‹ Nietzsche, sa vie et sa pensée (volume 2)Chapitre 64 sur 104 · P A L: L DE L A G A H D E 35S · texte numérisé non relu

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resserrée dans la lutte pour la cause wag-nérienne. Elle est touchante, la lettre écrite par Overbeck à son vieil [ ami Treitschke, pour défendre Nietzsche. Il n'ignorait pas les défauts de son brillant collègue, « le penchant à l'extravagance », la manie de ramener toutes choses à la métaphysique ('). Mais Overbeck ne tolérait pas l'injurieux silence qui se faisait sur une telle pensée. Le temps devait venir où il aurait à choisir entre deux amitiés : Il éhoisit Nietzsche, qui, aussi bien, lui rendit ce témoignage :

Overbeck est l'homme et le chercheur le plus sérieux, le plus franc, le plus simplement aimable de sa personne que Ton puisse souhaiter comme ami ; et il a ce radicalisme sans lequel il m'est impossible désormais de vivre ("-).

Nietzsche ajoute à ce portrait qu'il fait de son ami : « C'est le théologien le plus libre qui soit vivant aujourd'hui ('). » Il mandait à tous ses correspondants la nouvelle glorieuse d'une « théologie de l'avenir » qui naissait au premier étage de sa maison, dans le logis d'Overbeck, et [ qu'il croyait solidaire de l'œuvre philosophique et de l'œuvre d'art projetée à Bayreuth (*). Il admirait un talent où se fondaient dans un si fin alliage le tenace courage, le labeur, l'esprit critique (^). Ils avaient, dans la dernièr-e année, échangé de& pensées novatrices en foule (*') :

Le monde entier, écrivait Nietzsche, attend l'homme d'action, qui se dépouillerait et dépouillerait autrui d'habitudes millénaires et donnerait un exemple, destiné à être suivi (').

On sent dans ces lignes percer « l'immoralisme filtur ». * Gomment Nietzsche le concevait-il? Il n'a pas varié beau-

('] 8 juillet 1872. V. C.-A. Berinoulli, Franz Ocerbeck, I. 84. t (*) 22 mars 1873. Corr., II, 401.

\ (*) Cofr., III, 446. — {^) Ibid., I, 240; II, 406, 410, 479, 482. — ("j Ibid.,

l II, 479. — («) Ibid., II, 402. — {') Ibid., III, 446.

•coup. Il l'imaginait comme un mysticisme nouveau, à base de science. Ce qui naissait dans le petit pavillon du Schtitzengraben à Bâle, c'est un essai de détînir comment l'époque présente pourrait donner naissance aune religion nouvelle.

Overbeck et Nietzsche se partagèrent la besogne. Ils avaient à combattre ensemble David Strauss. Overbeck mit au service de l'attaque son immense érudition historique. Nietzsche parla du nouvel évolutionnisme. Cette <loctrine, selon lui, appelait un art et une philosophie •capables d'assigner à toute l'évolution des mondes im sens et un aboutissement. David Strauss avait empiété sur le domaine propre de Nietzsche. De là, le coup de bélier brutal par lequel Nietzsche riposta. Mais, en même temps que cet adversaire, un allié nouveau surgissait, de la plus haute autorité. Le bruit du livre de Strauss n'était pas encore calmé que parut un vigoureux pamphlet intitulé : Ueber das Vej'hseltniss des deutschen Staates zur Théologie Kirche und Religion^ 1873. Il avait pour auteur un des guides de la pensée savante dans l'Allemagne de ce temps-là, Paul de Lagarde (').

Aucun savant n'avait fait faire un pas aussi décisif à l'histoire des religions de l'Orient que ce professeur de Gœttingen, au pseudonyme français. Il n'y avait pas de dialecte d'Asie Mineure qu'il ne sût. L'arménien, le syriaque, le chaldaïque, l'arabe, l'hébreu lui doivent des progrès d'égale importance. Les questions koptes, le manichéisme, le premier christianisme de langue grecque attiraient son attention. Plus de cinquante ouvrages ou éditions savantes composent son bagage. A ses heures, il était poète lyrique; puis tout à coup il surgissait, pan-

(') On trouvera le pamphlet dans les Deutsche Schriftcn de Paul de Lajardc, 4'- édit., 1903, pp. 37-77.

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