ABEL
Niels-Henrik Abel est né au presbytère de Findô, diocèse de Cbristiansand, le 5 août 1802. Son père avait nom Süren-Georg Abel; sa mère, fille d'un marchand de Risôr, s'appelait Ane-Marie, née Simonsen. Dans l'année 1803, le père fut nommé pasteur à Gjerrestad, où il éleva son fils et lui donna la première éducation, en même temps qu’à son frère aîné, jusqu'à son entrée, en novembre 1815, comme élève à l’École cathédrale de Christiania.
Dans les premières années de son séjour à l’école, il n’attira pas particulièrement l’attention ; il semble que l'étude même des mathématiques lui ait au premier abord présenté peu d'attraits. Mais, dans l’été de 1818, B. Holmboe, nommé au commencement de cette année lecteur à l'École cathédrale, eut l’idée de consacrer deux heures par semaine, dans la classe où se trouvait Abel, à exercer les élèves à résoudre par eux-mêmes de petits problèmes d'algèbre et de géométrie; à partir de ce moment, les aptitudes mathématiques du jeune écolier commencèrent à se révéler, et bientôt le maître fut obligé de choisir exprès pour Abel des questions spéciales. Dès lors, Abel se consacra aux mathémaliques & avec la passion la plus ardente, et il fit dans celte science des
progrès rapides, dont le génie seul est capable. » En peu de temps il acquit la connaissance des mathématiques élémentaires, et, suivant son désir, Holmboe lui donna régulièrement des leçons particulières de hautes mathématiques. Après avoir, avec l’aide de son maitre, jeté un coup d'œil rapide sur les principes préliminaires, il lut avec lui l'{ntroductio d'Euler, les Jnstilutiones calculi differentialis, ainsi que les Inshitutiones calculi integralis. Après l'étude de ces ouvrages d’Euler, il continua ses lectures sans le secours de son guide. Il prit connaissance des écrits de Lacroix, de Francœur, de Poisson, de Gauss, de Garnier, mais surtout de ceux de Lagrange, et « il commença déjà à traiter par lui-même différentes parties des mathématiques (t). »
Muni de ce fonds de connaissances, Abel quitta l'école pour entrer, en juillet 1821, à l'Université.
Un savoir aussi étendu ne pouvait toutefois être acquis sans porter tort à l'instruction dans les autres branches, et sa prédilection exclusive pour une science spéciale devait parfois l’entrainer à négliger ses autres devoirs.
Un jour on trouva sur le siège du mathématicien récalcitrant un billet portant ces mots d'un style dégagé : « Riddervold s'imagine que j'ai écrit ma composition de style latin; mais il se trompe joliment! ABeL. » Cette anecdote, recueillie de la bouche même de l’éminent homme d'État qui avait été le maître du jeune homme pour l'étude des classiques, est certainement un trait caractéristique de la vie d’écolier d’Abel.
Néanmoins, il n'était en aucune façon un étudiant aussi mal préparé qu'on a bien voulu le dire; il n'est pas plus exact de prétendre, comme on l’a fait, qu’il débuta par un échec dans sa science favorite. En dépit de tout ce qui, à l’école, l'avait détourné de ses autres devoirs, il ne lui manqua qu'un simple demi-point pour obtenir la mention laudabilis; c’est soulement l'histoire qui le fit descendre jusqu'au chiffre 4. Il soutint brillamment ses
(t) Voir la Notice nécrologique publiée par Holmboe dans le Wagazin for Naturvidenskaberne, année 1829, et la préface des Œuvres complètes de N.-H. Abel, {re édition; Christiania, 1839.