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DIFFICULTÉ DES RELATIONS

Difficulté des relations. — Arrivée à Berlin, rencontre avec Crelle et fondation d’un journal mathématique.

A l’époque qn'embrasse notre récit, dans le premier quart du présent siècle, non seulement les relations entre les différentes provinces de notre pays vaste et peu populeux étaient partout difficiles et rares, comparées à ce qu’elles sont aujourd’hui ; mais plus encore peut-être les relations avec les pays étrangers et lointains, relations qui sont à un si haut degré la condition du développement d’une petite société dans toutes les directions. Un voyage en Danemark était alors pour un habitant de la capitale tout une affaire, qui demandait de grands préparatifs, et qui bien souvent, dans la saison la plus favorable, quand le vent se maintenait longtemps contraire, causait autant de difficultés et de perte de temps que ferait de nos jours un tour en Italie pour un habitant de nos côtes septentrionales. En hiver, naturellement, la captivité était encore plus dure. Nos navires restaient là emprisonnés par la gelée dans nos ports, et attendaient le printemps pour repartir, chargés de bois, à destination de la Hollande ou de la France, ou pour rapporter de Hambourg des ballots de marchandises et des denrées coloniales, et la flotte danoise pour le transport des grains, disparaissait peu à peu au retour de l'automne, et ne recommençait qu'en avril à se montrer dans nos eaux délivrées des glaces. Il ne restait plus alors au voyageur qui voulait aller vers le Sud ou revenir de l'étranger, d’autre route que le long trajet par terre à travers la Suède. Quant à un véritable transport de marchandises pendant l'hiver, si lon excepte la ressource, peu employée à cause de sa cherté, d'envoyer les paquets par la poste ordinaire, ou le cas fortuit d’un voyageur pouvant prendre les envois avec son propre bagage, il ne pouvait en être question, vu l'état des moyens de communication dans

cette saison. Les paquebots à vapeur, qui, vers la fin de la période en question, étaient en marche dans tout le reste de l'Europe, s'étaient bien approchés déjà jusqu'à notre contrée sœur le Danemark; mais jusqu'alors aucun steamer n’avait longé nos côtes si étendues, ni parcouru les fjords qui les pénétrent si profondément, ni entamé des relations avec les vastes pays étrangers.

Toutefois, — et cela datait déjà des anciens temps, où notre pays était « sous le joug du Danemark », — les échanges d’envois avec Copenhague étaient un peu plus réguliers. Quelques particuliers possédaient deux petits paquebots, deux grands yachts, pour le transport des paquets et des passagers. Mais la rapidité du voyage dépendait de toute espèce de circonstances. Souvent, le vent soufflant du large, il fallait attendre patiemment plusieurs jours dans le fjord que la bourrasque s’apaisât ou que le vent tournât, avant de continuer sa navigation. Aussi arrivait-il fréquemment que toute la société descendait à terre pour se divertir dans quelque village de la côte où le yacht avait jeté l'ancre.

Les paquets qui devaient être expédiés dans le pays, ou les livres étrangers, que l’on préférait faire venir de Cophenhague, — c'est plus tard seulement qu’on s’est adressé directement à Leipzig et à Paris, — arrivaient dans ces conditions irrégulièrement et au bout d’un temps plus ou moins long. Il n'existait pas, pour ainsi dire, de véritable commerce de librairie, et pour se procurer par l'intermédiaire des libraires tel ou tel ouvrage publié à l'étranger, il fallait faire une dépense considérable; le prix des livres à Christiania était juste le double du prix de Copenhague. De temps en temps chaque année, et, naturellement, jamais dans l'hiver, les paquebots qui correspondaient avec le Danemark apportaient une provision de livres pour la bibliothèque de notre Université, qui était très bien fournie, vu les circonstances, et nous mettaient ainsi en rapport avec les productions scientifiques et littéraires du temps présent et du temps passé. Un ou deux de ces envois entraient aussi tous les ans dans la collection de l'Observatoire, une petite échoppe octogonale, perchée sur le rempart de la forteresse et pourvue d’une partie des instruments

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