‹ Nîmes, Arles, Saint-RémyChapitre 6 sur 12 · MES · texte numérisé non relu

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verdure. Elle est placée au centre cran Ijassin circulaire, au milieu d'arbres aux branches nombreuses, chargées d'oiseaux chanteurs. Des C3'gnes dont le cou blanc et les ailes blanches semblent du même marbre que la blanche statue, nagent silencieusement autour du monument. On dirait des génies familiers chargés de sa garde. La place convient bien à ce romancier-poète. Il a raillé le 3Iidi, mais il la aimé; il a peint ses faiblesses ; mais il a contribué à sa gloire. Comment la brouille auraitelle pu durer? Amant inni irœ . Le monument de Daudet est la dernière œuvre que Falguière ait pu achever. Déjà fort malade, il persistait malgré les résistances de sa famille, à partir pour Nîmes où il voulait sur\'eiller

Hippolyte Fl.indrin. — Procession lies M.irtyrs (Église Saint-Paul '.

la mise en place de sa statue. Ce fut son suprême effort. « Le jour de l'inauguration il ne pouvait assister à la cérémonie : il la suivait de sa fenêtre avec tristesse; car il devinait enfin cjue la force et la vie lui échappaient, que son énergie et son courage étaient moins forts <iue la mort iniminente'. «

Dans un autre quartier, entre la -Maison Carrée et les Arènes, l'église romune de SaiiiZ-Paiil 1840-18501, une des meilleures œuvres de Oues-

' Les personnages (jui ont servi de modèle sont à partir dr la ;,;aiielii- : l.'architrcte Questel ; de Roussel ; Arnovielle, l'entrepreneur cpii faillit se tuer en tombant de l;i voiitc ; HiTnard. auteur des belles boiseries de rés.;lise ; Feuchéres, architecte du département du 'i.ud; le peintre Paul IJalze ; le sculpteur t'ulin ; Durand, inspecteur de Questiil. Au si.-cond plan, Paul Flandrin; devant lui. Hippolyte Flandrin. Au s.c.tid l)lan, le peintre Louis l.auKitlie; devant I.amotlie, le peintre et architecte Denuell' .

' G. I.arrMuiiiri. \<il/\c sur Fiilj^iiitiw lue à IWcadémii- di'S Heaux-.\rts. 8 no\embre 1902.

tel, contient un rhemin de croix de Bosc, des vitraux de 31aréclial et surtout les peintures exécutées par Hippolyte P'iandrin avec l'aide de son frère Paul Flandrin. La Procession des Vierges et la Procession des Martyrs sont dignes des admirables cortèges de saints que le grand artiste chrétien a développés sur les murs de Saint-Vincent de Paul à Paris. La Procession des Martyrs contient, avec les portraits des deux peintres, ceux des principaux artistes et entrepreneurs qui ont contribué à la construction ou à la décoration de l'église. Au fond, dans la demicoupole de l'abside, une composition grande et simple, symbolisant l'és-alité chrétienne, nous montre le Christ tendant la main à un esclave et à un roi agenouillés à ses pieds. JM. Paul-IIipp. Flandrin, c^ui porte si dignement un nom illustre, nous a permis de reproduire ci-dessus, trois de ces peintures d'après des lithographies de Poncet, éditées par ITaro'.

Parmi les monuments civils, le Palais de Justice, construit de 1840 à 1845 par Gaston Bourdon sur le plan de Charles Durand, s'est fort heureusement inspiré de la Maison Carrée. Le théâtre, également de stvle classique, a été récemment orné dans son foyer de peintures des deux Xîmois, Gabriel Terrier et Saint-Pierre, du Toulousain Debat- Pousan, et de La lla}'e, conservateur du musée de la ville.

Le ci)netit're catliolique contient le mausolée de M''"'' Cart, œuvre de M. Révoil. Ce monument, de style gothique, est une exception. Est-ce une illusion.' A-t-on l'esprit hanté par le souvenir de tout ce que l'on a \u de romain dans la ville? il semble que ce cimetière ait conser\é un cachet antienne. Les tètes de mort, les squelettes, les images effrayantes, cjue le mo}'en âge aimait, s'y montre à peine. Le sentiment chrétien n'en est pas absent, pour cela : on ne peut même dire c[u'il y perde. Tel tombeau nous représente un naufragé désespéré s'accrochant à une croix battue des vagues, comme à son seul salut, tandis que sur les flots agités flottent les débris d'un navire auc^uel pend une main crispée ; mais le reste de l'ornementation est composé de riches guirlandes de fleurs et de fruits bien fouillées et rappelant les frises romaines du musée. Ailleurs, sur l'édicule qui se dresse derrière le sarcophage, une jeune femme en haut relief s'élève vers le ciel en tenant une palme et en jetant des fleurs sur la terre qu'elle c^uitte. Quelques-unes ont débordé et glissé sur la pierre funéraire :

Maiiibii^ dalc lilia plciiis.

Piirpiircos sp.iroaiii flores.

' Voir Louis Flandrin, Ilippolytc FLiiiJriii, sd vit', son a-iivrc. p. 170-1S5.

On va voir au r//;;c//(7-c/'/-o/é\s'/<7/;/ une belle statue symbolique de Pradier (tombeau d'Amanlier), remarquable par ses draperies: elle représente Vlmtnort alite. 3lais ce qui a rendu surtout le nom de Pradier populaire à'Nîmes, c'est la fontaine de l'Esplanade dont la ville est justement fière.

l'h.ild Brriilicim.

L'imuiortalilc, par Pr.idier.

\i\\ 1S41, au moment uù se construisait la voie ferrée, la municipalité voulut faire de ce côté une belle entrée à la ville, une entrée tentanti- ])our les voya<4-eurs. On lit tout un plan d'avenues et de voies de dégagement, embellissements où l'Esplanade eut sa part. On revenait en partie aux projets de la fin du xvill" siècle, dus à Raymond, architecte du roi à Toulouse'. Le 20 mai iS p|, le Conseil municipal vota 50.000 francs

I I...S projets du RaymuiKl lUit.Mit du 1787. Il sa-issait d'un remaniement complet dune partie de lu ville. L'esplanade n'était alors iiuune sorte de terrain vaiiiie. Ces pro-

pour une fontaine monumentale. La construction fut mise au concours. Vingt-sept projets furent exposés du 13 au 14 novembre.

Le projet de Feuchère, aidé du sculpteur Klagmann, et le projet de

Photo Bernheim,

Fontaine de Pradier.

Questel furent seuls réservés. Finalement celui de Ouestel fut adopté. Mais il fallut alors choisir un sculpteur. L^n nouveau concours amiable

jets, abandonnés pendant la période révolutionnaire, furent repris en !"an VIII et quelques travaux furent exécutés. (Vovez la Fontaine de Pradier, par Adolphe Pieyre, dans la Revue du Midi, 1899, numéro de novembre.) Mistral a choisi l'esplanade de Nimes pour y placer l'épisode de Mireille, où La Galante, le Cri et Vincent se disputent le prix de la course. Sur l'esplanade a été placé le monument de l'e.xplorateur Soleillet, par Amy.

eut lieu entre Pradier, Klaymann et Etex ; Etex se retira devant son maître Pradier, qui l'emporta, peut-être à tort, sur Klagmann.

Le monument ne fut terminé qu'en mai 1851. Les devis primitifs avaient été bien dépassés et Ton était loin des 50.000 francs d'abord prévus. La dépense tcftale s'élevait en effet à plus de 214.000 francs'. Cette générosité fait honneur à la municipalité de Ximes. Au haut du monument tout en marbre, la figure de Xîmes. coiffée, non d'une couronne murale, mais du fronton de la liaison Carrée, est debout sur un premier piédestal où s'appuient quatre statues deux masculines, deux féminines), représentant le Rhône, le Gard, la source de l'Eure Ira . et la source de la fontaine de Ximes {Nemaiisa). Au-dessous, quatre vasques sont en partie engagées dans un piédestal plus large qui repose, ainsi que les pieds de ces vasques, sur un soubassement occupant le centre d'un bassin de 40 mètres de tour.

Le i" juin, jour de l'inauguration, l'adjoint au maire de Ximes. y\. Vidal, prononça les paroles suivantes qui seront la conclusion naturelle d'une étude sur cette ville artistique :

« Puisse la ville de Xîmes, dit-il, marcher constamment dans la noble voie où depuis un siècle elle a accompli de si éclatants progrès 1 Puisset-elle, toujours assurée comme aujourd'hui de l'autorité supérieure, ne jamais séparer le beau de l'utile. Ce principe d'administration doit être sacré pour nous : il en est en quelque sorte notre glorieux patrimoine : car il est gravé sur chacj^ue pierre des monuments que nous ont légués nos aïeux ! »

Citons aussi la statue du porte languedocien Bigot, non loin de celle de Reboul. et le monument, par Mercié, élevé en 1901 aux enfants du Gard morts à l'ennemi. La rue Doré, (Hi se trouve l'hôtel de ville, présente plusieurs maisons intéressantes, ainsi que la rue de l'Horloge, la rue Saint-Castor, la rue de l'Aspic, etc. ("Voir Albin Michel, Sîiiics et ses rues.)

' Exactement 21.1.963 fr. 55.

Arles. Vue générale.

« Arles, à cette heure tu es moissonneuse et, couchée sur ton aire, tu rêves avec amour de tes gloires anciennes ; mais tu étais reine alors et mère d'un si beiiu peuple de rameurs que le vent mugissant ne pouvait traverser Timmense flotte de ton port. Rome t'avait vêtue à neuf de pierres blanches bien assemblées. Elle avait mis à ton front les cent vingt portes de tes grandes arènes : tu avais ton cirque ; tu avais, princesse de l'empire, pour distraire tes caprices, les pompeux aqueducs, le théâtre et l'hippodrome. »

Ainsi s'exprime le grand poète cher à la Provence, Frédéric 31istral Ici le poète n'est qu'un historien. Il y a peu de villes qui aient été plus brillantes. Il y en a peu qui se recommandent de plus de glorieux souve-

nirs. Arles <Arc'Iûfe> était, au temps de César, une importante cité gauloise où la population celtique était fortement mêlée d'éléments grecs. Après la conquête, César y établit, de même qu'à Xarbonne. une colonie. Comme les colons envoyés à Arles étaient des vétérans appartenant à la sixième légion, on l'appela Arclatt' Sfxtaiiorum '.

Arles était alors une ville maritime. Sans être juste au bord de la mer, elle était mise en relation avec la 31éditerranée par deux branches du delta du Rhône, plus courtes, plus larges et plus profondes qu'aujourd'hui. La Ijranche orientale s'élargissait à la hauteur de la ville en un vaste bassin qui s'étendait à l'est jusqu'au pied de l'ondulation de terrain qui porte maintenant les ruines de l'abbaye de 31ontmajour. Les plus grands navires, navires de guerre ou de commerce, alors en usage — il est vrai qu'ils étaient beaucoup moins grands qu'aujourd'hui — pouvaient y accéder librement. Les variations considérables de nos côtes depuis les temps historiques ont été vainement contestées, et ces transformations de la région méditerranéenne n'ont rien de plus paradoxal que celles qui ont modifié notre rivage Atlantique. Au temps où Arles était un port de mer. le 31édoc était une île et le Poitou occidental un golfe. Ouoi qu'il en soit. Arles, au temps de César, avait déjà des chantiers de constructions navales assez importants pour que le proconsul pût y faire construire en trente jours douze galères destinées à agir contre Marseille qui s'était déclarée pompéienne. Lorsque iNLirseille vaincue eut été dépouillée par Jules César de ses privilèges et d'une grande partie de son territoire, Arles était prête à profiter de cette décadence. Elle fut la rivale de Narbonne, dont la situation a encore plus changé aujourd'hui, et elle joua en somme dans la .Méditerranée occidentale le rôle que reprit plus tard la cité i)hocéenne. .Sous l'Empire, un Préfet de la navigation du Rhône résidait à Arles. Des fiottes venues de l'orient, de l'occident et du sud, abordaient dans son port ; et, par la vallée du Rhône, qui était alors comme aujourd'hui, mais plus exclusivement, la grande voie de communication entre le Xnrd et le .Midi, elle recevait les marchandises des régions septentrionales de l'Europe, voiturécs à travers la Gaule ou transportées par eau depuis Cabillonum (Chalon-sur-Saône . C est par là qu'arrivait suriout l'étain qu'on allait chercher en Angleterre, et probablement l'aniljrc (Ui Saniland côte sud de hi P>aUi(iue,.

I (:,i!oii/\j /iil/.t I\Ucrit.i ArcLUc S.xLtniinuu. Kllc était ruttaL-hcL' a la tribu Tcri-nliiui. I,i; iinm dWrclatc pmiri-ait iiuliiiucr aussi une origine ligure (voy. Klipcrt, .!//.• j;fOfii:if'ln\-, S .I4i>, note i). Le poète Avienus (0/-J maritlma. v. 07.)'. Jit qu'elle prit plus lard le nom de T/iclinc, lorstiue les Grecs vinrent y habiter.

bo ARLES

L'activité de la na\'ig'ation sur les fleuves ou rivières à eau peu profonde ou sur les étangs qui existaient déjà le long- de la côte de la Méditerranée était favorisée par l'emploi de radeaux allégés au moyen d'outrés gonflées, comme on le voit encore sur le Nil. Les inscriptions nous attestent l'importance qu'avait alors dans la région d'Arles la corporation des Utriculiirii. dans lesquels il ne faut pas voir ici des fabricants d'outrés. Donc Arles s'enrichissait à la fois par la navigation fluviale et la navigation maritime.

Une ordonnance d'Honorius. un texte officiel de 418, s'élève jusqu'au ton Ivrique pour célébrer cette jorospérité commerciale. « Si avantageuse est la situation d'Arles, si grand est le trafic qui s'y fait qu'on y apporte sans difficulté les denrées de tous les pays. Tout ce c^ue l'Orient, tout ce que l'Arabie aux parfums pénétrants, tout ce c^ue l'Assyrie expose de luxe, tout ce que l'Afrique au sol si riche, tout ce que l'Espagne la belle et la Gaule féconde peuvent produire, tout cela se rencontre à Arles en une aussi grande abondance que dans les pays d'origine. <^

Comme il arrive presque toujours, le développement du commerce ne tardait pas à amener le développement de l'industrie, et Arles devenait un des plus grands centres industriels de l'empire, par ses tissus, ses tapisseries artistiques, ses étoffes d'or et d'argent. Elle possédait même des fabriques impériales '. Remarc^uons aussi ciue dès le début de l'empire sa charcuterie était fort recherchée même en dehors des Gaules. C'est aujourd'hui son principal produit d'exportation.

La cité d'Arles avait, sous sa juridiction, un territoire considérable, et on a trouvé, à quelques lieues d'Aix une borne indiquant cruelle s'avançait jusque-là : actuellement, Arles est encore la commune la plus étendue de E'rance. Constantin le Grand, ayant succédé à son père, Constance Chlore, dans le gouvernement des Gaules, en 306, laissa à Trêves le rang de capitale, mais transporta sa résidence personnelle à Arles, d'où il pouvait surveiller de plus près ce qui se passait en Italie. Il y éleva un palais et d'autres monuments dont nous signalerons plus l<.)in les restes. Après

^ Une fabriiiue Je mmînaies; une fabrique d'orfèvrerie et d'armes de luxe; une fabrique de tissus. Voj-. Notitia digfiitatnni ntriinqiu- iiiipcrii : Ch. xi, 33, 43, 54, 74; Ch. XLH, 1.1, éd. d'Otho Seeck. Comparer; Ch. xi, G, n" 11, éd. Bœcking-. Arles, aux temps romains, était renommée aussi pour la culture intellectuelle de ses habitants. Pline parle avec éloge de Paulinus d'Arles. Aulu-Gelle nous résume ses entretiens avec le philosophe Phavorinos qui lui décrivait en connaissance de cause le Mistral, ce vent terrible alors comme aujourd'hui et c^ue, comme nous l'apprend Strabon, on appelait le Borée noir. La moderne municipalité de la ville a donné à une de ses rues le nom de ce compatriote trop oublié, mais elle l'a modernisé familièrement. C'est la rue Favorin. lùisèbe vante l'éloquence de Pomérius et de Claudius Quirinalis.

que ses succès sur Maxence lui eurent donné la ville de Rome, alors même que plus tard il eut placé à Byzance la nouvelle capitale de l-empire il n'oublia pas pour cela la ville qu'il avait aimée et qui avait pris par reconnaissance le nom de Constant ina . Il continua à remhellir et à l'agrandir, et sa splendeur fut telle qu'on l'appela la « Rome Gauloise »■

C'est alors que se développa, sur la rive droite du fleuve, le quartier appelé aujourd'hui Trinquetaille , qui fut comme une seconde ville d'Arles : la ville des mariniers, des ouvriers, des gens d'affaires, en face de la ville de l'aristocratie, des rentiers, des plaisirs et du gouvernement. De là. le nom de dnplcx Ardas que lui donne le poète Ausone dans son poème ou plutôt sa réunion de petites pièces sur les villes les plus noliles tlu monde romain [or do ic Icbriiini iirbinni] parmi lesquelles il ne coinin-em

Arlésienne coirt'ée Je « la cravate ».

l'ili.lu Tourcl.

|ue dix- sept cités, dont Arles, l-'.lle s'accroissait, de génération en génération, de tout ce que ])crdait Trêves, menacée de plus en plus par les barbares. .Sous Ilonorius, une ordonnance, dont nous avons plus haut reproduit un i)as.sage, se fondant sur 1 heureuse situation el la richesse ,1<- la ville, y iransportait le siège de l'as.semblé" annuelle des représentants des provinces gauloises, enlevant auiM oth-

ciellcment à Trêves son rang de capitale.

.Vrles était déjà à cette date un des principaux centres religieux de l'église

latine ( "est lient elri' même la première ville gauloise qui ait connu l'évangile. La tradition d'à]. rés la. luelle les disciples immédiats du Christ, .Made-

b2 ARLES

leine, Marthe et Lazare auraient débarqué en Provence sur le territoire de la commune d'Arles au point appelé aujourd'hui les Saintes-31aries-de-la- .^ler prend plus vraisemblance depuis c^ue les ingénieurs et les géologues ont prouvé que, la différence des régions immédiatement voisines, la côte des Saintes-31aries n'avait pas sensiblement varié depuis deux mille ans ; depuis que de leur côté les érudits^ ont reconnu dans un tombeau trouvé près d'Arles là la GayoUet un sarcophage chrétien du premier siècle et qu'ils ont admis l'authenticité longtemps contestée de l'inscription découverte sur l'emplacement de l'église des Saintes-31aries.

Plus tard Arles eut joour évèque saint Trophine et dès le IV siècle, elle avait été le siège de deux conciles en 3 1 4 et 353. Elle devait en avoir dix-neuf, le dernier en 1:175. Elle ne souffrit pas trop de la grande invasion des Barbares; car, au milieu du V siècle, au temps d'Attila, le pape saint Léon le Grand constatait dans une de ses lettres « que l'on va à Arles de tous les points pour s'y fournir de tout » et le puissant roi Wisigoth Euric, qui s'en empara en 4S0. en faisait une de ses capitales. Elle fut plus maltraitée par les Sarrasins qui heureusement ne purent s'y établir. En 87g, elle devenait une des principales villes du royaume de Bourgogne cisjurane.

En 930, la Bourgogne cisjurane était réunie au royaume de Bourgogne transjurane et formait le royaume des deux Bourgognes ou royaume d'Arles. Le rovaume d'Arles fut légué par Rodolphe III à l'empereur Conrad II ciui en devenait le souverain à sa mort 1032. Conrad ne manquait pas de se faire couronner solennellement roi d'Arles (1033) et de faire partager ce titre à son fils ^1038;. Au siècle suivant :ii56), l'illustre Frédéric Barberousse cherchait à assurer l'autorité des empereurs d'Allemagne sur le pays en épousant Béatrice de Bourgogne.

Le fait que la ville d'Arles donnait son nom à un royaume, montre ciuelle était encore son importance, quoique le retrait de la mer aussi bien que les révolutions politiques eussent commencé sa décadence. Cependant la cité avait profité, en un sens, des troubles dont le pays avait été le théâtre et des compétitions dont il avait été l'objet pour défendre ou reconstituer ses libertés municipales. La tradition romaine à cet égard ne s'était jamais complètement perdue Dès le xi" siècle, Arles a un corps délibérant qui traite avec les seigneurs. Les luttes des papes et des empereurs, les rivalités des comtes de Provence et des archevêques d'Arles, favorisent le développement de ses privilèges. Elle est une des premières villes à adopter le consulat ; on l'y trouve définiti-

<■ V. Camille Julian. JouriuU des Savants, août 188.;, p. 504. Cependant, l'abbé Dachesne, grande autorité en ces matières, n'admet pas l'authenticité de cette tradition.

vement établi dès 113T. Nous n'avons pas à suivre dans ses "péripéties, l'histoire de la commune d'Arles à laquelle Charles d'Anjcni devait enlever l'indépendance politiciue en 1250. tout en lui laissant en partie son indépendance administrative. -Mais il est bon d'indiquer le soin avec lequel les Arlésiens se rattachaient aux souvenirs romains. Sous Louis XI \ on les accusait d'avoir des sentiments républicains ' et l'archevêque d'Arles - se plaint en 1 700 de l'arrogance des « consuls » de son temps, bien petits personnages cependant à côté de ceux du Xll" siècle. « Ils sont, ditil, vifs, glorieux entreprenants. Ils se souviennent qu'Arles était une colonie romaine et croient être d'après [sic) ces fiers consuls romains qui gouvernaient autrefois l'univers. »

Arles n'était déjà plus à cette date qu'une médiocre ville de province.

Elleconservaitcependant un air de caiiitale et un

cachet d'aristocratie nobiliaire et même intellectuel, comme l'atteste l'histoire de son académie consacrée en 1669 par des lettres patentes de i,()uis XIV. académie où les femmes étaient admises et doni fit ])artie M'"" Deshoulières. J.a Kévnlutinn détruisit tout cela. Aujourd'hui tdlc doit se contenter d'avoir remplacé Tarascon, comme sous-préfecture après avoir été simple chef-lieu de canton. 3iais elle a ses antiques monuments qui rappellent .son ancienne gloire. Elle a la beauté jn-overbiale de ses femmes.

' I.run- du i-.i.nliut.'ur d'Ail. '^ .ui uoiurnlciir i;i-nrral !.r l'cllcticr, .) iiov. 1087. - Lcltru J.j r.\n hivciiiii.- d'Arles au oiurnlrur -i'-iu't.iI Chamillard, ij avril 17.1,..

l'IlOlO loui.-l.

Arliiiieniie coiflte « du ruban >'.

On a voulu distinguer trois types d'Arlés/cniics correspondant à trois des peuples qui ont occupé le pays : le type grec, le tvpe romain et le type arabe ou sarrasin. Nous ne nions pas qu'on ne puisse trouver à .Vrles des types qui rappellent l'Afrique ou l'Asie musulmane. Mais ce n'est là cju'une exception. Si l'on admet une classe spéciale d'Arlésiennes du type arabe, pourcj[uoi alors ne pas ajouter à la liste : le t3'pe ligure, le type phénicien, le type celtique. Aussi bien la dénomination de type

Pholo Tourel.

Palais de Constantin. Vue de la façade Nord depuis sa récente restauration.

celto-grec nous paraît être celle qui conviendrait le mieux au type qui domine en pa3's d'Arles et la transition successive est frappante, pour la coupe du visage et les formes du corps, entre le type arlésien et le type franchement celtique, aux A'eux du voyageur, qui, parti de la Provence maritime, passe par le bas Languedoc et la région des Cévennes méridionales pour arriver au plateau central. Cependant, pour nous qui sommes habitués au type celtique, ce qui frappe tout d'abord un observateur non prévenu, c'est le grand rapport du type de l'Arlésienneavec le type grec. C'est le grec qui dans ce mélange des races a imposé surtout sa marque. Ce point admis, si l'on observe avec plus d'attention, on distinguera deux types secondaires. L'un est un peu court, aux formes admirablement pro-

portionnées, mais pleines et ramassées. Il n"estni romantique ni chiffonné et ne rappelle en rien le roseau ondulé qui est encore trop exclusivement à la mode ; au premier abord, il aurait, je crois, peu de succès dans un salon parisien. C'est parmi ces Arlésiennes que Ton trouve les cheveux les plus noirs, les yeux les plus foncés et les plus brillants, les nez les plus droits avec le bout carré et légèrement relevé, les fronts les plus larges.

Dans l'autre t3-pe, l'aspect est grec aussi et l'est même davantage pour les proportions du corps, car la taille est plus élancée ; mais le nez est plus long et parfois un peu arqué au milieu, les cheveux sont moins foncés et parfois blonds, la physionomie ne laisse pas d'a\'oir quelc^ue mélancolie '. Il est difficile de dire quel est celui des deux qui l'emporte ; mais, lorsque le peintre Cot a voulu personnifier l'héroïne de Mistral, c'est dans le second type qu'il a été chercher sa 3///'(///c I.a jeune tille (|Lii lui a ser\i de iiiiidèle'poursuit le cours de sa vie à Irinquelaille. Sun

P.ihiis de Constiintin. Vue intiîricure de la salle .ibsidale depuis les dégagements récents.

' N'niri i|urli|ucs-uns dos trait.s carartéristiciiirs qur le dMctrur Lagnoau attribuo à la race grecque et m'i l'on reconnaîtra aussi bien le type de IWrlésionnc : « ...Crâne régulièrement ovale, à région frontale large, verticale, élevée, sans bosses apparentes, sans saillies sourciliéres notables; cheveux bouclés, brillants, souples; sourcils... longs, bruns, ar(|ués; yeux grands, vifs, allongés, de couleur souvent foncée; nez droit faisant suite au front sans saillie appréciable des os carrés, sans dépression à la racine, ;\ i-xtrémito antérieure plus ou moins régulièrement carrée, peu saillante: bouche petite ;'i lèvres bien accentuées; dents complètement verticales formant une double arcade parfaitement régulière: Mirnion armiuli; visage' régulièrement ovale; dével.>p[irnieiit harmonii|Ue de

existence et celle de l'amie de Vincent ont été bien différentes ; car elle est mariée pour la deuxième fois.

Quelle que soit la beauté des Arlésiennes. il serait injuste de leur sacrifier les femmes du reste de la Provence et même île la rive droite du Rhône. Lorsque Racine, retiré à Uzès chez son oncle le chanoine, attendait patiemment, avec des dispositions fort peu ecclésiastiques, le bénéfice qu'on lui laissait espérer, il ne se faisait pas faute d'ouvrir les yeux et de regarder aut<iur de lui 11 écrivait à son ami La Fontaine, .iin amateur qu il savait intéresser tout particulièrement par ces détails : « Ae ne me saurais empêcher de vous dire un mot des beautés de cette province. On m'en avait dit beaucoup de bien à Paris ; mais, sans mentir, on ne m'en avait encore rien dit auprès de ce qui en est et pour le n(iml)rt' et pnur l'excellence; il n'y a pas une villageoise, pas une savetière qui ne disputât de beauté avec les Fotrri^lotrx-et-leg .MemTe\ille. Si le pays de soi avait un peu de délixatesse et cjue les rochers y fussent moins fréquents, on le prendrait pour un vrai pa}s de Cythère. Toutes les femmes y sont éclatantes et s'v Jijustent d'une façon qui leur est la plus naturelle du monde ; et. ])Our ce qui est de leur personne.

V'^~'^~~i Color verus, corpus solidum et succi plénum '. >/

-'-i^ Racine avait raison de parler ainsi des femmes des environs d'Uzès ; disons seulement que ce portrait s'appliquerait encore mieux aux filles d'Arles. Le poète qui dev'ait réaliser dans leur grâce souveraine Andromaque et Bérénice n'hésite pas, comme on l'a vu. à comparer les paj-sannes / et les ouvrières de la basse vallée du Rhône aux beautés les plus en vue de la cour. En effet, leur grand air nous frappe encore aujourd'hui. Ainsi Mistral dans ses Isclo d'or :

« Je vous le dis et vous m'en croirez. La jeunesse dont je parle était une reine ; car vous saurez qu'elle avait vingt ans et qu'elle était d'Arles.

toutes les parties de lu face (distance égale de la racine des cheveu.x à la ligne sourciliére, des sourcils au bord inférieur du nez, du bord inférieur du nez au bord inférieur du menton ; cou cylindrique, etc. ■> Voy. Lagneaux, Anthropologie de Ui France dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales de Dechambre et Lereboullet. Vo\'. aussi Deniker, Les Races humaines. Grâce à l'obligeance de M. Tourel, nous pouvons donner ici le portrait dune Arlésienne parfaitement authentique, Apollonie Ch..., qui, à Arles même, était célèbre par sa beauté et qui portait, on le voit, un prénom grec.

'Cette lettre est datée du n novembre 1661. I-e vers latin quelle contient est emprunté à Y Eunuque de ïérence (acte II. scène iv, vers 26). M"'-' du Fouilloux et de Menneville étaient filles d'honneur de la reine mère Anne d'Autriche. Soixante ans plus tard. Saint-Simon parlait encore de la renommée de beauté d'Ange Bénigne de Meaux du Fouilloux. devenue duchesse d'AUuve.

On les oubliait un peu cependant ces filles d'Arles lorsque Mistral et Gounod sont venus donner un nouveau lustre à la patrie de Mireille et que la musique de Bizet a réveillé partout le souvenir de YArlèsiennc. Par là l'attention a été plus vivement attirée sur les curiosités artistiques et archéologiques de la ville ; toutes les renommées se tiennent.

Un grand nombre de ses monuments ont disparu mais les archéologues ont pu souvent déterminer leur situation et des débris en ont été retrouvés.

La i^rincipale place de la ville, après avoir porté le nom de Place aux Hommes ou Place des Hommes a pris ensuite celui de Place du Forum'. La Place aux Hommes était naguère le centre social de la ville, le lieu préféré pour la flânerie et la conversation, toujours chères aux peuples du Midi.

Aujourd'hui, cjuoique le marché le plus imjjortant s'v tienne, elle a été délaissée pour la promenade des Lices (/ Lico d'Arlr cjui a hérité de sa faveur auprès des Arlésiensetdes Arlésiennes Mais le monument de Mistral qui \' a été inauguré il y a quelques mcjis mai 1909 lui apporte un nouvel attrait et pourra contribuer à lui rendre son ancienne animation -.

La forum anlic|ue ne coïncidait pas avec la place qui jiorlc son nom. Il en bordait scuh'incnt hi face sud cl alioulissait à rcinplaci'nicnl actuel de 1 llolcl l'iniis à 1 ciKh-oit où l'on xoil deux colonnes coriulliicniics )iorlant un riilic cntablcincnt orné de rinceaux d'oiseaux divers et de

Photo Tourd.

Statue de Mistral, Place du Forum.

' l'.llr- a ])(irtc ;ni .wiii'- siia-li- l(j 11. un Av " l'I.uf Saint-Lucien « et a i-U- atissi appel<-<-, l'iniiiic les anciens fortinis de plus d'une \ille d'Italie, ce là Place aux Herbes *.

- La statue de n rilnmèn- provençal ,. a-uvre distins^uée et vivante de i\[. Théodore Ki\ iere, se drosse sur lui pi.dcstal (ui M. l-'érigoule a sculpté, d'tni ciseau habile et avec un sentiment très personnel des choses de la Provence, (lu'il conn.iit et ipiil aime, les principales scènes de Minillc.

6S ARLF.S

feuilles d'eau, le tout couronné d'un fragment de fronton. 3Lalgré les doutes et les objections de plusieurs archéologues, le> fouilles qu'a entreprises et c^ue poursuit M .Vntoine ^'éran. ont pnuivé c^ue c'était bien là la principale entrée du Forum et c^ue ces colonnes sont encore à leur place primitive. Ces fouilles d'une importance exceptionnelle n'ont pas passé inaperçues mais ne paraissent pas avoir été appréciées à leur valeur. Elles auraient fait plus de bruit en France si elles avaient eu lieu à l'étranger. Elles ont montré que le Forum, dont on a retrouvé de nombreux vestioes dans le sous-sol, notamment dans les caves de l'Hôtel Pinus, se développait dans la direction du Sud, formant un magnifique rectangle de 81"', 22 sur 37'". 04. entouré de portiques et île constructions à deux étages, l'étage supérieur étant occupé par des galeries, l'étage inférieur par des boutiques. Ces portiques donnent aux dimensions extérieures l'ensemble de 105'", 88 sur 61'". 70, soit une superficie de 6. 532"'-, 79'. Le Forum qui nous paraît déjà si monumental de Pompéi n'a que 130 mètres sur 36. soit 4.680 mètres carrés.

Le Forum d'Arles s'étendait jusqu'à la hauteur de l'église .Saint-Trophime couvrant presque totalement l'emplacement occupé depuis par l'Hôtel de Ville, le Palais des Podestats, etc., et passant par-dessus la rue Balze pour atteindre l'hôtel Laval-Castellane.

L'espace libre du F'orum d'Arles qui parait avoir été un des idus riches du monde romain était orné de statues. Au v" siècle, leur nombre était assez grand pour que l'on pût, en se faufilant entre elles, éviter de se rencontrer avec ceux qu'on ne voulait pas saluer ou reconnaître. Sidoine ^Vppollinaire. le bel esprit du temps, que les Arlésiens accusaient de les avoir calomniés, en fit l'épreuve et, étonné de cet accueil dans une ville qui l'avait toujours très bien reçu, s'informa de la cause de ce changement et put se disculper.

« Au centre, dit .^L Lenthéric. se dressait la colonne honorifique de Constantin. Vis-à-vis était le palais du Prétoire sur les fondations duquel on a construit l'église et le cloître de Saint-Trophime et l'ancien archevêché. » A la partie occidentale du Forum mais en dehors de son enceinte) était attenante une importante basilique que les fouilles de 3L Véran en 1908 ont permis d'identifier avec les constructions dont les fragments avaient été déjà signalés, sur l'emplacement de l'ancien Hôtel Laval-

' Voir le plan d'Arles gallo-romain de M. X'éran dans le volume du Congrès archéologique de 1876 et surtout son mémoire intitulé Arles soutt-rrLUUc, le Forum et hi Basilique, publié dans le Bulletin de la société du vieil Arles du mois d'octobre 1908. II en a été fait un tirage à part.

Castellane, devenu récemment le muséum .Vrlaten, ajirès avoir étéafFecté au Collège. C'était un édifice considérable lenviron 24 mètres sur 72 mètres). La nef et l'abside, dit M. Véran étaient pavées en grandes dalles qui existent encore. Le vaisseau était couvert par une charpente sans doute masquée par un plafond en menuiserie et une toiture en tuiles de

La basilique.

terre cuite. I.'aliside était ]ir(il)ableinenl seule xcu'ilée. » VA\c était soutenue par des colonnes de granit dont deux retrouvées en iSoj sont au musée lapidaire. ( )n sait que les hasjliciues jirofanes étaient un lieu île rendez-vous pour les négociants, les gens d'affaires, spécialement les banipiiers comme ]iour les oisifs qui \ llàiiaienl et y causaient à loisir. Elles servaient également aux Iribunaux

C'est aussi -M. \'(''ran <pii a monln- (|u'il fallait raltaclier au Palais île Constantin, les Thermes dont ou sav.iii l'existence, mais dont on n'avait

pas retrouvé l'emplacement certain. Il ne rien reste ou à peu près rien de la Naumachie. des temples de la Bonne déesse, de Rome et Auguste, de Mars, de Diane, de Jupiter, du temple de .Mithra. L'arc de Constantin, qui était déjà très dégradé, fut complètement détruit en 1643 pour l'élargissement d'une rue l"n autre arc dit YA/'C iidmirable qui donna son nom à un hôpital bâti dans son voisinage, existait encore en 1224, mais disparut lorsqu'on reconstruisit d'une façon générale les remparts de la ville II 263;. 11 se trouvait sur l'un des côtés de la place Saint-Esprit qui portait encore au xn"" siècle le nom de « Planet de l'Arc admirable ' ».

Des fouilles faites en 1902 près de la porte de l'Aure ont donné entre autres débris intéressants, de magnifiques fragments de corniches, des tambours de colonnes sculptés. On y voit des guerriers armés et des vignes grimpantes becquetées par des oiseaux. Ces fragments, dit M. Véran, proviennent d'un arc de triomphe de proportions colossales et d'une riche ordonnance architecturale, et tout porte à croire qu'ils ont fait partie de l'Arc admirable'. Ces débris ont été classés et disposés méthodiquement dans le théâtre. On y voit aussi une « frise des aigles ».

Devant « l'Arc admirable » passait la route de Nîmes qui franchissait le Rhône sur un pont construit par Constantin et dont on voit encore un fragment de culée sur la rive droite du fleuve à Trinquetaille. Sur la rive gauche, le pont aboutissait près du pont métallique du chemin de fer d'Arles à ^lontpellier par Lunel, en amont du k Grand Prieuré ».

A quelque distance en aval se trouvait le palais impérial dont il existe encore des constructions assez importantes englobées et en grande partie cachées dans les maisons voisines, ainsi qu'une abside circulaire mieux dégagée qui domine le Rhône. Cette abside porte le nom en apparence bien vulgaire de la Trouille. 3Iais ce mot « la Trouille » n'est autre que le mot latin trollia ou triilliim ; c'est le nom du palais impérial de Constantinople dans lequel se tenait en 692 le célèbre concile dit /// triillo. Le jxilais d'Arles n'était sans doute pas comparable à celui de Constantinople; mais c'était un édifice magnifique, et

' E. Fassin, le Musée, 1876, p. 217.

- Voy. un article du journal arlésien le Forum repiibUeain (11 octobre 1902) et le Bulletin Je la Société des Amis du vieil Arles (juillet 19031. La porte de VAure (et non pas de Laure) veut dire la porte du vent [aura] et n'a rien à voir avec l'héroïne de Pétrarque. Cette porte était désignée par son nom actuel dés le xviii'^ siècle, comme le montre le plan de 1747, étudié par M. Honoré Dauphin dans un travail présenté au Congrès des Sociétés savantes de la Provence de 1906. On voit aussi sur ce plan qu'Arles avait encore une enceinte de fortifications en plus ou moins bon état mais qui ne laissaient passage que par cinq portes du côté de la terre et douze du côté de l'eau.

les fouilles récentes de 31. Véran permettent de se rendre compte de ce qu'il devait être'. Il est de petit appareil, mais cet appareil est riche et soigneusement établi, avec des dispositions variées où les pierres alternent avec les briques. On aperçoit encore au haut des murs quelques parties d'une belle corniche. 31. Véran vient de nous rendre la grande salle d'apparat qui n'a pas moins de 20 mètres de longueur sur 12 mètres

Place Royale. — Église Sainte-Anne (Musée Lapidaire). — Hôtel Je ville. Obélisque du cirque. — Église Saint-Trophime.

l'iii.i.- 1 1.

de largeur avec une hauteur île 17 mclrcs. laie n'a i)lus ses statues, .ses colonnes de granit, ses frises dont parlent d'anciens témoignages et. de son revêtement de marbres de couleur, il ne reste qu'une partie du pavé. .Sous ce pavé s'étend un étage en sous-.sol de r".50 de haut ile.siiné à servir d'hyixxausle, c'est-à-dire de calorifère. Pour chauffer 1 immense salle dans toute sa liauleur, des clieininécs destinées au passage de 1 air chaud 'on les voit encore) axaient (Hé ménagées dans l'éiiaisseur

' Voir le IhiHclin ,1c In Son.'-tr Jii vieil Arles. j;nnicr 19.14-

des murs verticaux. Signalons aussi l'amorce d'un escalier tournant en spirale, un escalier à vis, comme les aimait le moyen âge. Cet escalier avait été découvert en 1886 par l'architecte Révoil et l'on pouvait se demander si ce n'était pas une addition de l'époque féodale. 31ais, suivant l'opinion non contestable de 31. Véran , c'est bien une construction romaine'.

Quoi qu'il en soit, le palais d'Arles rappelle tout à fait, pour le caractère comme pour les procédés de construction, le palais de Trêves.

Sur les bords du Rhône également, .s'allongeait parallèlement au fleuve, le Cirque. Des découvertes récentes, qui ont été la conséquence des travaux entrepris pour le canal maritime de 31arseille ati Rhône 11908-1909;, permettent d'affirmer que le Cirque ne le cédait en rien en magnificence aux Arènes avec lesquelles, d'ailleurs, ses procédés de construction présentent une grande analogie. Une partie des mur.s était construite sur pilotis. C'est justement la partie circulaire du monument qui a été le mieux dégagée. Elle parait avoir eu environ 50 mètres de diamètre. Ces découvertes ont été faites au Pré Clayon, au lieu dit Jardin de la Pyramide. On n'a pu, d'ailleurs, les conserver. Son emplacement est traversé aujourd'hui par le boulevard des Lices, nom caractéristique rapi^elant les luttes et les jeux qui s'\' donnaient autrefois. L'obélisque qui se voit aujourd'hui sur la place Ro\-ale provient de ce cirque ; il était enfoui depuis longtemps dans la terre, lorsqu'on le découvrit, en 1389, près de la porte de la Roquette. Il ne paraît pas qu'on s'en soit autrement occupé. Car Charles IX. dans le voyage qu'il fit à travers la France, ayant passé par Arles, en 1564, on trouve dans les comptes du trésorier de la ville pour cette année : Dépense faite pour déterrer l'obélisque enfoui dans le jardin Fulcrand de Loste. près de la porte de la Roquette ; (( laquelle pierre le roi notre sire vollut veoir » ; et encore : « salaire de 15 hommes qui ont déterré certaine pierre appelée pyramide dans le jardin Fulcrand de Loste- ». Lorsque Charles IX et sa mère allèrent la voir, le premier consul leur débita une belle harangue. L'obélisque fut transporté et dressé où il est à présent par l'architecte Peitret, en 1676. Le 20 mars de

' A l'extérieur on a tmavé les restes d'une rangée de corbeau.K de pierre qui présentent cette particularité d'être percés de trous, mais de trous qui ne traversent pas la pierre et dont l'ouverture est tournée vers le bas. Ils ne pouvaient donc porter des mats ou des drapeaux. On se demande à quel usage ils pouvaient servir : peut-être à maintenir dans le haut les pivots des fermetures, qui s'appu3'aient et jouaient sur des blocs en pierre formant balcon au-dessous des trois grandes ouvertures de l'abside CVoy. grav. p. 64).

- Archives de la ville d'Arles, CC, 573 et CC, 325.

cette année. « on le leva avec tant d'adresse, dit Bruzen de la 3Iartinière, qu'en moins d'un quart d'iieure il fut posé sur un pied-d'estal de vingt pieds de haut et consacré à Louis-Legrand ». Ce monolithe a 15'", 78 de hauteur et i"',66 de côté à la base. Son stylobate actuel de 4'". 54 de haut, date de 1829 et est décoré de quatre lions en bronze par Dantan. La municipalité avait commandé au sculpteur Théophile Caudron ' deux bas-reliefs de bronze dont les plâtres seuls furent exécutés. Ils représentent : i" une lutte entre hommes et lions donnée dans les arènes

riKtlO LllolciUIlCUf.

Restes d'aqutJuc romain à Barbegal,

d'Arles en 522 ap. J.-C. en présence du roi mérovingien Childebert ; 2° l'entrée de Louis XIV à Arles. On les voit au musée d'Amiens ainsi que la reproduction en bronze du premier faite par Barliedienne en i.'-';;. L'ancien piédestal, orné d'inscriptions en l'honneur ilc Louis XI\'. rédigées en beau latin ))ar l'rllisson. a\ait été comiilrlcmcnt dégradé au moment de la Révolution. J-a pyramide était surmontée d'un globe d'azur parsemé de fleurs de lis d'or avec un soleil, .symbole du mi

Cet obélisque est en granit. 11 était naturel de penser qu'il avait été tailli'' dans les carrières voisines de l'I^slcTel, mais on sait aujourd hui c|iril provient d'I'.gypte.

' 'J'iicophihî faiulrciii. w- à Conilili's iSommcl lo 27 mars iSo,, mort ;'i Paris iS.)8. Miil. ilu 2" classe, 1833.

Il y a une quarantaine d'années, MM. Révoil et A. Yéran ont dû refaire la pointe, le pyramidion de l'obélisque, tel qu'on le voit aujourd'hui. Croyant, comme tout le monde, que l'obélisque était en granit de l'Estérel, ils ont fait venir des carrières de ce pays la pierre nécessaire. Mais, lorsqu'il s'est agi d'ajuster ce nouveau pyramidion d'ancien avait été supprimé lorsqu'on avait placé sur le monument le soleil de

Arènes 'vue extérieure).

I,ouis XIVi, ils se sont aperçus que l'obélisque était fait d'un autre granit. Le granit que la tranche montrait à vif et avec sa couleur naturelle représentait tous les caractères de la syénite, dont est fait l'obélisque de Louqsor : d'aspect saumoné, il faisait avec le granit gris de l'Estérel qui le surmonte aujourd'hui le plus frappant contraste. Si l'obélisque d'Arles n'a pas à l'extérieur la teinte rosée de son confrère de la place de la Concorde, c'est que son trop long séjour dans les alluvions du Rhône l'a recouvert d'une mince couche de calcaire qui cache sa couleur naturelle '.

'■ Remarquons cependant que, au xvir siècle, Torigine égyptienne de l'ubélisque d'Arles était généralement admise. Bruzen de la Martinière, dans son GrjiiJ diction-

], 'obélisque d'Arles est bien un obélisque romain en ce sens qu'il a été taillé du temps des Romains et pour un usage romain; mais il a été fait en Egypte ou avec du granit apporté d'Egypte. D'ailleurs, les monuments romains contiennent souvent des matériaux venus de fort loin. A Arles même, les colonnes du théâtre venaient d'Afrique'.

Arènes intérieures un jour Je courses Je taureaux.

Le boulevard de la Liic ou des Lices se prolonge vers l'Est et passe non loin de l'enceinte romaine dont des parties importantes plus ou moins modifiées par des destructions ou des constructions postérieures existent encore. La Parti! Aqiiiiria supprimée aujourd'hui et qui n'est plus au niveau de la route a l'té bouchée; mais ses deux tours ont été conservées.

tiiiirc g,-iigi\iphiqiie historique et critique, appuie crlle opinion justement sur cette r:onst;Uation u i|u'il est fait d'une même sorte de marbre (.s;V' « que ceux ciu'on a transportés des bords du Nil à Kome.

' Comparer le théâtre d'Orange ^voy. ci-dessous p. 150] . — L'ne partie di- la .\/.7j du cirque se voit au musée. Des fouilles faites en 1902 en ont mis au jourde nouveaux fragments.

Elles ont été reronstruites à la fin du moven fiye et au XVI" siècle. On saisit très bien la différence des constructions romaines (forme ronde, gros matériaux) avec les constructions plus récentes (petit appareil, forme polygonale des mursi. Les constructions modernes sont tantôt superposées, tantôt juxtaposées aux antiques et une même tour peut être en partie cire laire, en partie prismatique. .Ahiis, les parties modernes des tours, comme des remparts, sont souvent composés de matériaux antiques et de larges pierres bien taillées apparaissent en grand nombre au milieu de murs d'appareil plus petit et plus irrégulier. On a fait aussi entrer dans l'intérieur de la maçonnerie des tronçons de fûts de colonnes et de corniches sculptées enlevés pour la plupart au théâtre. Ce fait a été constaté notamment il y a quelques années lorsque l'on a abattu quelques mètres de la muraille près du théâtre pour élargir une rue'.

La Porta Aqiiaria, comme son nom l'indique, était le point où aboutissait l'aqueduc qui alimentait la ville. Arles, par sa position entre le Rhône et les étangs, ne manquait pas d'eau à sa proximité et en avait même plus quelle n'en voulait ; mais ce n'était pas une eau bien limpide et Ton s'étonne qu'une ville romaine de cette importance ait attendu si longtemps avant d'avoir des eaux de source en abondance. Tandis que Nimes, qui possédait cependant déjà sa fontaine de Xemausus, avait été chercher, au delà du Gard, peut-être dès le temps d'Auguste, les eaux de l'Eure, ce n'est que sous Constantin qu'Arles jouit d'un bienfait analogue. Il est vrai qu'alors on fit très bien les choses. On alla jusqu'à la chaîne des Alpilles chercher les eaux les plus pures de la région. L'aqueduc principal commençait sur le versant nord de la chaîne, c'est-à-dire dans la vallée de la Durance, aux abords de Saint-Réni}' et de 31ollèges. Il serpentait au pied de la montagne, longeait, sans y pénétrer, le territoire de l'ancienne Gl a il uni Livii. suivant de l'est à l'ouest la base septentrionale de la chaîne jusqu'à son extrémité. Arrivé à l'endroit appelé aujourd'hui Saint-Gabriel l'ancien Jîniagitiit m , il contournait les Alpilles, se dirigeait vers le sud perpendiculairement à sa première direction, passait près du village actuel de Fontvieille où, au lieu dit les Taillades^ se voit un bas-relief rupestre antique et, un peu plus loin, se juxtaposait à un autre ac^ueduc. C'est là qu'est la partie la mieux conservée, celle que représente notre photographie. Le second aqueduc venait des environs de .Maussanne et du Paradou. Après avoir reçu par

' On agit de même à Athènes, lorsque Thémistocle la fit fortifier précipitamment après le départ des Perses ^480 av. J.-C.;. Les fouilles ont confirmé ce que Thucydide nuus avait appris à ce sujet (i, 90-93).

A RI. F, s

un embranchement les eaux de la fontaine d'Arcoule, qui existe encore sur le versant méridional de la colline des Baux, il rencontrait un Ijourrelet rocheux c[ui ilomine d'assez haut la vallée des Baux, de l'autre côté

Galerie supérieure (i''' étage, et vue de la galerie inférieure.

de larjuclle au --ud se trouve le château de l>arl)ei;;\l 1 .'int>'énieur romain a\ail ])<'rc('' ce rocjier et y a\ait creuse'' une rij^ole à ciel ouvert di'-liou- <'lianl dans un \aste l)assin. ("est là (jui' tinissail l'aiiueduc \cnanl de Alaussaune 'Juanl au ]ireinici\ le |iliis loiv^. il lra\ersait la \"allée ûc liarhei^al sur des anhes dnnl il ne reste plus qu'une seule pile dans h's

jardins du château, au point même où l'aqueduc atteignait le rebord du plateau de la Crau, qu"on appelle dans le pays « le pendant de la Crau ». De là. il suivait le plateau de la Crau jusqu'à Arles.

Trois arcades sont encore à peu près intactes. Elles ont à leur base des moulures bien conservées. Cette base est construite en grand appareil, le reste en petit appareil. Le conduit est formé d une espèce de béton dur comme du fer. Ce béton est composé de morceaux de briques très menus et de graviers mêlés ensemlile et agglomérés au moyen de ce ciment hydraulique romain dont la chimie moderne a pu scientifiquement reconstituer la composition exacte sans que l'industrie ait toujours ]iu le reproduire avec toutes ses qualités. Tout dans cette construction indique bien l'époque de Constantin. Après avoir alimenté par des embranchements les thermes et la naumachie. les eaux des Aljnlles arrivaient au palais impérial; mais elles ne s'arrêtaient pas là et des tuyaux de plomb, dont un grand nombre ont été retrouvés portant le nom du fabricant, la faisaient passer par un siphon à travers le Rhône jusqu'au quartier populaire de Triquetaille'. Quoique cela ne vaille pas le pont du Gard, il y a là un travail important, digne des Romains, digne d'avoir inspiré à Mistral sa magnifique fantaisie du Porto-aigo.

» Les ouvriers comblent vallées et bas-fonds nuit et jour malgré les obstacles. Ils vont toujours, le plan est bien tracé! Le fossé est encaissé,

' N'ovez aussi ci-dessous, p. 147, ce que nous disons de cet aqueduc à propos de Saint-Rémv.

Pbatu Chate.tuiieu

Théâtre antique.

i( Tour de Roland », vue prise du jardin (côté Sud).

cimenté, couvert, butté, l'eau peut ruisseler. Ils éventrent les collines, les buttes, aux travers des Alpilles ils percent droit. Le prodigieux canal, l'aqueduc sans pareil, sur l'étang de Barbegal, marche que c'est merveille »

Il reste en somme assez peu de chose de l'Arles de Constantin ; mais puisqu'il faut toujours faire sa part aux ravages du temps et des hommes.

rUulo FCUUI.

Théâtre romain (intérieur).

nous devons nous féliciter c[ue ce soit surtout l'Arles d'Auguste et des premiers Césars qui ait été plutôt épargnée

L'amphithéiitre d'Arles est plus ancien que celui de Ximcs 11 n-nuinte au premier siècle de notre ère; peut-être fut-il coninuMicé dès le tt'ni])s où (laudlLis Tibèrius Néro. père de l'empereur Tibère. conduis;iii dans la ville une colonie rtimaine \<< axant J.-C.\ Transformé en forteres^i-. au tlébut du moxen âge. il fui surnidiité de tours ipii existent encore' en ])artie. il ne larda pas à se remiilir d'habiiatinn'». el. lorsque en 18J5. hi HUini(i|ialil(''. à l'insligation du maire, .^l de ( liarlrunse, l'iilrepril de le restaurer, il fallut ((iinnicnicr par (ièmulir les (h'iix cent dnu/c haliita-

8o ARLES

tions et la chapelle qu'il contenait. En 1830. le déblaiement était à peu près achevé et. à l'occasion de la prise d'Alger, on y donnait, devant près de 20.000 spectateurs, une première course de taureaux.

L'amphithéâtre d'Arles est moins bien conservé que celui de Ximes '. L'attique. qui a certainement existé, comme l'a prouvé Questel. a disparu ; mais les arcades supérieures qui découpent librement sur le ciel leur ligne grandiose et régulière, donnent un effet pittoresque qui permet à peine de regretter cette destruction. ^Vyant parlé dans ce volume même de l'amphithéâtre de Nîmes nous n'insisterons c^ue sur les points par lesquels l'amphithéâtre d'Arles en diffère.

Les substructions présentent un grand intérêt. La colline de ^louleyrès, sorte d'acropole de quelques mètres de haut, n'offrant pas une surface suffisante, les Romains l'entaillèrent sur une assez grande étendue et établirent leurs substructions en contre-bas. « Elles comprennent, dit M. Hipp. Bazin, quatre murailles concentricpies. formant alternativement des galeries et des chambres, dont les unes étaient utilisées et dont les autres avaient pour objet d'assurer la solidité de l'édifice, tout en évitant l'emploi de contours massifs en maçonnerie. Galeries et chambres souterraines n'existaient pas d'ailleurs sur tout le périmètre de l'arène ; là où les Romains avaient rencontré le rocher formant une assise suffisamment solide, ils n'avaient eu garde de négliger cet avantage, de sorte que la galerie extérieure n'existe que sur une partie du périmètre. Toutes ces constructions de la première assise échappent au regard, sauf il' un côté sur la face septentrionale où une porte aujourd'liui disparue donnait accès par les souterrains sur le sol même de l'arène. » C'est par là que l'on faisait entrer les cages des animaux sauvages.

On a pu se demander si les arènes de Ximes avaient vu des combats d'animaux féroces. La chose est certaine pour Arles. Des ossements trouvés dans le sous-sol et la hauteur considérable du mur du podiiiin ne peuvent laisser de doute. Ce podium présente environ à mi-hauteur une corniche, destinée probablement à porter un plancher, lorsque, pour d'autres spectacles, il n'était pas nécessaire de protéger aussi bien le public.

' L'amphithéâtre d'Arles fSt un peu plus grand que celui de Ximes. Voici ses dimensions principales d'après le plan de Questel qui fut chargé de diriger les restaurations votées en 1845 par les chambres. Ce plan a été dressé d'après les mesures de Guill. \'éran. Grand axe : extérieur 136'", (5. intérieur 69"',26; petit axe : extérieur 107"', 62, intérieur 39™, 82; superficie de l'arène, 2. 166™, 9; superficie totale 11. 503'", 508. De la comparaison que fait Choisy {Histoire de V Architecture, I, 558) de cet amphithéâtre avec le théâtre de Marcellus à Rome, on pourrai! conclure que le monument d'Arles est postérieur au monument de Ri.imc.

Dans cette comparaison entre les deux amphithéâtres romains les plus célèbres de notre pays, ce qu'il importe le plus de remarquer, c'est la différence des styles. A Arles, il y a plus d'élégance; on est plus près du temps où l'art romain était pénétré de l'art grec. Sans doute l'aspect général est romain : la forme circulaire des cent vingt arcades superposées en deux étages et la masse considérable de l'édifire affirment ce caractère; d'ailleurs. les^Trecs n'ont jamais connu ram])hithéàtre ou, du moins, ne l'ont connu que par les Romains.

Cependant Ké\i>il a raison de reconnaître dans l'amphithéâtre d'Arles l'influence hellénique, qui apparaît dans l'emploi jilus fréquent. ])our les dispositions intérieures, de la plate-bande au lieu de la voûte comme dans le dessin des moulures et des ornements. « Tandis qu'à Ximes la galerie principale est voûtée suivant le s}-stème romain et divisée en travées, à Arles elle est couverte de linteaux de pierre : la plate-bande a été préférée à Tarcade. D'autre part le style des corniches et

des pilastres accuse l'art grec. » Tl se manifeste aussi bien (hins les jiilastres doriques du premier étage que dans les colonnes C(jrinthiennes du second. On sait quel admirable ]Kirti les architectes romains ont tiré (U> l'ordre corinthien; c'est le seul ])(iint sur lequel on puisse dire qu'ils aient niixbfu'- heureusement leurs modèles grecs. Or les cha])iteaux corinthiens (!'.\rlrs ra])i)ellent ])hit('it le monument choragii|ue <U' l.ysicrate que le l'aniliéon d'Agri])pa.

Celle intUience greccpii' esi bien ])Uis apjtarenle dans le théâtre, malgré la tour de défense dile lotir lit- RoLiiul qu'on y a ajoutée au moyen

La Venus d'Arles.

âge. Elle est sensible dans le style de son architecture et de son ornementation. Les chapiteaux corinthiens sont de galbe grec, plutôt que romain. La frise qui courait tout le long de l'extérieur du théâtre et que de nombreux fragments permettent de reconstituer atteste, par ce ciu'elle a d'illogic^ue, la persistance de la tradition grecque. Elle se compose en effet dune succession de petits triglyphes et de fausses petites métopes (taureaux et fleurs décorativ^es alternési mis bout à bout comme le seraient des oves et des rais de cœur ; elles ne sont qu'un simple ornement, elles forment seulement des bandeaux, sans aucune signification architecturale, sans aucun rapport avec l'ossature du monument, mais elles rappellent l'entablement des temples doriques grecs. L'influence grecque s'affirme plus encore dans le plan général qui rappelle celui du théâtre d'Athènes. Elle se manifeste surtout dans l'importance laissée à l'orchestre. Dans les théâtres grecs, l'orcî^estre n'était pas occupé par les spectateurs, ce mot voulant dire l'endroit où l'on danse. C'était, comme le sens étvmologique l'indique, le lieu où le chœur exécutait ses évolutions devant l'autel de Bacchus et il était relié à la scène par deux escaliers latéraux. Les Romains dont les représentations théâtrales n'avaient pas le même caractère national et religieux livrèrent l'orchestre aux spectateurs et en restreignirent l'étendue. Nous le constaterons à Orange. Mais à Arles, lorsqu'on mesure ses dimensions, lorsqu'on remarque le magnifique dallage de marbre rare qui le couvre encore, en partie, on voudrait croire qu'il n'a pas été simplement destiné à contenir des sièges et qu'on y a vu se développer les théories, les cortèges qui venaient faire entendre les vers lyriques des émules de Sophocle ou d'Aristophane. Le peu de profondeur de la scène comparée à sa largeur 142 m.) permet de supposer du moins que cet orchestre a pu servir à la figuration et à l'extension de l'appareil théâtral. Le théâtre d'Arles a 163 mètres de diamètre, et pouvait contenir 16.000 spectateurs.

La population d'Arles affirmait son origine en partie hellénique par son goût pour des spectacles plus intellectuels et plus humains que ceux de l'amphithéâtre et du cirque. 11 semble que ce monument a été construit avec amour, si on en juge par le luxe qui y fut déployé, par la délicatesse et la beauté des sculptures, par la richesse des matériaux, marbres d'Italie, de Grèce et d'Afrique. (Jn peut s'en rendre compte encore aujourd'hui, malgré les destructions fanatiques du V" siècle Alors en effet, vers 446, sous l'épiscopat de saint Hilaire, le théâtre fut condamné. Un clerc nommé Cyrille conduisit le peuple à la destruction et au pillage. On ne pensa même pas à réserv^er ce qui aurait ]3U servir à l'orne-

mentation des églises ; et c"est par hasard que quelques colonnettes provenant du mur qui soutenait le pidpihim ' ont été beaucoup plus tard employées à Saint-Césaire et au cloître de Saint-Trophime. Au milieu de ces décombres qui servirent de carrière, un couvent fut construit en 1664. sur l'emplacement de la scène. Ce couvent fut détruit à la Révolution et les ruines s'a;outèrent aux ruines. La forme de l'ancien édifice était tellement méconnaissable que, depuis le XVll" siècle où on commença de nouveau à s'en occuper, plusieurs y voyaient un temple de Diane. Cependant deux magnifiques colonnes monolithes, lune de marbre jaune de Sienne, l'autre en brèche africaine, marquent encore le fond de la scène et attestent sa splendeur passée. En avant du prosccnimn. sur la face intérieure du mur du pulpitum, on aperçoit des rainures bisautées, creusées dans de larges pierres. C'était là probablement que s'enoao-eaient les mâts destinés à porter les tentures qui fermaient la scène chaque fois que le spectacle était interrompu. Dans l'antiquité, au contraire de ce qui se passe actuellement, la toile se levait à la fin du spectacle et s'abaissait pour permettre au public de voir les acteurs.

Fort heureusement Cyrille et ses complices, dans leur fureur de destruction et pour aller plus vite, avaient laissé sur la place les débris des statues qu'ils avaient cassées. C'est ce qui a permis d'y retrouver, depuis, des œuvres admirables.

Les sculptures antiques d'Arles sont incomparalilement supérieures à celles de Nîmes; elles appartiennent en général à une meilleure époque, et donnent une haute idée des goûts artistiques des Arlésiens. comme de la merveilleuse diffusion de l'art gréco-romain.

La première peut-être de ces trouvailles fut ijarliculièremcnl heureuse : la Venus d'Arles. KUe n'est jjIus à Arles, mais à Paris. Cei)endant c'est bien à projios de la ville d'Arles, où l'on en voit d'ailleurs le moulage, qu'il convient de résumer l'histoire d'une statue qu'on n'aurait pas du lui enlever et qu'on devrait lui rendre. Cette statue est certainement une des plus Ix-llcs i|uc nous ait laissées ranti(|uité ( )ii ]Miurrait lui rc])rochcr (pielque mauièri' dans la pose, ce bras tendu (|ui lient une pomme ne s'explique guère et détruit l'eurythmie île hi hgure ; mais la faute en est à la manière dont elle a été restaurée, quoique ce travail

' Le piilf'i/iiiii était la partie avancée de la scène (en avant ilii /^rosmiiiiiii) .ni les actem-s se plaçaient le plus sdiivent, autant ciue leur rôle le permettait, pour se faire mieux voir et mieu.-; entcmlre. Le f^nisifiiiiiiii correspoiul à peu prés à c>' ipie nous appelons aujourd'liui l;i si;éne.

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