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foucauld, V orgueil [^). Il le dit égal en tous les hommes, el ne voit de différence « qu'aux moyens et à la manière de le mettre au jour » . L'orgueil se dédommage toujours ; il est la ruse la plus savante de la nature pour nous dissimuler nos imperfections (^). hn magnanimité même le recouvre, et n'est à vrai dire que « le bon sens de l'orgueil » . La générosité n'en est qu'un déguisement, puisqu'elle « méprise de petits intérêts pour aller à de plus grands ». La bonté encore le cache, quand elle ne s'évertue qu'à faire des remontrances à ceux qui commettent des fautes. Elle est un orgueil intelligent et rare, pour lequel les sots n'ont pas assez d'étoffe, et qui suppose en outre « la force d'être méchant » . Faute de quoi, elle n'est que « paresse ou impuissance de la volonté » ('). Le choix que l'on fait d'un parti et l'opiniâtreté qu'on met à défendre son opinion tient à ce qu'on occupe une place que l'on ne retrouverait pas dans un parti peut-être plus raisonnable, h' amour même, qui semble sacrifier son moi, est encore et surtout quand nous nous en rendons compte, « une passion de régner » , et la compassion nous sert à faire sentir à nos semblables malheureux que nous sommes au-dessus d'eux (*). Un point essentiel de la psychologie de La Rochefoucauld, c'est que nous sommes autres quand nous sommes irréfléchis et seuls, et autres quand nous nous observons devant témoins. La conscience claire que nous prenons de nos actes, est déjà une société et un témoignage dont se préoccupe notre amour-propre. U s'ensuit que la comédie ordinaire qui se joue en nous consiste en une façon théâtrale de faire valoir nos qualités et en un ingénieux déguisement de nos défauts. Souvent cette dissimulation est encore une façon plus subtile de nous faire distinguer.
(M La Rochefoucauld, Re/le.vions morales, f, 35, 3G. — (•■=) /hid., 285, 246, 37. (') Jbid., 237, 387, 481. — (*) Ibid., 68, 163.
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Il y a des humilités qui sont des artifices ; et de certaines afflictions ne visent qu'à étaler « une belle et immortelle douleur », comme d'autres sont une manière de quémander la pitié, et un essai de tyranniser autrui par notre faiblesse (').
Tout le jeu de notre vie intérieure est ainsi vanité ou hypocrisie. La vanité n'est absente d'aucune de nos vertus, et nous sommes si habitués à nous masquer devant autrui qu'à la tin nous nous masquons à nous-mêmes (^). Il n'esi pas jusqu'à la sincérité qui ne se réduise tour à tour à une envie de faire voir nos défauts du côté où nous voulons bien les montrer « ou à une fine dissimulation pour attirer la confiance des autres » (•). Avec to^s nos semblables, nous sommes engagés dans une négociation constante. L'estime d'autrui en est l'enjeu, plus précieux qu'aucun avantage matériel. Voilà ce qui dans le langage de La Rochefoucauld s'appelle V intérêt; et c'est en ce sens que « les vertus se perdent dans l'intérêt comme les fleuves dans la mer » (*). V amitié elle-même « est loin d'être à l'abri de ce subtil calcul » . Elle nous donne l'occasion de nous signaler par notre tendresse, ou de faire juger de notre mérite par la tendresse que nos amis ont pour nous. Elle est un commerce d'amour-propre où l'affection se dose par les témoignages d'estime qu'on a reçus ; et la reconnaissance encore sait prendre des formes si astucieusement orgueilleuses, que, non contente d'acquitter les bienfaits reçus, elle croit obliger envers nous nos bienfaiteurs {'). Nous agissons toujours pour ce témoin, imaginaire ou présent, et le témoin le plus exigeant que nous tâchions de satisfaire, c'est nous-mêmes. 11 n'est pas de courage qui ne soit augmenté par la crainte delà honte et « l'envie
(') Réflexions, 234, 233. - (*) Ibid., 200, 119. — (') Ihid., 383, 62. — (*) Ibid., 171. — {:") Ibid., 83, 235, 279, 29G. i88.