avec les Grecs qui secondèrent la révolte de Cyrus-Ie-Jeuno contre son frère Artaxerxès-Mnémon. Fait prisonnier, Ctésias grâce à sa profession fut employé durant dix-sept ans à la cour du roi. Là il composa une histoire dans laquelle il traita de l’Inde, de l’Assyrie, depuis Ninus jusqu’à Sémirarais, et do la Perso, racontant outre les règnes des quatre premiers Achæménides, les événements dos cinq règnes suivants. — Do tout cela il ne nous est resté que les analyses du patriarche grec do Constantinople Photius, ix* siècle de notre ère. — Ctésias critique hautement Hérodote, le traite d’imposteur, d'inventeur de fables ; mais, hàtons-nous de le dire, le caustique Lucien nous éclaire sur la sincérité de son compatriote. Il parait que Ctésias redoutait fort son client Arlaxerxès, et qu’il désirait plus encore les robes de pourpre, les colliers d'or, etc..., récompenses ou décorations de l'époque. — Cependant Ctésias était plus que tout autre à même d'étudier et d’écrire ; il avait à sa disposition, et les annales, et les renseignements des hommes les plus instruits du royaume.

Diodore de Sicile a suivi Ctésias, il faut donc aussi se délier de sa narration. Les Grecs au reste n’avaient pas, dans l'antiquité, une grande réputation do véracité. On se souvient :

quiquid Græcia mendax

Audet in Instoria

Heureusement, en ceci comme partout, il y a des exceptions.

Xénophon, le contemporain de Ctésias, composa sur la Perse deux livres, la Cyropédie et l'Anahase. La Cyropédie est l’histoire de l'éducation et de la vie de Cyrus, Kaï-Khos-

mages, désireux de se rapprocher davantage encore du pouvoir, et de réunir ainsi la puissance temporelle aux influences morales 1 .

rou. Cicéron regarde ce livre comme offrant le type supposé d'un état bien réglementé. I-a Cyropidie donne des notions exactes sur la Perse, mais il faut les dépouiller des théories politiques qui ne sauraient se concilier avec les usages de cette puissance. — Quant à l'Anabase, c'est le récit de l'expédition de Cyrus-le-Jeune dans la Baute-Àsie, l'histoire de la retraite des Dix-Mille que Xénophon lui même dirigea ; il s'y trouvait & peu près par hasard comme il le dit lui-méme -, mais après la mort dos chefs de l'armée grecque, il fut un des cinq nouveaux chefs élus et qui commandèrent cette retraite immortelle. • L'historien ne s'oublie pas à décrire en détail les pays qu'il a traversés, ni à faire de complets tableaux des mœurs et de la physionomie des peuples qui les habitent. Quelques traits lui suffisent et ceux-là seulement que lo lecteur a besoin de connaître pour comprendre la nature des obstacles dont les Dix-Mille eurent à triompher. » A. PikraoH. Extrait de l'Histoire de la littérature grecque.

Voyez dans notre récit, page 27, note 1, ce que nous avons dit déjà do la grande chronique de Tadasi-, et du Schah-Namèh de Ferdoucy, œuvre qui, nous le répétons, est à la Perse ce que le Ramayana et le Hahabaratha sont à une période de l'histoiro de l'Inde ; ce que \' Iliade est au siège de Troie ; la Henriade au règne de Henri IV... Le merveilleux à part, le Schah~ Namih est de l'histoire. — Et si, remarque M. Dcbeux, l'œuvre de Ferdoucy a conservé, malgré ses défauts, une aussi grande réputation, le poète la doit à l'importance du fond qui fait passer sur l'insuffisance de la forme.

* « Les mages ne contredisaient pas les rois, dit M. Champollios, op. cit.; ils honoraient leur toute-puissance afin d'assurer et d'agrandir la leur. »

Us lai disaient :

« Donne-nous l’occasion de nous signaler par des actions d’éclat, de te prouver notre dévouement, de mériter de nobles récompenses.

Agis comme il convient à un roi, jeune, possesseur de richesses immenses.

C'est maintenant qu'il te faut accomplir de grandes choses, sans attendre que les ans s’écoulent. En même temps que le corps, les pensées acquièrent de la force. Il vieillit, elles vieillissent et s’émoussent pour les entreprises. »

Ils ajoutaient encore qu’il ne devait pas se contenter de courtes expéditions comme celle que la reconnaissance lui dictait en faveur du grec Syloson 1 ; mais qu’il avait devant lui, comme dignes théâtres d’exploits, la Scylhie, la Grèce; que cette dernière contrée avait été soumise autrefois par un esclave de ses ancêtres*.

Pourrait-on le blâmer d'introduire une coutume nouvelle, quand ses pères s’étaient sans cesse montrés

1 Hérodotb, III, cxxxix et seq.

* Dans Hérodotb, VII, vin, xi, on voit Xerxès so faisant de l’origine asiatique de Péiops un titre à la propriété de la Grèce : « Il est à propos, répond-il à Artaban qui le détourne de son expédition contre la Grèce, que je sache si j’aurai réellement à supporter de si terribles malheurs en at-

ambitieux de conquêtes ; quand il semblait qu’une divinité les eût jusque là guidés dans cette voie 1 .

Son devoir n’était-il pas de se conformer à l’usage’.

Il aurait des régions aussi belles que celles de ses possessions actuelles.

Quelles bornes aurait son empire? Le soleil n’éclairerait plus de pays qui ne fût une frontière de la Perse. Sa domination serait si vaste que l’on mourrait de froid à l’une de ses extrémités, tandis que l’on étoufferait de chaleur à l'extrémité opposée.

« Devant les hommes ta renommée sera grande.

taquant ceux que Pélops le Phrygien, esclave de no» pères, a subjugués de telle sorte que jusqu'à ce jour ces hommes cux-mémes et leur contrée ont pris et portent le nom de celui qui les a vaincus. »

1 Voyez dans Hérodote, III, cxxxiv, ce que dit à ce sujet la reine Atossa à Darius.

* Et plus tard cependant Xerxès, après sos désastres dans la Grèce, dut regrettor de s'être conformé àcet usago. — Dans sa tragédie des Perses, v. 750 à 767, Eschyle fait dire alors à la môme reine Atossa, mère de Xerxès : « Voilà ce qu'a produit à l'impétueux Xerxès la société des méchants. Ils lui disaient souvent que, par la guerre, vous aviez acquis à vos enfants d'immenses richesses-, et que lui, sans courage, végétant au fond d'un palais, n'ajoutait rien à l'héritage de son père. Excité par ces reproches fréquents de ses vils flatteurs, il s'est enfin résolu à marcher contre la Grèce. »

A nous , tu dispenseras les dons que Ton estime le plus 1 .

— Que ne ferais-je pas, disait le roi dans l'admiration, avec de tels soutiens. »

• Entre autres, des condys, des colliers, des bracelets, des chevaux niséens. Xknopbon, Anab. I, n ; — Bible, Esiher , VIII, 15.

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