CHAPITRE VI
nègres de Liambra, situés sur la rive gauche du fleuve. A partir de là» ils se multiplient des deux côtés. L'aspect en est riant et champêtre : éparpillées dans le feuillage, les huttes, pareillement à celles da Cayor, sont pour la plupart cylindriques. Aui abords des centres habités, de splendides bananiers [musa par adisiaca). floieni sous le faix de gigantesques régimes de bananes dorées, ou àe plantains, plos grosses, mais moins bonnes que les petites. Autour des huttes croissent également de beaux cocotiers, qu'en Afrique, du reste, on rencontre partout où il y a un être humain, dont ils semblent les compagnons inséparables.
Un peu plus haut, en face d'Akito, qui est situé sur la rive droite, et un peu au-dessous d'Approprama, situé sur la rive gauche, se trouve le fameux Horse-Shoe-Bank {banc du fer à cheval)^ ainsi nommé à cause de la forte courbe que le Niger décrit à cet endroit. En 1876, les indigènes en profitèrent pour barrer le fleuve : d'un bord à Tautre, ils y tendirent une chaîne longue de deux cent cinquante mètres et enfoncèrent à fleur d'eau des pilotis, espérant ainsi faire échouer les steamers gui, ne soupçonnant pas leurs criminels desseins, s*y viendraient heurter. Grâce au ralentissement forcé que tout navire s'impose à l'approche de la courbe, le guet-apens fut découvert par les premiers bâtiments qui passèrent par là, et les sauvages
lU NIGER ET BÉNUÉ.
qui, de la rive et cachés dans leurs pirogues , guettaient leur échouage afin de les piller, les virent avec stupéfaction rétrograder à toute vapeur. Aussitôt les autorités anglaises furent averties, et une frégate s'en alla détruire à coups de canon le barrage. Les indigènes ayant eu la folle audace de lui faire résistance, il s'ensuivit on combat qui leur fui fatal : tous ceux que Ton prit les armes à la main furent fusillés, et Ton réduisit en cendres les villages voisins. Consternés, leurs habitants s'enfuirent dans les bois; mais à peine ceux qui venaient de les cbàtier étaient-ils partis, qu'ils les reconstruisirent aux mêmes lieux. Plus circonspects à présent, ils n'osent plus s'attaquer aux steamers dont ils ont une salutaire frayeur. Toutefois il ne serait pas prudent de s'aventurer en canot dans leurs parages, et si , par malencontre , un vapeur même venait à y échouer sur un banc de sable, très-certainement l'équipage en serait massacré et la cargaison pillée. L'hostilité des tribus du bas Niger est patente. Aussi, sur un parcours d'environ trente lieues, c'est-à-dire depuis son embouchure jusqu'à N'Donî, aucun comptoir européen n'a-t-il pu s'y établir, ni sur l'une ni sur l'autre rive. Les chefs et les prêtres des tribus qui les peuplent ont intérêt à empêcher l'étranger de venir trafiquer lui-même sur le Niger : jusqu'à ces derniers temps, en e£fet, ils avaient seuls servi d'intermédiaires entre les traitants anglais de