ARLES III
La réflexion peut être faite en présence de Saiiit-Trophimc, édifice cependant justement réputé. L'église primitive fut, dit-on, consacrée dès 606 par saint Virgile sous le vocable de Saint-Etienne, mais l'église actuelle qui reçut en 1152 les restes de saint Trophime, enlevés à Saint- Honorat des Alyscamps, et qui prit alors le nom qu'elle porte aujourd'hui, ne fut terminée qu'en 1 180, lorsque le style ogival était déjà à peu près constitué autour de Paris. Sans doute les voûtes de la nef sont en arc brisé ; mais ce sont des voûtes en berceau et non des voûtes d'arête:
Intérieur de Saint-Trophime.
les nefs latérales sont étroites : tout est sombre et nian(|ue d'aisance, et malgré ses ogives, l'édifice, même à l'intérieur, a le caractère roman M. Chois\- \- remarque l'influence de l'école poitevine (>t y signale l'ingénieux artifice par lequel les architectes arlésiens ont su. comme ceux de la cathédrale de Poitiers, exagérer l'impression de la grandeur réelle du monument en diminuant l'ouverture des travées à mesure qu'on s'éloigne de l'entrée. ],e portail est de style francliemenl romano-byzantin, et c'est une fort belle (ruvrc. Ses sculptures. i)ar la composition, comme ])ar l'exécution, surtout par la noblesse et la correction relative des formes. remi)orlent sur la ]dui)art des ensembles décoratifs du même style (|u'iin |)ourrail. lrou\-er dans d'autres régions ( )n y seul eoinnie un
souvenir de l'antiquité, qu'on ne rencontre pas à Vézelay ou à Autun, par exemple, et elles ont un caractère plus antique que bien d'autres sculptures de l'ancienne Narbonnaise. Ce n'est pas parce que ces sculptures sont plus anciennes; mais au contraire parce qu'elles sont plus modernes et que les artistes plus habiles ont pu mieux imiter les modèles romains et profiter de la tradition romaine qui. à Arles, s'étaient conser-
Cloitre de Saint-Trophime, ensemble des galeries.
vés plus qu'ailleurs. En somme, les sculptures by:iantiiies de Saintïrophime, ainsi que celles non moins célèbres du portail de .Saint-Gilles, ne sont pas antérieures au xiii" siècle ou tout au plus aux dernières années du Xll' siècle. Elles sont contemporaines de Notre-Dame de Chartres et de Xotre-Dame de Paris'.
Quelle que soit la date, l'œuvre est belle. Le sujet principal représente
' Brutails. VAnhèologie du moyen ûge et ses méthodes, p. 211, a pu dire précisément à propos des églises de la Provence : o Les sculpteurs du haut moyen âge, très malhabiles, ont donné de mauvaises copies [des œuvres antiques), tandis que leurs suc-
\e Jugement iirrnicr. Au centre, sur le tympan, on voit le Christ avec les quatre animaux s\-mboliques de IWpocalypse, rappelant les quatre évangélistes. Au-dessus trois anges sonnent de la trompette, puis de chaque côté le long de l'embrasure de l'arcade, des anges sont en acioration. I.a frise supérieure présente au centre les douze apôtres : puis, à droite ilu Christ (gauche du spectateur), les élus — à gauche, les réprouvés. Sans parler des sujets secondaires, disons que sur la frise inférieure, des lions
Galeries romanes du cloître de Saint-Trophime.
cl autres l:)ètes féroces, syml)olisant les passions, déchirenl des hommes; signalons la colonne de marbre oriental qui sépare en deux le portail, et dont le singulier piédestal nous montre le paganisme, le mahométisme, le schisme et l'hérésie écrasés par le jioids de ipiatre anges qui sont à genoux sur eux, et rcconiiiiandoiis, chose à ju'ine nécessaire, d'étudier les nobles ligures de saints parmi 1cn(|uc11<'> un di>tingue saint Tropliime
ccsseurs du xii'' siéclo, plus adriMls, nnt serré Je plus pi-rs leurs tiiiulrlcs. Ainsi dune, plus riirn<,'mi'ntritiiiii sr- r.ippriHln- Je r.mUi|uito cciniuii' l'arUirc et plus ollc s'en cloijjin' comme date, li
à son costume d'évêque avec la crosse et la mitre), disposées au nombre de dix entre les colonnes et les pilastres. Ces figures, de dimensions plus grandes et de relief plus marqué que toutes les autres, sauf le Christ, donnent au portail sa signification architecturale. Ce portail de Saint- Trophime, avec sa pierre dure et sombre cuite au soleil, a un aspect métallique et le relief net, mais relativement peu saillant, des figures qui
ne sont, dans aucune de leur partie, franchement détachées de la masse, achèvent de lui donner l'aspect d'un immense bronze repoussé et martelé.
Saint-ïrophime fut agrandi en 1430 d'un chœur, qui }" ajoute c o m me une seconde église dans le style gothique. L'église subit au XVII' siècle plusieurs changements dans le style néo-classique; mais, même pendant cette période, la chapelle de Grignan, qui date de 1695, fut construite en st}ie gothique.
L'intérieur contient plusieurs œuvres dart dignes d'attention . Le tombeau de Geminus Paiilus sert d'autel à la chapelle du vSaint- Sépulcre, et est surmonté d'une magnifique scène à dix personnages représentant l'ensevelissement du Christ ; deux autres sarcophages sont du iV siècle. Au xvii" siècle, l'église recevait des tableaux du peintre flamand Finsonius (Finzoon), élève de Caravage, qui passa une grande partie de sa vie dans la région du Rhône. M. Bredius, directeur du musée d'Amsterdam, a écrit en français, sur cet artiste, une intéressante notice qui nous dispense d'en parler plus longuement (publication du Congrès international ifliistoirr de iqoo). La peinture la plus remar-
Pliolo Cliateauneuf.
Chapelle de TAssomption (devenue une habitation privée)
quable est une œuvre anonyme du xV^ siècle représentant un Coiuilc d'Arles. Elle se distingue par la fermeté de l'exécution et la solidité de la couleur.
Saint-Trophime, célèbre par son portail que Mistral a chanté, l'est encore plus par son cloître. Les faces Nord et Est sont romanes (fin du xii° et commencement ____^.^^^_____^__^^^,^^^ du xiir sièclci, la face ^^^^^P^^^r - % ^S.^r^^- Sud est encore du .st3de ^^^^H ^^Pl,' .;*<- ^^7t\ fti ■ de transition, la face Ouest(i389i est ogivale.
Les chapiteaux et les pilastres sont surchargés de sculptures représentant les sujets les plus divers : l'incrédulité de saint Thomas, sainte Marthe et la Tarasque.
scènes de la Bible et de l'Evangile. Ces figures enchevêtrées, contournées, tassées les unes sur les autres pour s'adapter aux formes architectoniques, sont simplement curieuses et leur valeur sculpturale est médiocre, mais l'aspect architectural est d'une rare beauté. Le soleil découpe nettement
sur le ci»l ou dessine sur les murs de fond les silhDUcUes élégantes de ces cintres, de ces arcades ogivales, de ces pilastres et de ces colonnes dans une liarmiinic lran([uilk' à laquelle la dixersilé des formes ilonne un charme de ])lus. De grands souvenirs historiques se rattachent à la vieille cathédrale. Le 30 juillet 117S, l'rédéric Barberousse, arcomiKigné de sa seconde femme Béatrice âr r>ourg()gne et de son fils Henri le tuiur Henri \' I âgé alors de sei/.c ans, y recevait la counniiu' d Arles ih-s mains de l'archevêque. Charles IV. renouvelant (h-s prétentions qui semblaient abandonnées des emiiereurs d'Allemagne, s'y faisait couronner
ril.ilo Chair
Clieuiinée en plâtre, de l.i Ren.iiss;ince. maison Régiiis, rue de l.i Tour-du-Fabre.
comme roi d'Arles le 5 juin 1365. Louis II d'Anjou y épousait Yolande d'Aragon (4 déc. 1400. Le 3 septembre 1455, le roi René y épousait en secondes noces Jeanne de Laval. Plus anciennement, les princes de la maison des Baux y avaient fait leur soumission à Raimond Bérenger II, comte de Provence.
Nous ne parlerons pas du trésor de Saint-Trophime. Malgré quelques
pièces précieuses, il présente assez peu d'intérêt. Comment s'eia étonner quand on voit la manière dont le traitaient ceux qui en avaient la garde ? ^\. la fin du XVII'' siècle, un prêtre nommé Telet recevait du chapitre une somme de 25 livres en récompense du zèle déployé par lui ])our faire fondre » l'ornement de Mgr le cardinal de Sainte- Croix, qui était tout déchiré». Cette opération fructueuse avait rapporté 754 livres avec lesciuelles on avait acheté un ornement neuf !
l'hi.lo Cli.iliMunciil.
Puits du XVI'' siècle.
Maison Fournier (ancienne maison Datty), rue des Arènes.
Arles possédait avant la Révolution une trentaine d'églises ^ Quelques-unes ont été conservées au culte: plusieurs ont été désaffectées; d'autres ont été détruites, effondrées, traversées par des rues, et leurs fragments divisés se cachent parfois encore derrière les murs et sous les toits carrés placés à l'alignement.
Notre-Dame-la-Mcijor (Sainte-Marie-Majeure) existait déjà en 314, puisque c'est là que se tint le Concile qui, en cette année, condamna les
1 Voj-ez une note de l'abbé Rance [Ami des Monuments, 1889. p. 129). '-V Encyclopédie donne à Arles 9 églises, 14 couvents et i abbaye; mais aliène compte pas toutes les chapelles des Alyscamps.
Donatistes. L'église actuelle remonte à 115-S mais elle a été fort remaniée depuis. On y voit une statue de la Vierge du romain Monti. Saint- Aiitoinc, église romane, consacrée par le pape Calixte II (iiiq), a été reconstruite en style gothique sous Louis XIV, en 1647. Dans cette même année, les Jésuites achetaient V Hôtel de Laval, et y commençaient la construction d'une chapelle toute différente dans le style cjue Vignole avait employé au Gesu de Rome. Cette chapelle, achevée en 1654, possède un magnifique retable qui s'élève jusqu'au plafond. Ce plafond
lM...t.i Ch.iU-.niii.-uf.
Maison Je Divoiine ;.\vi'' siècle), rue Je la Roquette.
en bois plâtré imite une voûte de maçonnerie assez compliquée. Ces « voûtes » de bois sont un procédé de construction souvent employé en Hollande où un sol d'alluvion supporterait difficilement des édifices trop lourdement couverts. L'hôtel de Laval, après avoir servi au Collège municipal, abrite aujourd'luii le Museon Arlalen.
La chapelle dite de la Charité (ancienne église des Carmélites avant 17891. située sur la partie des Lices qu'on appelle l'esplanade du Marché- Neuf, possède un remarc[uable tableau de Parrocel. Aux Doiuinicains, certains arcs doulileaux, certaines croisées d'ogives, portent sur des consoles sculptées en tètes de mort. Sa/ni- '1 aihdii-AIoiistirrs, chapelle appartenant à ranciennc abbaye îles ilamcs de Saint-Césaire et en partie enfouie dans les remparts, date, suivant y\. Kéxoil, ilu commencement
ii8
du IX'' siècle. Son abside, avec ses arcatures intérieures et sa voûte en cul-de-four, rappelle l'ancienne cathédrale de Saint-Paul-Trois-Chàteaux, l'église Saint-Quenin de Vaison et l'église Saint-Just de Valcabrère.
Saint-Ccsnirr, Saintc-Madelciiic. Saint-Lniirciit, etc., converties en propriétés particulières, laissent apparaître encore une partie de leurs constructions. L'église Saiut-Blaisc et sa voisine S a i il t-J en n-de-Mo iis-
ticrs, toutes deux fort anciennes, qui viennent d'être classées, grâce à .M A'éran, parmi les iiio- 11!/ nie lits Jiistoriqiics, se trouvent à l'extrémité de la ruéVauban. Elles faisaient partie de l'abbaye de Saint-Césaire.
A Saint-Biaise se rattache une curiosité architertonic^ue : l'emploi de ])i)teriL's insérées dans la maçonnerie, à des places convenablement choisies pour faciliter racousticjue. L'usage de ce procédé renouvelé de A'itruve est attesté pour .Saint-Biaise par la découverte faite, en 1842, dans l'église même, de cornets en terre de 22 centimètres de diamètre qui étaient placés dans l'épaisseur du mur Hullctiii arclicologiqiie du comité historique des monuments et des arts, t. II, p. 440 . Le clocher de l'ancienne église Saint-Martin se voit rue du Séminaire. Complètement cachée, au contraire, est la Chapelle de Notre-Dame de r Assomption, divisée en étages et partagée en appartements.
Cette chapelle fut achevée seulement après 1580, comme le prouve le testament de Nicolas Desalbert, lieutenant de la maîtrise des ports de la ville d'Arles, son fondateur, mort le 28 novembre de cette année. Dans ce testament, Desalbert fait élection pour sa sépulture de l'église des
Cour de
Photo Chi(te;(un(.-uL
,'hôtel Nicolaï (xv<' siècle^, rue Nicolaï.
Carmes, et désigne pour l'emplacement de son tombeau la chaFelle qu'il y'fait bâtir sous^'le titre de l'Assomption. Il recommande à ses exécuteurs testamentaires de hâter l'achèvement de cette chapelle où repose déjà sa femme Marie Collier, et de suivre fidèlement les projets et prix faits qu'il en a donnés. La voûte de cette chapelle, comme on le voit par la photographie reproduite ici, est gothique et à nervures multiples. Son ornementation étoilée et feuillée est d'une richesse vraiment flamboyante; mais elle présente dans ses éléments une régularité qui a quelquechose de classique. A la fin de .son testament, cet original de Desalbert, veuf et sans enfant, fait instituer et nomme son héritière universelle son àme, « à laquelle, dit- « il, je pourvois de cura- « teurs administrateurs
l'h..l.. LlM,l«."ii"-t
Cour du ColUgc ^ancien hôt».-! de Laval, .\v ' siècle, •aujourd'hui Mtiscoii Ailaten).
« et surveillants les vé- « nérables personnes « dont les noms sui- « vent », etc.
M. Lacaze Duthiers.
à l'érudition et à l'infatigal>le obligeance diiiiucl nous (levons les documents écrits et figurés qui précèdent sur la chapelle de l'Assomption, nous a fourni ausM sur plusieurs constructions civiles d'autres documents ([ui constituent véritablciiicnl un Arlo inconnu 11 nous suffira d'énumérer les princiliaux : les iihotographics, tirées spécialement pour notre volume, par .M Chalrauncuf, jiarlant d'elles-mêmes
Au nioinriU 011 le gothique dominait encore dans les égli.ses, le style renaissance joui.ssait cxclusix cnicnt de la fa\cur dans les habitations liriv(-cs. conimc le monlrcMit la iihJ/soit R<[iill/s, ([ui renferme une magniliquc cliriniiii'c Ib'iiri 1 1. l.i nuiison Foiirnicr <iui a un puits à margelle
ARLKS
sculptée du même temps, la maison Doutrclcau et surtout la maison Artaud qui a su utiliser heureusement des pierres antiques. La maison de Divonnc, rue de la Roquette, a des médaillons à personnages, comme les châteaux d'Assier et de Pau; ce qui indique le temps de François I"". D'ailleurs, dès le xv" siècle, l'architecture civile avait abandonné complètement l'ogive, et, s'il en reste quelques exemples à l'hôtel Nicolaï
(v. p. 118). on n'en rencontre plus à l'hôtel de J.aval (v. p. 117, I ig et 120); on n'en voit pas trace au grand prieuré aujourd'hui musée de jjeinture). Au xvi" siècle ! 1 558] appartientlaPor/c de la Cavali-ric\ Cette porte est située non loin de la place où une fontaine a été élevée en l'honneur de l'historien Amédée Pichot. Cette fontaine est ornée d'une figure allégorique, d'après Raphaël, peinte en émail sur lave par Paul Balze. Le style franchement néo-classique, colonnes et frontons, apparaît dès le XYi' siècle à la porte de la chapelle de l'hôpital (rue Dulau), et même sous la forme de colonnes torses et de frontons brisés à lignes mixtes irectilignes et courbes^ au n" 42 de la rue de la République. Ce caractère classique se montre aussi dans la Tour de l'Horloge, bâtie de 1543 à 1553 et surmontée d'un Mars colossal 12'", 30 de hauteur), populaire dans le pays sous le nom de VHomnie de bronze -. Cette statue a été
' Il a été récemment question de détruire cette porte ; mais à la suite du vœu émis par la Société du vieil Arles, la municipalité a promis de la respecter. (Vo}-. Bidletin du vieil Arles d'octobre 1903.)
^ Un journal d'Arles porte encore le titre de VHoiiiine Je hron\e.
Pliotu ChatL-auDeuT.
Musée Arlcsien (ancien hôtel de Lavalj.
fondue en 1555 par Laurent Vincent d'Avignon. En 1793, les Jacobins du pays (les Monnaidicrs) essayèrent de la renverser, mais n'arrivèrent qu'à lui donner l'inclinaison qu'elle présente aujourd'hui.
Quelques mètres de murs crénelés percés d'une porte et de jolies fenêtres à meneaux sont tout ce qui reste du Palais du gouvernement d'Arles au moyen âge, qui fut le théâtre de plus d'un événement important. A gauche de la porte se voit un banc où se rendait publiquement la justice suivant l'habitude féodale des « plaids de la porte »1. Ces construc-
Gargouiiles de la cour du Grand Prieure jue du GraiiJ-Prieuré] .
tions sont aujourd'hui englobées dans Vllôlel de ville élevé par Peytrct et Pileporte de 1673 à 1675.
La décision d'élever un nouvel Hôtel de ville avait été prise dès le 16 août 1665, par le Conseil d'Arles, jaloux de rivaliser avec Lyon qui venait d'achever son magnifique palais municipal. « Les consuls seront assistés de (|uatre nobles et de (|ualrc bourgeois pour iravailkM" au jilan et dessin cl donner les ])rix faits » Le comité montra le plus grand zèle, cherchant cependant à bien faire, plutôt qu'à faire vite. 11 fit venir à Arles Louis-l'Vançois Royers de la Valfenière d'Avignon, « homme très expert et très intelligent à ces matières ». Ils appelèrent aussi deux fois dans leur viUc l'icrrc i'uget l'eytret, après d'autres, avait déjà donné un plan i|iii .illail être exécuU'', lorsqu'on aiipril (|U(' Jules 1 lardouin .^\an^ar(l
se rendait en Provence pour restaurer le château de Grignan : on voulait le rendre digne de la nou\elle comtesse de Grignan iM'" de Sévigné c[ui était venue l'habiter en 1671. Les consuls prièrent Tarchitecte, déjà célèbre à vingt-sept ans. de faire un détour par Arles. Cette démarche était d'autant plus indiquée que celui qui faisait les frais de la restauration du château était justement l'oncle du comte de Grignan. Jean-Baptiste-
Adhémar de 31onteil de Grignan. coadjuteur, depuis ibôj, de François de .Monteil, arche- \èque d'Arles, qui était lui-même l'oncle de son cnadjuteur.
-M^ansard donna des indications précieuses, notamment pour la voûte du rez-de-chaussée. La voûte plate et ondulée de ce vestibule est un véritable chefd'uHivre. à peu près inconnu malheureusement et à peine regardé de ceux même cj^ui vont visiter la ville. On y voit, réunies comme à plaisir et admirablement résolues, toutes les difficultés de la taille et de l'équilibre des pierres. La voûte du même genre qui supporte la tribune des chantres et des musiciens à l'église de l'Escurial ne la vaut pas. Autrefois, les compagnons maçons qui faisaient leur tour de PVance, ne manquaient pas de visiter la voûte de l'Hôtel de ville d'Arles, quoiqu'elle n'eût pas le^^prestige d'une grande antiquité, lorsqu'ils allaient faire leur pèlerinage traditionnel à l'escalier tournant ou c, vis >> de Saint-Gilles.
L'Hôtel de ville possède un document précieux : un brevet de chevalier d'or à l'armure et aux éperons d'or [Miles et cqiics aiiratiis^ conféré par Charles-Ouint à Antonio Fernandez, avec confirmation d'armoiries et
l'I.ul.i Ch.d. ,,Uli.lJ
Porte du -Wi'' siicle de l'ancienne chapelle de l'hôpital ^rue Dulau).
addition d'un aigle, le dernier jour du mois d'août 1532. Ce brevet est en parfait état de conservation et est orné de miniatures de la plus grande valeur. 11 est assez important et assez peu connu pour que nous croj'ons utile d'en donner la description sommaire. « Le mot Carolus, dit M. Lacaze-Duthiers, occupe dans le sens de la largeur, tout le haut tlu parchemin. Le C initial beaucoup plus grand que les autres lettres et accosté de l'A, se détache en bleu azur sur l'aigle de sable aux ailes éployées qui sert de support aux deux premières lettres. Dans un assez grand intervalle, laissé vide entre l'A et la suite du mot, c'est-à-dire la lettre R, se trouve le portrait de Charles- Quint précédé de sa devise : « Plus oultre. »
Plus bas : 1° à gauche, Charles A' conférant à Antonio Fernandez la dignité de chevalier :
l'empereur debout incline son épée sur l'épaule du récipiendaire à genoux ; au second plan un écuyer tient par la bride le cheval de 1 lier a eufnurchc'' sa nionlurt
Porte renaiss.incc d'une maison de la rue de la République.
■mandez; 2" à droite, le nouveau cheva- : il >'cn \a la léti' h'\-éi' xcrs le ciel dans une sorte d'extass ; 3" enfin, au milieu, les armoiries. 11 n'y a guère à signaler après cela à l'IIotel de ville qu'un Ji'siis gtirrissiui/ l'iivc/iglc-iic, l)on tableau commencé jKir François ],emoine, interrompu par sa mort tragique 4 iuin 1737) et terminé en 173S par son élève Natoire.
Ce talileau a été prêté i)ar le inust'-e Réattu (jui tire son nom du ])eintre arlésien Réattu (])rix de Rome de 1791) dont il i)ossède la plujiarl des
œuvres'. Les plus importantes cependant sont à Tégiise de' Beaucaire. Elles ont pour sujet la Vie de saint Paul. Le musée de tableaux d'Arles en a les esquisses qui ne manquent pas d'intérêt. Nous avons remarqué aussi dans cette collection deux sujets d'une mythologie sentimentale qui a bien vieilli, mais œuvres qui ne manquent pas de grâce : Ceyx et
Alcyone, d'AmableCoutan (Salon \^2j^],ei\a.Mort cleLéandre, par François Delorme qui l'exposa en 1814 en même temps que son pendant Héro et Léandre. Ces deux tableaux eurent un grand succès, obtinrent une médaille d'or et eurent l'honneur d'être gravés au burin par Laugier (Salons de 1817 et de 18 19).
Ce succès nous étonne aujourd'hui ; mais, à regarder sans parti pris cette Mort de Lénndre, on voit une fois de plus que, quelles que soient les variations du goût et la vogue exagérée du moment, la faveur du jjublic s'explique toujours par quelque mérite".
On peut en somme se dispenser de visiter le musée Réattu.
1 Cette collection occupe une partie des bâtiments du « grand Prieuré ».
- L'hôtel de ville contenait avant 1789 des peintures historiques dont il est intéressant de donner la liste, car leurs sujets rappellent les faits importants de l'histoire d'Arles : Constantin le Grand faisant èdific-r des nwnunien/s à Arles. — Couronnement de l'empereur Avitus, en présence de Théodoric, roi des Wisigotlis. sur un tertre élevé au nord de la ville. — Childebert et ses Francs célébrant à Arles les Jeux du cirque. — Couronnement de Frédéric Barberonsse à Saint-Trophime 1 ^o Juillet 1178]. — Députés d'Arles prêtant serment à Charles d. Anjou \i2=,o]. — Mariage de Louis II d'Anjou avec Yolande d'Aragon à Saint- Trophime [2 déc. 1400). — Entrée de l'empereur Charles I V a Arles (5 juin i^ûy). Voy. aussi ci-dessus, p. 115. Toute cette décoration fut détruite en 1793 ainsi que les médaillons des rois d'Arles de la façade, le haut relief représentant Louis XIV à cheval placé sous le couronnement de l'édifice et la statue du roi qui se trouvait dans le vestibule. Sur l'histoire et la description de ce monument, voir Charvet, L'hôtel de ville d'Arles.
riiuti.' Cli.tl.MUiieul.
Puits dans Li cour d'une maison de la rue Baléchou (Fin Louis XIV}.
Mais, si aljsorbé que l'on soit à Arles par les monuments de l'antiquité, on aurait tort de négliger le Muscon Arlatcn, créé sous l'influence de3listral
Allée des Alyscaiiips.
Photo Fcvrot,
et des félibres. Ce musée de Cluny du Félibrige provençal a trouvé récemment dans l'hôtel de J.aval-C'astellane, c[ui lui a été cédé par la ville, un cadre digne de lui. On y a réuni tout ce que l'on a pu des souvenirs du
pays d"Arles, meubles, céramiques, vues de sites et de monuments, costumes, tvpes. On y apprend avec quelque surprise que la coiffure actuelle des femmes d'Arles, qui nous paraît si caractéristique et si traditionnelle, est d'origine récente et ne remonte pas à cent ans. Sous le premier Empire, la coiffure des Arlésiennes consistait encore en une grande coiffe blanche, cachant- les cheveux et formant des ailes de chaque côté du visaee, comme dans la coiffe des Sœurs de charité. Cela a bien changé depuis. C'est vers 1830 seulement que les Arlésiennes abandonnèrent ce genre de coiffure pour adopter le petit bonnet à rubans noirs devenu bientôt célèbre. Ce bonnet, porté en arrière tout au sommet de la tète laisse à la chevelure tout son épanouissement. La forme de ce bonnet a elle-même changé depuis une vingtaine d'années ; mais ce n'est qu'une nuance. Actuellement, l'Arlésienne a trois coiffures : la cravate, coiffure négligée; \a. ganse, coiffure de mariée ; le riibûii. coiffure classique.
Des groupes de figures en stuc coloré, la 1 isite à I accoiichcc [la lacudo), la Table de Noël (Taiilo c\7/tiidalo mettent sous nos yeux des tableaux de ces mœurs locales qui tendent peirtout à disparaître après avoir lutté à Arles plus longtemps qu'ailleurs. Ces groupes sont des œuvres vraiment artistiques qui font honneur au sculpteur Férigoule. Dans la Visite à l'accouchée, les parentes et amies sont groupées autour de la jeune mère avec leurs beaux habits, mais les habits qui conviennent à leurs âees divers. Elles sont venues sans doute faire au nouveau-né les souhaits d'usage en Provence : Sage connue loii sait. — Bon connue loii pa. — Plen connue un ion. — Dre connue mie brouqiietto. — C'est-à-dire : Çju'il soit sage comme le sel, bon comme le pain, plein comme un œuf. droit comme un bâton.
Sur la Tûulo caleiulato, sont servis le blé germé dans une soucoupe, les escargots, le gros brochet aux olives noires, les cardons, les amandes, les grains de raisin à l'eau-de-vie. Autour de la table, les serviteurs se mêlent aux maîtres ; on y remarc^ue le berger avec son bonnet de laine. le bouvier en blouse et surtout le gardien des che\aux de la Camargue, portant une veste de velours noir, espèce de chevalier rustique armé d'un trident long comme une lance.
C'est là l'image de la vie actuelle. .Mais Arles est surtout la ville du passé. En contre-bas de la colline des Mouleyres, au pied des arènes et du théâtre, la nécropole des Alj^scamps occupait un espace aussi grand que la ville elle-même. Les Alj^scamps, ou Champs-Elysées, dont les débris ont rempli le musée, étaient le cimetière païen d'Arles. Ils conservèrent leur nom et leur destination dans les temps chrétiens. Ce fut le plus res-
pecté des cimetières de l'Occident et on s'y faisait enterrer de toutes les villes de la région du Rhône et souvent de l'étranger. On abandonnait, dit-on. au cours du Rhône les cercueils en y ajoutant le prix de la sépulture. Les cercueils arrêtés au passage étaient ensevelis dans le champ sacré. Les Alyscamps ont donné le titre de l'une des moins inconnues de nos chansons de geste. Dante compare la campagne désolée où les héré-
Les Alyscamps. entrée du cimetière établi par les moines de Saint-\'ictor {\iv siècle).
siarriues souffrent dans des tombes Ijrùlantes, « à ces environs d'Arles, près du Rhône stagnant, où les séinilcres rendent le terrain tout montueux ..'. L'Arioste. frappé de cette accumulation de sarcophages de pierre superposés parfois sur cinq rangs, pensait à un rhamji de bataille. C'étaient pour lui les restes des preux de Charlemagne morts en luttant contre les Infidèles-. En effet, on aperçoit encore, — dans les trancliées profondes faites pour le pas.sage de la voie ferrée, — au-dessus des slra-
' Rnfcr, I.\. \ . 112 it I i^.
- Roland J'iiritiix, cIkuU X.X.XI.X, sii-,,|,lie 72.
tifications calcaires, d'autres rangées de pierre de forme plus régulière : ce sont des sépulcres restés encore en place.
On comptait aux Alyscamps dix-neuf églises ou chapelles. A l'entrée de l'enceinte se trouve la petite chapelle de Saint-Accurse, chapelle expiatoire que Ouiqueran de Beaujeu fut condamné à élever en cet endroit où il avait tué dans un duel, qui était en réalité une sorte d'assassinat, le jeune Accurse de Latour (15211. De là les singuliers bas-reliefs de la façade : deux hérauts soufflant dans un oliphant en posant leur pied sur une tète de mort et un dragon dévorant un jeune homme. Les Porcelets, quoiqu'ils eussent leur sépulture de famille dans une des églises de la ville aujourd'hui détruite, tinrent à avoir leur chapelle aux Alyscamps : elle est bien conservée et on y voit leur singulier blason, faisant sans fausse honte allusion à leur nom : il\ir à la ti'iiic passa)itc de sable à queue recercclcr.
L'église Saint-Honorat, en partie ruinée, date pour l'ensemble du commencement du xiiT siècle. Mais de nombreuses chapelles }■ ont été ajoutées. La chapelle de Notre-Dame de Grâce, entièrement reconstruite à partir de 161 5 par les Minimes qui venaient de s'établir à Saint-Honorat, contenait une statue de la ^'ierg-e — œuvre du génois Léonardo Mirano — qui a été transportée à .Saint-Trophime après la Révolution '. Elle a encore des pemtures murales de 16 18, représentant des scènes de la vie du Christ et de la Vierge. Contiguë à la chapelle de Notre-Dame de Grâce, on voit la chapelle que fit construire à ses frais, pour y être enterrée avec son mari, Louise de Castellane, dame de Laval, marquise d'Oraizon, « femme de haut et puissant seig^neur messire André d'Oraizon, seigneur et marquis dudit lieu, vicomte de Cadenet, conseiller du Roy en ses conseils d'état et privé, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances ». etc. Au-dessus du maître-autel détruit, on voit encore, très bien conservé, le blason de la marquise qui portait « écartelé de Castellane et de Châteauneuf ». Cette chapelle est une curiosité architecturale. Quoique de pur st}le Henri II, il est certain qu'elle n'a été commencée qu'en 1629 l'acte de donation est de 1626). C'est selon la volonté expresse de Louise de Castellane que sa chapelle fut construite à côté de celle de Notre-Dame de Grâce. Elle stipule aussi formellement que sa chapelle « sera sous le nom de Notre-Dame de Pitié et le couvert en dosme, comme celle de Notre-Dame (de Grâce) ». Plus loin, une chapelle de xV^ siècle, celle des marquis d'Allein, présente quatre écus aux
' Elle est dans la chapelle de la Vierge (derrière le chœur .
retombées des nervures de la voûte [iinx quatre angles) . Mais les armoiries peintes qu'ils portaient ne sont aujourd'hui visibles que sur deux d'entre eux : armoiries des Renaud d'Allein. à l'angle X.-O.; armoiries des Uuiqueran de Beaujeu. à l'anyle S.-E. Dans la chapelle des familles Bouic et Aiguière, on conserve les rares cercueils de plomb échappés aux spoliations, entre autres celui d'^iilia ^'Eliana, comme on l'a vu plus haut. Ce cercueil a été placé sur le tombeau de style flamboyant du xvi" siècle
Fholo t'eviot.
Chapelle Saint- Honorât des Alyscanips.
des deux familles alliées. .Saint-Pierre de Mouleyres, sur la colline, et la chapelle de la Genouillade, au delà du canal de C'raponne, étaient aussi comprises dans les Alyscamps '.
Le cimetière commença à ijcrtlrc de son prestige, lorsiiu'on eut transporté les restes de saint 'rn)])hinie à l'église Saint-lùienne. appelée depuis lors Saint- rni])luine. l'eu à peu la dévastation commença. Charles IX. pendant son voyage à travers la France (1564:, donna des -sarcopliages des Alyscam])s à sa tante Marguerite, qui était venue le voir
' Diunniunts cumnuinkiuc-. par E. Laca/o-Duthici's qui prépare une ctudu spccialo des .Myscamps.
à Lvon avec son époux Emmanuel Philibert, duc de Savoie. Il en donna aussi au duc de Lorraine \ Ces sarcophages, ainsi que huit colonnes de porphyre, sombrèrent dans le Rhône au passage dangereux du Pont Saint-Esprit A-t-on fait des recherches pour les retrouver? Rome (musée Barberini), Lvon. Marseille, etc., et même des particuliers enrichirent leur collection de sarcophages enlevés aux Alyscamps'.
Encore ceux-là étaient-ils sauvés. 31ais que de destructions durent être faites dans le cimetière même. Vainement les magistrats sévissaient-ils à l'occasion '. .Mais que pouvaient-ils faire, lorscpie des religieux, les Minimes, qui avaient obtenu de la ville d'Arles l'autorisation de s'établir à Saint-Honorat (1615 , donnaient, malgré les promesses formelles qu'on avait exigées d'eux, l'exemple de ces profanations? On doit, après tout, se féliciter que les plus précieux aient été réunis au musée.
Aujourd'hui, l'ancienne nécropole, diminuée par les constructions et les promenades prises sur son emplacement, bouleversée par divers travaux, n'est plus qu'un champ de ruines. Mais son charme en est peut-être plus grand. Au milieu de ces allées de tombeaux qui s'alignent au pied de vieux arbres aux branches libres et irrégulières, puis se rangent devant
1 Charles II, qui avait épousé, en 1559, Claude de France. s:fur de Charles IX.
- Le président de Pérussis, mort en 1570. s'en était fait céder un a prix d'argent pour lui servir de tombeau. Le principal sujet en était le l\iss,igc' Je Li mer Rouge. En 1635, le marquis de Saint-Chamond en obtenait treize d'un seul coup des consuls de la ville. "Vers le même temps, le frère de Richelieu, Alphonse du Plessis, cardinal-archevêque de Lyon, s'en faisait donner trois qu'il plaçait dans sa maison de campagne; sur l'un d'entre eu.K était représenté la Cluisse de Mèléagre. Plus tard, Peiresc de Bon, Grillon, le marquis d'.^ulan. le comte de Berton, le marquis de Cauniont, Lebret, intendant de Provence, Séguin en faisaient aussi enlever. Le tombeau de Flavius Memorius, où l'on voit des Centiiurcs lOiiihdlliint des bctes fauves, servait de cuve à un salpétrier lorsqu'il fut acheté pour la ville de Marseille; le couvercle seul est resté à Arles. Le sarcophage de Cornelia Jacœna fut longtemps dans la cuisine des Dominicains d'Arles, qui y conservaient leur huile. Déjà, en 1047, Raimbaud (Rajimbaldus), archevêque d'Arles, ayant retrouvé, dit-on, le tombeau de Maximin, le persécuteur des chrétiens, le fit jeter dans le Rhône avec les objets précieux qu'il contenait. Le Louvre a le sarcophage de Proinètkée (n° 490). 'Voy. ci-dessus, p. 88 et 98. On y a sculpté l'origine, la vie et la mort de l'homme.
•' On a le témoignage de sentences rendues, en 1612 contre un certain François Labattut, en 1661 contre Jean Gavot, pour avoir brisé des tombeaux dans le cimetière des Alyscamps (Bibliothèque d'Arles. Collection Bonnemant. Manuscrit 156, p. 109). 'Vers le même temps, Souvigny, qui accompagna la Cour à Arles et admira ses antiquités, se plaint dans ses mémoires, publiés récemment par M. de Contenson, de la destruction « des beaux tombeaux » qu'on voit « hors de la ville ». ■< C'est dommage, dit-il, de laisser rompre et emporter ces belles choses, parties desquelles les Minimes se sont servis pour bâtir leur couvent »
une immense haie de peupliers hauts, étroits, uniformes, qui dressent d'un seul jet vers le ciel leur cime aiguë; le lony de ces sarcophages qui conduisent à des édifices en partie écroulés, mais conservant leur caractère et le style du passé, on est pénétré de mélancolie et de respect. C'est bien là la demeure des morts dans le silence et la tranciuillité. dans l'antiquité du souvenir. La pensée des vivants les accompagne encore quelquefois ; mais nulle sépulture nouvelle ne viendra les troubler dans leur triste domaine. La vue des Alyscamps vous laisse mieux c[ue toute autre dans le sentiment qu'il convient d'emporter de la ville d'Arles'.
« Quiconque te voit, Arles, reçoit une impression de calme et de grandeur. O ville du Lion, tu es assise au bord du Rhône, comme une reine vénérée et majestueuse, à l'ombre de la gloire et de tes monuments... Oui, toi, qui as été tout ce c^u'on peut être, la métropole d'un empire, la capitale d'un royaume et la matrone de la liberté, dédaigneuse aujourd'hui, tu laisses l'eau courir au Rhône .. (Mais), O Arles, si tu es veuve de tes consuls souverains, de tes rois qui luttèrent contre les Sarrasins et de ces empereurs qui bâtirent tes arènes, console-toi, O Arles, car tu domines encore par ce ra3'on de Dieu cjui éclaire le monde et qui s'appelle la beauté ».
(Mistral.)
' On a fait grand bruit dans la presse de la décision qui a ctc prise en iqoq de couper la cime des peupliers des Alyscamps. II est certain que l'aspect de l'allée en sera fâcheusement modifié. Mais c'était, parait-il, le seul moyen de les sauver, et il vaut mieu.x les conserver ainsi mutilés que de les voir disparaître. Ces peupliers dépérissaient par le haut, et les forestiers savent que les dépérissements qui commencent par la cime sont les plus graves. CVoir Ylllitstration du 8 janvier 1910 et le linllciin du vieil Arles àr. janvier 1910.
l'iiul.. F.■^r.il
Abbaye Je Montmajour. \'ue générale.
La tour de Pons de l'Orme. — Les bâtiments abbatiaux. — L'église basse et l'église haute.
Même au temps où le pays arlésien était un territoire maritime, il ne comprenait pas que de simples lagunes. Sans parler de la terrasse calcaire qui portait la plus grande partie de la ville, il contenait des iles rocheuses aujourd'hui réunies au rivage, sorte de continuation elus}stème des Alpilles et dont les plus célèbres sont Cordes et 31ontmajour.
Cordes Mous ou insiihi de Cordon au moyen âge doit peut-être son nom, comme la commune de Cordes en Albigeois, à la ville de Cordoue, la capitale des califes d'Occident. Ce serait alors pour d'autres raisons et par suite d'une occupation effective des Musulmans. Les Sarrasins avaient possédé aux ix^et x" siècles plusieurs points de la Provence, et Cordes a pu être un de leurs camps fortifiés. De nombreux restes de remparts s'y
MOXTMATOUR
voient encore. Ils complètent les pentes presque verticales des terrains calcaires dont les assises régulières semblent tout d"abord une maçonnerie d"énorme appareil faite de main d'homme. La position, on le voit, était déjà très forte par elle-même, et encore aujourd'hui il est difficile de l'aborder autrement que du côté du Midi. Il n'est donc pa.s étonnant qu'elle n'ait pas attendu les Sarrasins pour être utilisée comme refuge ou
l'li.)lu Fcirut,
Abba)c de Montraajour. — Le puits Ju cluitre. — La tour Je Pons de l'Orme.
centre de défense. Le curieux « Trou aux fées )i, galerie souterraine en partie naturelle, en ])artie lailh'e dans le roc en forme d'c'^jK-c ou ]ilul(')t de poignard, rappelle les premières populations qui s'étalilirenl dans le jiaxs .Montmajour (le Mans major, tout est relatif) nous occu]iera i)lus longtemps. Il montre encore les imjjosantes ruines d'une des jilus anciennes cl des jilus ]iuissanlcs abbayes de la l'"rance. C'est au X" siècle, en (^77, (|uc llnnuindc, rii lie Arlésiennc. donnait cette colline, déjà sanctifiée par le séjour de saint 'IVopIiimc, à une abbaye i|ui adopta la règle des P.énédictins et ne tarda pas à devenir célèbre. lille reçut de
nombreux pri\-ilège.s et donations de l'Empire et de la Papauté, privilèges et donations qui lui étaient confirmés par un acte du roi des deux Bourgognes, Conrad le Pacifique, signé à Gênes le 8 décembre 966. Frédéric Barberousse (1160) et Frédéric II (1223) lui accordaient leur sauvegarde. Plusieurs grands personnages tinrent à lionneur d'v être ensevelis, tels que Geoffroy ^'^I, comte de Provence ;'io54-io63). Ce Geoffroy et sa femme Stéphanie avaient, entre autres droits, concédé aux Pères de Montmajour le singulier privilège de revendiquer le premier esturgeon oval cju'on prendrait dans le Rhône depuis le lieu appelé c la Mourrade du Bourquet », un peu au-dessus de Tarascon, jusqu'au rivage de la mer. Encore à la veille de la Révolution, les pêcheurs du bas Rhône allaient comme en triomphe porter tous ensemble à l'abbaye ce poisson au son des tambours et des hautbois. Les Pères leur donnaient trois florins d'étrennes et ils célébraient une messe haute et solennelle de mort, a autant pour la venue de l'esturgeon que pour le repos de l'âme de ce bon comte »'. Cette coutume ajoutait peu à la splendeur de l'abbaye.
JMontniajour était un des lieux de ])èlerinages les plus fréquentés de l'Europe et on y comptait, le jour du Pardon de saint Pierre, le 3 mai, jusqu'à cent cinquante mille pèlerins venus i!c tôt la iiioiid. et vous die per vertnt, non tant solamcnt pcr ni/s/r. nuis pri' icscr'. Et cependant il n'était pas très facile de s'y rendre. Des chartes nombreuses des XII" et XIII'" siècles, comme le rappelle M Lenthéric, prouvent qu'on ne pouvait }■ aborder que par eau, et au XVIir siècle encore, — c[uoique le travail de dessèchement de la région eût été commencé sous le règne d'Henri IV par le Hollandais Van Ens, — les fidèles venus des différents points de la Provence étaient obligés de s'embarquer à Arles, de traverser une partie des étangs sur des barques et des radeaux, de s'engager ensuite au milieu des terres noyées sur d'étroites levées en terre coui^ées de distance en distance par de petits ponts de bois. L'abbaye de Montmajour, si puissante encore au xvii' siècle, comme en témoignent les constructions élevées à cette époque, devait avoir une décadence rapide. Une ordonnance de Louis XVI, datant de l'année 1786, et confirmée par une l:)ulle du pape Pie VI, supprimait à perpétuité le titre de cette abbaye et unissait les biens, droits et revenus qui en dépendaient, à l'archevêché d'Arles et aux évêchés de Vence et de Glaiulève. Lorsqu'en
' Manuscrit 160 de la Bibliothèque d'Arles, dans la collection de l'abbé Bonnemant. - Mémoires de Bertrand Boisset, bourgeois d'Arles, passage cité par Lentliéric : La Grèce ci l'Orient en Provence, p. 124.
MOXTMA JOL'K
vertu du décret de r^\.ssemblée Nationale du 26 mars 1790. on fit rin\entaire du temporel de l'abbaye, il n'y restait plus que neuf religieux'.
La partie la plus ancienne de cet ensemble de constructions est creusée sur le flanc méridional du coteau calcaire à pentes assez raides qui porte l'abbaye et ses dépendances. On y montre, au fond, une étroite cellule (i'",4o sur o"\bo) munie d'un large siège de pierre et percée latéralement d'une lucarne à hauteur d'appui Ce serait le confessionnal de saint Tro-
ÏMontmajour. Le cloître.
phime. Cet édifice offre une analogie frappante avec « le confessionnal de saint Lazare », dans la cryj)te de saint \'ictor à .Marseille. Kn avant de cette cellule consacrée par le souvenir de l'aiiotrc de la Provence a été construit un .sancUiairc ou oratoire. Ce sanctuaire, précéilé d'un xcstibulc où l'on voit deux sarcophages creusés dans la pierre, est aussi taillé en grande partie dans la colline. Limité d'un coté par le rocher convenablement aplani, il est fermé île l'autre par un mur percé de quatre fenêtres
' I.i- diiriiiT ablji' tlo MoiUmajuur lut le laiiliiial Ji- Ruhan. trop fameux par ralïaiiv du CoUiir (le la Ruine. (Voy. J. AuvergtU', /,<-.s il<;niicrs Hi'iiiJictiiis de Mon/iil,l/oiir
{/iiilli'liii Jii vieil Arles, juilli-t 1905.)
à arcades donnant sur la campagne Certaines parties de l'édifice sont certainement fort anciennes et l'on peut faire remonter au temps de saint Trophime (lll" siècle) ou du moins de saint Césaire (vi° siècle) le « confessionnal » cité plus haut ainsi que les constructions qui l'avoisinent. 31érimée pensait que l'oratoire lui-même datait des temps Carolingiens (ix° siècle. 31ais Révoil semble avoir établi que cet oratoire dans son état actuel, appartient, pour l'ensemble, au XT siècle. Quelle que soit d'ailleurs la date que l'on adopte, il est remarquable de constater là, comme dans tant d'autres monuments chrétiens de la Provence, la persistance des traditions antiques, notamment dans les chapiteaux qui, malgré leur rusticité, nous paraissent imités les uns du Corinthien romain, les autres du Corinthien grec.
C'est aux XI^ et XI1° siècles qu'appartiennent les constructions les plus importantes et les plus intéressantes des ruines de Montmajour. La crypte est cependant en partie carolingienne. Elle a eu peut-être l'honneur, au dire de Révoil, d'inspirer l'architecte de Saint-Gilles. Elle se compose d'une construction centrale circulaire recouverte par une voûte sphérique. L autel est au centre, ce qui est un argument en faveur de l'antiquité de l'édifice. « Les murs du sanctuaire sont percés de cinq baies prenant jour sur une galerie concentrique surmontée d'une voûte annulaire. Autour de cette galerie, dans l'axe de chacune de ces baies, rayonnent cinq chapelles en forme de fer à cheval et voûtées en cul-de-four. Aux deux extrémités de la galerie transversale placée en avant de cette disposition se trouvent deux chapelles semblables. » Révoil.^ Cela fait en tout sept chapelles. L'extérieur a la forme non pas arrondie mais polygonale. Un grand nombre de pierres porte des sigles ou marc^ues de tâcherons. Ces marques, qui permettaient de reconnaître l'ouvrier et de déterminer ce qui lui était dû, se retrouvent encore dans les premières assises de l'église haute, bâtie en retrait au-dessus de la crypte. Dans le voisinage des fenêtres, ces sigles disparaissent, la couleur des matériaux change et l'on peut saisir d'un coup d'oeil la ligne de démarcation indiquant une restauration et un travail plus moderne. Au dire de Révoil, cette restauration seule et non la construction primitive serait due à l'abbé Rambert C[ui dirigea l'abbaye au début du xr' siècle et poussa activement les travaux de l'église haute. Cette église réunie intérieurement à la crypte, non par un escalier, mais par une rampe douce et large qui permettait aux cortèges religieux de s'y développer librement fut entreprise dans des dimensions considérables. Elle est restée inachevée. Dès la fin du XII" siècle, soit qu'on voulût garder les ressources de la communauté
MOXTMAIOUR
pour un autre usage, soit qu'on reconnût qu'elles étaient en effet insuffisantes pour permettre de réaliser le projet primitif, on ferma la partie déjà construite — le grand bras de la croix en avant des transepts était à peine commencé — par une cloison en maçonnerie. Cette façade rudimentaire reçut plus tard une assez belle rosace centrale qui date du XIII' siècle ainsi que la voûte des transepts.
Montmajour. La chapelle Sainte-Croix-en-Jérusalem.
T. 'église n'eut jamais de clocher ; car on ne peut donner ce nom aux arcades construites en plein vent, sans aucun souci d'art et le plus rapidement possible, pour y suspendre les cloches. Aussi ce qui frappe tout d'abord lorsqu'on approclu- <lc .Monlmajour, ce n'est pas son caractère religieux, mais son caractère féodal et militaire s'affirmant dans la haute et robuste tour dressée en 1369 par Pons de l'Orme sur la partie la plus élevée de la colline qu'elle dépasse de vingt-six mètres. La salle du rezde-chaussée de cette tour servait de magasin et ronlicnt en dessous une «■itrrnc t|ui caiJtait, ])ar un ing('nicu.\ système de conduils, 1 eau des toits
et déversait son trop-plein dans des réservoirs extérieurs. On sait que le souci d'avoir de l'eau à l'abri des entreprises de l'assiégeant était une des grandes préoccupations des constructeurs du moyen âg'e. Une autre citerne est établie dans l'intérieur du cloître.
Ce cloître de ^lontmajour est presque aussi beau que celui de Saint- Trophime d'Arles; il a même plus d'unité. Toute une galerie avec ses colonnettes uniformes d'un style corinthien simplifié a un aspect vraiment classique. La galerie qui lui fait face a des chapiteaux plus variés, plus fouillés, plusieurs sont sans doute du Xlii'= siècle; mais ils sont fort élégants et n'ont pas cet enchevêtrement, cet entassement confus de figures animées, fort curieux sans doute mais parfois déplaisant à l'œil, qui surcharge les chapiteaux d'Arles.
Le cloître de 31ontmajoura été plus d'une fois reproduit par le pinceau de Granet ou le crayon de Turpin de Crissé.
A rentrée de la galerie du cloître qui communique avec l'église se trouve le tombeau de ce Godefroy (Gaufredus) VI dont nous parlions plus haut. Ce tombeau est dépouillé de son inscription en i'/^^'Zt'.y, véritable logogriphe épigraphic^ue qui eut besoin pour être lu de l'ingéniosité et de l'érudition de Peiresc. Près de ce tombeau, un voyageur du xviT siècle ' signalait encore deux statues de femmes, probablement Jeanne, reine de Jérusalem et de Sicile, et sa sœur. Elle n'y sont plus, mais Révoil en a retrouvé un fragment.
Nous ne pouvons entrer dans le détail des sculptures conservées ; signalons cependant un modillon ou chapiteau sur lequel est représenté un buste d'homme à l'aspect furieux, ses longs cheveux hérissés, le front plissé, grinçant des dents : c'est le mistral, un des trois ftèaiix de la Provence avec le Parlement et la ■Duraiicc, comme dit le vieux dicton.
' loducus Sinccrus, dans son Itincrariitiii Giillia-. Voici le titre complet de cet ouvrage curieux et rare : Ifiiui\iriiiiii Ga/lia- l'tci ai coiiniiodiitini! ut, ejus dnctii, iiicJiocri tcnipore, tota Gcillia obiri, Aiiglia et Bclgium iiiUri possint. ncc bis terve cu/ cndein iuca rediri oportcal, iiotatis cujtisqite loci qiuis voianl dcliciis, ciiiu appciulicc de Biu-digalû. hugdum apud Jacobum du Creu.x, alias Molhard .Anno MDCXVI. — L'ouvrage est assez gros, mais de très petit format, de manière à être mis facilement dans la poche. Il a été traduit par Thaïes Bernard. I^yon et Paris, 1859. L'auteur est un Allemand de Thuringe dont le véritable nom est Zinzerling. Il se loue fort de l'affabilité des religieu.\ de Montmajour qui lui donnèrent copie de l'inscription carlovingienne (?) de la chapelle de Sainte-Croi.x (vo}-. ci-dessous, p. 134) et « l'abreuvèrent d'un vin généreux ». Il rappelle aussi qu'au siècle précédent, lors du voyage de Charles IX et de Catherine de Mèdicis à travers la France (en 1564, voy. p. 168 et 125), le roi et ses courtisans avaient mesuré n avec leurs pieds et leurs épées » les dimensions de l'abbaye. Puisque nous parlons de lodocus Sincerus, disons que son livre contient la transcription des vers latins que Tliéodore de Bèze composa en l'honneur du Pont du Gard.
On continua à construire à .Montmajour dans les temps modernes : les bâtiments aljbatiaux datent du XVII'' siècle et conservent dans leur ruine le caractère majestueux du temps. Tandis que ces bâtisses relativement récentes ne présentent plus que des murs effondrés, une des constructions les plus anciennes de l'abbaye, la chapelle de Sainte-Croix-en-Jérusalem, située à une centaine de mètres, au bas de la colline, a presque complètement échappé aux atteintes du temps et des hommes. Il est vrai que ses dimensions restreintes étaient une sauvegarde et cpi'on avait assez à taire au moment de la Révolution de détruire les vastes bâtiments voisins. De plus, elle est composée de matériaux excellents, taillés et appareillés avec le plus grand soin. Ce monument, qui est un petit chef-dceuvre. méritait à bon droit l'attention des archéologues et des architectes. Il n'en est pas qui ait plus exercé leur sagacité. Son plan en forme de croix â branches égales terminées par des absides, voûtées en cul-de-four, sa coupole centrale, le caractère même de l'ornementation }• dénotaient l'influence byzantine et tendaient â la faire remonter aux premiers temps du moven âge, d'autant plus qu une inscription semblait la placer aux temps Carolingiens. .Mais on sait que l'influence byzantine s'est fait sentir, au moins par des exemples isolés, beaucoup plus tard. De plus, le nom même de l'église, Sainte-Croix-en-Jérusalem, paraissait indiquer une époque plus voisine du mouvement des croisades. D'ailleurs l'inscriijtion qui servait de principal argument fut reconnue fausse. Une nouvelle inscription découverte au sommet du fronton du porche par Révoil et confirmant une charte citée par Dom Chanteloup ' apprenait que cette chapelle, commencée par l'abbé Rambert en 10 16, avait été consacrée en 10 1 g par l'archevêque Pons de 3larignane. Cette opinion fut adoptée par (Juicherat et le problème sembla définitivement résolu". Cependant y\ lirutails, dans une communication faite â l'.Vcatlémie des Inscriptions et belles-lettres (28 janvier 1898), sans nier qu'une chapelle ait été consacrée en cet endroit â la date admise par Quicherat, semble avoir démontré que la chapelle actuelle est très différente et ne remonte pas jilus haut que le XllI" siècle ou la tin du Xil"''.
' Hislon'ii Miinl:si!i,i jaris. niimuscrit conservé à la bibliiithéqin- d'.Vrles.
- juifs Qiiicliorat. Mi-Lingcs (ir> In-ologiquen. p. 1.19, 157, 354.
■' M. Brutails pense cjuc l'nn a attribuii après coup la date de la première chapelle de Sainte-Croix, pour la consécration de lacpielle on avait un texte, à la consécration de la (liapellc actuelle, pour laciuelle les documents f.iisaient défaut. 11 pense que l'ancienne chapelle de Saintc-Croix pnurrait hieii être l.i même qui' la chapelle dite de Saint-Tro- ])liime nu de Saint-t'ésaire.
140 MOXTMAJOUR
Et maintenant, quelle était sa destination? Les uns y ont vu la chapelle funéraire des moines de .^lontmajour et la lanterne de pierre qui la surmonte était justement destinée, disaient-ils, à contenir, non une cloche, mais un fanal brûlant en souvenir des morts. D'autres, avec autant de raison, y voient un baptistère.
Parmi les vestiges de la civilisation romaine partout répandus dans la région du bas Rhône, il y a deux groupes de monuments qu'on ne peut séparer des souvenirs antiques d'Arles et de Nimes ; nous voulons parler du Théâtre et de l'Arc de triomphe d'Orange, — de l'Arc de triomphe et du Mausolée de Saint-Rémy.
l'I.ulo Fé\rul.
Saint-Rémy. Restes de Glanum.
Le Mausolée des Jules. — L'arc de triomphe.
Au versant nord des Alpines, sur une terrasse en ]3artie naturelle, en partie de main d'honmu- eomnie l'attestent les murs de <;rand ap])areil qui la soutiennent, terrasse entourée dune ceinture de rochers sau\ages qui s'ouvre au nord sur la riche plaine du Comtat, la vallée de la Durance et le mont Ventoux, — donc dans un cadre admirablement choisi, comme savaient le taire les Konuiins, — un arc tle tric)in]ilie et, tout aiqirès, un monument funéraire sont tout ce qui reste de l'antique Lilanum qu'iynore Strabon mais dont parlent Pline, Ptolémée. l'omiionius .Nléla, l'itinéraire d'Antonin et la carte de Peutin^cr.
Le .Nlausolée a surtout une rare valeur. ( )n se demanile comment, en