CHAPITRE VII
<;roire que le dévouement est un don naturel à la femme» puisqu'il est Tapanage même des créatures les plus barbares.
A rinverse de ce qni se pratique au Sénégal et chez les peuplades de FYoribba, les négresses de ribè ne portent pas leurs enfants sur le dos ou sur la hanche, mais bien sur les bras, ce qui leur donne un air plus tendre et plus maternel. Cependant , lorsque les enfants arrivent à Tâge où ils se peuvent suffire à eux-mêmes par la chasse ou par la pêche , ils prennent leur volée comme une couvée de moineaux, et, dès là, plus de lien de famille pour aucun. Cbez les hauts dignitaires seuls, chez les prêtres et au sein des familles régnantes , la tradi* tion du foyer se conserve, parce que le pouvoir et les honneurs s'y transmettent héréditairement.
La classe des propriétaires, des Oganraniams, est active, travailleuse, sensée; elle s'adonne surtout à Tagriculture, et les plantations d'ignames, de bananiers, de mais, témoignent du zèle qu'elle met à faire produire au sol des richesses qu'il ne lui marchande pas. Parfois elle obtient deux récoltes par an ; mais parfois aussi la seconde se perd lorsque la crue des eaux arrive soudainement.
Comme on était alors dans la saison des pluies, et que j'espérais pouvoir longtemps encore naviguer sur les criques, j'avisai à me procurer deux pirogues. Un indigène de Sierra-Leone, M. Georges^
qui en cette circonstance et en plusieurs autres s'est montré envers moi très-obligeant, m*y aida. Etabli en dessous d'Onitsha, près du Niger, c'est lui que la Compagnie africaine de Liverpool a chargé de la direction des comptoirs qu'elle possède par là. C'est un homme de bien, plein de droiture, d*un caractère ferme, toujours juste; il exerce une grande influence sur les indigènes , quoique d'ordinaire ils conçoivent une insurmontable défiance pour les noirs étrangers à leur tribu.
Je m'en allai donc en pirogue jusqu'à la hauteur d'Oko, d'où je m'engageai dans l'intérieur en suivant les criques qui courent à l'est, derrière l'île du Lyncx.
A Qnitsha j'avais enrôlé dix-sept nègres qui, avec mes huit Croumanes, faisaient l'office de pagayeurs. Dana la première pirogue se trouvait, en outre, un nègre de Vlhb que j'avais pris pour guide et qui, à l'occasion, me pouvait servir d'interprète, car il parlait quelque peu anglais.
Nagée par douze hommes , sa pirogue ouvrait la marche. J'occupais la seconde avec douze autres, qui seuls étaient munis de fusils. Afin de me permettre de l'armer à ma guise, celle du guide avait ordre de se replier sur nous en cas d'attaque. Une tente, supportée par quatre pieux, et tendue au milieu de mon embarcation , m'abritait de la pluie et du soleil. Debout à l'arrière, sur le rebord formé