CHAPITRE VI
Head {en avant) ^ Good-Looking {charmant)^ Port (sabord)^ Starboard (tribord) , Black-Jack (valet noir) , FuIl'Steam ( toute vapeur)^ et enfin Go-Fast (va vite) y que j'avais surnommé l'Orange, et que je préférais à ses compagnons à cause de son courage et de Tafiection qu*il me témoignait.
On voit qu'à la longue , à force d'ouvrer dans les factoreries européennes et à bord des steamers, les habitants de la côte de Croù se familiarisent quelque peu avec l'anglais , et comme c'est le métier de marin qu'ils connaissent le mieux , quand ils adoptent un nom propre, généralement leur cboix se fixe sur des termes qui s'y rapportent. J'ai dit qu'ils élisent eux-mêmes leur headman; une fois élu, et bien qa'îl travaille comme eux, ils lui doivent une obéissance absolue. C'est See-Breeze qui était le chef de ma petite troupe.
Cependant le Victoria était entré dans la Nun. Depuis sont embouchure jusqu'à l'ile Darwall, elle n'a guère que deux lieues et demie de long. Là, elle fait un coude très-accentué et fort périlleux pour les navires; nous le franchissons heureusement... et le Niger est devant nous!
La transition est si brusque, la nature change si soudainement d'aspect, que c'est comme un rideau qui se lève, ou un décor de théâtre qui, sur un coup de sifflet du machiniste, se transforme en un clin d'œil. Plus de mangroves, plus de trace de la sombre
et monotone végétation des criques, plus de circuifs, plus de dédales aquatiques, plus de chance de s*égarer. Cest un beau et grand fleuve qui se déroule majestueusement à nos regards et s'élargît à chaque pas, tandis que sur ses bords s*étalent toutes les splendeurs de la flore africaine. Déjà les oiseani reparaissent et nous égayent de leurs cris ou de leurs chants. Dans le lointain, les cocotiers, les fiers palmiers profilent leurs têtes superbes sur Fazur da ciel; des dattiers nains baignent dans les flots leur capricieux feuillage ; immobiles sur de jeunes tiges vertes, des martins-pêcheurs bleu pâle guettent le petit poisson imprudent ou la mouche vagabonde; dans les arbres, mille oiseaux diaprés, les uns jaunes d'or avec un collier noir, les autres coiffés d'une huppe folâtre, saulillent joyeusement; de ci, delà, surgissent de grands hombax ou cotonniers, au feuillage épais taillé en bouquet, des mancenilliers dont les fleurs rouges émalllent la verdure, enfin des bananiers dont les larges feuilles trahissent l'existence d'un village nègre derrière le rideau qu'elles forment. C'est une ravissante nature, et j'en ressens d'autant plus vivement les charmes que j'avais plus souffert de la sinistre solitude d'où je sors.
Bientôt nous dépassons l'ile du Dimanche, ainsi baptisée par Baikie en 1854, lors de son premier voyage au Niger, ainsi que le Point Nicolle. A onze heures et demie nous arrivons devant les villages