LA VIE RELIGIEUSE DE PARIS
LES COUVERTS : - LES CARMÉLITES. - LES V1SITAND1NES MADAME CHANTAL. - SAINT VINCENT DE PAUL MADEMOISELLE DE LA FAYETTE AU MONASTÈRE
LA VIE RELIGIEUSE DE PARIS. — LES COUVENTS : LES CARMÉLITES. — LES VISITANDINES. — MADAME CHAN- TAL. — SAINT VINCENT DE PAUL. — MADEMOISELLE DE LA FAYETTE AU MONASTÈRE.
Un admirable aspect du règne de Louis XIII, c’est cette belle société de charité et de bienfaisance qui se révèle spontanément pour guérir les plaies profondes d’un temps agité. A côté de la vie de cour un peu dissipée, dans la vieille cité, s’élevaient mille retraites silencieuses où tout s’oubliait, excepté la pratique des vertus et de la prière. On peut encore aujourd’hui s’en faire une idée en descendant la rue d’Enfer, peuplée d’hospices à travers le quartier Saint- Marcel jusqu’au Marais, et au faubourg Saint- Antoine, couvert d’asiles charitables. L’affilia-
tion des femmes de qualité aux ordres monastiques était une idée féconde pour les bonnes œuvres : le silence à côté du bruit, la bienfaisance organisée par associations volontaires 1 2 ; si les hommes graves trouvaient des abris sous les portiques de l’Oratoire, comme les philosophes sous les platanes et les acacias d'Athènes, les jeunes filles avaient des asiles contre les passions mondaines dans de vastes maisons entourées de jardins, plantés de fleurs, retraites toujours ouvertes aux cœurs fortement éprouvés. Beaucoup préféraient au mariage le voile virginal, la couronne de roses blanches pour se consacrer à Dieu, à la prière, aux pauvres surtout avec effusion et tendresse.
Le plus illustre modèle de cette abnégation volontaire avait été sainte Thérèse, gracieuse fille d’une haute maison d’Avila 3 : elle avait aimé les danses, le bal, les beaux cavaliers des Castilles, les gais propos de galanterie, et revenue de ces dissipations mondaines, pleine de déceptions,
1. On appelait les membres de cette affiliation le tiersordre; l’institution vit encore pour les communautés religieuses; elle est secrète pour quelques âmes pieuses.
2. Sainte Thérèse a écrit elle-même ses Mémoires, d’une candeur admirable; elle était née en 1515, dans la vieille
Castille. J’ai visité sa maison d'Avila avec un doux ravissement.
elle avait fondé la plus sévère des institutions monastiques, l’ordre des Carmélites si populaire au dix-septième siècle. Anne d’Autriche, dans ses souvenirs mystiques de l’Espagne, avait pris sous sa protection cet ordre de travail, de prière et d’extase, la plus haute perfection de la nature humaine : le portrait de sainte Thérèse a été peint par Murillo, et Anne d’Autriche, la protectrice des carmélites, eut poûr artiste Rubens. 11 n’y a que la foi qui inspire les chefs-d’œuvre! Toute l’institution de sainte Thérèse pouvait être définie par ces paroles simples et modestes : « Nous ne sommes que des pauvres filles qui ne savons que filer et prier *. »
La France eut également sa zélée fondatrice d’institutions monastiques, une femme du monde, Mme de Chantal, qui, veuve comme sainte Paule, la matrone romaine, avait repoussé l’idée d’une seconde union comme un adultère envers la mort ; elle s’appelait Mlle de Fremiot, de grande naissance parlementaire ; élevée à Dijon, elle avait épousé, à dix-huit ans, un brave gentilhomme, Christophe de Habutin, baron de Chantal (Rabutin, Sévigné, noms charmants et
1. Il n’est rien do plus naïf à lire que le texte espagnol : obres de sauta, Teresa de Jésus , par F. Diego de la compagnie de Jésus.
illustres). Après la mort de sou mari bien-aimé, elle établit ses enfants, puis libre après ce devoir accompli, sous les inspirations de saint François de Salles, elle conçut la pensée de fonder l’ordre de la Visitation destiné à l’éducation des jeunes tilles et qui se propagea vite avec un grand éclat*. Paris se couvrit bientôt de couvents de la Visitation. Dans ces paisibles retraites, les religieuses accueillirent les novices avec le plus vif empressement; le premier monastère fondé par Mme de Chantal s’établit au faubourg Saint-Antoine sous l’invocation de la vierge Marie *; la règle était celle de saint Augustin, c’est à dire sérieuse et indulgente. Les religieuses de la Visitation, consacrées à l’éducation, préparaient ces broderies délicates, ornement des autels, ces filets d’or et d’argent, ces élégants coussinets qui enveloppaient les reliques, les scapulaires de soie, les figurines découpées en miniature de la Vierge et des saints, belles images qui faisaient la joie de l’enfance , ces délicieux travaux de mains occupaient
1. Le premier couvent des Visitandines fut fondé à Annecy le 10 juin 1616.
2. Mme Chantai fut supérieure de la Visitation ; elle prit le nom de mûre Chantal selon l’usage; c’est ainsique la reproduisent les gravures, et quelle fut présentée à Anne d’Autriche à Saint-Germain.
l’imagination des jeunes filles pour détourner les mondaines pensées.
La rue, le faubourg Saint-Antoine, le vieux Marais, aimaient les couvents sous des invocations diverses et avec des missions de charité, sous le patronage des parlementaires et de la bourgeoisie alors d’une fervente piété : toutes les honorables familles avaient un couvent qu’elles choisissaient pour y faire leur retraite et leur examen de conscience. Si haut qu’on fût placé, il paraissait utile de donner chaque année quelques jours à la retraite, à la méditation sur soi-même, devoir philosophique. Anne d’Autriche aimait à se retirer chez les religieuses du Val-de-Grdce, monastère qu’elle avait fondé ou grandi ; après la vie active et bruyante du monde, la solitude avait ses enseignements*! On avait vécu dans la dissipation, les bals, les fêtes et les carrousels ; on s’abritait pendant quelques huitaines au couvent sous les grands arbres entourés de hautes murailles : on vivait frugalement au réfectoire, table d’hôte du bon Dieu, en face d’un Christ en bois noir que faisaient ressortir les murailles blanches et nues éclairées par quelques cierges verts et jaunes; le repas durait