CHAPITRE XI
L'élablissement de populations niahométanes à Iddab se rattache à un fait singulier. Après Tannexion par le roiUmoru de TYoribba à Tempire musulman des Filanis, le souverain dépossédé sollicita auprès du sultan de Rabbab un autre État, en échange de celui dont il avait été dépouillé. Venant d'un roi européen détrôné, pareille requête ferait hausser les épaules ; mais en Afrique on pense différemment. Bien loin de s'en indigner, le sultan se mit en route, descendit le Niger, se rendit à Iddah, qu'habitaient alors les Akpotos, acheta leur territoire, et y installa le souverain déchu, qui y prit le titre HAttah, ce qui en haussa signifie père ou patriarche, et y joignit celui d'Onw^ c'est-à-dire, en yoribba, roi ou gouverneur.
Avec des dehors moins sauvages que les tribus de rib5, les gens d'Iddah sont beaucoup plus à redouter qu'elles : cupides, fourbes et traîtres, ce sont voisins très-dangereux, et Ton ne saurait se garer trop de leurs déprédations.
En face de la ville , sur la rive droite du fleuve , l'Agà coule à travers une riche contrée, dans le pays des Bofos, tandis qu'au-dessus, la Barter s'en va dans le pays montagneux d'Igbirra-Hima.
A partir de là, rien ne peut rendre la beauté et le pittoresque du paysage : sur la rive gauche , les Qionts où s'élève Iddah tournent brusquement à l'est, et forment une chaîne de montagnes, King-
Williani'Range, dont le pic principal, celui du Roi, a 1,200 pieds de haut; à côté se dresse le Purdy, qui en mesure 800; près de la rive, le pied baignant dans Teau, s'échelonnent trois autres monts du plus agréable aspect : le Saint-Michel (400 pieds), le Franklin (450) et le Crozier ou Kogà (300). Sur la rive droite, le mont Kéri ou Okiri, haut de 1,400 pieds, domine les alentours, tandis que dans le lointain on aperçoit TErskiné (800) , et plus près du fleuve le Soracte ou Oro, précédant le mont Pattèh, au bas duquel est situé Lokojà, en face du confluent du Niger et du Bénué.
Avant d'y arriver, je passai une nuit au-dessus de rile Beaufort , entre les embouchures des rivières Méadobank et Bêcher, qui toutes deux coulent à Touest, la première entre les monts Kéri et Oro, dans le pays des Wéfas ; la seconde derrière le mont Oro, dans celui des Bunus. A la tombée de la nuit, le panorama y est réellement grandiose : pareils à des fusées de granit, les pics Okiri et Purdy s'élancent audacieux vers le ciel, tandis que les capricieux festons de la chaîne du Roi, doucement éclairés par les reflets de la lune , fuient au loin dans un nimbe argenté. Suspendues aux flancs des monts, des roches fantastiques, toutes nues, émergent de la verdure, distribuées d'une façon si bizarre, superposées si étrangement, qu'à de certains endroits on les prendrait pour les ruines d'un fier castel, nid