DIFFICULTÉ DES RELATIONS
nécessaires. — Depuis la construction d’un imposant édifice consacré à la même destination, l'échoppe a été transportée sur le Revieret, où elle a longtemps servi de morque pour notre petite ville.
Les conditions n'étaient guère meilleures pour les lettres à destination lointaine. Elles coûtaient excessivement cher. Souvent, pour économiser le port, on les confiait à des marchands en voyage, connus ou inconnus, et ceux-ci pouvaient parfois en avoir des ballots entiers à distribuer dans les diverses villes où ils devaient passer, — à moins qu'ils ne préférassent s'épargner celte peine, en envoyant tout le chargement à la poste et laissant les frais aux destinataires. Chacun était, bon gré mal gré, le commissionnaire de tout le monde, et des inasses considérables d'envois échappaient ainsi à la poste royale, pour être confiés « à l’occasion » ou «à la complaisance. » Il y avait en outre des difficullés pour les affranchissements ; ils s'arrêtaient à Hambourg, et celui à qui la lettre était adressée devait payer le reste du port. Souvent aussi les lettres pour le dehors étaient d’une écriture si fine et si serrée, avec des lignes croisées dans tous les sens, qu'il fallait beaucoup de sagacité et d'efforts pour en déchiffrer le contenu. L'emploi du papier « ruine-poste » le plus léger et le plus mince, pour condenser encore plus de choses dans les limites les plus restreintes d'espace et de poids, n’était cependant pas encore inventé à cette époque, si ingénieux que l’on füt alors à se défendre contre la cherté des ports de lettre.
Dans un pareil état de choses, où naturellement tout échange d'idées fréquent et général était impossible, où le commerce personnel avec la science et les impulsions qu’il fait naître étaient généralement reslreints aux rapports avec les compatriotes les plus rappprochés et les plus intimes; n’ayant, de plus, à cause de l'éloignement, que peu de relations avec les grands centres de culture, notre Université étant encore à sa période d'épreuve, — les conditions extérieures n'étaient guère propices, à tous les points de vue, pour une existence complètement scientifique. Tout au plus était-il possible à quelques favorisés du sort, par une
heureuse exception, de prendre une part plus active à cet échange de pensées avec le monde extérieur, et de pouvoir suivre, depuis notre lointaine contrée, les derniers progrès de l’époque, et se mêler activement aux discussions scientifiques, et encore les mieux placés n'étaient-ils compétents que jusqu'à un certain point et avec de nombreuses restrictions. On eût été injuste, pour notre pays et notre Université à leurs débuts, de régler les exigences sur le niveau des pays riches et peuplés de l’autre côté des mers. Lorsque, malgré tout, ces exigences se trouvaient remplies — mieux peut-être qu’on aurait dû s’y attendre — c'était non seulement parce qu'une série d'hommes de valeur avait été amenée à notre Université nouvellement fondée, mais aussi parce qu'une position économique favorable leur avait permis de consacrer toutes leurs forces à leurs études. L'esprit de liberté, qui nous avait valu notre Université et notre indépendance, avait été aussi à cet égard l'appui le plus sûr de notre petite nation aspirant au progrès.
Les services que pouvaient rendre notre bibliothèque universitaire et nos établissements d'enseignement se réduisaient évidemment à créer un solide fondement scientifique, reposant sur les recherches des temps anciens et des temps plus voisins, mais en même temps sans prétendre introduire le futur investigateur dans les directions de recherches de l’époque moderne, qui sont aussi, pour la plupart, les plus fructueuses.
Dans les sciences abstraites, en particulier, pour lesquelles notre contrée et ses relations locales ne pouvaient être d'aucun secours — le travailleur confiné dans son pays devait nécessairement rester en arrière. Il ne lui était guère possible de produire autre chose que ce qui était déjà trouvé et connu par ceux qui travaillaient dans des conditions plus favorables et plus libres, qui avaient été initiés en temps convenable à ces directions d'idées et à ces nouveaux fondements, d’où l’on pouvait atlendre un réel profit dans une suite d'études prolongées, — et qui jouissaient des avantages de la proximité des discussions savantes et de l'héritage scientifique des professeurs et des maitres de l’époque.