‹ Nîmes, Arles, Saint-RémyChapitre 10 sur 12 · saint-ri-:my · texte numérisé non relu

saint-ri-:my

Gaule, dans une cité qui n"a jamais eu qu'une médiocre importance et pour des personnages c^ui prétendent bien se rattacher à la famille des Jules, mais ne sont pas autrement connus, — comment il a pu se faire cj^u'on ait construit un monument c^ue les plus brillantes capitales pourraient envier et qui ferait honneur à des chefs d'empire. L'édifice, haut de i8 mètres, a trois étages. Sur un socle composé de trois degrés, s'élève d'abord un soubassement carré de 6"', 50 de côté orné de riches bas-reliefs. Il porte une construction en retrait également carrée dont chaque face est percée d'une arcade et qui présente à chaciue angle un colonne corinthienne engagée d'un quart ; au-dessus, dix colonnes également corinthiennes disposées en cercle soutiennent une coupole sous lac[uelle sont placées les deux statues debout des défunts, un homme et une femme. Sur l'architrave du second étage côté nord est gravée l'inscription :

SE.\ L M IVI.II'I C F PARENÏIBUS SVEIS

ce c[ui se lit Srxti/s. Lu ci us. Marc us Jiilii, Caii Jilii\ parculibus suis et se traduit : Sextus, l.ucius, ^larcus de la famille des Jules, fils de Ca'ius (ont fait élever ce monument) à leurs parents.

^lalgré la conservation exceptionnelle du monument et le caractère bien déterminé de son architecture, on n'est pas d'accord sur le siècle auquel il appartient. .Mais la pureté et l'harmonie de l'ensemble, le style des sculptures et de l'ornementation, et, dans l'inscription, l'excellente forme des lettres, l'usage de la diphtongue ei pour /' ne permettent pas, il nous semble, de le placer plus bas que les environs de l'ère chrétienne, peut-être même, comme le veulent Rïtschl et Salomon Reinach, doit-on le rapporter aux derniers temps de la Républirj^ue. D'après M. Salomon Reinach, les bas-reliefs du soubassement — sauf celui du Sud représentant évidemment une scène de chasse divisée en trois sujets — seraient relatifs à des faits de la conquête des Gaules : combat de cavalerie entre Romains et Gaulois de Provence (face N.) ; combat d'infanterie autour du corps d'un guerrier tombé (face O.) ; combat au bord d'une rivière personnifiée par une divinité fluviale (face E.). Mais à supposer que l'artiste ait voulu faire allusion aux exploits de Jules César et quand même il aurait placé dans la main de tel ou tel des combattants (face O.i le piluui ou javelot du légionnaire, il nous semble qu'il songeait surtout à c^uelques-uns de ces sujets de la Grèce héroïque devenus les lieux communs de la sculpture : la Chasse de Méléagre ' : le Combat des

'■ L'animal furt mutilé qui se présente de face parait bien être un sanglier. On le voit plus nettement sur les anciennes gravures faites d'après le monument.

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Ainn^oiic's; la Liiffe autour dit corps de Pairoclc. On n'y aurait pas vu autre chose si l'inscription ne portait le nom des Jules ; en tous cas, on aurait tort de leur attribuer une signification historique précise et d'y chercher des documents figurés pour les Coiiniiciit aires de l'illustre dictateur, comparables à ce c[ue sont les bas-reliefs de la colonne Trajane pour les Guerres Daciques.

Quoi qu'il en soit, la disposition en forme de tour du monument de Saint- Rémy, dont la destination est certaine, confirme l'opinion C[ui fait de la tour 3lagne un tomlieau. l^n autre monument fort semblable au mausolée de Saint- Rémy se trouvait à Aix en Pro\ence ; mais on ne le connaît plus que par des gravures. L'archéologue lleiberg veut retrouxer dans le tombeau de Saint Rémy l'influence du monument choragique de Lvsirrate à Athènes et des trophées de Pergame.

.^I. Choisy préfère avec raison y constater, comme il l'a fait pour la Maison carrée, l'originalité de l'écoU^ d'arcliileriurc galloromaine. <( Le tombeau ilc

Saint-Kémy, dit-il, si romiun pour le détail, semble, dans ses formes générales, la concejjtion lilire d'un Pierre Lescot ou d'un Philibert Delorme ' »

(ilaïuiin, <|ui existait avant la (■on((U("'l(' romaine et était une des principales villes des Salves, fui a]iiicl(''c ]ilus lard (îlanimi Livii. Un a

' ricibrr. /:';; (}riu-sk hirZ-posl (un avant-poste lïroc, il s'agit do Marseille). K(ipc'nhaj;iic, ujoii, in- 12. Ciu- dans la /\\viie t/ra ('■liuics irri\ijiies, nnnvf ii)<i", p. 387. — Choisy. Iliitairc Je l\iriliilectnri\\ I. p. 6nci.

Tombeau des ftiles

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conjecturé que l'adjonction de ce mot Livii doit son origine à Marcus Livius qui fut consul avec Lucius Calpurnius Piso Csesonius en Tan de Rome 738 (15 ans avant J-C ). Il serait alors naturel d'attribuer à ce Livius la construction de l'arc de triomphe voisin du mausolée et non moins légitime de penser qu'il l'a fait élever en l'honneur de Xéro Claudius Drusus, le grand guerrier qui mourut en 745 de Rome ^8 av. J.-C.) ; car ce Marcus Livius se rattachait aux Drusus. Son nom complet était 31arcus Livius, L. f. 'Lucii filius": Drusus Libo '.

Cet arc de triomphe comprend une seule arcade dont l'archivolte est une guirlande de fruits;et de feuilles sculptés, dit avec raison Mérimée, " avec la même perfection d'imitation, avec le même goût de la variété des détails qu'on observe dans la période gothique » et qu'on retrouve d'ailleurs dans plus dune sculpture ornementale romaine-. Les colonnes cannelées qui ont perdu leurs chapiteaux étaient très probablement corinthiennes. A droite et à gauche de T'arcade sont sculptés des captifs et des captives d'un dessin ferme et large Par ses dispositions générales l'arc de Saint-Rémv rappelle l'arc de Carpentras ; mais il paraît plus ancien.

A quelques centaines de mètres des ruines de Glanum, dans une belle situation, au pied des Alpines, entouré de vastes jardins et au milieu de grands arbres, luxe naturel plus apprécié en Provence qu'ailleurs, se voit un ancien prieuré, aujourd'hui devenu asile d'aliénés. Il doit son nom de .Saint-Paul-du-Mausolée ou Saint-Paul-de-Mausole au monument romain qui le domine. Son église commencée peut-être au ix"" siècle et dont le clocher rappelle par ses dispositions générales le tombeau des Jules, est accompagnée d'un cloître plus récent [KlV siècle et commencement du XIII^ qui n'a que le tort de n'être pas assez connu; car c'est un des chefs-d'œuvre de l'architecture religieuse provençale. .Ses arcades, portant sur des colonnettes accouplées, sont séparées — de trois en trois — par de larges pilastres au-dessus desquels sont insérées des consoles portant les arcs doubleaux de la voûte. Ces arcs doubleaux correspondent à des contreforts appliqués de l'autre côté du mur et faisant saillie sur la cour intérieure. Les fûts des colonnettes sont tantôt circulaires, tantôt octogonaux : l'un d'entre eux, malheureusement fort dégradé, semble avoir été entouré de nervures hélicoïdales. Les chapiteaux sont d'une remarquable variété. Là encore nous retrouvons des chapiteaux analogues aux chapiteaux corinthiens dont on avait le modèle dans le voisinage, les uns avec les

' Papon. Histoire gciic-riile de Provence. Paris, 1777. - Viiyez ci-dessus, p. 13. 40, etc.

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feuilles d'acanthe à jjeine dégrossies, les autres plus fouillés. Comme transition entre le style gréco-romain et les habitudes ornementales du moyen âge. certains de ces chapiteaux corinthiformes portent au milieu de chaque face, sous le tailloir, une tète d'homme. L'imitation du mausolée des Jules se montre avec plus de précision dans certains éléments décoratifs qui pouvaient facilement s'adapter à ce goût de figures animées et fantastiques chères à l'ornementation du xu'' siècle. Ce sont des aio-les, des monstres marins, des sirènes qui rappellent la frise du monument

Cloitri; de Saint-Paul-Ju-MausolOe.

romain. (Juelques-uns de ces motifs sont de véritables copies plus ou moins adroites. On pourrait croire aussi que l'archivolte de l'arc de triomphe a été imitée dans les chapiteaux qui jjrésentent des enroulements de sarments de vignes et des raisins .Mais cette ornementation végétale est trop dans le style qui dom.inera au XIII" siècle pour (ju'il soit nécessaire de faire intervenir ici l'imitation de l'antiquité.

Les en\-ir()ns <lii mausolée des Jules présentent le long du r;i\in de Saint-Clcr du de la route de .\laussane les \estiges de diverses constructions anticpics : tour, réservoir, route dallée. 11 ne reste rien d'un temiile atlribui' à |)ianc. dont les mat<''riau\ ont été réccninuMil cnqilnNés par ini

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administrateur animé d'un esprit « vraiment utilitaire » pour construire des cabanes de cantonniers ou de gardes forestiers.

Nous dirons encore en terminant combien ces ruines sont rehaussées par le cadre naturel qui les entoure. Elles semblent sous la garde du mont Gaussier, auquel les traditions populaires et les poètes de Provence aiment à reconnaître la forme d"un lion accroupi. JMistral, dans les Isclo d'Or, interpelle le « monstre pétriiîé, au dos rongé et fauve, où les 0x3-cèdres et les genièvres lui fournissent la crinière qui flotte au précipice » . Le vieux lion « bonasse et brave qui vit monter les tours et sombrer les châteaux forts » daigne répondre au félibre et après avoir rappelé les gloires du pa3-s d'Arles auxquelles il présidait, lorsqu'il donnait son nom au golfe qui creuse la côte provençale, il dit.

« .Mais tout passe et devient ennui. . Aujourd'hui;, perdu dans la pierraille, n'a\'ant plus ni griffes, ni crocs, à la cime des Alpilles je vins me ]jétrifier. »

Unissant la décadence de la puissance provençale à la sienne, le lion ajoute :

« Par la ruse et le négoce que s'élève qui voudra ; par les armes et le tumulte que triomphe qui pourra. Toi, Provence trouve' et chante, et, marquante par la lyre ou le ciseau, répands autour de toi tout ce qui charme et monte vers le ciel. >'

« Et le grand lion de roche sur lequel croit la lirons: .lille, où s'accroche le genièvre, cela dit, rentra dans le silence. Au soleil qui venait de poindre s'irradiaient toutes les hauteurs du ciel; et, ravi, mon cœur songeait à Mireille et à Calendal. »

Glanum fut détruit au moment de la grande invasion vers 408 par les Wisigoths. J,a population qui avait échappé au. désastre se transporta deux kilomètres plus au nord, là où l'on constate, au X° siècle au plus tard, l'existence d'un bourg fortifié du nom de Saint-Rémy. Ce bourg, malgré la distance, faisait bien partie du domaine de l'abbaye de Saint- Rémy de Reims qui perdit ses droits sur le pays en 1331. Il appartint quelque temps aux Grimaldi, princes de 31onaco, qui l'avaient reçu de Louis XIII, en même temps que la seigneurie des Baux, en vertu de lettres patentes signées par le roi dans son camp devant Perpignan (mai 1642). A .Saint-Rémy se rattache le souvenir de l'astrologue Michel de Notre-Dame, connu sous le nom de Nostradamus, qui y vécut de

' On sait que le mot de troubadour, comme le mot trouvère, veut dire le trouveur, c'est-à-dire l'inventeur.

SAINT-RKMY

nombreuses années, d'Aréna qui, y étant juge royal, composa son poème sur l'invasion de Charles-Quint en Provence dans un style macaronique dont on peut se faire une idée par le vers suivant :

Biiinii ! Bon m !.' Bombarda' Iota di' parte pclahaiit,

du géographe Expilly, du poète félibre Roumanille.

Saint-Rémy a des maisons de la Renaissance telles que la maison de Xostradamus dont le l)uste orne une de ses fontaines et la maison des Mistral-Mondragon ou maison du Planet, récemment saccagée par des " embellissements » coupables Près de là, sur une rue traversée par des arcades, dans une habitation particulière, se trouve une tour dont la porte en gothique flambo3^ant, donne accès à un escalier à vis, de pente très douce, qui, par son habile construction, est comparable à la vis de Saint- Gilles et à l'escalier François P'' au château de Blois.

La mairie conserve un certain nombre de fragments antiques : des inscriptions gauloises en caractères grecs, — une inscription latine en l'honneur d'un, certain Ebutius Agathon qui, après avoir été trois fois Augustale à Arles, exerça les fonctions d'administrateur des finances de Glanum, — une tète de taureau plus petite que nature, — surtout un buste d'homme et un buste de femme d'une véritable valeur artistique. Oubliés dans les greniers où ils risquent de se perdre, ces bustes devraient ou être placés dans la salle d'honneur de l'édifice municipal ou être envoyés au .Musée d'Arles. Peut-être sont-ce les têtes qui mantiuent aux deux statues du mausolée.

Une grande partie de la canalisation souterraine construite au temps des Romains pour conduire à Arles les eaux des Alpines (voir ci-dessus p. 76-79) sert encore aux usages domestiques et à l'irrigation des campagnes voisines de Saint-Rémy. On peut en suivre le parcours grâce à des « regards » antiques bien connus des gens du pays, l.e canal est alimenté par de grands travaux de drainage et de cajitation de sources ])rali(|ués dans la région montagneuse, jniis par des ilrainages continués le long de son parcours, l.e fond du canal est une maçonnerie solidement cimentée avec ce ciment hydraulique im])erméable que les Romains ont su fabriquer mieux que personne. 11 en est de même des murs latéraux jus([u"à une certaine hauteur au-dessus des eau.\ nu )\ en nés. Ensuite ces murs se conlinucnL sciilcniciil en pierres sèches de manière à laisser filtrer les eaux de drainage de telle sorte que ces eaux soient recueillies dans la partie ciment(''e (|ui ne les laisse jilus échaii]icr. Les gens du ]ia\ s

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constatent que l'existence de cet aqueduc rend l'alimentation des puits fort difficile et leur possibilité plus rare, à moins que le sondage ne tombe iuste sur le canal: ce qui permet alors d'avoir des puits d'eau courante.

31algré leur situation écartée, loin des grands centres, en dehors des • grandes voies de communication, les ruines de Glanum. protégées d'ailleurs par leur isolement, ont attiré l'attention des savants et des artistes. même lorsque les voyages étaient bien plus difficiles et le respect des vieux monuments plus rare qu'aujourd'hui. Dès 1724. les États de Provence votaient une somme de 3.000 francs pour leur réparation: en 1795, l'éditeur-artiste Beaumont publiait à Londres sur les antic[uités de Saint- Rémv une gravure que la magnifique eau-forte d'Octave de Rochebrune a fait oublier : entre temps, Hubert Robert leur donnait une place dans un des quatre tableaux, aujourd'hui au Louvre, oii il groupait les plus célèbres monuments romains de notre sol, et Alexandre de Laborde les faisait reproduire dans les belles planches de ses MomiiiuiiLs de Frciiicc Il y a quelques années, on les sculptait en bas-relief sur le monument du poète Roumanille, à Avignon.

Aujourd'hui, Saint-Rémy est menacé par des industries qui sapent son sol et défigurent ses paysages ». M. Lacaze-Duthiers. un des premiers avec Mistral, a élevé la voix pour signaler le danger et essayer de le conjurer. Ces vœux, soutenus par nombre de sociétés savantes, seront-ils entendus ? Espérons que l'on saura conserver et défendre une des beautés les plus précieuses de notre pavs.

Or.inge. ThO.'ure romain, cxtC-iieur.

OranifL-, rancieiine A/ui/is/o. a été. dans raiiliiiuilc' cimiinc clans les temps modernes, beaucou]) ]ilus imjiortante ciuc (ilanuin ou Sainl-Kémy.

Sa renommée monumentale a toujours été grande, et cependant peu de villes ont eu à souffrir de ])lus de destructions. Détruite l'antique église de Sailli Kulrnpc, liirsi|ue Alaurice de Nassau fit construire --on château : il n'eu reste (|ue le t.ond)c<iu de saint l''ulro])e. retrouvé en 1801 parmi les tlécondjres et Iransjtorli' au uiuscc (r.\\ign(]n Détruite une jtremière fois par les barbares, ranciennc catlicdr.ile. un des ])lus anciens édifices de la clir(Hient<'' : elle tut reconslruitc il est vrai,<le loK.s à iiJd. mais saccagi'-e ])ar les protestants, (pii dt'iuolircnl la jurande voùie et li'

clocher, elle mérite à peine une visite. Détruits aussi les tombeaux des princes d'Orange, qui faisaient le principal intérêt de l'église Saint- Florent. Quant à Tégiise des Frères de Saint-Jean, qui a été transformée et a perdu son caractère primitif, elle fut, en 1794. le siège de la Commission populaire qui, en quarante-sept jours, prononça trois cent cinquante-quatre condamnations à mort. C'est là. sans doute, un véritable record, même à l'époque de la grande Terreur, pour une médiocre ville de province. Mais ce n'est peut-être pas un motif suffisant pour la recommander aux touristes. Les constructions plus récentes n'ont pas été plus heureuses, et Louis XIV, au temps où il était en guerre avec la Hollande et le stathouder Guillaume de Nassau, faisait détruire (16731 le château que le grand-oncle de Guillaume, Maurice avait élevé dans le chef-lieu de sa principauté patrimoniale. Heureusement, quoique les monuments antiques n'aient pas été épargnés non plus par les démolisseurs, ce qu'il en reste suffit cependant à faire d'Orange une rivale de Ximes et d'Arles.

Arausio, capitale du peuple gaulois des Cavares, avait vu se heurter sur son territoire, dans un terrible choc, l'armée des barbares cimbres et teutons et les légions romaines (105 av. J.-C). Sous la domination de Rome, où elle eut le titre de colonie, elle fut une des plus brillantes villes des Gaules '.

Plus tard, elle devint une principauté et l'on a à peine besoin de rappeler que la famille d'Orange, une des ]ilus illustres de l'Europe, donnait, aux Pa}s-Bas, les Stathouders qui fondèrent son indépendance et, à l'Angleterre, le roi qui affermit ses libertés.

Maurice de Nassau, malgré le grand rôle qu'il jouait dans la politique générale et tous les efforts qu'exigeaient la défense et le gouvernement des Provinces unies, n'oubliait pas sa petite seigneurie, située lîien loin dans la vallée du Rhône, et il l'entourait, en 1622, de fortifications qui n'avaient pas alors leurs pareilles; car Maurice de Nassau était le premier ingénieur militaire de son temps et il ne ménagea rien pour que cette enclave en terre de France put résister, quoique isolée, aux entreprises possibles du roi, son puissant voisin. Les restes des monuments romains

1 C'est en 46 av. J.-C. que Tiberius Xero, premier époux de Livie et père de l'empereur Tibère, fut chargé de conduire plusieurs colonies en Gaule, entre autres, dit Suétone [Tib., IV), à Xarbonne et à Arles. Suétone ne mentionne pas Orange; mais il paraît hors de doute que la colonie d'Orange fut établie à la même époque que ses voisines. La colonie d'Orange était composée de soldats de la deuxième légion. De là son nom officiel : Coloiiia Finim /!:li,i sciuiidaiwru ni, Ai\nisio. On ignore à quelle tribu de Rome elle était rattachée.

que les barbares n'avaient que très incomplètement détruits donnaient des matériaux de premier choix, tout ouvrés, et pour ainsi dire à pied d'oeuvre; heureuse fortune qu'il ne fallait pas négliger! C'est alors que disparurent complètement les Arènes, c'est alors que l'hippodrome fut réduit aux quelques pans de murs qu'on voit encore. Si le théâtre fut plus épargné, c'est qu'il fut empâté dans le rempart. Quant à l'arc de triomphe, il avait

fh,A„ Irn-,,!.

Arc de triomphe.

été déjà transformé au moyen âge par Ra^-mond des Baux en un château fort, et ce château avait été habité par les princes d'Orange, dont plusieurs actes sont datés du Château de rArc. Ces nouvelles constructions ra\'aient protégé'.

f.'arr de triomphe d'Orange est un des ]ilus l)(?aux (pie nous ait laissé

' Sur les resU-s antiqui-s J'Orangc, voir siirUnit rt.'.\n'lli-iit travail Je l.con Cliatclain, /.l'.v nioinniieiils romains i/'Oi\iiii;i\ publié dans la Mibliothcmii: do l'Koolo dt>s hautes

études, 1711" faseieuli', F.iris, 19C18.

l'antiquité. Par ses dimensi<jns. il vient au troisième rang, après Tare de Constantin et l'arc de Septime-Sévère, avant l'arc de Titus. Il e.st percé de trois arcades et présente sur chacune de ses faces quatre colonnes corinthiennes, les colonnes d'angle servant à la fois à deux faces. Des frontons sont disposés au-dessus de l'arcade centrale et réunissent les colonnes des faces latérales. Les sculptures sont d'une grande richesse et d'une grande variété ' . On y voit d'abord des armes de toutes sortes : casques, javelots, armures complètes, enseignes (une entre autres surmontée d'un sanglier), des proues de vaisseau, des ancres, des cordages et des gréements divers, des gladiateurs, des captifs (hommes et femmes), des scènes de combat. Ce sont là, pour l'histoire militaire de Rome, des documents d'une valeur comparable à ceux que nous donne la colonne Trajane. On y voit aussi des attributs religieux, des sirènes, une tète d'Apollon entourée de rayons. Puis ce sont, le long des archivoltes principalement, des fruits, des fleurs, des plantes diverses, épis de blé. pommes de pins, feuilles de vigne, raisins, poires, pommes, grenades, muguets ou clochettes se déroulant en guirlande ou s'échappant de cornes d'abondance. On pourrait insister sur la pureté des corniches, et l'admirable exécution de leurs éléments plus géométriques. Aussi, quoi qu'en dise Caristie, qui attribuait le monument aux Antonins, et, tout en reconnaissant que des artistes de ce temps, spécialement bien inspirés, auraient été capables de construire l'arc d'Orange, rien n'empêche d'admettre qu'il appartienne au l" siècle de notre ère. La présence des trois ouvertures, au lieu d'une seule, n'est pas une objection décisive. Sans doute, les plus anciens arcs de triomphe qui nous soient connus, y compris l'arc de Titus, n'ont qu'une seule arcade; mais des médailles de l'an i6 av. J.-C. donnent la preuve que les trois arcades avaient déjà été appliquées à ce genre d'édifice. Tandis que l'architecte Caristie tenait pour le II' siècle ap. J.-C. M. de Witte, l'archéologue, proposait la date de 121 avant notre ère et prétendait que le monument glorifiait les généraux romains qui avaient fait les premières conquêtes dans la Gaule transalpine, soit Domitius Ahénobarbus, soit Fabius l'Allobrogique. soit plutôt .Sextius, le fondateur d' Aqiui' Sc'xt/œ 'Aix en Provence;-. On pouvait aussi l'attribuer à

^ La façade occidentale a perdu presque complètement les siennes.

- Cette opinion était déjà e.xprimée par Jean-Isaac Pontanus dans son I li ii,-i\ii rc Je Ici Giiule narboiiiiaise ^Leyde. 1606). Pontanus croyait reconnaître dans les sculptures les figures de trois triomphateurs et lisait sur la poitrine d'un roi prisonnier le nom n très usité chez les Arvernes de Buduacus ». lodocus Sincerus, dans l'ouvrage latin cité plus haut, transcrit en français l'opinion des gens du pays et nous dit que les habitants

Jules César qui l'aurait élevé pour rappeler ses succès sur -Marseille et les Gaulois alliés, ce qui expliquerait les trophées maritimes sculptés sur le monument.

Ce sont bien, en effet, des trophées de Gaulois vaincus qui y sont représentés; le sanglier, qui est représenté douze fois sur les bas-reliefs, était le symbole préféré des populations gauloises; et, parmi les noms

'l'Iicàtre romain, intériL'ur.

gravés sur les lioucliers, on peut lire nettement celui de Sacrovir. 11 était donc naturel de penser qu'il s'agissait ici de ce Julius S-acrovir qui, avec Julius Florus, essaya de soulever les Gaules contre Tibère. .M. de Saulcy, mis ainsi sur la voie, essaya de reconstituer l'inscription de l'arclnirave en emploxant le moyen (pii avait si l)ien réussi à Séguier jxiur la .Maison Carrée'. Kn se guidant d'aiirès les traces laissées ])ar les crampons des

a'(.)r;Lii.i;i^ cnivaicnt .yx'ni^'nilrmriit (|uc Iciii- .ir.- dr irimiiphr si' rapportait à Marins et à Catuius ic ilnat les noms s.; lisent api'rt.'nicnt en deu.x endroits u. La i|uestion Je la signilication de lare d'Oran-e occupa à diverses reprises les savants des .\vn" et xviii" siècles, entre autres Gronovius.

' D'autres lectures corrij^ées on plus complètes on été données par divers érudits. (V'oy. l.éon Châtelain, o('. ,it., p, 8.' et suiv.)

lettres de bronze qui la formaient, il crut pouvoir lire sur la première ligne le nom de Tibère et l'indication de son quatrième consulat, ce qui donnerait l'année 21 après J-C, date qui s'accorde parfaitement avec la victoire sur Sacrovir. Cette opinion a été adoptée par E. Desjardins et est. en effet, la plus vraisemblable.

Nous ne reviendrons pas sur la discussion ; mais nous voudrions y apporter quelques arguments nouveaux, pour ou contre, qui ne nous paraissent pas avoir été indiqués jusqu'ici. On peut objecter d'abord que le mouvement provoqué par Florus et Sacrovir n'intéressa que très indirectement la Provence. Florus appartenait au nord de la Gaule, Sacrovir était Eduen et c'est à Autun qu'il fut vaincu. (Jn ne voit pas non plus ce que viennent faire des trophées maritimes pour une guerre où les vaisseaux ne jouèrent aucun rôle. D'autre part, il semble qu'il y ait une disproportion bien grande entre le monument et l'événement qu'il célèbre. La révolte let Tibère en avait bien jugé dès le d.ébuti eut peu d'extension et fut facilement réprimée. .Mais, comme nous l'apprend Tacite [Annales, III, 44^, tout le monde n'avait pas vu aussi juste que l'empereur; Rome avait été vivement émue et on avait blâmé le calme de Tibère, qui ne s'était pas rendu de sa personne en Gaule, n'y avait même pas envové Drusus et avait laissé tout faire à des lieutenants. Un autre détail est favorable à rh}pothèse soutenue par Ernest Desjardins. On a vu que parmi les sculptures de notre édifice se trouvent des figures de gladiateurs. Or, Sacrovir avait placé à son avant-garde des guerriers bardés de fer pris parmi les esclaves destinés aux combats du circ^ue '. Si, à l'exemple de -M de Witte, on ne veut pas accorder de l'importance au mot Sacrovir, si on se contente d'3' voir le nom d'un chef gaulois quelconque dont le rôle politique n'est pas plus connu que celui de ses compatriotes dont les noms sont inscrits à côté du sien, si l'on remarque en outre qu'un grand nombre de ces inscriptions ont disparu, on pourrait émettre aussi l'hypothèse que l'arc d'Orange consacre le souvenir de la victoire de Rome sur Sabinus, sous le règne de Vespasien. La révolte de Sabinus avait été beaucoup plus dangereuse que celle de Sacrovir ; car elle se liait à l'insurrection des Bataves avec Civilis et des Germains avec Velléda. Dans cette hypothèse, la présence des trophées maritimes s'expliquerait mieux. De plus, la date intermédiaire entre Tibère et le 11° siècle aurait chance de mettre d'accord les deux opinions fondées sur l'étude purement architecturale du monument.

' Fc'rrtitos milites (Tacite, Aniuilcs, 111. 45^ ; c scrviliis ghiJiLitmw Jesliimti [ibiJ., ch. 43).

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La question en était là. lorsque M. Salomon Reinach, qui. on le sait. a une variété et une étendue de lectures singulières, reprenant, après Léon Châtelain, un passage du Coiuiucutaii-c des Psaumes par le prêtre gaulois Mncentius et ne s'arrêtant pas aux objections du jeune érudit, a semblé la trancher en faveur de César. Il ne s'agirait pas de la conquête des Gaulois, mais, comme on Ta dit plus haut, d'un épisode de la guerre civile, lorsque César avait eu à lutter contre la pompéienne 3Iarseille. aidée du peuple gaulois voisin des Albici^. Cet arc de triomphe aurait été donc élevé en l'honneur du dictateur, non par César lui-même, mais par Tiberius Xero, lorsqu'il avait conduit une colonie à Arausio.

Reste l'objection tirée de l'inscription en l'honneur de l'empereur Tibère. Mais on a remarqué que l'édiiàce primitif n'était pas destiné à avoir une inscription puisque l'inscription, qu'il reçut (les traces des crampons des lettres le prouvent) a dû être placée sur des ornements déjà existants. Si donc le père de Tibère a fait élever l'arc d'Orange en mémoire des victoires de César i dont il a\'ait été le lieutenant; sur les .Marseillais et de l'établissement des colons romains dans cette ville, on conçoit aisément que le fils de ce général, vainqueur à son tour d'une rébellion partielle de la Gaule. ait fait inscrire son nom sur l'arc élevé par son père à la gloire de son grand-oncle et prédécesseur-.

On peut trouver en dehors d'Orange des arcs de triomphe égaux ou supérieurs au sien jnir la valeur d'art et l'intérêt historique, ^lais son

' (.)/-. iit.. p. (jl et suiv.

- Saloninn Reinach. Hullcliii Je fAidJiHiic- i/cs Im^ riptiDiis, jinWct igog, p. 513-515. — Le passiiije de \'inccntius se trouve dans le commentaire du Psaume XV. Ce (|ui lui donne une grande valeur, c'est c|u'il remiinte au V-' siècle : 0 C'était une habitude antique, dit-il. que lorsque c|uel(|u'un triomphait de son ennemi, il se faisait construire un arc ipii était dit triomphal, dans lequel était représentée cette victoire. C'est ainsi que. sur l'arc d'Orange, les sculptures passent pour représenter la guerre de Marseille, en témoignage de la victoire de César. » I/interprétation dos noms inscrits sur les bouliers de marbre {Mario. Sjcrovir, DaciirJo. BaJnaciis, BondiUus) donne aussi lieu à discussion. Ce serait, d'après M. d'.\rbois de Jubainville, non des noms de chefs gaulois, mais des noms d'artistes, le mot avot conservé auprès de Boiu/el/iis ayant en celtique le sens de fabricant ou du latin /Vr//. Ce pourrait être, tout en admettant cette explication du mot ai'iil, des noms de ceu.x (jui ont fait construire à leurs frais ou ont contribué à faire construire le monument. Quant à l'objection t|u"il si-rait singulier c[ue des Gaulois eussent contribué à élever un monument triomplial en lliMmieur du vainqueur de leur pavs, elle n'.i pas grande valeur, puis<iu'il s'agit ici mm Ai- hi soumission des Gaules, mais de la déf;iite de la seule cité de Marseille el c|ue Imi sait avec quelle facilité la majorité des Gaulois avait accepté la domin.ilion romaine. .\u point de vue artisti(|ue, M. S. Ri'inach signale, dans les sculptiues il'Oraiige. l'influenci' Ale.\andrine, d'autres l'influence de Pergame. Nous n'avons pas la place d'e.x.iminer ici cette i|uestion.

théâtre est unique : aucun théâtre antique n'est dans un pareil état de conservation. « Evidemment il y a ici, comme le dit ïaine, la marc^ue d'une civilisation complète et Ton ferait une étude sur Sophocle avec ce point de départ, » La façade de 36 mètres de haut se développant ^-ur une longueur de 103 mètres est d'un effet saisissant dans sa simplicité un peu nue. Louis XIV l'appelait la plus belle muraille de son royaume.

Elle a perdu un avant-corps s'élevanl environ au tiers de la hauteur totale. Cet avant-corps permettait aux. acteurs de passer derrière la scène pour y pénétrer par les portes du fond. Car il ne faut pas croire cj^ue ces portes centrales s'ou.vrant aujourd'hui sur la place et masquées autrefois par cet avant-corps, donnaient passage au public. Cette construction existait encore à la fin tlu XV siècle comme en témoigne un croc[uis pris sur 3jlace par Giuliano da San (jallo, croquis que nous reproduisons '.

Dans la partie élevée de la façade, on remarque deux rangées parallèles de grandes pierres, espèces de corbeaux plantés normalement dans le mur et placés exactement deux par deux au-dessous l'une de l'autre. Les pierres de la rangée supérieure sont traversées verticalement par des trous cylindriques, tandis que les pierres de la rangée inférieure sont plus larges et présentent une stirface plate et bien unie. Dans les premières étaient insérées et sur les plus basses venaient s'appuyer les perches qui correspondaient à d'autres pièces de bois insérées par leur base dans la crête du mur demi circulaire entourant les gradins. Ce système portait le velnm servant d'abri contre le soleil et la pluie.

La scène était protégée d'une façon permanente par un toit s'appuyant sur de fortes pièces de charpente encastrées dans la face intérieure du mur de la façade et disposées de manière à laisser la vue complète du spectacle aux personnes occupant les rangs les plus élevés des gradins. On ne connaît pas, paraît-il, d'autre exemple d'une construction semblable. Ce toit a dû être détruit par un incendie dont les traces sont encore apparentes dans l'aspect rougeàtre et calciné des pierres qui le .soutenaient. La scène a également perdu ses colonnes et son revêtement de marbres rares. Mais elle a conservé au fond ses trois portes, dont celle du milieu « la porte royale » servait exclusivement à l'acteur principal. Deux autres portes cinq en tout) sont ouvertes sur les ailes en retour. L'une était censée donner sur V Agora, c'est-à-dire la ville, l'autre sur la campagne. C'était « le côté cour » et le « côté jardin ». Au-dessus de la porte royale une grande niche contenait une statue colossale d'empereur dont on a

^ Voy. p. lOo. Dans son dessin, San Gallo a pu rétablir les furnn;s incomplètes ou dégradées, mais n'a rien inventé. Voy. L'Ami des Monniiieiits, année 1890. p. 111-112.

retrouvé le mrs.. D. vastes dégagements à .Iroite et à gauche servaient de loo-es ..u de f..ver pour les acteurs, de salle d'attente pour la figurat.m nui était souvent'très nombreuse, de lieu de repos et de promenoir pour le public Dans une de ces salles a été plac-é à juste titre le buste de Canstie qui restaura avec une respectueuse perspicacité et décrivit avec non moins de soin les édifices antiques de la ville.

I e Théâtre nous donne un exemple frappant de l'esprit pratique que les Romains apportaient à toutes choses. S'ils ne reculaient devant aucune dépense pour atteindre les effets grandioses qu'ils se proposaient, ils évitaient avec soin toute peine et tous frais inutiles En architecture, comme à la o-uerre ils étaient décidés à tout pour la victoire ; mais ils ne voulaient nue "des sacrifices nécessaires. De même qu'aux amphithéâtres de trejus et de Saintes et au théâtre de Vuison. les gradins du théâtre d'Orange étaient en grande partie découpés dans une colline. C'est dans la même colline, à droite du théâtre et communiquant au besoin avec lui, qu avait été creusée une partie du cirque ou hippodrome dont une arcade subsistante est comme égarée assez loin au travers d'une rue.

^laloré ce souci de ménager l'argent et la main-d'œuvre - a Orange commel Arles, - tout le bassin de la Méditerranée avait été mis à contribution pour l'ornementation du théâtre. On a retrouvé dans les décombres des marbres roses, rouges, gris, le marbre blanc de Carrare, le marbre vert de (.rèce, le jaune de Sienne, la brèche d'Afrique, sans compter de mao-nifiques colonnes monolithes de granit.

Mais si le théâtre d'Orange était comparable par la magnificence a celui de la -rande cité du delta du Rhône, il en différait notablement par le caractère de la construction. Tandis que le théâtre d'Arles est presque un théâtre o-re.-. le théâtre d'Orange est complètement romain; il 1 .-st par 1,. pcai d'étendue relative de l'orchestre qui était occupé par des sièges ; il l'est par les dimensions plus grandes données à la scène, de façon a y permettre le développement de c.-s ric-hes cortèges auxquels les (xrecs attachaient moins de prix: il r.^.t encore par le caractère des moulures et descohmnes. Tandis qu'à Arles h. feuilles d'acanllu. de. deux colonnes conservées de la scène sont grecciues de forme et disposées sur le chapi- U-au â la manière grecque, les fragments corinthiens retnn.ves a Orange sont analogues aux clonnes .lu I>anll>éon d'Agrippa et du temple de Jupiter Stator. Tandis que le grand onlre du ihealre d'Arles était ionique et rappelait le temple d.. la Victoire Aptère d'Athènes, à Orange, sur la facad.- princpale eo-unu- sur les façades latérales, les pilastres sont toscans lei on peut être sans r.-strieti.m d'accord avec Caristie et Revoil

ijS ORANGE

qui placent la construction de ce monument au ii° siècle de notre ère, sous Antonin ou 31arc-Aurèle \

On savait bien par Vitruve que les architectes de Tantiquité avaient une juste préoccupation de la bonne acoustique ; on connaissait les études et les expériences qu'ils avaient faites à ce sujet. Mais on n'en a pas moins été profondément surpris, lorsqu'on a constaté que, même dans ce théâtre délabré d'Orange, si vaste et en plein air. la voix des acteurs sans cothurne et sans masque portait jusqu'aux derniers gradins. C'est ce que l'on a reconnu en 1869 dans la représentation du Joseph de Méhul. Depuis, on v a entendu 3U)unet-Sulh- dans Œdipe-Roi-, M™' Bartet dans AiitigOHc, Sarah Bernhard dans Phèdre. Coquelin dans Ainphytrion, 31""' Segond- Weberdans la Mcdée de C. 3Iendès, M"' Bréval dans l'Hymne à Pallas de Saint-Saëns. Ces murs ont résonné des accents vraiment antiques de YHvinne à Apollon reconstitué par M. Théodore Reinach sur le texte découvert à Delphes. En 1899, on }- a représenté une adaptation d'Alcesfe de 31 Rivollet, en 1902 le^ Phc'nicieiines du même. On y devait donner la première représentation des Barbares, œuvre de Saint-Saëns jouée récemment à l'Opéra. Il est regrettable que ce projet n'ait pas abouti, car c'est à Orange, et spécialement dans le théâtre devenu un refuge contre les farouches envahisseurs, que se passe le drame. 3Iil neuf cent cinq fut pour le théâtre d'Orange une année exceptionnelle, grâce à la com-

i Les autres restes antiques sont peu de chose ci coté de l'arc de triomphe et du théâtre. Le cirque, dont l'abside, on l'a vu, existe encore et est sur le même plan que le fond du théâtre, s'étendait parallèlement à lui, mais beaucoup plus loin naturellement (jusqu'au boulevard de la Meyne). Orange possédait aussi un amphithéâtre, dont on n'a conservé à peu prés rien, et des thermes. On a découvert, sur le territoire d'Orange, un grand nombre de monuments figurés, statues, bas-reliefs, quelques mosa'iques, des verres, bijoux, terres cuites, ustensiles divers, jouets d'enfant. On en trouvera un catalogue raisonné dans le livre de AL L. Châtelain. Plusieurs sont dispersés dans diverses collections. Citons, parmi les terres cuites, le groupe d'HippoiiU-iie et Atalaute, de la collection Pierpont-AIorgan, et deux médaillons en l'honneur d'un acteur nommé Parthenopœus (l'un au Bridsh Muséum, l'autre au musée de Saint-Germain, n" 31, 673); parmi les bronzes, une tête de V Afrique, ainsi qu'un petit monument figurant le buste de Mercure el des divinités du Capitulé ijùpiter, Junon, Minerve) et soutenant sept clochettes (Bibliothèque nationale). Orange nous réserve encore sans doute plus d'un précieux débris. On conserve, au théâtre antique, d'admirables restes ^torse, partie de la tête et fragments divers) d'une statue en marbre de Vénus, découverts en 1904 et 1906, et rappelant par leur caractère réaliste la'Vénus de Vienne. On voit à la mairie (cabinet du maire) deux bas-reliets, un Satyre et une Mcnade, découverts en 1904.

- On y avait joué aussi, le même jour, la Revanche d'I'lris et \' Ilote; mais ces fantaisies gracieuses et spirituelles parurent trop légères pour un pareil cadre. 'Voyez Larroumet Le théâtre antique d'Orange, dans ses Études de littérature de l'Art. Les paroles de l'hvmne à Pallas sont de M. J.-E. Croze.

tesse Greffûhle et à 3L. Raoul Gunsberg. qui y organisèrent la représentation des Trovt'us de Berlioz, avec 31""= Litvine et le ténor Rousselière, et du Mcfistofclc de Boïto, avec Lina Cavalieri et le chanteur russe Chaliapine. L'apparition àe Mcfistofclc (Chaliapine^ dans la loge au-dessus de la scène, à vingt mètres de hauteur, fit. paraît-il, un effet saisissant. En 1908. la pièce des Biirg/ûvcs de V. Mugo y trouva, pour ses conceptions colossales et parfois monstrueuses, un cadre qui lui convenait particulièrement et y obtint un succès qu'elle n'aurait pu trouver ailleurs. Ce qui n'empêcha pas l'idvUe impériale de Bérénice de prendre, l'année suivante, devant l'immense muraille, un relief auc^uel on ne s'attendait pas'.

Sans exagérer l'importance de ces résurrections, il y a tout un symbole dans les efforts ainsi faits pour rattacher le présent à un passé lointain. La vogue des représentations d'Orange est loin d'être épuisée, et l'importance de la dernière campagne théâtrale, avec la Victoire de Louis Paven, Antoine et Cléopâtre d'Elzéar-Rougier. Bèrinicc. Ajitigone, la. Fille de Roland, montre qu'il y a là plus c[u'une élégante fantaisie de dilettante et un caprice de la mode.

Devant le théâtre d'Orange un gracieux groupe d'injalbert représente la Civilisaticjn antic[ue, belle encore, mais prête à s'endormir d'un dernier sommeil, transmettant d'une main défaillante la lumière du Vrai et du Beau à la Civilisation moderne. Ce groupe est bien à .sa place ; jamais, en effet, on ne sentira mieux cette solidarité qui unit les générations à travers les siècles; jamais on ne sentira mieux comment l'art et l'idée survivent aux révolutions et aux catastrophes que devant ces monuments antiques de la l^rovence cjui, tout mutilés qu'ils sont, nous parlent un langage que nous comprenons encore. En nous inspirant le respect du passé ils nous enseignent la confiance en l'avenir; car ils disent bien haut que le beau ([u'on a aimé. Cju'on a exprimé, se retrouve toujours, même

' Ronseigneraents communiqués par M. Louis llelluc, I.'intci-Ot persistant c|ui s'attache à cette tentative de décentralisation littéraire, nous engage à donner dans Tordre chronologiciuc la liste des principales œuvres qui ont été représentées à Orange dans ces dernières années: 1S99, Alkestis, de Rivollet,el /l//;<;//<'; n)Oi, Les l'Iii'-nicifiiiu-x, de Rivcillet, et (JiJipc-Roi ; 1913, Orplicc, de Gluck, Plihire, La Légende itii eiviir; ï()(i.\, Aiiipli il rviiii, A iiJnnihii/iu-. l' Arlisieiiiie; icjuj. Les Troyens, Slefisto, Jules Cès.ir, ŒJipe-Roi ; u^eS, /p/ivi^eiiie en AiiHJe, de Racine, danses à'Alceste et lïOrp/iee, de Gluck, Le Cvelupe. Le rai .U/./.rs, MèJée, de C. Mendés, /.t'.s Biirgravcs; pour 1901), V. ci-dessus. On a juiié aussi L/ornee, l'olvenelc. Les Erynnies, de Leconte de l.isle. On y a entendu VHvnnie à l'atlas-Alhéné, de Saint-Saéns, les stances de S.iplio. do Gounod. la Coupa S.ni/ii, de Mistral, V Hymne antique .1 Apollon, le Dithyrambe, restitué p.ir M. Joseph Péladan, etc.

sous des ruines. La leçon s'adresse à tous. Sans doute nous, Français, nous pouvons l'entendre mieux que d'autres; car la civilisation yrécoromaine a mis plus fortement sur nous son empreinte. Mais cette civilisation est une inspiratrice commune pour les peuples de l'Europe moderne; et elle rayonne sur les bords de la Tamise et sur les bords du Rhin comme sur les bords de la -Seine et du Rhône.

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Fac-similé du croquis du théâtre d'Orange, par Giuliano de San-Gallo.

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