CHAPITRE XI
mina promptement par rechange obligé de quelques cadeaux.
Un des traits caractéristiques d'Asaba, c'est le grand nombre de chefs qui , tous , y prennent le titre de roi , encore qu'ils soient soumis au même maître, à Obi-Igwéri. On les reconnaît à leur bounet de forme persane, orné d'une ou de plusieurs plumes blanches, et au large éventail en peau, agrémenté de brins d'étoffe ou de cuir, qu'ils tiennent à la main : ce sont là les marques de leur dignité. On m'a assuré qu'à Asaba seulement, sur une population de deux mille âmes, il y a plus de deux cent qulTrante rois I A vrai dire, ce titre s'y acquiert aisément : que l'on soit en guerre ou en paix, il sufGt pour cela de tuer un homme d'une peuplade voisine et de rapporter sa tète à Obi-Igwéri. Il suit de là que plus d'un est redevable de sa qualité à quelque obscur assassinat.
Je séjournai fort peu à Asaba, et consacrai les jours suivants à explorer la contrée voisine des monts Video, qui, au sud, se nomme Ijébù, et au nord, Ijésà. C'est là qu'on rencontre Akpram, Asabutshi, Idoko, Ugboru, Ut5, Ondo, Efon, Adoh, les tribus d'Oria, d'ijésà , d'Ara, d'Egbéri , d'Ifé, les glands marchés du Niger, et les nombreut villages deljà ou On'Ya. La contrée d'Ijébù et Ijésà est trèsferlile et très-saine, grâce aux monts qui l'abritent contrôles vents de Test. Elle est sillonnée de criques,
et, du côté du nord, il serait facile aux traBquantâ d'y pénétrer par la rivière Ed5.
De retour au fleuve, je passai d'abord devant les villages d'Abijagà sur la rive gauche, qui couvrent un espace de près de deux milles; ensuite devant les îles Lander, où se trouvent ceux d'Ojonà, et qui, à en juger par des plaines du plus bel aspect, doivent être très-fertiles; puis devant les villages d'Oniadegga, et enfin devant les îles anglaises, au nombre de trois , qui sont situées par 7* 1' 10' et s^éteudent jusqu'à 7** hl 50'' latitude nord , et audessus desquelles se dresse la ville d'Iddah, par ?• 6' latitude nord.
Iddah compte au moins dix mille âmes. Elle est construite sur le roc ; les berges rougeâtres qui surplombent ont plus de soixante pieds de haut. Bâties en amphithéâtre, ses habitations, vues du fleuve, présentent un fort joli coup d'œil ; au sud de la ville il existe une baie, seule place par où Ton puisse commodément atterrir.
Bien que située dans l'igarà, contrée nègre fétichiste, Iddah est un nid de noirs musulmans. C'est là que, pour la première fois, on entend parler le haussa, c'est-à-dire la langue des Filanis, des peuples de Sokoto, de ceux du haut Niger, et qui ressemble beaucoup à l'arabe. Iddah est comme l'avantgarde de l'islamisme, qui sûrement ne tardera pas à s'implanter parmi les tribus nègres environnantes.