CHAPITRE V
l'aviron, et mon exemple les ranima... Nous avancions.
Vers deux heures de relevée, j'eus le gosier si sec et si brûlant que j*en étais tout haletant. Mes hommes, eux aussi, paraissaient tourmentés d'une soif ardente; mais ils se taisaient. Leur montrant alors les deux bouteilles que la veille au soir j'avais remplies en cachette, et après en avoir bu moi-même une gorgée :
tt Voici , leur dis-je, de Teau douce que je tenais en réserve, prévoyant qu'elle nous viendrait à point; que chacun s'en rafraîchisse , et ramons énergiquement ; dans peu nous aboutirons. »
Tout en leur parlant ainsi, j'étais moi-même fort perplexe. Cependant l'eau était de plus en plus salée, et tout m'annonçait le voisinage de la mer : c'était à la fois un contre-temps et le salut. Mais , ajoulais-jc à part moi, si nous n'arrivons pas ce soir, nous sommes perdus.
Mes Croumanes avaient courageusement repris les avirons, et lorsque tomba la nuit, comprenant que leur existence dépendait de ce suprême effort, discontinuèrent à ramer.
Je m'étais assis au gouvernail : une petite lanterne sourde éclairait la boussole, que je ne quittais uQ regard que pour interroger Thorizon, qui s'étento à l'infini devant moi.
Tout à coup il me semble voir dans le lointain
lOe NIGER ET BÉMUÉ.
briller une lumière... Je n'ose m'en rapportera mes yeux... Peut-être est-ce une étoile... peut-être ai-je eu un éblouissement. . . J'appelle See-Breeze, le headman des rameurs , et lui demande si là-bas , là-bas, il n'aperçoit rien.
tt Je vois, fit-il, je vois... du feu!...
— Hourra! cria tout l'équipage. Vive F homme blanc! »
Et le canot , sous l'impulsion de ces bras vigoureux , se prit à nager avec une vitesse inusitée. Bientôt la lumière fut très-distincte; en même temp^ la crique s'élargissait considérablement. Plus de doute, nous étions à l'embouchure d'une des rivières du delta -du Niger, et le feu que nous remarquions, ce devait être celui d'un ponton ou d'une factorerie européenne. Je me dirigeais vers ce bienheureux phare, quand il me parut fuir à notre droite... Mais bientôt je me convainquis que c'étai nous, au contraire, qui étions poussés de droite i gauche par un courant impétueux. Vainement lei rameurs s'efibrçaient d'y résister. Ils avaient beai déployer toute leur force, visiblement nous étion! emportés loin de la rive et de la lumière dont l'as pect avait raffermi notre courage.
En même temps une ligne blanche qui me faisai l'efifet de n'être plus qu'à quelque vingt mètres d nous, et un grondement sourd, me révélèrent ni nouveau danger : cette ligne blanche , c'étaient le