‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 47 sur 145 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

récifs de la barre qui existe à Pentrée de toutes les riWëres du delta, et, emportés par la violence du courant, infailliblement nous allions nous y briser.

«Jetez l'ancre! jetez Tancre ! n m'écriai-je, tandis qae je me mettais moi-môme à la manœuvre.

Telle était la vitesse de notre course, que le choc d'arrêt nous fit tous tomber à la renverse. Selon tonte apparence, le lourd anneau de fer qui reliait la cfiaine au bateau ne tarderait pas de céder sous l'effort des eaux.

En vérité, ce furent de longues heures d'agonie, celles que je passai alors. Notre salut dépendait de la fidélité de notre ancre. Que sous les secousses que lui imprime à chaque seconde la fureur du courant, un seul chaînon vienne à se rompre, c'en est fait de nous... Or, je n'avais fait éprouver à Brass ni la solidité de la chaîne ni celle de l'ancre, et sur ce point je n'étais rien moins que tranquille.

Inconscients du danger , les Croumanes s'endormirent; le feu qui brillait au loin leur promettait pour le lendemain de l'eau et des vivres... C'est tout ce qu'ils souhaitaient. . .

Pour moi , c'était ma sixième nuit sans sommeil ; mais c'est à peine si je ressentais la fatigue : tonte mon attention se concentrait sur cette ligne blanche qui, à quelques pas de nous, semblait nous guetter.

Vers quatre heures du matin, le courant perdit

^c sa violence c'était l'étalé de la marée. Peu

après , notre pirogue se mit à tourner , en présen* tant sa proue à la mer, aux récifs : la marée haute se dessinait. Je fis lever Tancre, et nous aidant du courant pour remonter Tembouchurc de la rivière, nous nageâmes vers une factorerie dont les hangars blanchis à la chaux sortaient de Tobscuritè.

Nous étions sauvés !

En arrivant, j*appris que nous nous trouvions à Akassa. Le courant qui avait failli nous précipiter sur les brisants, c*était celui de la Nun, qui se jette à cet endroit dans la mer. C*est pour éviter ce courant, qu'il est impossible d'affronter en bateau, que j'avais tenu à atteindre le Niger par les criques de Brass. Or, les choses étant telles, il ne m& restait qu'un parti à prendre, à prier le gérant de la Compagnie africaine de bien vouloir me trans" porter, moi, mes hommes et mes bagages, jusqu'» Onitsha, sur le Niger, où son petit steamer Vie — toria se rendait ce jour-là même, et de me défain de mon canot. M. Hook accéda amicalement à m: demande, tout en me prévenant que le départ état ^ fixé à huit heures.

Située par 4» 19' 3" latitude nord et 3» 32' 30*^ lom- ^ gitude est du méridien de Paris, Akassa mérite un. ^ mention toute spéciale, à cause de TimportaDCs- ^

qu'elle acquerra le jour où le Niger et le Béni^^ ^ seront ouverts au commerce européen. C'est là qi tout d'abord il faudrait fonder une factorerie.

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