‹ Nietzsche, sa vie et sa pensée (volume 2)Chapitre 65 sur 104 · PAUL DE LA GARDE · texte numérisé non relu

PAUL DE LA GARDE

germaniste batailleur et ambulant, orateur colérique et fort, comme Fichte, son modèle, et comme Treitschke dont il fut plus d'une fois l'inspirateur, après 1870.

Jamais on n'a vu mieux que dans les pamphlets de ce fougueux élève de Riickert, combien la science historique des Allemands est imprégnée de sensibilité romantique. Sa méthode est impeccable. Pourtant son affirmation de la vie est passionnée. C'est par là surtout qu'il a influencé Nietzsche. « Les événements de l'histoire ne sont pas faits pour être sus. » La vie des grands hommes n'est pas destinée à être matière historique. Traits de feu pour Nietzsche que ces aphorismes('). Le rôle des faits décisifs et des grands hommes est de transformer le monde. Ils le transforment même sans être vus. Entre le savoir et les événements, Lagarde ne voit pas de collaboration possible.

La science veut savoir ; elle ne veut que savoir, et uniquement pour savoir (').

Mais ce que peut établir la science, c'est que de certains faits ou de certains hommes sont encore agissants ou que la vie les a quittés pour toujours.

Lagat-de envisageait alors les trois religions aujourd'hui régnantes en Occident, la protestante, la catholique, la juive. Il les jugeait mortes : 1" Quelle vie reconnaître au protestantisme? Il n'a été à son origine qu'un catholicisme réformé. Il n'avait pas touché aux croyances fondamentales. Maintenir Dieu, le Christ, le Saint-Esprit, et déclarer la guerre à quelques institutions abusives qui tendent à compromettre l'œuvre de salut, ce n'est pas fonder une religion nouvelle. Rien de plus fort que la

( ) p. DE Lagarde, Deutsche Schriften, p. bo. (»j Ilrid., p. 37.

:m LA PREMIERE « I iN T E M P E S T I \' E »

critique dirigée par Paul de Lagarde contre la théologie protestante. Sur quels principes s'appuie-t-elle ? Que devient-elle quand on examine son principe formel, qui prétend considérer le Nouveau Testament comme la seule source de connaissance chrétienne? Le Nouveau Testament parle-t-il du baptême obligatoire, de la célébration du dimanche, de la Trinité? Nous affranchit-il, de la loi mosaïque ? S'il consiste en un recueil de témoignages, que l'ancienne Eglise catholique jugeait utiles dans la lutte contre les hérésies et les sectes du ii" siècle, comment ne voit-on pas qu'il tient toute son autorité de la communauté catholique qui l'a réuni? N'est-il pas temps de se rendre compte des principes qui ont présidé à cette rédaction (')? Et' si nous reconnaissons l'autorité de l'Église sur un point, comment ne pas la reconnaître sur tous ?

Dira-t-on que le protestantisme a des principes matériels différents du catholicisme, tels que la justification par la foi ? Mais qu'on essaie d'en déduire la dogmatique luthérienne, on verra qu'elle n'en résulte pas. La « justification par la foi » ne domine pas le luthéranisme : Elle lui sert à combattre l'abus des « œuvres », des indulgences, des messes, des aumônes. Est-ce suffisant pour, asseoir une religion? Aussi bien, c'est dans l'apôtre Paul seul qu'il est question de cette justification, ignorée des évangiles et combattue par les épitres de Jacques où elle est remplacée par la régénération.

Toute la théologie protestante apparaissait donc comme un amoncellement d'arguments improvisés pour une polémique épuisée depuis le xvi" siècle. Un événement nous lait illusion que les pasteurs devraient bénir : la guerre de Trente ans. Elle a permis d'attribuer cà des désastres

(') p. DE Lagarde, Deutsche Sc/iriflen, p. 42. Ce ^era le précepte auquel $e contonnera Overbeck dans les Sludien zur (li-sclnchle des Kanons, 1880.

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