‹ Nietzsche (volume 2)Chapitre 4 sur 99 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

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Nietzsche a cru de bonne heure que les qualités éminentes de l'esprit et du caractère trouvent une explication dans leurs origines et dans une lente croissance. Personne n'a vénéré autant que lui le mystère de l'individualité irréductible. Mais il a pensé que toute grandeur est, pour une part, un héritage. Gomment se manifeste au dehors ce qui a grandi longtemps obscurément? La philosophie de Nietzsche le recherchera d'un effort continu jusqu'au dernier jour. Attachée à définir le rôle de l'humanité supérieure dans le monde, elle inventera des hypothèses successives sur les causes qui la font naître. Un juste orgueil, qui ne fut pas toujours morbide, l'amenait parfois à rechercher ainsi le secret de sa propre formation.

Ma fierté, écrira-t-il, entre 1881 et 1883, c'est d'avoir une ascendance ; c'est pourquoi je n'ai pas besoin de la gloire... En moi surgissent à la lumière et dans leur maturité maintes choses qui ont eu besoin de vivre embryonnairement, pendant quelques milliers d'années (*).

Nietzsche, quand il parle ainsi, songe aux fatalités de l'atavisme physique, mais aussi à la lignée d'ancêtres tout spirituels, que l'effort d'une culture librement choisie lui a donnés.

Dans tout ce qui émouvait Zoroastre, Moïse, Mahomet, Jésus, Platon, Brutus, Spinoza, Mahomet, moi aussi déjà je préexiste.

(*) Frôhliche Wissenschaft, posth., § 456 (XII, p. 216).

On a pu démontrer que ses précurseurs lui ont légué des pensées qu'il n'a pas eu à produire, mais à apprendre seulement (*}. Il importerait de savoir en outre ce qui revit en Nietzsche de ses ancêtres par le sang et des énergies accumulées par eux. On aimerait à connaître le monde invisible qu'il portait en lui par le seul fait de naître. On vérifierait ainsi des hypothèses qui ont été les siennes.

Des impossibilités graves limitent cette recherche. Nous ne savons presque rien des aïeux de Nietzsche. Quand nous les connaîtrions de plus près, l'histoire littéraire n'en serait pas mieux qualifiée pour s'exprimer sur les lois de l'hérédité. Elle peut constater que de certaines qualités se retrouvent d'aïeul à descendant. Mais sa constatation, qui ne sait pas mesurer le degré des ressemblances, ne saisit rien non plus de leurs causes. Elle n'a pas d'outillage qui permette de suivre les énergies physiologiques profondes qui se transposent en qualités morales.

(*) Voir nos Précurseurs de Nietzsche, 1920.

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