LÉGENDE DU PLAN SCHÉMATIQUE DU MUSÉE D'ARLES
Ne voulant pas faire un catalogue et d'autre part les signes marqués sur le phm faisant nettement connaître la nature de Vohjet, nous ne renvoyons qu'aux œuvres les plus importantes, de man.ere a faciliter la visite rapide de la collection.
S. Sarcophage. — C. Cippe. — St. Stèle. — Chr. Chrétien. — Col. Colonne. Fr. Fragment. — Couv. Couvercle.
S I-. Objets placés au milieu de la nef. - i, S. dit de Lc'd.i. - 2, S. de fulici Tyninnhi.
— 4", Fr. de statue de Jupiter ? ou d-.luMns/c ? — 8, Couv. de S. trouvé à TrinquetaïUe (,8m'. — g, Mosaïque de Vl^iilrvciiu-tit J Europe. — m et 11, Bustes de femmes. — I \ et 15. Silènes du théâtre. — ig. C. surmonté d'un chapiteau orné d'un sphinx et portant une tête d'enfant (moderne;. - 20, S. dit de Psyché. — 21, S. de ConU'li.i Lua-na.
— 22. S. dit A'Hippolytc.
l II. Objets placés des deux côtés de la nef entre les chapelles et à l'entrée du chœur.
l Couv. de S. à ttiiles imbriquées. — C, Col. dédiée a Constantin. — D, Danseuse ou Victoire grand, nat. - H. Buste de Marcellns (?). - / et /". Danseuses du théâtre.
— /. Tête de Livie ou Venus, sur l'autel de la Bonne Déesse. — M et O, Autels avec couronnes de chêne. — P, C. de Veri.^ Filhita et torse de femme. — ;?, C. de Sempronia
Tertiilln. portant la statue du Dieu Mithra. — S. Tête àWuguste. — T. Col. et Masque
de théâtre. — X, Couv. de S. à tuiles imbriquées.
S m. Objets placés dans les chapelles latérales. — Ch.\pixi.k I. — 1. Groupe dit de Médée ?).— 2, 3. -(. Trois S. chr. superposés, sur le supérieur, stèle à quatre portraits.
— 6. S. de la Cueillette des olives.
CiiAPELLK II. — 2, S. portant la représentation d'un Orgue hwlr^uil iquc. — 5. St. de Cornélia OptaUi et Cornélia Sedata (avec portraits). — 8, S. chr. avec or.inte.
C11APEI.LK m. — 2 et 15, Fr. ayant appartenu à la même (?) statue de danseuse. — 7. S. dit de Oinst.jutin II. — 8. S. chr. à cimi tableaux. — 12, S. chr. ,le Christ donn.iut In loi au.x Apôtres). — 13, Couv. du S. de Coneordius.
Cu.APKLi.K IV. — I et 14, Bornes miUiaires, — 2, S. chr. à ; tableaux. — 3, C.uiv du S. d'Hvdria Tertulhi. — 4. S. de ÏOrnulc. — 7. St. àt rois portraits (le père, la mère et l'enfant). - 12, S. à-Optatinn Retiein. — 1 1 et 13, S. chr. de deux époux ifitrures clvpeativ).
Cn.M'KLLK V. — 2, S. chr. à 7 niches. — 3, Au dessus. Couv. du S. dr saint llilaire, cvê(|ue d'Arles. — 8, Autel d'Apollon. — q, Apollon et les .Muses. - 12. St. de Primii;énius. acteur de la troupe d'Iùidoxe.
Cm.u-km.k VI. — I, Partie du piédestal de la Meta du cirque. — 2, St. d.^ deux jeunes femm<-s portraits), très intéressante pour le costume.
CiiAi'i.i.i.K VII. — 1. S. de Chrvsogonc.— 2. Fr. de S. chr. Resurreelion de hi tille de laire. — 3, Inscription funérain- à\Wlin .Wli.uui. — 7. S. chr. à strigiles avec figure portant un agneau [le hou Pasteur). — 8, S. de la Chasse au sanglier.
CuAi'KM.K VIII. — I, s. chr. à strisiles avec \\\d»ration des Mages et \.\doralion des Bergers. — 5, S. dit dti .Mariage romain. — 0, S. chr. à strii;iles avec le Christ iiiiiihé. — 7. Couv. de S. païen avec Seines de la vie pastorale.
CuAi-Ki.Li: IX. — I, Statue de Sénateur ,?). — 1, S. dr Julia I.neina. Ciiaim:i.i,i; X. — Débris divers.
VitKixr.s u>: cii<ia:R. — Objets divers : Mai^Miifiques urnes cinéraires en verre; dans la vitrine <•, cachets d'.iculist.- -^ dans la vitrin.' b, vertèbre humain.- i;ardant la flèch.- en silex ([ui s"y est enfoncée.
ait été confié à Girardcm. La Vénus d'Arles avait perdu complètement le bras droit et ne possédait plus que la partie supérieure du bras gauche. On ne put retrouver ce qui manquait, malgré les recherches ordonnées par Louis XIV. Il aurait mieux valu. n"en déplaise au grand roi et à Girardon, ne pas tenter de restitution. Admettons que le bras gauche tenait en effet un miroir, mais pour la main droite, il n'est pas probable qu'elle tint une pomme, elle devait plutôt se relever pour arranger la chevelure ou tenir soit une fleur, soit un flacon de parfum, à moins c[u'on ne préfère placer le flacon dans la main gauche.
Ce n'est pas seulement pour la composition, c'est aussi pour l'exécution que notre grand sculpteur, emporté par sa nature, est ici en défaut. Les formes de la Vénus d'Arles ont quelque chose de pur, de jeune, de simple, de chaste qui en fait l'rjriginalité. On pourrait même v signaler un archaïsme discret et plein de charme, archaïsme, soit dit en j^assant, qui ne permet guère de la faire remonter à l'époque de Praxitèle où l'on n'avait pas de telles préoccupations. Or, les restaurations modernes sont plantureuses jusqu'à la lourdeur et la différence est choquante entre le bras droit, tout entier de Girardon, et la partie antique du bras gauche qui aurait dû cependant lui servir d'indication.
Signalons enfin un détail intéressant. Au milieu de la bandelette C|ui retient les cheveux, un petit trou percé dans le marbre et visible sur nôtre photographie servait sans aucun doute à porter un bijou. De même, dans le bracelet qui orne le haut du bras gauche, le chaton indique nettement un vide qui devait enchâsser également une pierre précieuse.
Il est naturel que le culte de Vénus fut en honneur à Arles, puisque cette colonie était sous le patronage de la famille Julia qui prétendait se rattacher directement par Lnée à cette déesse. On se plaît à remarquer la ressemblance des traits de la \"i'iiiis d'Arlrs avec ceux des Arlésiennes de nos jours et l'on aimerait à croire que quelque jeune femme de la Coloiiia Julia Arclnteiisis a posé devant le sculpteur. Mais la statue est bien grecque; elle est en marbre de l'Hymette. Elle appartient à l'époque postérieure à Alexandre, peut-être il est vrai plus voisine de Pasitélès ' que de Lysippe.
Elle fut trouvée le 6 juin 165 1, par deux frères nommés Brun, jjropriétaires de la maison dont la cour renfermait les deux colonnes qui sont encore à leur place v Le conseil de la ville d'Arles l'acheta pour
' Pasitélès, qui vivait au temps de César, fut le chef d'une école aux tendances archaïques. Le goiït de l'archaïsme n'est pas rare au.K époques de civilisation raffinée. - Vo^'ez Frohner. Nutict; Jes sculptures antiques Ju Louvre, 1"' volume, p. 179 et
61 livres. Au mois de juillet 16S3, il députa son premier consul (iaspard de (irille. sieur de Robiac. pour aller l'offrir à Louis XIV. Le roi fut fort satisfait : Grille reçut une belle chaîne d'or, plus un médaillon entouré de diamants et contenant le portrait du roi. (Juant à la ville d'Arles elle ne gagna rien. Cependant Arles comprenait toute la valeur de son hommage; car peu de temps après, en 1687, le coadjuteur d'Arles
Musée Lapidaire dans l'ancienne église Sainte-Anne.
ayant à défendre sa ville épiscopale d'accusations qui portaient atteinte à sa fidélité envers le roi disait : « Avec quelle joie n'a-t-elle pas envoyé la statue de Vénus au roi, lorsc[u'elle a cru jKir là ])ou\-oir lui ])laire ! Sacrifice ])()urtanl de la cliosc du inonde la plus chère et la plus jirécieuse à ses habitants! » Le marljre était arrivé à l'aris au mois île mai 1(184. sous la garde de Jean de Dieu, sculpteur d'Arles, élève de Puget, et de Louis Lanfant, (-ommissaire général des troujjcs royales en Provence Le
suiv. l'iiiliiur dnnni: luu- liiblini^rapliir trùs cunipli'-tr du sujet. On voit des répétitions du type Je l;i Vénus d'Arles an lîiitish Mnsi-um ( l au Louvre même ;ii'' IjSV Comparer la W-nus i;i- Il il ri \ éi;alciiirnt au Louvre n" 1 \>) .
mercredi iS avril 1685, après avoir été restaurée par (iirardon, elle occupait une place d'honneur dans la grande galerie de \'ersailles.
Les Arlésiens eurent tort d"envoyer leur belle statue à Louis XIV, Louis XIV eut tort de l'accepter. L'on ne saurait trop approuver ce que le marquis de Lauriston écrivait en 1822 au nom du roi Louis XVIII, à la ville de Vienne. Il s'agit d'une autre statue de Vénus que le roi s'était décidé à ne pas refuser, ne voulant pas avoir l'air de dédaigner un témoignage de déférence. « Il m'a paru, dit-il, que ces hommages n'étaient rien moins qu'agréables aux habitants des villes que l'on prive ainsi de leurs monuments historiques. Je me suis en conséquence arrêté pour l'avenir à l'idée cju'il serait du service du roi et de la France de s'appliquer à éluder ces offres et ces hommages des autorités locales, auxquels il est contre la nature des choses que les administrés applaudissent'. »
Cependant le Louvre contient des sculptures d'origine arlésienne autres que la Vénus : un SarcOpJiûOf dit (/(■ Pronii'tliéc, cédé" à notre collection nationale en 1822, et une tète de faune plus grande que nature, trouvée à Trinquetaille et achetée en 1860 à 31. de Valori.
Le musée d'Arles possède, comme celui de Vienne en Dauphiné, des sculptures antiques de premier ordre qui seraient plus connues si elles étaient dans quelque ville d'Italie. La tète d'Auguste 'plan. Si est digne de l'Auguste du Vatican '. Elle a été trouvée dans le théâtre ainsi que
1 Comparer ce que dit Polybe se demandant (fragment du livre IX de son Histoire) si les Romains ont eu raison de transporter dans leur patrie les statues et les tableaux des villes conquises. Sous le premier empire, lorsqu'on était passionné pour l'antique, il fut question de transporter en bloc à Paris toutes les antiquités d'Arles, y compris les deu.\ colonnes du théâtre. M. Mathieu Saint-Jacques fut délégué à cet effet par le ministre de l'Intérieur auprès de la municipalité arlé.sienne. II descendit notamment, avec l'archéologue Petit-Radel. dans la crypte de Saint-Honorat, mais y trouva une si grande quantité d'eau qu'il put à peine e.xarainer les sarcophages qu'elle contenait. " Tout prouve, dit Saint-Jacques dans son rapport, le peu de cas que l'on fait dans cette ville des objets provenant des anciens monuments. Pourquoi alors ne pas les transporter à Paris où ils seront protégés et appréciés à leur valeur? » Mais la mission du délégué officiel avait rappelé au.x Arlésiens le prix de ce qu'ils possédaient. Ils revendiquèrent avec vivacité le droit de conserver leurs anti(|uités '1 pour le musée que S. M. les avait autorisés à établir «. On n'envoya au Louvre cjue quelques colonnes et fragments architecturaux. Ils ne parvinrent même pas à destination et disparurent, dit on, dans un naufrage, en remontant le Rhône. On prétendit que c'était un accident simulé et qu'en réalité ces colonnes et ces fragments furent volés. En tous cas on ne sait aujourd'hui où ils se trouvent. CVoy. Millin, Vayngcs ilnns les deparlciiicnts du iiiuli Je l.i Fi\iii,e. t. III, t. 613, et E. Michon. Op. cit.).
^ Ses bas-reliefs représentint la création, la vie et la mort de l'homme.
■' Le torse de la statue à laquelle appartient cette tête a une histoire qui mérite d'être résumée. Il fut trouvé dans le théâtre en 1787. Il passa d'abord pour un Jupiter
.rautres œuvres admirables que nous allons énumérer. Citons au premier ran.^-la tête d'une statue de Livie ou de Vénus probablement une statue de Livîe en Vénusi, qui semble avoir fait pendant à la statue d'Auguste L'admirable beauté du type, beauté qui subsiste et ce n'est pas peu dire malgré la déformation de son nez cassé près de la racine, la largeur et la science du faire sont dignes de la Vénus de Milo, dont elle rappelle le type. Nous n'hésitons pas à dire que c'est une des plus belles œuvres de la sculpture antique. Vu trou percé sur le front à la naissance des cheveux analogue à celui que nous avons signalé pour la Vénus d'Arles devait retenir un ornement métallique tel qu'un bijou, une étoile ou une boucle' plan, Ji. Une statue de danseuse se tenant sur un pied ferait honneur, pour le
iusqu-au jour „ù Kstran-in reconnut que c'était un torse d-Auguste. Dans les anciens citalo-ues du Louvre, il est indiqué comme provenant de Nimes. Enfin, on a dit aussi, c ir les erreurs semblent s'accumuler sur ce malheureu.x fragment, qu'il avait ete découvert à Trinquetaille au commencement du xvn" siècle. Mais la statue de ïrinquetaille était un lupiter tenant la foudre et elle était à peu près complète. On peut voir la-dessus c^ que dit François de Rebatu, dans L.i Diane et le Jupiter d'Arles, Arles .656, brochure in-8". A cette ép.xiue, on croyait que la Vénus JWrles était une Diane, le théâtre passant pour un temple de Diane. Quant au torse impérial, il fut donné au Louvre (1622! avec le sarcophage de Prométhée en échange d'un tableau de Lemoine et Natoire dont nous parlons plus loin. La tête n'a été découverte qu'après cette date, en 183.1. <- '^st pour cela qu'elle a toujours été à Arles. Le musée d'Arles possède un bas de statue drapée qui pourrait se rapporter aussi à cette figure d'Auguste. Le Louvre ayant envoyé a Arles ui moulage du torse, la Société du vieil Arles a chargé M. Férigoule de réunir les mouiK^es des divers fragments et de reconstituer l'ensemble. La tète s'adaptait parfaitement air torse et à cet égard il ne peut v avoir de contestation. Pour la partie intérieure, il n en est pas de même. Sans doute la réunion du torse avec les jambes se fait assez naturellement si l'on tient compte des éclats de la pierre, les proportions sont exactes, la qualité du marbre est la même. Cependant l'ensembU^ n'est pas satisfaisant, le bas parait etruiue et gâte plutôt la majesté du reste. Bernouilli dans son leonogr.ip/ue ronminc (2" partie, t i p 38) trouve <|uc les jambes drapées sont de prop.irtion moindre cpic la tèf et on a remarqué avec raison ([Ue le torse semble appartenir à une statue debout et n..n assise. Ouoi qu'il en soit, l'œuvre est tout à fait remarquable et la tète d'Auguste non lauree a un caractère de réalité. - un caractère iconique « que n'a pas l'Auguste de Naples. (Voir V Mich..n, O/'. ni., et le Ilullelin Ju vieil Arles, numéro d'octobre 1903 et numéros suivants.) Ajoutons enfin c|U,' la Société des Amis Ju vieil Arles a obtenu que 1.. torse du Louvre tût restitué, en dépôt, a son lieu d'origine (1905). Au théâtre appartenaient aussi la l'risc des aigles et la l-'rise des soldats récemment retrouvées. On a placé, il y a qu.-kiues années, au milieu des ruines du côté des Lices, une expressive statue liiodrrn^' de N'inlié.
1 On pourrait obje.-ter ciu'il est au moins singulier de représenter la grave Livie dans un appareil aussi simple, un costume aussi mythologique. Mais c'était ainsi .lu'on figurait les habitants de l'Olvmpe et les Romains ne devaient trouver rien de chocpiant a représenter de même les empereurs .^t les impératrices, ces dieux terrestres. Comme e r.^marque .\L Laeaze-Duthiers, dans le journal artésien I.c Forum refuhl,e,un du ,■■ février u,o8, h- musée du Louvre ne possède-t-il pas des statues de Livic en déesse
QO
mouvement vit de ses draperies et sa grâce exquise, à un sculpteur du XVIII" siècle. .Mais un Coustou lui-même n'aurait pas eu cette eurvthmie vraiment grecque. C'est ici que l'on peut penser légitimement à la ^'ictoire de Samothrace. Cette statue est sans tête. Des fragments de deux autres
statues de danseuses beaucoup plus mutilées, n'en donnent jnis moins une sensation complète de beauté . Il semble qu'une àme anime les œu\-res d'un art supérieur et qu'on la retrouve dans toutes leurs parties'. Un autel d'Apollon découvert en 1822 et dont la place était toute marquée dans un théâtre romain ni\ la littérature dramatique n'avait aucune raison de se rattacher à Bacchus plus qu'au maître du Parnasse, nous représente, au centre, le dieu assis, sa lyre à la main; de chaque côté sont sculptées des branches de laurier. Sur une des faces latérales, JMarsyas accroché à un arbre et attendant son supplice ;
de l'Abondance, en [unnn, etc. Et n'est-elle pas représentée en Cérés sur le grand camée de la Bibliothèque nationale. Des personnages bien moins qualifiés n'hésitaient pa.s à se décerner ce genre d'honneur. Dans le tombeau du consul Manilius (voie .\ppienne', on a trouvé à côté de la statue de Manilius en Mercure, celle de Manilia dans le costume et l'attitude de la Vénus de Médicis. On voit au Louvre d'autres Romains du temps d'.\drien formant le groupe de Mars et de Vénus. On trouverait des représentations analogues de princesses dans les temps modernes : émaux de Léonard Limousin, tableau de la fin du xvr-' s. à Chantilly. Marie de Médicis en Junon par Rubens au Louvre, tapisserie de Jacques Lefebvre i;une grande dame à sa toilette), médaille du mariage de Marie-Louise et de Napoléon, etc.
' Plan, I et H"; Chapelle III. 2 et 15. Les fragments 2 et 15 se rapportent vraisemblablement à la même statue.
Pholo NcurdeiD.
fragment d'une statue de Livie ou de Vénus.
de l'autre, un esclave aigaiisant un couteau court à large lame. Au-dessus, un bas-relief représente les muses'. D'ailleurs le souvenir de Bacchus, le dieu premier inspirateur de la poésie dramatique, est rappelé par deux Silènes', appuyés sur une outre.
On saisit bien, dans ces corps ventrus et flasques, dans ces chairs amollies par l'âge et par les excès de la bonne chère, ce caractère réaliste que sait prendre au besoin l'art grec toujours prêt, non à affadir la nature, mais à lui donner tout son caractère. Signalons aussi les restes d'un autre autel derrière lequel a été trouvée la Vénus du Louvre. Cet autel est orné de cygnes et de guirlandes de fruits et de palmiers ; c'est peut-être un autel votif à Vénus et Auguste.
Parmi les autres sculptures de provenances diverses on ne saurait oublier un autel votif, dédié à la Bonne Déesse, la déesse de l'Ida, j)ar l'affranchie Caïena sa prétresse' ; la statue d'un sénateur romain 1?) très mutilée mais de la bonne époque (l"' siècle. Plan, chapelle IX, n" i); la partie supérieure d'un torse de femme avec une mèche de cheveux lui arrivant au milieu de la poitrine'; un buste d'enfant dit de Marccllus" ([ui, sur son jeune visage et au-(li>ssous
I l'I.ii., ,li:ii..lir V, II"- 8 et (). Danseuse.
- riaii, ml. Il"' 1 I II 15,
■' l'iaii J. — Cij culte iiiiciitiil .^umblc avoir été assez répandu Jans 4e bassin du Khone : des inscriptions analogues ont été trouvées à Vence et à Riez.- I/autel d'.VrUs a fait partie des subslructions de l'éiflisc Niitre-l)ame-la-Maji>r.
' .\u-dessus du Cippe de X'eria l'iltaia jl'lan, 1';.
■' Plan H. — On est trn|i ii.iiuiillcmiiii p.irié à vnir un M.iiit'l/ns d.ms toutes les fiy;un;s de ji'Uiies Riiniaiii> d.- di^linclicui i|u'nM in- [leul autreMiriit identitier. Mais ici la
de ses longs cheveux ramenés en partie sur le front, laisse lire déjà l'énergie romaine: une tige de palmier en marljre ; deux autels en marbre de Carrare portant sur leur face antérieure, sculptée en très haut relief, une couronne de chêne dun grand style décoratif et dun travail très lin (plan, nef 31 et (ji ; un groupe dit de Médée (plan, chapelle I, n"" i ) ; des bustes de femme intéressants par leur coiffure jîlan, nef n^' lo et 1 1) ; un magnifique chapiteau corinthien en marbre, trouvé dans le Rhône : des fragments importants d'un arc de triomphe ; un bas-relief calcaire représentant encore une danseuse ou une Victoire provenant aussi peutêtre d'un arc de triomphe (plan D).
Sur une partie du piédestal circulaire de la meta du cirque, on voit quatre groupes de chars, représentant les quatre factions de cochers qui se disputaient à Rome la faveur de la foule et dont les rivalités avaient passé dans les provinces; ces chars sont conduits par des génies ailés. On remarquera la forme allongée des chevaux. Ce type se rapproche de celui de nos chevaux de course ou des chevaux d'Assourbanipal dans l'antique Assyrie; mais, il est rare dans la sculpture classique qui, à l'exemple des œuvres de Phidias, nous présente plutôt des chevaux de forme courte et ramassée 'plan, chapelle VI, n° i).
Une tète en pierre, de jeune homme coiffé d'un bonnet phrygien, a dû appartenir à une statue mithriaque (plan, nef n" i6). Le culte de .Mithra s'était répandu profondément dans les Gaules : on a trouvé les murs d'un de ses temples à Vieu en Valromey et on voit à Bourg Saint- .\ndéol, près de la rivière de la Tournes une pierre mithriaque. 3lithra avait à Arles, près du cirque un temple d'où provient la curieuse statue dont il nous reste à dire un mot (plan Rj. La tête, qui était peut-être une tête de lion, manque; le corps est entouré dun serpent énorme aux écailles saillantes ; entre les spirales régulières du reptile sont sculptés en bas-relief les signes du Zodiaque. Ces bizarreries et ces monstruosités orientales font comme une fausse note au milieu des inspirations gracieuses ou puissantes, mais toujours harmoniques et bien humaines, du génie gréco-romain, contraste d'autant plus sensible que la netteté de la ligne et la correction du dessin (une fois le sujet admis) sont vraiment classiques. L'ne autre sculpture près du tombeau de Cornelia lacaena, diffère aussi beaucoup des œuvres qui l'entourent, mais pour d'autres raisons (plan, nef n" loi. C'est une tète d'adolescent en marbre blanc, admirable d'ailleurs : l'expression du regard, vivante et personnelle, la manière dont les cheveux sont traités,
date de l'œuvre, autant qu'on en peut juger par le style, et le type du pcrsunnage s'accordent avec cette .attribution.
sont particulièrement remarquables. « 3lai.s, pense M. Lacaze Duthiers, il est fort douteux que ce morceau soit antique. Il a tous les caractères d'une œuvre remontant tout au plus à la Renaissance et. à le bien examiner, paraît même plus moderne ; d'ailleurs, il n"a pas été trouvé dans les ruines du théâtre, mais dans les ruines de l'abbaye de Saint-Césaire et assez récemment. » Signalons aussi une mosaïque [V Eulèvcinciit d' Europe), découverte il n'y a pas longtemps à Trinquetaille '.
Ces œuvres, quelle que soit leur valeur, ne forment c[ue la partie la moins intéressante du musée d'Arles. Ce qui en fait une collection, sinon unique (il 3^ a le musée de Saint-Jean de hatran à Rome , du moins exceptionnelle, ce sont ses sarcophages chrétiens et païens.
A Arles, comme à Nîmes, les inscriptions funéraires ou autres nous apprennent beaucoup sur la vie antique de la région.
Les NaiitiV Arclatcnscs bateliers du fleuve) y formaient un corps de métier distinct de A'(7t'/(.7//(7/'// /;/i7/'/'/;/ qui, eux, faisaient les transports maritimes et étaient assez nombreux pour se diviser en cinq corporations. La considération dont ils jouissaient était telle que les plus grands personnages, — par exemple un ancien tribun de la légion adjittrix ", devenu depuis procurateur imjiérial pour l'approvisionnement du l)lé à fournit' pour la Narbonnaise et la Ligurie — ne dédaignaient pas d'être leurs patrons ' L'importance maritime d'Arles est attestée par le nombre de ses Fabri navales (constructeurs de naviresi, qui étaient sous la direction d'un Ardiitcct us navalis ingénieur des constructions navales '■. Ces Fabri )i(ivales n'étaient pas des ou\Tiers vulgaires, si on en juge par la longue épitaphe en vers qu'un certain nombre d'entre eux ont fait graver sur le tombeau d'un de leurs camarades". Citon.^ encore les Ceiitonarii fabricants d'étoffes fortes et grossières, espèces de bâches destinées à couvrir les marchanilises transportées ]iar terre ou par eau et eni])lo\'ées aussi, ch(jse imprévue, à étouffer les incendies''.
' Il devait y avnir à .\rles une i^rande i|ii.iiUit(- de mosaïques. Une bcmne partie des CLiltiires maraîchères de Trinnuetaille s'appuie sur un fond de mcisaïiiuc. On juge par là de ce ([u'elles ont pu devenir et de la difficulté qu'il y a là à les remettre au jour.
- I.e titre de tribun légionnaire équivalait au yrade modiTne de général de division ou même de général commandant un corps d'armée.
•' Corpus luscripliiiinnn LU iihiniii: , t. .\ll, n' 7,50.
' /bit/., n"^8. \'oy. sur les inscriptions d'.VrIes, llipp. \ii\7.'m,Arli\'ig,7Ui>-roiii.7iii,y>.oj-è«. " Ou peut-être aussi à servir de protection contre les dégâts que peut causer Toau des pompes. Les bâches ont été employées de nouveau, en cas d'incendie, p.ir le corps . de s,nivi-lt-iirs ([ui vient d'être adjoint aux pompiers de Paris,
Le mot Ud'iciihirii. désignait non seulement des bateliers d"une espèce particulière voy. ci-dessus p. 6o', mais aussi leurs homonymes les fabricants d'outrés qui trouvaient surtout des clients dans lesD/'ffnsorcs ou marchands d'huile '.
Nous trouvons aussi des Se Jiolûs/ici (étudiants) qui rappellent que la culture intellectuelle était fort en honneur dans cette ville gréco-romaine ^.
Le souvenir des fêtes qui se donnaient au théâtre ou aux arènes est évoqué soit par le nom d'un de ces imprésarios d'un genre spécial, de ces Ncgotiatorcs fauiilia; gladiafora' (plan, nef n° 41, qui faisaient la traite des gladiateurs, soit- par le nom d'un acteur de la troupe d'Eudoxe ex ^actione Eiidoxi) (plan, chap V. n" 12 et d'un ^-Edilis niuncrarius espèce d'intendant des menus plaisirs, magistrat chargé de l'organisation et de la police des jeux.
D'autres inscriptions prennent leur intérêt dans les sentiments qu'elles expriment. On les rencontre aussi bien sur les tombeaux pa'iens que sur les tombeaux chrétiens. En voici trois qui sont particulièrement touchantes. La première est probablement païenne et porte les lettres D. ^L iDiis Manibus). Malgré de nombreuses incorrections, on voit qu'on a voulu la rvthmer, ou à peu près, en hexamètres plan, chajjelle IX, n" 21.
O dolor quant* lachrum;? fecere sepulcrum Jul. Lucina qu» vixit karissima matri Flos aetatis hic jacet intus condita sacxoo {sic) O utinam possit reparari spiritus ille
Ut sciret quantus dolor est.
Q.Li;e vixit ann. xxvir, m. x, die. xin.
Jul. Parthenope infelix mater :
O douleur! que de larmes représente la tombe De Julia Lucina qui vécut très chère à sa mère. Cette fleur de jeunesse git ici cachée sous cette pierre. Pourquoi ne peut-elle renaître à la vie,
Ne fut-ce que pour juger des regrets qu'elle a laissés. - Elle a vécu vingt-sept ans. dix mois, treize jours-.
Julia Parthenope sa malheureuse mère.
' L'importance du commerce de Thuile à Arles est attestée entre autres par Ulpien, dans un passage du Digeste . iLivre XIV, titre III, loi 13.) Le musée contient (Plan, chapelle II, n'^ 7) le sarcophage de M. Juiiius Messiiinus, membre et maître de la corporation des utriculaires d'Arles.
- Corp. Iii^. Ldt., t. XIl. n" 714. (Voy. cî-dessus, p. 60, à la note.) ■' On peut remarquer ici combien les Romains mettaient de précision dans les âges, avec quels soins ils marquaient les dates des naissances. Cette précision disparut au.
La seconde, n'est pas moins curieuse soit par sa forme, soit par les sentiments quelle exprime plan, chapelle VII, n" 3).
^liœ. JEWa [nx] Littera' qui nosti, lege casum et dole puelke. Multi sarcophagum dicunt quod cens [umit artus] ; Set conclusa decens apibus domus ist [a vocanda]. O nefas indignum ! jacet hic praeclara puella. Hoc plus quam dolor, rapta est speciosa puella. Pervixit virgo, ubi jam matura placebat; Nuptias indixit, gaudebant vota parentes. Vixit enim ann [os] XVII et menses VII diesque W'III O felice' patreni qui non vidit taie' dolorum I H;eret et intixo pectore volnus Dionysiadi matri. Et junctam secum Geron pater tenet ipse puellam '.
Toi qui sais lire, apprends l'infortune de cette jeune fille et pleure. C'est un sarcophage, dira-t-on, devant ce tombeau qui dévore les chairs Mais n'est-ce pas plutôt une élégante demeure réservée aux abeilles qu'il faudrait O désastre'. O iniquité! ici gît une jeune fille rare. [l'appeler]?
Douleur plus qu'humaine! Elle a été ravie cette belle jeune tille, Lorsque, vierge encore, elle était déjii faite pour plaire dans l'épanouissement de
[sa jeunesse].
Son mariage approchait; sa famille se réjouissait à cette espérance. Elle avait en effet dix-sept ans, sept mois et di.x-huit jours ! Heureux son père qui n'a pas vu cet affreux malheur
Dans son cœur transpercé, sa mère Dionysiade garde une blessure incurable. Mais son père Geron lui est uni à jamais et seul la possède aujourd'hui.
La troisième est complètement chrétienne, mystique même, dans sa belle simplicité ; l'e.spérance et la foi y laissent à peine place à la douleur '])lan, chapelle III, n" 13). Elle est aussi en vers, sauf la dernière ligne.
Integer adqiie pius vita et ccirpore purus
.tlternus hic positus vivit coiicordius ;vvi)
Qui teneris primum ministriim fulsit in aniiis
Post etiam lectiis c;elcsti Icgc sacerdos.
Triginta et geminos decim (.v/ci vix reddidit aiinos.
Hune cito sideream raptiun omnipoteiitis in aulain là mater blanda et frater qu.crunt.
nic.ycii ixiir. et nous l'avcnis ntrciuvrc M-iilfiiU'iil ilrpuis (|iic r.XsscmlilOe Constituante de 1789 a établi les registres de l'i'lat ri\il.
' Cort'iis /nsi-n'f'tioinuii l,i liii.i niiii, t. XII, n";.]^. (.'ctte insiiipluMi. l;c.ivoc<;ii bi>niK-s lettres du n' siècle, comme le dit 1 liisclifeld, se lit sur une plaque de marbre trouvée
g6 ARLES
Irréprochable et pieux, pur de vie et de corps,
Concordius ici enseveli vit pour l'éternité.
Dans ses tendres années il occupa de hautes fonctions dans l'Etat;
Puis, il fut choisi comme prêtre par la loi céleste.
Il accomplit à peine sa cinquantième année.
Ravi prématurément dans la cour étoilée du Tout-Puissant.
Sa tendre mère et son frère aspirent à le retrouver.
La tombe de Concordius a été regardée comme miraculeuse. Ce Concordius est peut-être lévèque c[ui signa en 374 au premier concile d'Arles.
Nous allons maintenant passer en rev'ue les monuments funéraires qui se recommandent surtout par leur valeur artistique. Nous y retrouverons d'ailleurs plus d'une inscriplion analogue. Cette étude sera forcément très sommaire; car, comme nous l'avons dit. le .^Uisée d'Arles est à cet égard d'une grande richesse et sa description méthodique et complète exigerait tout un volume. Nous ne pouvons cependant nous dispenser de lui donner quelques pages ; rien à Arles, sans en excepter le théâtre et les arènes, n'est plus digne d'attention et c'est un vrai devoir de signaler cette collection aux simples touristes, à tous les esprits cultivés, ou curieux de l'être, qui n'auront certes pas à regretter le temps qu'ils emploieront à sa visite. Ces tombeaux proviennent presque tous du cimetière des Alyscamps dont on parlera plus loin.
Nous commencerons par les monuments païens, mais en remarquant c[u"il est parfois difficile de les distinguer des monuments chrétiens contemporains ou même postérieurs ; car, d'une part, plusieurs des formules funéraires païennes sur la paix de la mort et la vie future convenaient à la religion nouvelle, C[ui les adopta en leur donnant un sens plus fort et plus précis, et, de l'autre, des scènes mythologiques ou des emblèmes purement païens furent également conservés sur les tombes chrétiennes, avec un sens sv^mbolique, même après la paix de l'Eglise. Il ne faut pas s'en étonner puisqu'on les retrouve en grand nombre dans les catacombes et que le christianisme naissant, le christianisme héroïcpie, les avait ainsi consacrées.
Parmi les monuments païens celui qui attire tout d'abord les regards
en 1844 à coté d'un sarcophage contenant deux cercueils de plomb {aujourd'hui à la chapelle Bouic-Aiguières aux Alyscamps) et contenant l'un le squelette d'une jeune fille, l'autre celui d'un vieillard. Elle a été étudiée par Caumont [Bnllctin iiioiiHiiu-iitiil, 1845, et Congrès archcologiqiie. 30" vol., i86b, p. 220), par Emile Egger [Bulh'liu Jcs Antiquités, 189", p. 109), et par Mommsen.
est un des plus récemment connus. Il ne vient pas des Alyscamps : il a été trouvé dans la Camargue lors des travaux faits pour l'établissement du chemin de fer des Saintes-Mariés iSgii et donné par la compagnie au .^Iusée d'Arles iplan, nef n" 22 . Il a 2"', 35 de longueur, i mètre de largeur et I mètre de hauteur. Il appartient peut-être au i"'' siècle de notre ère. Le couvercle porte la statue couchée du défunt qu'on reconnaît bien être celle d'un jeune homme quoique la tète soit perdue. Ce couvercle est.
Sarcophage dit d'Hippolyte.
pour la (lualilé de la pierre comme pour la valeur du travail, très intérieur au sarcophage : il a été fait jjar quelque marbrier local, tandis que le sarcophage, qui vient peut-être d'Italie, doit avoir été aclieté dans cpielqu'un de ces ateliers réputés qui fabriquaient d'avance et tenaient en réserve des monuments ornés des sculptures le ])lus généralement demandées, toujours ])rèts à livrer au goùl du client des cérémonies funèbres, des scènes de la vie future telle que se la figuraient les i)aïens,des sujets mythologi<[ues d'ajjplication symbolique : les Diosrures. l.éda. Psvché, (ianymède, Orphi-c ou même l'histoire d'Ilippolyio. I, 'histoire d'Ilippol>te était spécialement ch<jisie pour les toml)eaux de jeunes gens non seulement à cause de sa mort Iraglipie el iiréinaturée. mais aussi à cause
g8 ARLES
de la légende d'après laquelle le fils de Thésée aurait été ressuscité par Diane sous le nom de Virbius. C'est justement l'histoire d'Hippolytequi, selon toute vraisemblance, est représentée sur les quatre faces d'exécution inégalement soignée du sarcophage qui nous occupe. L'analogie avec le sarcophage conservé à Girgenti en vSicile et avec un sarcophage du Louvre, pour lesquels cette explication a été généralement admise est un argument de plus en faveur de cette opinion '. Notre photographie nous dispense d'insister sur la description du sujet principal qui représente le départ pour la chasse ; remarquons seulement la présence de Phèdre accompagnée de l'amour et signalons l'intelligent souci de la réalité avec lequel ont été variées les espèces de chiens qui accompagnent les jeunes chasseurs. La face latérale de droite et la face postérieure représentent la chasse au milieu de la forêt. Ces deux faces sont beaucoup plus frustes, l'épaisseur moins grande du marbre ne permettait pas d'ailleurs de fouiller plus profondément et d'accentuer davantage les formes. La face latérale de gauche au contraire est aussi belle que la face antérieure ; elle nous montre Hippolvte mourant dont un chien lèche la main. Deux héros îles Dioscures?) sont près de lui ; des femmes apportent du linge et des parfums.
Un autre sarcophage de même style nous représente aussi des scènes de chasse pleines d'animation où l'on voit un sanglier faisant tète aux chiens et des cerfs pris dans des rets qu'ils es.saient vainement derompre, tout en luttant désespérément contre les chiens et les chasseurs qui les empêchent de s'échapper plan, chapelle VII, n" 8). On pourrait rapprocher plus légitimement encore le sarcophage d'Hippolytedes sarcophages dits de Psvché et de Léda qui avaient contenu la dépouille de deux jeunes femmes ; mais pour le caractère symbolique seulement et non pour l'art, car ce sont des œuvres médiocres. Celui de Psyché surtout est d'un travail assez grossier. Malgré l'intérêt de la composition et la grâce souriante cjue conserve la figure principale, c'est une oeuvre de la décadence^
' Le sarcophage du Louvre — sur sa face principale ^les autres sont différentes) — reproduit presque exactement la scène la plus importante du sarcophage d'Arles. A gauche, Phèdre est assise ayant à ses côtés l'Amour. Entre Phèdre et Hippoh'te, une femme âgée semble faire des reproches au jeune homme. Dans le bas-relief du Louvre, Phèdre, au lieu de regarder Hippolvte, détourne la tête et se penche vers la gauche. Ce sarcophage provient de Toscane (Douane del Chiarone) et est entré au Louvre en 1863. Il faisait partie de la collection Campana. Les sarcophages trouvés à Saint-Médard d'Eyran, près Bordeau.x, et qui sont également au Louvre, seraient intéressants aussi à comparer avec les sarcophages d'Arles.
- Sarcophage de Léda : Plan, nef, n" i. Sarcophage de Psyché : Plan, nef, n-' 20.
ARLES gg
Pour en finir avec les grands sujets mythologiques signalons aussi le monument brisé où l'on reconnaît Apollon et les neuf Muses. Le dieu tient sa lyre à la main et porte une longue robe flottante comme l'Apollon miisagète du Vatican. I,es attitudes des diverses figures qui l'accompagnent sont variées et gracieuses. Leur style permet de les attribuer aux environs de l'ère chrétienne (plan, chapelle V. n" 9 .
Des monuments plus simples n'en sont pas moins d'un travail excellent. Celui que se fit faire de .son vivant, Corihlia lacœna et qui est orné de guirlandes de fruits et de feuillage avec des tètes de bélier, est un chef-d'œuvre; il était considéré, avant la découverte du sarcophage d'Hippolyte, comme le plus parfait des monuments funéraires du musée d'Arles (plan, nef, n" 21'. 11 semble contemporain, comme l'Apollon, des sculptures du théâtre. Au même temps appartient le sarcophage en marbre blanc d'Attia Esycha, œuvre d'une conservation parfaite qui vient d'être découverte ifin août 1909) dans les travaux du canal maritime de Marseilleau Rhône. Sur sa face antérieure, on lit une inscription oravée dans une tablette que portent deux génies ailés ; sur les faces latérales, on voit des têtes de .Méduse entourées d'une guirlande de fruits que tiennent dans leur bec deux aigles placés aux angles'.
D'autres monuments, fussent-ils d'une valeur artistique moindre, ont un prix non moins grand parce qu'ils nous apprennent sur les défunts et par les scènes plus familières qu'ils nous présentent. Tel est le couvercle de sarcophage repré.sentant des scènes de la vie pastorale'. Tel est le sarcophage de la Cueillette des olives aujourd'hui fort mutilé, mais encore complet au temps de Millin qui l'a reproduit. Sa correction laisse parfois à désirer ; mais les petits génies occupés à détacher les fruits des arbres ou à les entas.ser dans des paniers, mettent à leur travail une ardeur et une vivacité charmantes (plan, chapelle L n°6).
Les goûts artistiques de Jitlia Tyrauiiia sont rappelés par des instru^ ments de musique variés. D'un côté, les instruments à cordes : une lyre sur sa lidite de résonnance et accompagnée de son pleet riiiii, une guitare <l une forme boiuliée rappelant la mandoline et portant les clefs destinées à tendre les cordes, un caliier de musique suspendu à un clou ; de l'^itre les instruments à vent : un liydraule ou orgue mis en action par le moyen de l'eau et une sj'rinx ou flûte de l'an enfermi'-c dans une boîte; au-dessous
' Le couvercle, découve.'-t prés Ji- là (|iii-lques juins après, ne se rapporlo pas au
même monument. Sa décoratidn dv fouilles imbriquées est d'un très bon travail. v,|
- A gauche, un berger trait uiu- chivn-: à drolu, à ci.té d'une llùl.' de Pan suspendue
à un .-irbre, un autre berger ti.-iit un.' ehevir par la barbe vl'laii, eli.ipril,- VIII. n" ;1.
B1BU0THEC^ ^'
' ti.-.w .^iv'" ^
un bélier. Julia ïvrannia devait être une femme très distinguée par l'esprit et par le cœm-, si l'on en juge par son épitaphe dont toute femme pourrait être fîère.
Juli;i' Luc. Fili;e Tyrannias vixit ann. XX, m. VIII quœ moribus pariter et disciplina ceteris feminis exemple fuit, Autarcius nurui. Laurentius ucxori
A .hilia Tyrannia, tille de Lucius, morte à vingt ans et huit mois, qui par ses mœurs, comme par son éducation, fut un modèle pour les autres femmes, Autarcius son beau-père et Laurentius son époux (ont élevé ce tombeau)'.
On regrette que le sculpteur ne nous ait pas donné les traits de Julia Tyrannia à côté des instruments qu'elle aimait à manier. Terentius 3Iusa?us nous a fait connaître la figure d Hydria TertuUa son épouse et d'Axia ^"Eliana sa fille dans le tombeau commun qu'il leur a fait construire (plan, chapelle IV, n° 3 . A droite de l'inscription, en avant d'une draperie qui sert de fond et d'encadrement, se voit le personnage à micorps de la mère. Elle tient à la main un rouleau de parchemin ou de papyrus signe de ses droits. Son air est noble et sévère ; son visage aux traits réguliers, un peu durs, est couronné d'une coiffure soignée en torsades. C'est une véritable matrone. De l'autre coté, la jeune Axia fait un parfait contraste, avec sa face ronde, ses cheveux coupés sur le front, son nez court et épaté, sa ph^-sionomie souriante. Elle devait ressembler à son père. D'une main, elle tient un (jiseau, de l'autre un raisin lVO^^ fig p. loi).
A défaut de parents ce sont des amis qui prennent soin de donner à quelque mort qui leur est cher une sépulture durable et parfois luxueuse.
Sur un cippe, deux jeunes filles se tiennent par la main au-dessus de cette inscription : « Cornélia Sedata, de son vivant, pour elle et pour Cornélia Optata son amie, morte à 1 âge de vingt ans. » (Plan, chapelle II, n° 5). Ailleurs, une stèle est consacrée à l'affranchie Fidelis Romida par Seciindina Cominia sa compagne « qui a élevé ce monument à ses frais ».
De petits êtres, qui ont à peine paru dans la vie, sont honorés d'inscriptions qui prouvent que les enfants, si jeunes qu'ils soient, ont déjà
' Plan, nef, n" 2. — Le musée contient un autre sarcophage analogue, mais fort dégradé, où Ton voit également un orgue à eau mis en action par deu.K personnes (Chapelle n, n'^ 2I.
AivLES loi
dans le cœur de leurs parents une place bien à eux et c^u'ils laissent, en s'en allant un vide que rien ne pourra combler. Tel est le tombeau, orné de guirlandes, de la petite CIirj'6\\s;oiiL' « fille très douce, très h innocente et très chère, morte à l'âge de trois ans, deux mois, vingt- « sept jours et que ses parents regretteront tout le temps de leur exis- « tence. » Lorsque le tombeau fut découvert, on }• retrouva encore les restes de la petite Chrysogone enveloppés dans un tissu d'or et de soie cramoisie. Cela n'empêcha pas les religieux de l'ordre des .Minimes, qui
Sarcophage de Julia Tyraimia.
avaient reçu la garde des Alyscamps et s'y conduisirent souvent en véritables barljares, de transformer ce sarcophage en un lavabo, ou une cuve, comme en témoignent encore les trous percés pour l'écoulement des eaux '. Sur la partie sui)érieure du sarcophage île Chrysogone on lit en gros
' Plan, chapi-llc VII, n" i . — Quelques tombeaux d'.Vrles portent la fi<;uro d'une .;4\/.; et la formule siih iixcia dcJicivif. I/ascia désigne en latin divers instruments de forme :inalni,rue, dnlciire de.s tonneliers et charpentiers, marti'line des tailleurs de pierre, truelle des mai,-ons et aussi pioche des terrassiers. IvUe peut être parfois le signe du métier e.\ercé par le défunt et on la Innive à coté du fil à plomb. Mais elle apparaît souvent, avec ou sans la formule, sur le tombeau de personnages de toutes conditions, dont la profession n'a aucun rapport avec cet instrument. De là une discussion mémorable dans laiiurlli' les mnnuments d'Arles ont pu servir d'arguments et nù les érudits ont e.xposé et snutrnu unr (|uar;uUaine d'opinicms dilïénntes ^ur le sens de la formuU-.
caractères les mots : Piix .Etci'iia. Cela ne suffit pas pour affirmer qu'il soit chrétie^i. Dailleurs les monuments chrétiens sont en assez grande quantité dans le musée pour qu'il faille se garder d'en grossir le nombre par une attribution tant soit peu douteuse. Ils ont été décrits et interprétés par Edmond Le Blant dans un in-folio qui fait autorité Nous allons, avec ce guide, reprendre la description sommaire des principaux d'entre eux. en faisant précéder cette description de quelc^ues généralités indispensables.
Les monuments chrétiens du seul musée d'Arles fourniraient les éléments d'une étude sur la symbolique chrétienne primitive. On a' trouve surtout reproduits les sujets de la Bible et de l'Évangile qui se rapportent à la mort, à la vie future, à la résurrection, à la rémission des péchés et au salut des âmes : la résurrection de Lazare. Daniel dans la fosse aux lions ', le baptême de J.-C le Christ lavant les pieds des apôtres, le paralytique guéri, Moïse frappant le rocher, l'histoire de Suzanne sauvée par Daniel, Jonas vomi par la baleine, l'arche de Xoé où la figure du défunt et même de la défunte sont substituées à la figure du patriarche. Comme l'a expliqué Le Blant, on trouve dans ces sculptures comme la traduction figurée, l'illustration symbolique de l'office des morts, tel que nous le donne la liturgie.
Il ne faudrait pas cependant abuser (et on l'a fait jusqu'au ridiculei du caractère symbolique des sculptures funéraires et chercher un sens caché jusque dans les détails les plus insignifiants de l'ornementation. Les artistes, même en ce temps, n'étaient pas nécessairement de grands théologiens. Ils conservent plusieurs des anciennes formes et figures auxquelles on était habitué — formes et figures qui d'ailleurs n'ont pas encore complètement disparu de nos jours : les génies ailés, les torches renversées, les griffons, les personnifications des fleuves, de la mer et des vents. ' L'ordre dans lequel sont disposés les sujets n'est déterminé souvent que par le désir de la s^-métrie. Ce désir est poussé fort loin. Par exemple, au-dessus de tel médaillon circulaire encadrant le buste du mort, — lorsqu'il s'agit de remplir les angles curvilignes entre le médaillon et la ligne horizontale auquel il est tangent, — si on voit d'un côté la main de Dieu tendant à 31oïse les tables de la loi, de l'autre le sculpteur mettra la main de l'ange arrêtant le bras d'Abraham au moment où il va sacri-
' « O notre vrai père, qui jamais ne mentis, dit encore Roland dans la célèbre épopée du -XI" siècle, toi qui ressuscitas saint Lazare d'entre les morts et défendis Daniel contre les lions, défends mon âme contre tous les périls à cause des péchés que j"ai faits dans ma vie. » (Strophe CIII, v. 2384-88.)
fier son fils (voy. fig. p. 1071. Les sujets peuvent donner lieu d'ailleurs à des interprétations diff'érentes. Par exemple, où Le Blant voit le paralytique guéri portant son grabat, d'autres avaient cru voir Samson, qui. certes, n'avait jamais été paralytique, enlevant les portes de Gaza.
Comme il était naturel, ce ne sont pas les seuls faits de la vie du Christ pouvant avoir une application funéraire que l'on retrouve sur les tombeaux. Mais, quelque variés que soient les sujets empruntés à l'Evangile, aucun ne représente les scènes de la passion. Tout au plus conduit-on
''fPf'Sti'ft^'^^"-^^'^^
Tombeau dit de Constantin ou du Triomphe de la Croix; au-dessus, autre sarcophage,
le Christ et les Apôtres.
la vie du Sauveur jusqu'à sa comparution devant Pilate et, même alors, l'y voit-on presque toujours couvert du pûll/nin signe du commandement. Ouoique dans un temps si voisin des martyrs (et il en avait été de même au temps des persécutions) on ne voulait pas représenter le Lils de 1 homme au milieu de ses souffrances physiques. Cette omission, évidemment volontaire. Nuppose une concciitinn de l'art et île la religion qui tait naître de nombreuses réflexions et ciui est, en tout cas, fort différente de celle du moyen âge. On ne connaît guère qu'une exception. Un sarcophage du musée de Latran rajjpelle le crucifiement et le couronnement d'épines; mais la croix est portée par le Cyrénéen, mais c'est une couronne t\f th'urs i[ue le soldat iihu'c >ur hi lèlc du ('Iirist.
Remarquons enfin, comme dernière considération générale, la grande ressemblance des sarcophages d'Arles e; de ceux de Rome. « 11 y a presque identité, dit Le Blant. Tandis que dans d'autres villes de la Gaule, à Bordeaux, à Toulouse, ou même dans les cités italiennes, les tombeaux sont de formes variées', à Arles et à Rome ils ressemblent tous à des auges allongées à bords droits avec un couvercle généralement taillé en toit de maison. » Quant aux figures sculptées aux quatre extrémités du couvercle, si elles représentent à Rome les tètes de saint Pierre et de saint Paul, patrons de la ville éternelle, à Arles, c'est le plus souvent une tête juvénile dans laquelle Le Blant voit, après de Rossi, la figure de saint Genès, martyr particulièrement vénéré à Arles.
Parmi les tombeaux les plus connus du musée d'Arles, on doit placer les deux sarcophages reproduits page 103 ■. Celui du bas est presque intact, quoic^u'il ait perdu son inscription, qui était probablement peinte sur le cartouche vide placé au centre du couvercle. Ce couvercle contient les médaillons à mi-corps de la défunte et du défunt Le cartouche et les médaillons sont soutenus par des génies. La face principale du sarcophage proprement dit porte au centre la croix surmontée d'une couronne. Au pied de la croix sont deux soldats; sur les côtés les douze apôtres, six d'un côté, six de l'autre; au-dessus de chacun d'eux une main sortant de la pierre tient une cour(jnne; sur les faces latérales qu'on ne voit pas sur la gravure sont représentés d'un côté le Baptcmc du Clirist, de l'autre Mo'isc frappant le rocher. Ces figures sont déjà trop courtes et ramassées ; l'absence d'élégance dans les lignes montre qu'on est à une époque de décadence. 31ais les tètes, toutes différentes, sont personnelles et expressives, les proportions, les formes et les gestes suffisamment corrects; c'est une œuvre d'artiste. Le travail est très soigné et le marbre emplo^'é fort beau. Ce tombeau, provenant de la crypte de l'église Saint-Honorat, serait, d'après une ancienne tradition, le tombeau île l'empereur Constantin II, qui était né à Arles. Cette tradition ne repose sur aucune preuve. Tout ce qu'on peut dire c'est que l'âge du personnage représenté dans le médaillon de droite ne la contredit pas, Constantin n'a3-ant que trente-quatre ans lorsqu'il périt tragic[uement à Aquilée, en 340.
Le sarcophage placé au-dessus a encore plus de valeur. Les propor-
' Par exemple, furmes évasées, la base étant plus étroite que l'ouverture, couvercle bombé en arc de cercle, etc.
- Plan, chapelle III, n"' 7 et 8. — Si le lecteur veut bien prendre la peine de suivre sur nos gravures les descriptions données ici. il s'habituera à reconnaître sur les autres ■ sarcophages du musée la plupart des sujets dont ils sont décorés.
lOS
lions sont plus justes, les corps plus élancés, les bonnes traditions ne sont pas encore perdues, l'encadrement architectural des figures avec les colonnes corinthiennes ou plutôt composites qui divisent l'ensemble en cinq compartiments est riche et majestueux, sans lourdeur. Au centre, le Christ portant la barbe et ayant les cheveux tombant sur les épaules est debout sur un tertre rocheux d'où s'échappent quatre sources des quatre
Au-dessus, sarcophage dit de l'Orante ou de Moïse; au milieu, couvercle du sarcophage d'Hydria ïeriuUa et de sa fille A.\ia; au-dessous, sarcophage à colonnes, le Christ et les Apôtres.
fleuves du Paradis terrestre ?i ; à ses pieds sont deux brebis. A droite^ saint Pierre portant la croix sur son épaule se penche dans une attitude respectueuse et confiante vers le Christ pour recevoir un volume rouleau <|U(' lui tend le Sauveur, romnic au déiiositairr pri\ilé;,;'ié de sa loi. Derrière le saint, dans la même arcade, un autre apôtre lient un rouleau à la main. ^V la gauche du Christ, deux autres apôtres tenant chacun aussi un \()Iunie sont séparés par un ]5almi{>r sur lequel se voit un jiliénix ou une cdlomlx'^i, cnihlrMic de la r(''surr('cti(in Aux exlrémilcs mmU deux sujets : à ;,,''auch(', le Clirisl Urcaiit hs f^li'ils de sain l /'/V/vr ; à droiu;. /(■ (llirisl drviiiil Pilalc ]i.ir (•x<'f]ili<in le ( 'iirisl ])(irtc la simple tunitiue
io6 ARLES
et non le pallium . A tous égards, ce sarcophage, cjui appartient sans doute à la seconde moitié du IV siècle, est une œuvre exceptionnelle ' ; pour le temps nous n'en connaissons pas de plus belle.
Une disposition architecturale analogue, mais plus dure, plus sèche, a été adoptée dans le tombeau reproduit au bas de la figure p. 105. Il est composé de sept niches : au centre, le Christ et un apôtre; de chaque côté, trois autres apôtres. Malheureusement toutes les tètes sont cassées (Plan, chapelle IV, n° 21. Le sarcophage supérieur, un des plus beaux que l'on connaisse, se distingue par un sentiment religieux plein de gravité et de noblesse ;Plan, chapelle IV, n° 4;. Au centre, iiiic femme cii prière, une « orante », la tète drapée et les bras étendus, est debout entre deux saints personnages. A gauche, après une représentation très sommaire et assez obscure du Mirûcic de Cana, vient le Reniement de saint Pierre lun coq au pied du saint ne laisse pas de doute sur le sujet;, puis Moïse frappant le roclicr. Au Mo'ise fait pendant, à l'autre extrémité, le Christ ressuscitant Lazare; auprès de lui sont Marthe et Marie. A côté, on voit le Christ guérissant un aveugle. Dans ce groupe, le personnage qui ioint les mains dans l'attitude de l'adoration est particulièrement remarcjuable. Entre ces deux sarcophages chrétiens a été placé le tombeau païen d'Hydria TertuUa et d'Axia ./ïliana dont nous avons déjà parlé p. lOOi.
De même c^ue sur le tombeau d'H\dria Tertulla et de sa fille, les portraits des défunts sont sculptés sur deux des sarcophagesdelafigurep. 107"; ces images sont de celles qu'on appelle clypeatœ (en forme de bouclier), et occupent un cadre circulaire central. Dans le sarcophage inférieur, tandis que tout le reste du travail est terminé même avec soin, les deux têtes des époux réunis dans la même sculpture sont seulement dégrossies. Cela prouve c[ue la pièce était préparée d'avance et que le détail des têtes devait être taillé, après la vente, à la ressemblance de ceux dont elle devait contenir la dépouille et au goût de l'acheteur. Dans le bandeau supérieur, on reconnaît : à droite du médaillon, la Main de Dieu donnant à Moïse les tables de la loi. — Suzanne entre deux arbres épiée par les deux vieillards. — Jésus devant Pilate; à gauche, la Main de fange arrêtant Abraham dans son sacrifice, — les Vieillards accusateurs de Sii:^aune conduits devant Daniel et au moment d'être
- Il est intéressant de comparer ce sarcophage et le suivant à celui qu'un a trouvé à Rigneux-le-Franc (Ainj, et qui est aujourd'hui au Louvre, sarcophage 011 l'on voit le Christ avec les douze apôtres.
^ Plan, chapelle IV, n"' 11, l'i et 13.
lapidés: au-dessous, à partir de la gauche, les Tfois Ji'inu'S liébreiix refusant d'adorer l'idole élevée par Nabiichodonosor, — Daniel dans la. fosse aux lions, le Passage de la Mer Rouge. Tous ces personnages ont les membres trop courts, la tête trop grosse : on dirait de vieux enfants ; mais leurs gestes sont variés : ils ont une naïveté fort expressive et même ingénieuse dans sa bonhomie. Signalons par exemple
Au-dessus, sarcophage de Jeux époux (histoire de Jouas, etc.) ; au milieu, sarcophage d'Optatina Reticia; au-dessous, sarcophage de deux époux (passage de la mer Rouge, etc.).
Ponce-Pilate et l'IsraéliU- (|ui entraîne rapidement son enfant loin des flots de la mer Kouge i|uc .Nloïse \ient de refermer sur les égyptiens'. Les mêmes défauts, mais fort exégérés, déparent le sépulcre d'Optatina Reticia où des figures grotesques représentent de gauche à droite le Paradis terrestre. Daniel aux lions et une barque permettant de conjecturer (pic la iKirtic disparue contt'uait V Histoire déjouas. Ces figures difformes rappellent sans le voidoir les jiygmées des temps classiques,
' (Jii peut ccimparrr à ce sarcuphagi; cchii d'AJcltia, femme du comte Valcrius, au musée de Syracuse. A droite et à gauche des ligures cîypeatic des deux époux, se voient aussi les deux sujets d'Alir.iham i-t de Moïse, mais mieux conservi'-s
io8 ARLES
dont le tvpe caricatural servait aux artistes qui voulaient parodier quelque sujet grave ou héroïque, comme on le voit dans la fresque du Jugi-incnl de Salomoii, de Pompéi.
Le troisième sarcophage de notre gravure nous donne, comme le sarcophage inférieur, les traits de deux époux. Ils sont à mi-corps dans une coquille fort bien fouillée. Ici le travail est terminé et nous avons de vrais portraits. L'homme, d'une physionomie grave et bonne à la fois, tient à la main un rouleau c^ui est censé renfermer sans doute la liste de ses dignités. Il se présente à peu près de face. La femme appuie la main sur son épaule, tourne la tète de profil et le regarde avec une affection confiante. Cette partie de l'œuvre est particulièrement remarquable ; très supérieure au reste du monument, elle nous donne une preuve de plus que. même pendant .sa période de véritable décadence, la sculpture romaine garde toujours son mérite dans l'art du portrait. Nous retrouvons là. au-dessous du médaillon, la Bûrgiir ilc Jouas; puis, à droite. Jouas rejeté par le inoiistre; à la suite, du même coté, nous avons encore le Paradis terrestre, puis Daniel aux lions; mais ici Daniel a près de lui deux hommes debout dont l'un lui offre des poissons et l'autre du pain. C'est sans doute une image de l'Kucharistie : le poisson [iehthiis en grec'l étant un sxmbole du Christ à cause des lettres qui forment le mot. A gauche, après un arbre sur le tronc duquel s'enroule un serpent et qui semble regarder un personnage dont la tète manque, on reconnaît le Miracle de Cana, puis vient une femme en prière entre deux arbres avec un homme debout à sa droite. Dans la rangée supérieure, en allant de p-auche à droite, le Saerifice de Caïii et d'Abel. saint Pierre ou le Christ arrêté par les Juifs, Jésus guérissant V aveugle; puis, au delà du médaillon, le Sacrifice d.' Abraham, la Multiplication des pains et poissons, enfin un personnage assis. Moïse ou Esdras lisant la loi aux Juifs. Le même sujet est sculpté sur un autre sarcophage où l'on voit aussi, entre autres scènes des Écritures, le paralytique guéri emportant son grabat (voy. ci-dessus, p. 103).
La rareté des scènes se rapportant à la vie des apôtres donne du prix aux fragments qui représentent Saint Pierre ressuscitant Thabite.
Au milieu de ces tombeaux chrétiens, l'attention est attirée par une pierre fort simple, mais dont les caractères hébraïques désignent une sépulture juive.
Cependant, de tous ces monuments le plus singulier est celui qui est connu sous le nom de sarcophage du Mariage romain. Ses faces latérales portent d'un côté la Multiplication des pains et de l'autre un
vieillard assis devant un juif debout, tandis que la face principale est complètement païenne'. En effet, à chac[ue extrémité, un héros nu, la lance à la main, s'appuie sur un cheval : ce sont les Dioscures Castor et PoUux qui étaient, comme on sait, des demi-dieux funéraires. De plus, contrairement à l'usage, au lieu d'être du même âge, comme il convient à ces jumeaux mythologiques, l'un est encore imberbe, l'autre barbu. Cette anomalie s'explique (et ici l'idée païenne semble s'affirmer particulièrement) si l'on remarque que ces Dioscures représentent les défunts divinisés. En effet, dans la partie centrale, on voit du coté du Dioscure barbu un homme également barbu et du côté du Dioscure imberbe un jeune homme imberbe. Sur l'épaule du jeune homme imberbe une femme voilée pose la main. L'homme plus âgé, qui a abordé la carrière des honneurs ,'il porte le palliiiin et tient un voliiuuii de la main gauclie , a la main droite dans celle d'une femme. Ce sont les adieux suprêmes entre épou.x avant le grand voyage. Est-ce un sarcophage commencé pour des païens et acheté ensuite par des chrétiens c^ui l'auront fait compléter? 3Iais ce que le sarcophage lui-même nous autorise à supposer de la personnalité de ses morts, semble écarter cette h)'pothèse. Est-ce que ceux ou celles qui ont fait sculpter le monument (il semble appartenir au iV siècle) se sont convertis au christianisme pendant qu'on y travaillait ? Ou plus simplement n'a-t-on rien trouvé de choquant — (comme on le voit aux catacombes et même à la grande porte de Saint-Pierre qui date de 1474) ■ — à unir des allégories d'origine païenne à des scènes chrétiennes - ?
Le musée de sculpture d'Arles est placé dans une église gothique l'église Sainte-Anne: , d'un aspect assez froid et médiocre, mais d'une grande unité de style Elle a été bâtie tout entière au xvii'' siècle. Le fait, ((uelque parado.xal qu'il soit, ne jieut être contesté. On sait ])ar un document d'une authenticité absolue que la première pierre fut jjosée en 1O19 et c^ue l'inauguration du monument eut lieu en 1629. Ce n'est pas d'ailleurs le seul exemple de ce genre que nous trouvons à Arles même. 11 semble que la l'ro\-ence, n'ayant adopté que fort tard et à son cor]is défendant le
1 Plan, chapelle- VI 11, 11- 5.
- Les vitrines placci-s an lnnd tli- la salle cniuieniicnt nnnibrc d'objets antiiiues, sur lesquels nous n'avons pas à insister : lampes, vases, verreries, bronzes, statuettes île terre, des poids de balance, deux cachets d'oculiste, le crâne d'une jeune femme et sa plaque funéraire ( Jiili\i Hennioiic] trouvés récemment à Trin([uetaillc, près du chemin de fer de Lunel, dans un ancien cimetière romain. On y voit aussi des objets de l'âge Je pierre provenant des allées couvertes ou grottes des environs d'Arles (grottes du Castellet, etc.) et du pont du Gard, entre autres une vertèbre humaine qui garde la pointe de flèche en silex (lui s'v est enfoncée.
iio ARLES
stvle qui dominait dans la France du Xord dès la fin du xii'' siècle, ait eu ensuite plus de peine à l'abandonner. Il est assez singulier que la région d'Arles soit avec la Bretagne, à l'autre extrémité de la France, le seul paA's où le gothique se soit continué, presque à l'état de tradition, pendant une bonne partie des temps modernes et non pas seulement par quelques rares essais. .Mais ce n'est pas ce gothique mesquin
Portail de Saint-Trophime.
et bâtard qui donnera une haute idée de l'architecture religieuse de la Provence. Reconnaissons d'ailleurs, que, malgré le grand mérite de certains édifices religieux de la vallée du Rhône, on n'y recontre rien qui puisse rivaliser avec les églises du centre et du Xord. La région du Sud-Est, qui avait mieux conservé la tradition antique et qui avait fondé sur cette tradition la supériorité architecturale dont elle avait joui d'abord, ne sut pas assez apprécier les mémorables révolutions architecturales qui s'accomplissaient dans le bassin de la Loire et de la Seine, et dont elle sentait moins la nécessité. Elle fut ainsi victime de sa supériorité même qui lui donna trop de confiance dans son passé.