‹ Niger et Bénué: voyage dans l'Afrique centraleChapitre 65 sur 145 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

par la poupe, See-Breieze remplissait Toffice de timonier : il gouvernait avec une longue pagaie qu*il manœuvrait de droite et de gauche, suivant la direction indiquée par la pirogue du guide. Celuici tenait pareillement le timon de la sienne. Assis d'une cuisse sur le rebord du léger esquif, les pagayeurs fendaient Teau de leurs courtes rames pointues, et s'excitaient à la besogne par des cris sauvages.

Lorsqu'à la hauteur d'Atane, nous quittâmes le Niger pour gagner les criques du pays d'Obotshi , une sorte de nuage passa sur le front de mes Croumanes : c'est qu'ils se souvenaient des marigots du delta! Cependant ils ne hasardèrent pas une observation, pas un mot. M'ayant vu jusqu'alors triompher d'obstacles qui leur paraissaient insurmontables : l'homme blanc, pensaient-ils, esta couvert du malheur.

L'embouchure des criques d'Atane fourmille d'hippopotames, et un peu avant la nuit, je rappelai la pirogue du guide et m'apprêtai à entrer en chasse. J'en vis plus de soixante : à tout instant, ane large tête semblable à celle d'un cheval émergeait de l'eau, reniflait bruyamment à la surface, et aussitôt disparaissait. Ce soir-là il me fut impossible de les approcher d'assez près. Cela tient à ce qne, à l'époque des pluies, les criques élant trèsprofondes, l'hippopotame ne se montre guère; à

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peine, Iorsqu*iI respire, entrevoit-on une seconde sa tête ou ses oreilles, et .c'est en moins de ri^n qu'il le faut tirer à Fendroit voulu , à la tempe ; dinon la balle s'aplatit sur sa peau, qui est dure à régal d'une cuirasse. La saison des pluies offre un autre inconvénient : eàt-on même atteint et tué l'animal, entraîné par le courant, il roule dans la profondeur des eaux , ne reparaît à la surface que le lendemain, et souvent s'en va échouer à plusieurs lieues de distance sur quelque banc de sable, où les indigènes en font ripaille. En effet, bien que j'eusse fait feu sur plusieurs, étant donné que mes balles eussent porté , je ne pus m'assurer d'aucun.

Heureusement, — je le savais — à la nuit tombante, l'hippopotame gagne les hautes herbes de la berge, oii il se repaît, et le matin, au lever du jour, se replonge dans son élément. C'est le moment de le tirer. Je logeai donc dans ma pirogue, et dès l'aube j'étais à l'affût près de la rive.

Bientèt, dans le lointain, aux abords d'un banc de sable, j'entrevis une longue procession d'ombres massives, se dirigeant vers le fleuve. tJn peu après, à quelque distance de moi, j'entendis les herbes bruire et le sable s'ébouler : c'était un hippopotame qui, en regagnant la crique, entraînait après lui un amas de terre. Jamais je n'en avais aperçu en liberté; aussi éprouvais-je une certaine émotion en le voyant se rapprocher de moi. Il n'y avait pas

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