Ninon de Lenclos était née en 1G
2. Les témoignages contemporains détruisent tout cet échafaudage de désintéressement que les philosophes ont élevés à Ninon de Lenclos.
un certain développement politique que sous la Fronde, dans les agitations du Marais.
Alors l’amie intime de Ninon était Mme Gondran, née Bigot d’Hédouville, la femme trèsfêtée à la place Royale et d’un enjouement égal à sa beauté. A ses côtés la charmante Mlle Paulet, Languedocienne de naissance , avec cet esprit méridional, babillard et spirituel. Quoique née sous le soleil du Midi, Mlle Paulet avait le teint d’une blancheur éblouissante et les cheveux d’un blond d’or : devenue fort précieuse à l’hôtel Rambouillet, Mlle Paulet en commençant sa vie avait eu pour amant M. de Guise, de la grande race ligueuse : elle ne pouvait l’oublier.
Mais la meilleure femme du Marais c’était Mme Pilon 1 , favorable aux amours en brouille : elle aidait les intrigues de la place Royale toujours fameuses. Les rendez-vous étaient à deux heures sous les ormeaux, d’où vient le vieux dicton : « Atlendez-moi sous l’orme. » MmePi^lon, la conseillère des amants, donnait à tous de bons avis; un jour que les précieuses lui demandaient comment elles devaient se conduire avec leurs amoureux les plus entreprenants, elle répondit : « Faites ce qu’il vous plaira, mais
1. Mme Pilon était de la classe de la bourgeoisie, femme d’un procureur au Châtelet fort riche.
n'écrivez pas, cela reste. » Les belles dames s’écrièrent à la fois : Vous voulez donc que
nous fassions l’amour en chambrière. » Pour les habitantes du Marais, bien écrire était une des conditions de bien aimer; il fallait répondre aux sonnets des poètes par une pièce de vers galants. Était-il possible de le défendre à Mme de Rohan, le bel esprit, qui abandonnait le riche hôtel des Guises de la vieille rue du Temple pour habiter la place 1 qu’elle animait par son esprit et ses grandes manières.
Mme de Rohan aimait jusqu’à l’exaltation Madeleine de Scudéry qui publiait ses plus populaires romans, littérature attrayante qu’avaient nauguré la Calprenède* et Scudéry, deux méridionaux encore à l’imagination féconde et belle : Gauthier de Costes, seigneur de la Calprenède, cadet dans le régiment de chevau-légers, couvert de blessures, balafré au visage, avait fait des romans et des tragédies, œuvres d’un esprit hardi, sans autre règle que l’imagination, s’étalant en richesses fécondes dans la vie de Cléopâtre , de Cassandre ou de Silvandre : la Calprenède avait créé le personnage superbe d'Arlaban , qui