‹ Nîmes, Arles, Saint-RémyChapitre 5 sur 12 · K. CRISPUS · texte numérisé non relu

K. CRISPUS

KEBURRUS FECIT

C'est sans doute un des architectes ou entrepreneurs du monument.

D'autres documents épigraphiques conservés au musée lapidaire attestent l'importance des combats qui y furent donnés ; ce sont des inscriptions funéraires qui nous montrent que des gladiateurs étaient établis dansle pays et que ce n'étaient pas seulement des troupes de passage qui paraissaient dans l'arène. La fonction de ces spécialistes c[ui s ingéniaient à varier l'art de tuer y est indiquée avec soin ainsi que le nombre de leurs victoires.

Voici le Thrœx fie Thrace) qui, armé d'une courte épée, d'un bouclier rond et d'un casc^ue, combat contre un adversaire armé de même. Voici le rctiaire qui, un filet d'une main et un trident de l'autre, mais sans armes défensives, poursuit le mynnillo portant seulement une épée, mais protégé par sa cuirasse, son bouclier, ses jambières et son casque.

Les inscriptions de Nîmes ne nous ont pas signalé de laqucateurs (combattant l'un contre l'autre avec des lacets) ; ni de dunachaircs, ni de gladiateurs équestres. On ne peut conclure de ce fait qu'on n'en ait pas v dans les arènes de Nîmes, d'autant mieux qu'ils étaient plus rarement employés. Les dimachaires surtout qui, sans armes défensives, mais portant une épée de chaque main, cherchaient plutôt à tuer qu'à se défendre

revenaient fort cher aux entrepreneurs de spectacles. Un gladiateur bien instruit représentait un capital important et ce n'était pas sans mélancolie, en songeant à sa bourse, que le soir venu le maître comptait ses morts, soit ceux c^ui avaient été tués sur le coup, soit ceux qui, grièvement blessés et ne valant pas la peine d'être guéris, étaient achevés à coups de maillet dans le « spoliaire ». Un combat de gladiateur constituait donc des émotions et des dépenses auprès desquelles les courses de taureaux

ISIaison Carrée.

les plus luxueuses sont vraiment i)eu de chose. On éprouve à lire les noms de ces gladiateurs non loin de l'arène où ils ont combattu, une impression singulière, évocation d'un passé tragique. La plupart sont morts avant \-ingt-cin(| ans tués dans l'arène, comme ils en avaient tué d'autres, lit cependant ils étaient aimés; ils avaient une famille. Ce sont leurs femmes, aux doux noms de Sperala ou d'Optata, c'est leur j)rofesseur J.ucius Sestius J.alinus qui ont fait les frais de leur toml)eau '.

' 11 faut qu'ils aient ctù de bons maris, car lo nuiii d'Optata se trouve cite comme veuve de gladiateurs sur deu.x pierres funéraires dilïénntes. et les e.ir.ictères de Tins-

Si les Arènes nous donnent surtout la sensation de la grandeur romaine, la « .Maison Carrée » complète l'idée que nous devons nous faire d'une civilisation qui savait allier l'élégance à la force. La Maison Carrée, la plus populaire des monuments antiques de notre sol. est peut-être l'œuvre la plus parfaite que nous ait léguée l'architecture gréco-romaine, édifice où apparaît dans tout son jour ce souci de la " divine proportion » que les Romains avaient hérité des Grecs, lorsqu'ils reprenaient à leur tour les types que ce peuple, artiste entre tous, avaient créés. Ce souci ne se montre pas seulement dans le rapport des parties entre elles ; mais dans les dimensions adoptées. Plus petit, il risquerait de paraître mesquin; plus o-rand. on saisirait moins bien l'ensemble de sa « magique harm(.)nie ».

La iMaison Carrée forme un rectangle de 26™, 32 de long sur 13"', 55 de large. Ses colonnes sont corinthiennes et ont 7™, 16 de haut. C'est un temple pseudopériptère, c'est-à-dire que. sauf au péristyle, les colonnes au lieu de former galerie autour de l'édifice sont engagées dans les murs de la cella ou sanctuaire, ce qui permet d'augmenter les dimensions de ce sanctuaire, sans augmenter les dimensions extérieures de l'édifice. Vingt de ces colonnes sur trente sont ainsi prises à moitié dans la maçonnerie; six forment la façade; les quatre autres, deux de chaque côté supportent le péristyle. Le monument s'élève sur un stylobate qui lui sert comme de piédestal et l'on accède à la porte d'entrée par un escalier de quinze marches. Cette porte de 7"', 14 de haut sur 3"',24 est couronnée par une architrave très saillante que supportent deux consoles richement sculptées.

La sculpture décorative de la .Maison Carrée est justement célèbre. On y voit avec quel soin et quelle fermeté les ornemanistes romains fouillaient la pierre, accentuaient les reliefs, faisaient saillir les lignes principales, et, par la profondeur à laquelle ils creusaient, comme par la précision de leur ciseau, faisaient intervenir les jeux d'ombre au milieu du dessin le plus pur. C'est ainsi que sans parler des tètes de lion qui supportent la corniche, la disposition des rinceaux cjui courent le long de l'entablement nous apparaît, malgré la distance du sol, dans une netteté parfaite, sans froideur ni sécheresse. Certains fragments de ce genre qu'on peut voir de près au musée lapidaire nous montrent que, même pour des motifs destinés à être placés à plusieurs mètres du spectateur, l'artiste prenait souvent la peine, par exemple, d'isoler la feuille ou la branche de la pierre qu'il sculptait, de façon qu'elle n'y restât attachée que par un côté ou même seulement par quelques points de ses courbures.

cription qui indiquent la même époque pour les deux monuments, venant se joindre à la similitude des noms, permettent de croire qu'il s'agit bien de la même personne.

La -Maison Carrée était comprise dans un ensemble architectural dont il a été possible de déterminer à peu près les dimensions. Elle se trouvait au fond d'une grande place qui se prolongeait vers le nord jusqu'au point où s'élève aujourd'hui la statue d'Antonin. Tout autour, à i6 mètres environ du mur du temple s'élevait un portic^ue formé de colonnes de 7'", 60 de haut et de o"'.73de diamètre, avec un entrecolonnement de 3 mètres. Une voie romaine qui passait derrière la .liaison Carrée, avait obligé de donner de

M.iison Carrée. Intérieur.

ce côté au portique une forme cintrée. Divers débris de ces constructions ont été conservés et placés avec raison dans la cour même de la Maison Carrée. On v remarque surtout de ces magnifiques guirlandes de fruits ou de fleurs dont nous retrou\'erons d'autres éclianlillons au musée lapidaire. Les modèles ne manquaient pas dans le ])ays, les fleurs et les fruits y abondaient Les marchandes de fleurs devaient être fort l)ien achalandées, si l'on en juge par un bas-relief, probablement une enseigne de magasin, où l'on voit une jeune femme assise à un comptoir avec celte inscription engageante cl co(|U(,'tte :

Xoii. vciiilo ni aiiuiiilihiis ionnuis Je ne vends mes boiu|uets qu'au.\ amoureux.

i6 NIMES

Les archéologues ont été fort longtemps dans l'embarras pour déterminer quelle était la destination de la Maison Carrée et quelle était la date de sa construction. On admet généralement aujourd'hui que c'était un temple, élevé en l'honneur des deux frères Caius et Lucius Agrippa, fils de Julie et du grand Agrippa, le vainqueur d'Actium et par conséquent

petit-fils de l'emijereur Auguste L'archéologue Séguier, vers le milieu du XVIII'' siècle, est arrivé à cette conclusion tl'après les empreintes des clous qui attachaient sur le fronton les lettres métalliques de l'inscription depuis longtemps disparue; il a pu ainsi reconstituer l'inscription suivante :

C. CAESARI AUGUSTI F. L. CAESARI AUGUSTI F. COS DESIGN.\TO PRINCIPIBUS JUVENTUTIS'

Si Caius et Lucius sont appelés fils et non petits-fils d'Auguste, c'est qu'à cette date, Agrippa, leur père, devait être mort, et que leur grand-père les avait adoptés comme ses héritiers. Or, Maison Carrée. Danseuse grecque?"""'""' Agrippa mourut en 12 avant

J -C. D'autre part, les fastes consulaires nous apprennent que Caius fut, en effet, consul en 1 an I après J.-C. C'est donc vers l'an I de Jésus-Christ qu'aurait été élevée la Mai.son Carrée. Peut-être ne le fut-elle qu'après la mort des deux princes, qui eut lieu inopinément l'année suivante. Le style du monument, quoi qu'on en ait dit. s'accorde avec cette date. Quant à l'idée des Nîmois d'élever un si beau temple à des personnages aujourd'hui assez oubliés, elle ne nous étonnera plus lorsque nous réfléchirons que Caius

' L'idée de rétablir l'inscription de la Maison Carrée d'après les trous des crampons des lettres est due à Peiresc. (Voy. Gassendi. Vn- de Pciresc, en latin, 1641}. Le mémoire de Séguier a été publié en 1759.

Photo Bt-rnlielu

et Lucius avaient hérité de la grande popularité de leur père dans la Gaule orientale, et qu'ils avaient su entretenir ces sentiments. Ils avaient contribué à l'embellissement de Nîmes, et C'aius avait accepté d'être oftîciellement le protecteur de la Coloii/û \c'in(7t/Sins!S. Cette popularité était telle que lorsque :les Nîmois purent craindre que Tibère, alors à Rhodes, cherchât par ses intrigues à supplanter les fils d' Agrippa, ils avaient renversé les portraits et les statues de ce prince qui se trouvaient dans leurs murs Ce témoignage de Suétone ( Vie de Tibère; est précieux à plus d'un titre. Il nous fait comprendre corn bien, même dès le début, le nombre des œuvres d'art, officielles ou non , devait être grand clans l'empire, puisque Tibère, qui n'était pas encore empereur et qu'aucun lien spécial ne rattachait à Nîmes, y avait cependant plus d'une fois son image.

J-a .\laison Carrée, si souvent citée comme un modèle d'harmonie et de symétrie, présente dans sa

construction ccrlaincs irri''gularités qui ont été n>levées avec soin. La corniclu; horizonlah- du fronton nord ila façade) présente 2q modillons ; celle du sud en a 22; la façade latérah' de l'ouest en a 54; celle de l'est 64' ( )ii peut s'amuser à les comj)ter ; on ])eut faire des remarques

' Ces iniiJiiliins un consoU-s Dlïrent une p:irticul;iiitc qu'on n';i jamais rencontréedans aucun autre édifice. Ils sont placés dans le sens inversir du .sens habituel; leur partie saillante et renflée, au lieu de s'appuyer v<'rticalenient sur la corniche, s'étend horizontalement sous le larmier, l'n architecte éi;v|)tien du temps de ïhoulnies III eut une f.ant.iisie analoç^ue, lorstiue, dans un i)orlii|ue de Karn.d<. il imaiïina de n-tourner les chapiteaux de ses colonnes campanifornies, de l'açoM ;i placer en haut la partie la plus étroite, exemple iiiiii(ur l'-.drnii-nt dans l'architeeturc iiharaonitpic. Co sont là des

IMkiU) ticinti

Maison Carrée. N'énus

analogues sur les mufles de lion qui sont rangés sous le toit ; mais on ne voit pas bien en quoi la valeur du monument peut en être diminuée. Ce qui est plus singulier, c"est que les entrecolonnements ne sont pas égaux, et cela sans quon puisse trouver une progression, un rapport de chiiFres qui permette de conclure à des inégalités volontaires. .M. Aurès

a trouvé des différences allant jusqu'à o'",og.

Les monuments antiques du midi de la France ne commencèrent à être étudiés qu'à la fin du xv" siècle. Les architectes italiens eux-mêmes, malgré tout ce qu'ils avaient vu dans leur pays, en étaient vivement frappés, comme en témoignent les dessins de Giuliano da San Gallo. conservés à la Bibliothèque Barlierini, à Renne. San Gallo laissa par la Provence en 1492 et la visita plus longuement en 1496. Il a laissé un journal assez insignifiant, d'ailleurs, de son voyage. Palladio, au siècle suivant, étudie et dessine, dune façon assez inexacte, il est vrai, le temple de Diane, dont nous nous occuperons plus k)in. Dans son ouvrage DeU'Arcliitci titra ;Venise 15701, il parle aussi de la « -Mazon quarrée ». Ses contemporains \'ignole et San-31icheli vinrent également l'admirer.

Vers le même temps, le français Jean Lemaître jaublia, sous le titre « Le vrai pourtrait de la 3Iaison Carrée de Nîmes », une grande gravure sur bois qui représente notre monument d'une façon remarc|uablement exacte. Depuis, l'admiration ne fit que s'accroître. Colbert songea à la

« curiosités » dont l'imitation n'est pas à recommander. Mais tandis que. dans le portique égyptien, l'effet est véritablement mauvais, dans le temple gréco-romain, la forme paradoxale, qu'on ne remarque que si l'on est prévenu, ne nuit en rien à l'ensemble.

Vénus de Ximes.

faire transporter à Versailles, et Albéroni demandait pour elle un étui d'or '. L'Ang'lais Arthur Voung, c[ui visitait notre pays à la fin du xviilsiècle, en a donné une description qui mérite d'être reproduite : « Je visitai la 3Iaison Carrée hier au soir, ce matin et deux fois outre cela dans le jour (26, 27 juillet 17S71. C'est sans comparaison l'édifice le plus léger, le plus élégant et le plus agréable que j'aie encore^ vu. Sans avoir une grandeur imposante, sans étaler une magnificence extraordinaire pour créer la surprise, il fixe l'attention : il se trouve dans ses proportions u n c harmonie magique qui charme les yeux On ne saurait distinguer une partie spéciale de beauté par excellence; c'est un tout l)art"ail de symétrie et de grâce. » La Maison (Narrer est un exemjde d(> clioix pour |)rou\('r

l'originalité nationale qiu' sul conserver l'architecture gauloise sous la domination romaine ( "est à leurs ancêtres gallo-romains que ^c ratuichciU. consciemment ou non, nos constructeurs du X\ T' siècle, qui Nculeiit revenir à ranli(|U(' et savent lui conserver un caclu'l d'élégance que Koiiu'

l'Il.ili. B,T..lh

Maison Carrée. Julia Mammœa.

' r,;i Ar;nsiin t'arrri' fut n-staurcc à la tin ilu wir siùcli' par ran-liitccti' (.ialii;i i Oardiiilhiin, pnulant l'intendance- de 15àvillr, (|iii surveilla Ini-mémo les travaux (i6H()-i6<)n). I,e 26 j,-invier lOcjo, l''lécliier. (Jvè(|ue de N'inies depuis trois ans, en faisait 1;\ bénédiction solennelle. I. a Maison Carrée était alors uni; éj^lise appartenant aux Kécollets, (|U(! lîùville .ivait mis in demeure de faire les réparations nécessaires. Kn 1576, la duchesse d'I'zes .avait voulu l'aeiiuc'rir pour en taire le tombeau do sa famille.

a trop souvent sacrifié à la solennité. L'ordre de la Maison Carrée, a dit M. Choisv. est une véritable colonnade de la Renaissance '.

L'intérieur du monument contient un musée d'antiquités. Nous y signalerons, avec des mosaïques moins intéressantes que celles que nous trouverons au musée de peinture, une statue de Vénus (petite nature. i"',,^5 de haut , découverte à Nîmes même, rue Pavée, en 1873, statue qui est assez agréable, mais a été beaucoup trop vantée par M. Lenthéric, et ne vaut pas un buste grandeur naturelle de la déesse, dans la pose de la Vénus de Médicis, mais plus souriante: — • une statuette de danseuse dont les draperies sont d'un mouvement remarquable, rappelant de loin, de très loin, la victoire de Samothrace ; — un enfant jouant avec un chien, statuette de marbre ; — un Silène, d'un caractère très réaliste ; — un torse d'enfant, dont on peut louer les formes véritablement enfantines, car les sculpteurs antiques, même de grand talent, n'ont pas toujours su en rendre le caractère; — un faune dévorant avec amour un raisin; — un fragment de tête de bronze, ayant appartenu à une statue d'athlète ou à une statue d'Apollon : la place des yeux est vide ; ils devaient être formés au moyen dune pâte d'émail, avec une prunelle de couleur différente ; — une statue de vieille prêtresse, certainement un portrait, car le modèle n'est pas flatté : — un buste de ."Mercure ; — des statuettes de bronze, entre autres celles d'un dieu gaulois et d'un Amour enfant. Au nombre de ces œuvres, il en est peut-être qui proviennent de l'atelier de Wvrariiis (fabricant de bronze nîmois, Scxtiis Spiirlus Pipcrelitts (voilà, certes, un nom qui n'a rien de consulaire), dont la pierre funéraire est au musée Parmi les figures historiques, nous indiquercjns des bustes de Commode, de Plotilla, femme de Caracalla ; de Julia Mammœa, mère d'Alexandre Sévère ; de Géta enfant et de sa mère, Julia Domna, femme de Sei)time-Sévère Cette Julia Domna a l'air d'une dame de la liaute bourgeoisie du temps de Louis- Philippe, avec des torsades de cheveux pendant sur les tempes. Le haut échafaudage de sa perruque compliquée qui se dresse sur son front a été taillé dans un morceau de marbre distinct et rapporté sur la tête, sculpté à part, comme une véritable perruque. C'est à tort que. lorsque l'œuvre a été restaurée, on a cru devoir cimenter la perruque avec le buste

La plupart de ces sculptures n'offrent qu'une valeur d'art secondaire et appartiennent presque toutes à la décadence. Plusieurs sont franche-

' Hiitoirc Je farchitcciiire, t I. p 60g.

ment mauvaises. On s'étonne de ne trouver que des œuvres statuaires en général si médiocres dans une ville où rarchitecture, et même la sculpture ornementale, donnent, d'autre part, des preuves d'un talent supérieur, et que Ximes, à cet égard, soit si inférieure à Vienne et à Arles. Il est vrai que les statues les plus précieuses, celles qui passaient pour être de beaucoup les plus Ijelles, ne sont plus à Nîmes L'H^'gie découverte en 1732 a disparu, sans qu'on sache ce cju'elle est devenue. Quant à l'Apollon '?', improprement appelé Antinous, qui fut trouvé en 1739 dans les bains romains . et qu'on croyait perdu, il a été identifié récemment par .M. E Michon avec le n" 424 du Catalogue somiiiaii'c tics marbres aiiliqucs du Louvre. Il est regrettable ciue l'on n'ait pas écouté Quatremère de Ouincj', qui, dès 1796, proposait d'établir à Ximes un muséum d'antiquité correspondant av'ec ceux de l'Italie '.

Ouelriues poteries méritent aussi l'attention, l'n va.se signé Perennius, trouvé dans les ^Vrènes, a été sans doute un jjrix donné à quelque bestiaire. Un autre vase jjrovcnant de la fabrique de Banassac Lozère , porte 1 inscription : '/'(//// hiiii' lie l il/hus. « on boit aussi bien ilans des vases de terre », (pii l'a rcnihi rc'lèltrc parmi les céraniisics archéologues. Ce vase présente aussi une autre iiarticularité : une échancrure pratiquée plus tard par un perruquier pour (pi'il ])ùt servir de ])lat à harlic. 11 aurait ]iu envier le sort inverse de cet autre plat à barlic (pii. devenu l'armet île .\laiiihriii . eut l'iiiinncur de servir de rasipir ,1 hmi (J ui<h()lU.v l'.nfin,

' I.cllrc sur U' (•rt-judicc i]u'iiii\)sioniu-i\ut .i Ai siieiu-f le •/•■f'I.u fiiniU JiS iiiiiiiii-

iiiciils </,■ l'.irl Jf riLilic. il'aris, an IV.)

Maison Carrée, 'l'ctc Je bronze.

deux dol/tnii, immense.'? tonneaux d'argile destinés à contenir du vin, de riiuile eu même des céréales, sont placés à la porte d'entrée. Ils ont i"'.90 de hauteur, 4'". 45 de circonférence dans la partie la jjIus renflée, 2 '",28 à la base. o"'.20 d'épaisseur.

Dans les vitrines, contenant des documents numismatiques 'sceaux et

monnaies se rapportant surtout à l'histoire locale, on remarque, parmi les monnaies romaines, celles qui. sur la face, portent les profils affrontés d'Auguste et d'Agrippa, et. stir le revers, la représentation inattendue d'un crocodile en colère, la gueule ouverte, tirant sur les fortes «haines qui l'attachent à un ])almier. C'est une allusion à la Ijataille d'Actium et à la conquête de l'Egypte, ce que confirme la couronne rostrale (|ui orne, de l'autre côté, le frt)nt d'Agrippa ; au-dessous, on lit les mots Col. i\'c/;;'.

Ce type monétaire est un argument potir les historiens qui pensent que la colonie impériale de Nimes fut une de celles qui furent fondées, comme en témoigne le Testament d'Auguste, en faveur des vétérans qui avaient combattu à Actium. .Mais la Coloiria Kriimiisciisis ne reçut que le droit latin, et non le droit romain. M. Allmer a conjecturé que les colons militaires envoyés à Nîmes étaient, non des citoyens romains, mais des auxiliaires, des Grecs et des Égyptiens qui. on le sait, servirent en assez grand nombre dans l'armée d'Octave. On a retrouvé, à Ximes, plusieurs statuettes égyptiennes de st3le archaïque, et le musée contient un petit autel où ri)n peut, avec

' Les armes de Nimes reproduisent le revers de notre médaille. Ces armes lui furent données par François 1"'', lors de son passage dans la ville en 1535.- A cette occasion, on éleva au roi une colonne surmontée d'une salamandre.

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Monument du poète Jean Reboul.

31. Maurin. reconnaître un caractère égyptien. D'ailleurs, un temple d'Isis avait été construit près de la Tour 31agne.

Les pièces les plus rares que contiennent les vitrines de la oMaison Carrée, pièces qui ont longtemps exercé la sagacité des numismates, portent soudée à leur contour une patte de biche ou plutôt de sanglier, car le sanglier était une figure, plus ou moins sj-mbolique. fort répandue en Gaule, et qui étaitjustement représentée sur les plus anciennes monnaies

l'holc. Bcinli'

Canal de la Fontaine.

de Nîmes. Ces médailles à pied de sanglier peuvent avoir servi d"amulettes : quelques-unes sont percées d'un trou j)ouvant donner j)assag(> à un cordon. D'autres ont servi d'ex-voto Les anciens, en effet, avaient l'usage de jeter différents o1)j('ts. cl princiiialcment des pièces de monnaie, dans les eaux consacrées aux divinités dont ils dcmandaicnl la i)roleclion, et l'on sait que des Anglais de passage avaient, en 1739. trouvé de ces médailles à j)ied de sanglier sur les cliantiers tle restauration de la fontaine de Nîmes.

Cette fontaine, vers la(|iirlli- nous allons nous diriger, ]>ortail le nom

de Ncuiûiisus. Ce mot désignait à la fois la ville, la source qui l'alimentait et le dieu de cette source. Les sources, dit Pline, accroissent le nombre des Dieux et servent à fonder les villes'. La fontaine de Nîmes était une des plus célèbres de la Gaule, avec celle de Divoua (Cahors) ; et même une des plus célèbres du monde romain. Ausone, qui a rappelé ailleurs Divona, n'hésite pas De Claris Urbibiis. 13, 331 à rapprocher

Le Jardin de la Fontaine.

Nemausus de la source d'Abano. près de Padoue et du Timave, que Virgile avait déjà célébré ou cité, non seulement dans V Enéide, mais dans les Eglogncs et les Géorgiqiies.

Non aponus potu, vitrea non luce Nemausus Purior; ;equoreo non plenior amne Timavus.

Sur le chemin qui conduit à cette fontaine, nous passons dans le voisinage des rues qui portent les noms d'Auguste, d'Agrippa. Vespasien,

' Livre X.XXI, ch. 11. \"ov, C. Julhen. La Fontaine ,h- Msiius dans les Mi-huigcs Boissier.

Titus. Xerva, ïrajan, Hadrien, Antonin. aussi naturellement qu'on lirait ailleurs les noms de Richelieu ou de Turenne, deGambetta ou de Ledru- Rollin Antonin, dont, comme on sait, la famille était originaire de Nîmes, a même les honneurs d'un square et d'une statue, œuvre du sculpteur nimois Bosc, auteur de la statue du boulanger poète Reboul. qui est placée plus loin, dans le jardin public.

liiins romains.

Un canal, contenu dans de lielles maçonneries et cou])é ]iar des ponts élégants ornés de balustres et de vases de marbre, court à travers deux allées (le beaux artires ].a source qu'il a recueillie sort du ])ied du mont Cavallier. qui porte la tour .Magne. .Sur la colline et sur la terrasse iiui se dévelo]i|ir en avant, a été (lis])osé un jardin justement célèbre, où les aménagements (ki X\iil' siècle, exécutés à jiartir ch' i 7311, ])ar l'architecte Maréchal, s'unissent sans (lis])arale à ce <.|ui a été conservé îles noml;)reuses constructions anli(pies élevées autrefois sur cet emplacement où la source sacrée attirait tant de pèlerins. Le jardin englobe les restes iin|)i irl.uUs (h's bains rciuiains ([u'ini xnii en contrebas îles balcons et des galeri<'s (pii dixiscnl auinuririini h- ])arliTre (in accédait à ces bains par

un escalier circulaire à double rampe, au milieu duquel s'élevait une statue d'Auguste, portant sur son piédestal une inscription qui nous a été conservée : ^4 /'ciiipcrair César-Aiigiistf. fils du divin Jules. consul pou/la neuvième fois, consul désigné pour la dixième fois, iinperatoi- pou/la liuitiènie fois. Ces indications administratives nous donnent l'année 25 avant Jésus-Christ pour la date de la statue, et peut-être aussi pour

Temple de Nemausus.

celle de la construction des bains Une autre statue colossale de l'empereur, en bronze doré, s'élevait sur une sorte de terrasse centrale, à la place où se voit une nj'mplie couchée du xviii° siècle. Aux quatre angles de cette terrasse, des Génies appuj-és sur des gerbes de blé ont succédé à de magnifiques colonnes décoratives de stx'le corinthien, dont l'une a pu être complètement reconstituée. En arrière, du côté du midi, un fronton porté sur six colonnes, formait l'entrée principale d'un périst3-le qui entourait à la fois la source et les bains. Ce jardin était encore embelli par de nombreuses statues deXimois importants, dont plusieurs nous sont connues par l'inscription de leur piédestal. Aujourd'hui, la partie conservée

des bains romains est livrée à l'accès libre et permanent des eaux, ciuoi-

l'iwlu Fori'l-

Temple do N'cmausus.

qu'on distinguo encore les rigoles qui les dirigeaient autrefois dans les baignoires et les ])iscines, en ménageant les galeries et les promenoirs. Ces

bains étaient dignes de Xemausus, le dieu de la source qui les alimentait. Xemausus était vraisemblablement le véritable titulaire du temple voisin, dans lequel on a vu aussi un Xymphée et un temple de Diane. Auguste avait élevé un sanctuaire en ce lieu ; mais le monument dont nous voyons les ruines semble appartenir à l'époque des Antonins. Son attribution au culte de Xemausus n'empêche pas que les douze niches aujourd'hui vides du sanctuaire aient pu contenir les statues de Diane, Vesta. Hypnos le sommeil , Isis, Sérapis. dont les noms ont été lus sur des inscriptions trouvées dans le voisinage. Cet édifice est beaucoup moins bien conservé que la Maison Carrée ou les Arènes. Il a passé par de nombreuses vicissitudes. Il fut donné, en 991, par Fontaine, évêque de Xîmes, à des religieuses bénédictines qui le possédèrent jusqu'au milieu du xvr' siècle. Quoique devenu depuis grenier à foin, il était encore à peu près intact dans son ensemble, lorsqu'un incendie l'endommagea fortement en 1576. Bientôt, à l'occasion des Guerres de Religion c^ui troublèrent particulièrement le bas Languedoc, il fut partiellement démoli par les protestants ])our qu'il ne put être utilisé par les troupes catholiques de Bellegarde, qui voulaient s'en emparer. Plus tard, il servit de carrière, lorsqu'on restaura les fortifications delà ville (1622).

Malgré les attaques du temps et des hommes, le temple de Xîmes n'en reste pas moins un des monuments les plus intéressants que nous ait laissés l'antiquité. La partie centrale est couverte par une voûte en berceau de grand appareil, d'une construction hardie et originale qui a, avec raison, attiré l'attention de n(js architectes. On a ])u y voir une des plus anciennes applications systématic^ues de l'arc doubleau, employé couramment, mais plusieurs siècles après seulement, dans l'architecture romane et ogivale. La chose a assez d'importance dans l'histoire de l'art pour que, sans entrer dans la discussion, nous indiquions les données du problème. « Les éléments de cette voûte, tlit M Corroyer [Arcliitectnre Romane, p. 217) se composent d'arcs doubleaux très ingénieusement combinés et dont l'appareil est particulièrement soigné. Ces arcs forment pour ainsi dire des cintres permanents en pierre entre lesquels sont ajustées des dalles taillées en claveaux et reposant dans les feuillures ménagées sur les faces latérales des arcs doubleaux. » M. Brutails [L'Archéologie et ses Méthodes) n'admet pas que les architectes du Xymphée aient eu des visées aussi systématiques : « Après avoir longuement considéré la grande voûte du Xj-mphée, voici ce que j'y vois : Elle est formée, comme plusieurs autres voûtes d'Arles et de Xîmes, dont on trouve des

spécimens dans le Xymphée même, de tranches juxtaposées. Seulement, dans la grande voûte dont il s'agit, la douelle' n'est pas lisse ; les tranches sont de deux épaisseurs et alternativement en saillie et en retrait. Or, il fallait éviter c^ue, par suite des mouvements de la maçonnerie, la saillie ne présentât des inégalités choquantes... C'est pour cela qu'on a fait porter les extrémités des voussoirs en retrait sur une feuillure réservée dans les voussoirs faisant saillie. Si ces derniers étaient vraiment des nervures

IMiuta lieniheim.

Porte d' Auguste.

])ortant('s, ils seraient taill(''s en vue de cette fonction; ils auraient, au lieu d'une feuillure insignifiante, un large rebortl constituanl une assiclle appréciable. Au surplus, il entre dans la fabrique de cette voûte du Nvmphée tant de ferrements et de crampons que l'on ne peut rais(mnalilement la prendre ])our exemple (piand il s'agit de définir les éléniciils d'une voûte et leurs rapports normatix 11 est une attire raison de croire qtie ces ari's saillants ne sont pas des arcs doubleaux proprement dits, faisant fonction de ncr\tircs ]iortantes : dans les construclions soignées, les joints des dou-

' Il s'agit j(:i dr l.i (Iniirlli- uitrriciirc .>u iiiliMcIns, l'csi-.ï-Jirf de lii partir iiitoricuro et concave de la Vdi'ili-.

bleaux et ceux des voussoir* (qu'ils couvrent en tout ou partiel, se chevauchent, et si une lézarde se produit dans la voûte, il y a moins de chance qu'elle atteigne le doubleau. Au N3-mphée, il n'en est pas ainsi, et les joints des voussoirs en saillie correspondent à ceux des voussoirs en retrait. » Pour M. Choisy, dont l'opinion se rapproche de celle de M. Corroyer, sans exclure la théorie de y\ P.rutails, ces arcs en saillie auraient été des moyens de simplifier le travail de cintrage. « On n'a eu recours aux cintres de bois, dit-il, que pour ces arcs, et on a posé sans cintrages, sur ces arcs déjà faits, servant eux-mêmes de cintrages, les arcs de remplissage'. »

De chaque côté de la voûte centrale, une galerie plus étroite, une nef latérale, à vrai dire, présente, pour la couverture, l'éclairage et l'écoulement des eaux, des partie larités architectoniques sur lesquelles nous n'avons pas la place d'insister et qui intéresseraient surtout les spécialistes.

Certaines parties du monument n'étaient pas voûtées, mais couvertes par des plafonds en pierre. D'importants fragments en ont été conservés. Ils nous présentent un agencement très savant et très heureux de lignes géométriques, triangles, losanges, rectangles, liexagones se réunissant en groupes de dodécagones réguliers inscrits dans des cercles. Les caissons ainsi formés sont ornés soit de feuilles, soit de fleurs qui diffèrent toutes les unes des autres. La disposition de ces caissons rappelle les rosaces de la grande mosaïque du musée, qui date du IT siècle, et dont on parlera plus loin. Cette analogie est un argument tel quel en faveur de l'opinion qui place au temps des Antonins la construction du temple de Nemausus.

Le temple de Nemausus présente plus d'un rapport avec les temples de Balbek (Héliopolis d'Asie), élevés à l'autre extrémité du monde méditerranéen. Est-ce une simple coïncidence? 31ais Antonin, qui s'occupa beaucoup de Nîmes, et au règne duquel on peut attribuer, au moins en partie, la construction du Nymphée dans son dernier état, avait fait aussi travailler au temple de Jupiter à Balbek, et on a trouvé un autel consacré à la fois au dieu Nemausus et au Jupiter Iléliopolitain par un habitant de Béryte (Beirouthi, en Sj'rie.

La Tour .Magne rappelle aussi, par sa masse et certaines formes de sa partie supérieure, peut-être plus moderne que le reste, l'architecture héliopolitaine. Était-ce un tombeau ou une tour de défense? On a pu

' Histoire de Varchiteiturc, t. ], p. 517. M. Choisy remarque que le même procédé a été employé notamment à l'amphithéâtre de Lamba^sa, en Algérie.

mettre les savants d'accord en déclarant qu'elle était à la fois l'un et l'autre. En archéologie, comme en philosophie, les systèmes sont plutôt

Tour Magne.

vrais dans ce <|u'ils attîrinciu i|U(' clan> ce (|u ils uienl. il est coriain que la IDur .Mai;ni' a été comprisL- dans l'cnifinic fortifiée de la ville. Ximes avait des tiirlifiialiDUs (h'/s le runinicmcincnl de l'cnipirc. < >n en voit

encore plusieurs vestiges, entre autres, la porte de France dont il ne reste plus qu'une arcade derrière l'Hôtel-Dieu, sur la route de Montpellier, et la porte d'Auguste qui comprend encore trois arcades avec une corniche portant une inscription qui a permis de fixer en l'an i6 avant J.-C, la construction de ces murailles. Mais la partie des murs qui englobe la Tour 31agne remonte-t-elle seulement à l'époque de l'invasion des barbares ? Il y a discussion sur ce point'.

Jardin de la l-'ontaine. l.a Source.

La Tour Magne, qui avait autrefois une quarantaine de mètres de haut, n'en a plus qu'une trentaine. Elle était bâtie sur un tumulus dont la masse supérieure servait de noyau à la première partie de la construction. La partie inférieure de l'édifice était donc pleine de terre et formait le piédestal de la tour proprement dite. Aujourd'hui, il n'en est plus ainsi;

* Les murailles formaient un circuit d'environ six mille mètres. Hautes de sept mètres et larges de près de trois, elles étaient flanquées de quatre-vingt-dix tours, rondes, carrées ou octogonales et percées de dix portes. Pour rapprocher Nimes de Rome, on a cherché dans son enceinte sept collines et... on les y a trouvées (voy. le Dictionnaire Gèogriiphiqtie de Bruzen de La Martinière.

XIMES 33

cette partie inférieure présente depuis le XVir siècle une grande excavation qui est traversée depuis li^^j par un escalier qui se prolonge jusqu'au sommet de l'édifice.

Cette excavation a une origine singulière. Un jardinier nommé Traucat avait eu connaissance d'une prédiction du célèbre astronome provençal Michel Xostradamus, portant qu'un jardinier ferait fortune en découvrant un coci d'or caché dans la terre. 11 crut que la Tour 31agne cachait ce trésor et que le jardinier désigné par le destin pour cette trouvaille, c'était lui. Traucat. Il avait eu quelques relations avec Henri IV, ayant contribué dès 1564, sous Charles IX. à répandre la culture du mûrier en Provence, tentatives que le roi de Navarre, devenu roi de France, avait appréciées et encouragées. Traucat s'adressa donc à Henri IV et. après de nombreuses démarches, il obtint des lettres patentes datées de Fontainebleau, 22 mai 1601. c^ui lui accordaient l'autorisation qu'il désirait. Mais ces lettres lui imposaient des conditions assez dures. Les fouilles seraient faites en présence du procureur du roi et de tel nombre de personnes que celui-ci jugerait convenable. Tous les frais seraient à la charge de Traucat et devraient être payés ou garantis d'avance. Si l'on trouvait le trésor, le tiers .seulement lui appartiendrait et les deux autres tiers reviendraient à la couronne. L'aventureux et crédule jardinier ne trouva rien et n'eut d'autre compensation de ses dépenses que le privilège ichose qui, sans doute, le toucha peu} de voir son souvenir uni à celui d'un des monuments les plus connus de son pays.

Du sommet de la Tour Magne, le regard s'étend sur un lieau luinoram;'. qui a été compa.ré à celui qu'on découvre des hauteurs voisines de Florence Les collines pierreuses des environs apparaissent semées de nombreux iiiûjr/snu hasficfcs. maisons de campagne, petites exploitations rurales, ou habitations de plaisance, oasis de vignes et de petits oliviers grisâtres. Au nord, l'horizon est borné par les Cévennes ; au sud, se développe la plaine de la X'istrc et l'on devine vers le bord de la mer les remparts d'Aigues- Mortes; à l'ouest, il paraît que. par un temps très clair, on peut apercevoir, jiar-dessus les montagnes de l'Orli et de l'Hérault, l'extrémité des Pyrénées orientales et le mont Canigou. Fnfin, à l'est, par delà le cours du Rhône, la vue s'étend sur les Alpines, la chaîne de ^'aucluse et le mont ^'entoux l^lus près, I'cxmI s'arrête sur les collines aux flancs déchirés qui ont tnurni le-> matériaux d'une ])arlic des Arène> et sur les collines ondulées à travers lesquelles arrivaient les eau\ de la source de l'Eure ou de l'Aire [Ura] que les Nîmois romains a\ait'nl été clicrclu-r au dcl.ï du fiard. à plus de 30 kilomètres

Dans un temps où on ne parlait pas encore de microbes, les Romains avaient déjà sur riij-o-iène public^ue des idées dont on ne saurait trop admirer la justesse. Ils ne reculaient devant aucun effort, devant aucune dépense pour assurer à leurs agglomérations urbaines des distributions d'eau de source avec une abondance cjue les villes de nos jours les plus favorisées connaissent à peine. Rien n'affirme mieux le rôle civilisateur des Romains C[ue leurs ac^uéducs. et il n'y a pas de plus bel aqueduc romain que le « Pont du Gard » .

Le Pont du Gard qui fait passer au-dessus de la rivière du Gard la rivière de l'Eure sur ses trois étages d'arcades superposées est avec raison le plus célèbre aqueduc du monde. Ouel remarquable exemple de l'union du beau et de l'utile ! Quelle habileté technique et quelles admirables proportions dans la construction ! Quelle puissance dans ces arches inférieures de vingt mètres de portée dont les pierres simplement juxtaposées tiennent en jolace depuis ^•ingt siècles itouelle élégance dans les petites arcadesjqui--fopmênt lecouronnement ! .Sur les faces et dans l'inté- 'désvoûtes, ces trous et ces corbeaux encore visibles destinés à porter les cintrages et les échafaudages donnent à cette architecture quelque chose d'encore vivant, comme on dirait d'un chantier que les ouvriers viennent de quitter. Et avec t(jut cela, quelle merveilleuse harmonie de l'édifice et du paysage. Il semble c^u'ils soient faits l'un pour l'autre, sans que la nature écrase l'œuvre de l'art et sans qu'elle-même semble diminuée par un pareil voisinage. vSoit qu'on regarde vers l'amont et qu'on aperçoive à travers les courbes des arches les nobles ondulations des collines rocheuses où s'enfonce la rivière, soit que, de l'autre côté, le pont apparaisse au milieu des arbres qui ne le dépassent point et c^ue la vue se porte au delà sur la plaine cjui s'élargit et se perd à l'horizon, soit que des hauteurs voisines l'œil s'arrête à chaque instant sur des effets de perspective nouveaux et imprévus, c'est un spectacle dont on ne se lasse point. Sa majesté qui a quelc^ue chose d'austère s'accommode même d'un temps couvert. Mais là, comme partout en Provence, le soleil est le grand peintre et il faut voir le Pont du Gard lorsque ses rayons resplendissent. Alors ils avivent la couleur rose de ses pierres taillées en les détachant sur le gris d'acier des rochers qui les appuient. Alors, glissant sur les eaux immobiles et profondes, ils marquent de reflets, tantôt verts, tantôt bleus, leur surface parsemée çà et là de taches noires par l'image confuse des pierres et des arbres foncés du rivage et parfois par l'ombre d'un nuage isolé passant dans le ciel clair. Les aqueducs de la campagne romaine, les longues lignes d'arcades

de ÏAgiiû Chili Jia même ne sauraient faire une telle impression'. La construction de cet aqueduc, due peut-être à Agrippa, daterait de lan 19 avant J.-C. Le nom de Vcrouiiis gravé en lettres antiques sur la face intérieure de la 8'= arcade du 2° rang comptée à partir de la rive droite est peut-être le nom de l'architecte. Quoi qu'il en soit, l'édifice a été protégé par sa situation retirée, loin de tout centre important et les

Pont du Gard.

savants architectes Laisné et Ouestel (inl i)U sans troji grands frais lui rendre en notre siècle son intégrité monumentale. Sa liauleur est de

' I.r Pniit du (iard a ctc célt-ltrc lu vcis latine par Tlu'-ndi.r.- d. B,-zc ; et Alexaiulrc Dumas dit, dans ses impressions de voyase, (iiir. (|Uciiquil ait vu tant de ehoses .idmirables. il n'a jamais rien vu de plus beau, sauf le temple de Sélinonte. que eettc épopée je pierre. — M. flinisv a fait sur sa ronstruetion d'intéressantes observations. « Le l'ont du (iard, dit-il [Il'isloirc Je rArr/nl.-.liir,-, 1"' vol.. p. 5i(.\ montre une voûte coupée p.ir trône. ins. par arceaux simplement juxtaposés les uns aux autres, sans liaison mutu.lle. . 11 est clair (lue cet appareil déliaisonné est inspiré par l'idée de construire 1, s tronçons l'un après l'autre en r.mplov.mt pour le «leuxiéme le même cintre (pu a

48"'. 77. sa longueur a 269 mètres au niveau de l'étage supérieur et 171'", 22 au niveau du pi-emier étage. Ce premier étage, haut de 20'", 12. comprend 6 arches dont la plus large a 21™. 50 d'ouverture, les autres ig"',2o et i5"'75. Le second étage en retrait sur le premier compte 1 1 arcades qui. dans la largeur commune aux deux étages, ont le même axe et les mêmes dimensions que les arcades inférieures. Le troisième étage 'S"', 55 de haut), également en retrait sur le second, .se compose de 35 arcades de 4'", 35 de hauteur. Nous pouvons nous rendre compte cju'à diverses époques, il était peu différent de ce qu'il est aujourd'hui, pour le xvr siècle par une excellente gravure sur bois du Discours de Poldo d'Albenas, pour la fin de XVU" siècle par un dessin de Pierre .Mignard gravé par Guiber, pour le xviiT siècle ynr une planche de V Histoifc du Lauii'uedoc de Dom Vaissette et un tableau d'Hubert Robert Louvre)'.

Les eaux de l'Eure a\'anl d'entrer à Ximes se divisaient en deux embranchements dont l'un aboutissait à un château d'eau \castc'lUun divisorium) dont on a retrouvé des restes importants en 1844 près de la maison centrale de détention. Le canal d'adduction destiné à alimenter ce castcJluin et dont la section était beaucoup trop petite pour donner passao-e à la totalité des eaux venues du Pont du Gard, débouchait dans un bassin circulaire dont la margelle est, — à cinquante-six centimètres au-dessus du fond, — percée de dix ouvertures circulaires d'où partaient les canaux de distribution pour les divers quartiers de la ville. « Des scellements placés en ligne courbe, dit M. Thierry [Dielioinuni'c des antiquités de Saglio) paraissent indiquer c^u'une bar-

servi pour le premier. M. Clioisy remarque que c'est là un système spécialement en usage en Gaule, où il ^e perpétuera à travers le mo\'en âge. On le retrouvera au pont Saint-Esprit, au pont d'Avignon, comme on le constate à l'époque romaine aux ponts du Gard, de Soramiéres. de Vermanton. La comparaison de l'aqueduc de Segovie avec le Pont du Gard, pour laquelle nous renvoyons à \ Histoire de l'Arcliitectiirc \t. 1, p. 584), fait sentir les différences qui séparaient l'école gauloise de l'école ibérique.

' Notice sur les e/essiiis des iiiitiquitès de hi Fruiice jiiér/dioiuile e.\\L iités piir Pierre Mignard et sur leur piihiiciitiou projetée par le couite de Ceiylus, par M. H. Labande. [Revue du Midi, t. XX'VIIl, année iqoo. Ximes, in-8".) — Voici le titre complet du curieux livre de d'Albenas : Discours historiaJ de liiutique el illustre cité de Nîmes en la Gaule Narhonnaisc avec les portraits des plus autiques bastinieuti du dit lier. réduil\ j leur vrayc mesure et proporliou. ensemble de l'antique et moderne ville, par Jean Poldo d'Albenas. A Lyon, par Guillaume Roville. avec privilège pour dix ans, i =,ûik — Wild a fait une aquarelle du Pont du Gard; le musicien Boieldieu en a fait im croquis inséré par Auge de Lassus dans M>n volume sur Boieldieu (Collection des Musiciens célèbres).

rière en métal sur laquelle Teau sortant de l'aqueduc venait se briser avait été établie en avant de l'ouverture, soit pour modérer l'impétuosité des eaux, soit pour donner à l'eau une agitation qui devait contribuer à sa salubrité. » Les Romains pensaient qu'une eau bien aérée en était m(?illeure. Ce monument mérite un regard du voyageur le moins archéologue. Jusqu'à la découverte récente 'avril U)0}i du tûstclluni de Pom-

Ruiiies Ju château J'cau romain [Castcïïmn JiiLoniiiii)

péi, il était, je crois, le seul édifice de ce genre en l''.uro]ie assez bien conservé pour nous faire comprendre de visu l'un îles l\ ]ies les plus intéressants de l'architecture anti(|ue'. Il n'y a i)lus trace du second embranchement des eaux de l'Iùirc; mais son existence au XVII' siècle est attestée par De^ron (jui ])ul)liail à Cirenoljle en 11136, ses Aiit/qin'/rs (/<• X/iiiiS.

Un ])etit auUd Irouvi'' à Ximes et i|u'nii \(iil au Musée de Lyon [lorte

' I.i: cliàti:;ui il'cau de PiinipOi cnt nii)ins tléi;i;ulo ciuo clIiu ilc Niinos, m. lis il olait moins important. Il présente d'ailleurs les mêmes dispositions énérales.

l'inscription Aitgus (ti), Laribus. ciiltorcs Urtv f'onfis. Ces ciillorcs sont ou des fidèles du culte de la fontaine de l'Eure considérée comme une divinité, ou plutôt des fonctionnaires chargés d'entretenir les conduits et de surveiller les distributions. On sait avec quel soin et quelle précision, le régime des eaux était réglé dans les villes romaines.

M. Pelet a retrouvé près des bains vers le milieu du dernier siècle une rangéedeneufgTadinsdeo"',3u de haut et de o"'.75 de large cpi'il a prise pour l'escalier d'une piscine demi circulaire aboutissant à la seconde conduite des eaux du Pont du Gard. C'étaient les restes d'un théâtre. En dépit de la magnificence de leurs Arènes, les Nîmois ne s'étaient pas laissé complètement détournés par les jeux sanglants du cirque des spectacles plus intellectuels restés dans le goût des Grecs. Des inscriptions du .Musée nous font connaître que Nîmes n'hésitait pas à faire venir à grands frais et de fort loin des membres de ces corporations d'artistes dionysiaques ou acteurs qui, instituées dans plusieurs villes, semblent avoir formé entre elles un grand S3'ndicat s'étendant à tout le monde romain et pouvant relier les acteurs des Gaules à ceux de l'Asie 31ineure. Malgré le mouvement s}'ndical actuel, nos gens de théâtre sont loin d'en être encore là, et de former des associations aussi étendues. L'une de ces inscriptions datant d'Hadrien nous apprend que le sacré synode des acteurs de Naples, dans sa réunion quinc^uennale, a décidé de témoigner de sa reconnaissance à iJolabella, par un décret honorific[ue. La dédicace à Titiis Jtiliiis Dolabrlla, qiialorvir du ircsor, poiit/fc, préfet des vigiles et des armes de la ville de Niiiies est en latin ; mais le texte du décret est en grec. On y vante la noblesse de sa race, la dignité de sa vie, sa grandeur d'âme. On y dit c^ue sa renommée a dépassé les limites de son illustre patrie, etc. '. Une autre inscription moins importante, également en grec, signale l'existence d'une corporation d'acteurs à Nîmes même. Elle est du temps de Trajan-.

31algTé tout ce que l'antiquité nous a laissé à Nîmes, on ne saurait trop regretter la destruction de la basilique qu'Hadrien avait élevée à Plotine, la femme de Trajan, à lac[uelle il devait en grande partie son élévation à l'empire. Elle passait aux yeux des anciens pour une merveille [oplis mirabilc). Spartien Hist. Aug. Hadriaiiiis 12,2) nous apprend qu'Hadrien en ordonna la construction, lorsqu'après avoir pacifié la Grande Bretage il traversait la Gaule, inc^uiet de la sédition qui avait éclaté à

' Corpus luscripiiouuiii gra-cûnni:. N" 6786. - Ibid. N" 6785.

Alexandrie à l'occasion du bœuf Apis. C est donc dans l'hiver de Tan 122 après J.-C. ' que cet édifice aurait été commencé. Mais il ne fut terminé et la dédicace à Trajan et à Plotine n'en fut faite, comme l'a étaljli M. Lacourt-Gayet avec Ernest Desjardins, ([ue sous Antonin en 139, c'est-à-dire dix ans après la mort de Plotine. Il est probable que la basilique s'élevait sur l'emplacement du palais de justice actuel. On n'a jamais creusé la terre en bâtissant à cet endroit, nous apprend 31énard [Hist. de À'niU'S, t. VII, p. 113), sans y trouver des restes d'anciens fondements d'une épaisseur prodigieuse, et bâtis avec de grosses pierres carrées sans mortier ni ciment comme ceux de la plupart des édifices antiques. » C'est de là que provient la frise des aig'les du musée lapidaire. Une heureuse trouvaille épigraphique nous a par hasard conservé le nom d'un de ceux qui contribuèrent à la construction de ce magnifique monument, c'est un autel votif avec ces mots :

lovi et Nemnus (O) T. Flavius Herm (es) exactor oper (isi basilic;^ marmorari lapidari viotum) s (olvit).

Ce c^ui veut dire : .1 Jiipilrr et à Keiiiaiisiis ; Titus Ft avilis Hermès, eutrepreiieiii- ou inspecteur (le mot exaetor peut avoir ces deux sens) des travaux de la basilique pour ce qui regarde le marbre et la pierre, en aeeouiplisseiueut de son vœu.

Les derniers restes du cirque ont disparu lors de la construction de l'abattoir. Ils avaient longtemps servi de jeu de mail. Leur forme allongée s'adaptant très bien à ce genre de sport.

L'existence d'un grand monument sur l'emijUicement de la cathédrale, peut-être un temple de Jupiter, est attestée par des cha})iteaux corinthiens, des fragments de fûts de marbre et de mosaïques. Xous saxons par des inscriptions cjue Nîmes eut aussi un spliéristè/'e 1 lieu où l'on jouait à la paume), un xyste ou grande salle de gymnastique due à C'aius Agrippa-, et un temple d' f sis C[ui, ainsi c[uc nous l'avons dit, était situé près delà Tour Magne. l)e ni)iiibreu\ restes de inai.-ions romaines ont été et sont encore bien souvent retrouvés sous le sol, et la propriété particulière qu'on a]>|)elle le château lùutaise a été en grande partie construite avec des dél)ris antiques. De nomljreux tombeaux ont été découverts dans la direction de la route d'U/.ès et de la roule d'Arles. On sait i[ue les anciens

' Vuy. aussi Lettre d'ilolsti-niiis du 31) mai iOji).

- Commu on le lit encore sur une partie de rentabUiiinit au Musée lapidaire.

(comme on le voit si bien à Pompéi el le long de ia voie Appienne) aimaient à placer les tombeaux le long des chemins, pour que le mort ne fût pas abandonné et reçut le salut du passant. Quelques-uns sont celtiques, un plus grand nombre sont romains. Dans un de ceux-ci, on a trouvé un hochet en os, et une poupée grotesque en terre avec des jambes articulées. Ces objets font partie d'une collection privée.

Mais le musée lapidaire de la ville, — installé dans les bâtiments qui, après avoir appartenu aux Jésuites, ont ensuite servi au lycée, — a reçu de nombreux restes de ces monuments disparus. Il contient surtout des échantillons de sculpture ornementale antique vraiment incomparables. -Mieux encore c^ue dans les fragments conservés auprès de la Maison Carrée, on peut y constater de l'œil et du doigt avec quel soin les Romains creusaient la pierre et fouillaient le moindre détail. Les rubans, ainsi que nous l'avons remarqué plus haut pour les feuillages, ne sont pas sculptés à plat, mais de champ et en partie détachés de la masse. La pierre a été souvent creusée par-dessous de part en part. Il semble que l'ouvrier ait procédé par une série de trous percés avec une sorte de vilebrequin, de touret ou de violon et rejoints ensuite au ciseau.

Nos admirables sculpteurs ornemanistes du xill^ siècle n'ont pas montré plus de conscience. Comme eux aussi et on ne l'a pas assez remarqué} les Romains aiment à employer pour motif de décoration les éléments naturels des plantes, feuilles, fleurs et fruits qu'ils ont sous les yeux. Tout en constatant que les sculpteurs de la belle période ogivale ont mieux « stylisé » les éléments empruntés par eux à la nature et qu'ils répandent partout la variété et la vie, il faut reconnaître que les guirlandes de fleurs et de fruits enrubannées des sculpteurs romains, telles qu'on les voit dans les fragments provenant du péristyle des bains de Nemausus sont des chefs-d'œuvre et, autant qu'il est possible de comparer, non plus dans l'ensemble, mais dans le détail, des st3'les fort différents, ils conservent de certain côté leur supériorité.

Cette supériorité se manifeste dans la fameuse frise oii se voient des aigles aux ailes frémissantes dont Palladio disait qu'il fallait l'avoir vue pour se faire une idée de la vérité à laquelle parvenaient les bons artistes de l'antiquité. Cependant les belles sculptures antiques ne manquaient pas en Italie. Sans parler des œuvres d'une valeur d'art éminente, le musée lapidaire est fort riche et nous avons signalé déjà au courant de cette étude, plus d'une des curiosités qu'il renferme. Indiquons encore quelques pièces.

Le tombeau de famille qui a donné son nom dès le XVI'' siècle, au (c chemin des trois sœurettes » et au « quartier de la pierre écrite » contenait primitivement dans quatre niches quatre tètes : deux d'hommes et deux de femmes. Une des têtes de femme a été enlevée, grattée profondément dès l'antiquité et peu de temjDs après l'achèvement de l'œuvre; l'inscription a été aussi soigneusement raclée. Il semble qu'on ait voulu faire disparaître le souvenir de la défunte, et en effet on ne peut jjlus rien savoir d'elle. S'agit-il d'un drame de famille : un second mariage avec une femme qui aurait exigé les suppressions qui ont été faites ? ou de tristes révélations postlmmes qui auraient fait connaître l'indignité de la morte?

Le Toinbcciu des neuf bustes contient deux rangées superposées de niches et de bustes (cinq à la partie inférieure^ . Les quatre bustes de la partie supérieure ont seuls conservé leurs inscriptions. Ce sont le grand-père, la grand-mère et les tantes, jeunes encore, de celui qui a fait élever le monument. Les inscriptions sont en latin, mais les noms prouvent qu'il s'agit d'une famille d'origine celtique et, à cet égard, les t\-pes seraient intéressants à étudier de près'. Cette famille, d'ailleurs, inspire confiance et sympathie. La figure du grand-père, comme le remarque .^L Bazin, est pleine d'énergie ; celle de l'aïeule est pleine de noblesse et celles des femmes plus jeunes ne manquent pas de grâce. Un autre tombeau nous montre le Sévir Augustal/////'//i- Hêsychiis, vieux et renfrogné, auprès de sa femme JitUa Thallnsci. jeune et coquette avec ses beaux cheveux ondulés et abondants partagés en bandeaux réguliers et de grandes boucles d'oreilles. La femme porte le même nom de famille que son mari'. Peut-être Hésychus, comme le conjecture .>L Bazin, avait-il épousé son affranchie. La chose était moins rare qu'on ne pense et une autre inscription nîmoise montre que ces unions étaient librement avouées et pouvaient être heureuses: Aux Dieux Malles ifAllia \'ietorina. Oiiiiihis Attiiis Agûtiiopus à son aflranehie el éf^ousi- t/'ès elière '. Près de là deuTc amies Cweilia Seeuilila et IIospiLi soutiennent une corbeille de fleurs de leurs mains unies. C'est Cweilia Seeiiiula i[ui a élevé le monument pnii/- elli-meiue el pour Ilospila l'ius loin le tri- Inin de la légion \'i' \'ielrix est réuni à sa femme Lieinia b'Iavilla.

' I.c imisij(; contient ilcs insc-riptinns un languu l'cltiquo ccrites avec des lettres Kri-'C([Uos. Voyez sur tout cela 11 ht. H.azin, Nhiics giillo-ntm,iiii. l.e Corpus /use. L.it. contient un peu plus d'un millier dinseriptinns nîmoises.

* I.cs afl'ranchis prenaient, comme nom de lamille, le nom de leur maître.

' Comparer les inscriptions du musée de T.yoïi poii.nu ,l.iiis le catalogue du musée les n" 67 et i.|() ;C. I. T., t. .\ III, n" .1930;.

prêtresse flaminique augustale : voilà de grands personnages. D'autres tombeaux sont intéressants parce qu'ils portent les insignes de la dignité du défunt (le quatuorvir Maxiiiuis avec ses faisceaux, l'édile Liiciits Scveriiis Sevcrinits] ou les marques de sa profession (cisailles à bouts carrés du tondeur de drap, — serpette du vigneron, — pic, marteau, équerre et ciseau du tailleur de pierre, — outils du corroyeur, — scène de labourage).

De nombreuses mosa'iques ont été découvertes dans le sol de Nîmes, tout pétri de débris antiques : l'on sait combien ce genre de décoration était en faveur chez les Romains. Les deux les plus remarquables ont été mises au jour assez récemment : l'une en 18S3, l'autre en 1884. Celle-ci représente le Sonuneil tV E]idyiiiioii, d'un dessin correct et gracieux. Elle a i"',5o de côté. Le suj et de l'autre était beaucoup plus difiîcile à déterminer. M. Maruéjol y a ingénieusement reconnu le Mariagr d'Admète. Pélias. roi d'Iolchos en Thessalie, avait déclaré qu'il ne donnerait sa fille Alceste qu'à celui qui viendrait la lui demander sur un char traîné par des animaux sauvages. L'n autre prince ïhessalien, Admète, roi de Phères, profitant de ce qu'il avait auprès de lui le dieu Apollon, exilé de l'Ùhmpe. put. grâce à lui, domestiquer un lion et un sanglier et se présenter ainsi, conduisant cet attelage d'un nouveau genre, devant Pélias. Pélias fut fort surpris (on le serait à moins), mais dut tenir sa promesse. Le roi d'Iolchos est assis sur un trône à l'entrée de son palais: il a à côté de lui, un peu arrière, sa fille Alceste debout, le torse complètement découvert. Dans une pose un peu inclinée, gracieuse et noble, elle regarde, sans effroi et avec quelc^ue coquetterie, l'entrée singulière de son futur époux. Ce sujet avait été plus d'une fois traité par les artistes de l'antiquité et le Dictioiiiiairv de Daremberg et Saglio a reproduit un basrelief dont la composition présente avec notre mosa'ique une très grande analogie. 3Iais cette sculpture est plus ancienne. Le sujet y est plus sévèrement traité et le corps d'Alceste est complètement caché par des draperies Cette mosaïque de Nîmes est une des plus importantes et des plus bellesque l'antiquité romaine nous ait laissées. Elle avait pluscle 50 mètres carrés de superficie et la plus grande partie en est conservée. Le style et les procédés techniques, la beauté du dessin, la puissance du coloris, indiquent qu'elle a été exécutée au milieu du 11" siècle vers le temps où l'Empereur Hadrien ornait de décorations analogues sa villa de Tivoli. C'est un honneur pour la mosaïque de Nîmes de provoquer de tels rapprochements. Le sujet principal n'occupe c^u'une assez petite partie de l'ensemble.

Il est entouré de seize caissons formés d'éléments géométriques viiriés : lignes brisées, pyramides, prismes, rosaces circonscrites à des figures diverses et rappelant les agencements des plafonds du temple de Néniausus. Puis vient un magnifique rinceau de feuilles d'acanthes d'une largeur d'effet et d'une puissance de couleur tout à fait remarquables. Au milieu de ces ornements apparaissent des animaux de toute espèce dans les attitudes qui leur conviennent :

un chien court après un lièvre ; un lion dévore sa f)roie ; un tigre attacpie une antilope; un léopard s'élance : c'est surtout dans la représentation de ces animaux sauvages que l'on peut saisir l'analogie avec les mosaïques de la villa d'Hadrien [Centaures coinbatlanl contre des lions) ; puis ce sont des oiseaux tels que une perdrix rouge, un geai, un moineau, un chardonneret et un faucon, un perroquet ; on y \o\\. aussi des animaux inférieurs, lézards, serpents, grenouilles et jusqu'à des escargots. Peter Fischer n'est donc pas le premier ([ui, dans la chasse de Saint-Sel^ald à Xureniljcr:

ratif à ce mollusque rustique.

Tout ce lra\ail est exécuté avec un grand soin ; et c'est ainsi que pour rendre le plumage spécialement brillant du ]ierro(|ut't on a eu exceiitionnellement recours à des éléments \'itrifiés ( )ii xoii ([ue celui qui a commandé cette mosaïque ne lésinait jîas sur la dciicnsL', cl cela fait honn"ur à Tilus l'urpilius, ('•dilc de la colonie, dont h" nom est inscrit dans un angle de l'o'uxre. Cette mosaïque est ])hu(''c ihins la >alle d'entrée du nouveau musée de peinture habilement construit par .NI. Kaphel.

Nous avons trop d'indifférence pour nos musées de province, et le musée

La poésie légère de Pradicr.

lit songé à donner un rôle déco-

de Xîmes, sans être de premier rang, sans valoir ceux de 3Iontpellier et de Grenoble, serait certainement plus remarqué s'il était en Allemagne ou en Italie, c'est-à-dire dans des pays pour lesc^uels on ne croit pas que toutes les belles choses sont concentrées dans la capitale. Le musée municipal s'est accru en 1875 de la collection (jower '. Il a reçu aussi de nombreux tableaux et dessins de M. et }{"" Salles-Wagner. .M. et 31"'" Salles- Wao-ner pratiquaient tous deux la peinture et avaient eu des tableaux remarqués aux Salons de Paris. Avec leurs principales œuvres, ils ont laissé à la ville des sommes importantes qui ont servi notamment à élever une salle de conférences et de lectures lun aitditoriiiin comme disaient les Latins) à laquelle on a donné leur nom.

Pour la sculpture, le musée possède un des chefs-d'œuvre de Pradier, la Poésie légère, dont la rare élégance est accentuée par une polychromie discrète. Il y a peu de statues aussi séduisantes. Il y en a peu qui témoignent d'un ciseau plus souple, d'un mouvement plus enlevé, plus gracieux et plus sur. Jamais le Canova français n"a été mieux inspiré. Citons aussi la Peinture et la Musique, de Morice.

Le Croninjell ouvraiitle cercueil de Charles I" par Paul Delaroche eut, en son temps, le plus grand succès ; il le dut plutôt au sujet cfu'au talent de l'artiste. 3kus ce talent s'y trouve ; c'est plus, ciuoi qu'en ait méchamment dit Gustave Planche, » qu'une paire de bottes devant une boite à violon «. La Locuste essayant ses poisons sur un esclave devant Néron- par .Sigalon fut un des tableaux les plus remarqués au .Salon de 1824. .Sigalon était alors en passe de devenir le chef du mouvement romantique après la mort de son ami Géricault. Cependant, aujourd'hui sa composition, du moins dans ce tableau, nous paraît presque classique ; la correction du dessin nous frappe plus que la remarquable solidité de la couleur. Ce talent de dessinateur, que Sigalon devait avoir occasion de déployer dans sa copie du Jugement dernier de Michel-Ange, se montre à Nîmes dans son Athalie, dessin à la sanguine supérieur à la peinture qu'on peut voir au musée de Nantes, dont la composition est saisissante et dramatique, le trait énergique et pur.

Il n'y a pas de raison sérieuse de douter de l'authenticité de la Mort

1 En vertu d'un testament, mais après procès et indemnité payée à raison d'un droit d'usufruit légué. Nîmes possède aussi un muséum d'histoire naturelle, inauguré en 1895, composé surtout de dons.

- Locuste est bien un personnage historique. Mais ce nom est sans doute un " nom de guerre », il signifie « La Langouste •> ; aussi bien dirait-on aujourd'hui « La Pieuvre n.

de Didon du Guerchin. C'est une répétition, à peine modifiée, du tableau du palais Spada à Rome ; mais on y i-etrouve bien le faire et le style de l'artiste, et l'on sait que ces répétitions ne sont pas rares. L'aspect noirâtre de la Judith n'est pas une raison décisive pour l'enlever à Guido Reni qui a plus d'une fois imité Caravao-e ; mais cette peinture banale n'ajoutera rien à sa gloire.

Nous aurions encore à signaler dans l'école italienne, deux esquisses excellentes d'un peintre peu connu en France, Andréa Sacchi 1 1598- 1661), dont l'une est le projet de sa Vision de saint Rouiiiatd, une des peintures les plus estimées du musée du Vatican ; puis d'autres esquisses du Tintoret, unjésiis expliquant les prophéties du Calabrèse, et surtout un tableau anonyme qui provient de la collection Gower que nous avions cru dans les éditions précédentes pouvoir attribuer à Marco Oggione et que de nouvelles recherches nous jjermettent de considérer comme la répétition C(mtemporaine. sinon l'original, d'une ])einture de

Bernardino l.uini que l'on croyait jierdue. Sans parler de l'intérêt de tout ce qui se rapporte à J.uini, les circonstances curieuses dans lesquelles cette (l'uvre avait été composée, nous engagent à reproduire en ])arlie ici ce ([ue nous avons écrit à ce su' et (hms la C.ltroiiiciuedfs Art s 16 juillet igo^'l.

Le tableau sur kquul nous appelons l'altuiiticin csl uu ex-voto. On y voit ou busic une religieuse domicaine (costume noir ut blanci qui représente sans nul doute (iatherine de Sienne, fort populaire alors en halle. La sainte est accompagnée de petites ligures accessoires assez nuiladroitcs qui ne tiennent aucun compte de la perspective. LUes sont J une aulri. main que la ligure principale et semblent ajoutées après ciiiip quoique à une époque de peu postérieure. Le tableau porte

l'iiutu Bernlicim.

Monument d'Alphonse Daudet.

une inscription latine écrite en partie en sigles. mais où il est facile de lire : Ego Johaiincs Baplista Piis/cniLi cqiies pvccihiis luis GallicTS inaiiiis cvasi . Il s'agit donc d'un chevalier italien qui fut fait prisonnier par les Français au temps de Charles ^'1I1, de Louis XII ou de François I". L'œuvre appartient manifestement par son stvle et son exécution aux toutes dernières années du xv" siècle ou aux premières années du xvi" et doit être attribuée à l'école de Léonard de \'inci.

Or, on sait que Bernardino avait reçu une commande d'un cavalier nommé J.-B. Pusterla dans les circonstances suivantes. Ce cavalier combattant pour Maximilien Sforza ' était tombé entre les mains des Français; mais, ayant fait un vœu, à la bienheureuse Catherine il se serait trouvé tout d'un coup transporté dans sa tente. Il avait alors demandé à Luini de rappeler cet événement par un tableau. La sainte y était représentée tenant de la main droite un crucifix et une palme de la main gauche. Sur son épaule était posée une colombe.

Ce qui rendrait ce tableau encore plus intéressant, c'est que la sainte reproduirait les traits de la fille du seigneur de la Pelucca, pour laquelle Luini, pendant qu'il ornait de fresques la villa de ce seigneur, avait conçu une vive passion. C'ette passion avait été partagée. La jeune fille ayant refusé obstinément d'épouser un gentilhomme qu'on lui proposait, ses parents l'avaient reléguée dans un couvent de Lugano. Mais Luini ne l'oublia jamais, dit César Cantu: il peignit souvent son portrait, spécialement dans le tableau connu sous le nom de La Religieuse iie Lui 110, peinture qui fut faite à l'occasion du miracle arrivé au cavalier .I.-B. Pusterla-, Le tableau de Ximes serait-il celui dont parle C^antu? Il parait certain que ce tableau était perdu et il ne se trouve pas dans le catalogue donné par A.-C. \\'illiamson dans le volume qu'il a écrit sur Luini-'. La description donnée par Cantu, à part quelques détails qu'on pourrait y ajouter et ne la contredisent pas. (ainsi près du crucifix est placé un cœur rouge i, correspond exactement au tableau de Nimes. Or, il v a là trop de particularités précises pour que cette description puisse s'appliquer à un autre sujet et pour qu'on puisse admettre une simple coïncidence. Est-ce une copie plus moderne? .^lais l'intérêt spécial du sujet rend la chose bien peu probable. D'ailleurs, comme nous l'avons dit, il ne parait pas douteux que la peinture de Nimes soit contemporaine des événements que rappelle Cantu. Donc, si ce n'est pas l'original même de Yex-voto, il y a de grandes chancespour que ce soit une répétition contemporaine commandée par l'intéressé lui-même. Dans un examen assez rapide, ignorant encore le passage cité plus haut de Cantu, nous avions pensé qu'on pouvait l'attribuer à Marco Oggione,

' Cet événement se place donc en 1512 ou en 1514. les deux seules années où les troupes de M. Sforza eurent à combattre les Français".

- César Cantu : Grande IUustrii\ionc dcl Lombiirdo-Veueto. Milan, 1857, tom-e I"'. Comi^arez A. Lafenestre, Ga;ettt- des Beaux-Arts, i" novembre 1869, p. 4.(8. A supposer que cet incident romanesque de la vie de Luini soit parfaitement prouvé, il y aurait à e.-vaminer si la date probable de la commande qui lui fut faite par J.-B. Pusterla est antérieure ou postérieure à son séjour à la villa Pelucca. avant de pouvoir affirmer que notre Sainte-Catherine reproduit les traits de la fille du seigneur de Pelucca. Le Louvre contient une partie des fresques de la villa Pelucca.

■ A.-C. ^^'illiamson, Bernardino Luini, Londres, A. Bell, 1869. \'oyez aussi P. Gautthiez. notes sur Bernardino Luini [Ga;elle des Beaux-Artf, 1S99 6* 1900}.

n'y retrouvant pns tout le moelleux habituel de Luini Mais Luini rappelle a roccasion la première manière de Léonard de ^'inci et même celle des artistes

t'IiuU» Iternlit'iiii.

CathOJrule de Sjiiit-Ci.islor.

([ui avaient précédé " le Grand Florentin ami des Lombards //. On ne doit pas oublier tiu'il était déjà un peintre de talent lorsqu'il le connut. Luini. comme on le voit, par exemple à I.ugano, et comme le remarque M. Lafcncslrc, va même jusqu'à juxtaposer les deux manières dans le même tableau.

Une œuvre bien inférieure pour l'art, mais non moins curieuse et d'un intérêt historique de premier ordre, est un panneau de o"\58 de haut sur o"',42 de large, donnant le portrait authentique de Lucrèce Boroia. Il a été l'objet d'une étude spéciale de Charles Yriarte. dont

Pholu L;.;-,,!,..

Église Saint-Baudile.

nous résumons les conclusions. La peinture est médiocre; mais ancienne répétition ou copie . L'inscription Lucrezia B... A. MX. XX^"II est refaite mais peut être ancienne. La date donne lieu à controverse, Lucrèce étant morte en 15 19. 31ais il n'est pas douteux que le portrait de Nîmes représente la même personne que : 1" la médaille attribuée a Filippino Lippi reproduisant certainement les traits de Lucrèce ;

X I IM E s

2" le portrait peint se trouvant chez ^Lonseigneur Antonelli à Ferrare'

Avec lex-voto, et le portrait dont nous venons déparier, les tableaux

les plus reniarqualîles de la collection Gower c[ui contient il faut le

reconnaître, bon nombre de copies, sont le Mû/'clié aux cluvoiix de Phi-

nu. ij r.-iiiiK'

église ijaintu-l'erpttue.

lippe W'ouucrnian qui scnil)le aj)parlenir au milieu de sa carrière, au temps où il ronimençaità abandonner les ions dorés jiour les tons argentés, et une Marine de Josei)h \'ernet.

C'est, comme on devait s"}' attendre, l'école frani,-aise qui est le plus abondamment représentée au musée de Nîmes. Nous avons déjà parlé de

' Gii\i-ltt- ,lc\ /ii\iii.\-Arts. y f'rrioi/t-, .W.V' voltiiiii-, p. 21 (.

Paul Delaroche et de Sigalon. Pour le xviir siècle, nous y trouvons deux chefs-d'œuvre de C. Vanloo, son portrait par lui-même et surtout le portrait de sa mère. C'est un des meilleurs portraits du xviii' siècle, comparable au portrait de femme anonyme delà collection Lacaze. Jamais

Photo Bernlieinl-

Éslise Saint-Paul.

le pinceau de C. Vanloo n'a été plus attentif, plus moelleux; jamais il n'a mieux rendu la personnalité du modèle. On y reconnaît une femme, bonne, intelligente, qui a du se faire aimer. Cette peinture fait honneur au fils comme à l'artiste. C'est aussi avec quelque surprise qu'on voit sous le nom de François de Troy une Moisonncusc coiichcc d'un réalisme quelque peu brutal qui se souvient de Rubens.

Pierre 31ignard nous donne un portrait de magistrat à la physionomie dure où il faut noter l'habileté dans l'agencement du costume; Grimou.

un portrait de jeune fille dont la légèreté et le fondu annoncent Greuze. Un peintre tout à fait oublié. Constant-Félix Smith, nous est signalé par une figure plus grande que nature, étude de femme couchée, très brune, dans toute la force de l'âge, avec des formes pleines confinant à l'âge mûr, tableau auquel il a donné, sans doute, après coup, en y ajoutant des figures accessoires, le nom de Songe d'Aflmlic'-. Il parut au Salon en 1822 en même temps que la Coiirtisaur de Sigalon et le Dante et \'irgLlc de

Hippolyte FlanJrin. — L'égalité chrétienne ^Peinture murale Je l'église Saint-Paul).

Delacroi.x. Le Mai'tyre (te saint Laurent de Lehuux. nous rappelle les débuts d'un artiste qui n'a jias tenu ce que ses premiers tableaux promettaient : le Martyre de saint l.anrenl olitint une nu'daillc de i" cl au .Salon de 1874 et valut au jeune iieintre le prix du Salon, l'u ])cintre dont la réputation, au contraire;, n'a fait c^ue s'accroître depuis ses ])remiers succès, l'.esnanl. y est re])résenté par son envoi de Kome, Après la défaite ('it(in> aussi les ])a\'sages ensoleillés de Moutle. Sain. ( »livc.

I.cs ])cinlres locaux ou régionaux, ce ([ui n arrive jjas toujours Poussin et (iéricault niancpient ])res([ue com]ilètemenl au musée de Rouen, occupent au musée de .Ximes la place qui leur est due.

' Le fils de Vi-Ws. Smith s'cieciipa Miissi de |)eiiiUire. Il s'rl.ililit :ï .\il.s dû il .'•si mort il n'y a pas hint;ti-mps.

Avec Sigalon, né à Uzès, nous }- trouvons Reynaud le vieux qui est représenté par deux des six tableaux sur la vie de saint Jean-Baptiste, qu'il peignit à Rome vers 1685 pour la chapelle des Pénitents noirs d'Avig-non. La Sainte Famille de Xuma Boucoiran est d'une belle tenue et d'une couleur agréable. Jalabert nous y montre ses italiennes gracieuses et mélancoliques. Maria Abr!i^e:^^e, Mctella, qui en font un émule d'Hébert, et aussi un échantillon de ses grandes compositions classiques, Virgile, Horace et l 'ariiis elle; Mécène, qui fut longtemps au musée du Luxembourg. Jourdan et Saint-Pierre y ont aussi des tableaux.

Nous retrouvons Revnaud le vieux et Xavier Sio-alon à la cathédrale

Hippolyte Flandiin. — Procession des Vierges (Église Saint-Paul;.

de Saint-Castor, le premier a\"ec ses Pèlerins dEmniai'is, le second avec le Bapteinc du Clirist.

La cathédrale de Saint-Castor, élevée en 1030. restaurée en logô et au xiir siècle, a beaucoup souffert des guerres du XVI'' et du xvii" siècle, et a dû être en partie reconstruite. Certaines parties de sa façade sont très anciennes. Elles est attenante à l'évêché dont l'escalier est décoré d'une Assomption de Mignard. Près de là se voient des restes importants d'une maison romane enclavés dans des constructions plus modernes.

On peut dire, sans préjugé, que les églises construites de nos jours dans la ville, valent bien sa cathédrale. L'église des Saintes-Félicité-et- Perpétne a été élevée sur les plans de Feuchère, mais après sa mort. Elle est de st3de ogival ainsi que Véglise Saint-Baiidile, œuvre de M. Mondet.

Entre ces deux églises un square est orné du monument élevé tout récemment à Alphonse Daudet.

La statue œuvre de Falguière, se détache sur un fond de fleurs et de

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