Escopettes , sorte de mousquet espagnol
2. Agréable récit de ce qui s’est passé aux dernières barricades de Paris.
a. Broussel fut gouverneur de la Bastille.
veilleux esprit d’activité au Marais; le soir, tout était illuminé; on chantait, on dansait malgré la misère publique ; on écrivait surtout, et les imprimeurs suffisaient à peine à la copie de cent auteurs, journalistes ardents; on vendait des pamphlets à deux liards, sur vilain papier gris, en caractères informes. Les imprimeries étaient très-multipliées depuis la rue Saint-Sauveur jusqu’à l’hôtel de Guise, vaste palais du vieux Paris, aux frontières de la place Royale et de l’église des Blancs-Manteaux, moines si populaires, si démocratiques.
Cette agitation des âmes se faisait sentir au faubourg Saint-Antoine, un des points les plus menacés par l’armée royale qui se déployait contre Paris : sur la route de Vincennes, Monsieur le Prince dirigeait ses mouvements; les villages de Reuilly et de Charonne étaient remplis de troupes; les immunités des couvents du faubourg ne se trouvaient pas toujours respectées par les soudards. Ce fut pour échapper à tant de bruit que Mlle de la Fayette, dont le souvenir était vivant à la place Royale, résolut de quitter le monastère de Sainte-Marie pour fonder un couvent de son ordre (la Visitation) à Chaillot* village sur une hauteur tout à fait à l’abri des mouvements militaires. La situation de Chaillot
était admirable pour les fondations monastiques; montagne solitaire flanquée du bois de Boulogne, alors forêt épaisse, il s’étendait à deux lieues jusqu’à la garenne de Clichy. Ainsi loin du bruit, néanmoins ce couvent pouvait être visité par de nobles personnages; il était à toute proximité du Cours- la- Reine *, promenade tant à la mode sous Anne d’Autriche. A cette époque où la piété se mêlait à la vie tout entière, le couvent était une idée familière à la génération ; les jeunes demoiselles y étaient élevées avec un tendre soin jusqu’à leur mariage, ou au moins jusqu’à leur admission parmi les filles d’honneur de la reine. Les dames de la cour y faisaient leur retraite, retraite heureuse, car le couvent n’entraînait avec lui aucune idée triste ! à l’abri des orages du cœur, on pouvait s’y retremper par l’usage fréquent de la méditation et de la prière jusqu’à ce qu’on retrouvât le monde avec ses coquetteries et son élégance.
Quand la reine Anne d’Autriche, fuyant le palais Cardinal à la suite des barricades, courut habiter le château de Saint-Germain, la place
1. Le Cours-la-Reine s’étendait alors jusqu’à la rivière; on peut en voir la reproduction dans la collection des estampes (Bibliothèque impériale). On le retrouve dans le plan de Paris de 1 63â.
lloyale devint un des sièges du gouvernement de la bourgeoisie : à l’hôtel de ville était restée l’action municipale; on y prenait les mesures de sûreté publique : mais l’initiative, l’esprit, le caquetage qui animent le peuple venaient de toutes les rues du Marais. Il existait dans la Fronde deux coteries bien distinctes, même parmi les femmes : l’une que conduisaient la grande Mademoiselle et Mme de Longueville, les deux intrigantes irritées ne voulaient aucun arrangement avec la cour, avec la reine surtout; elles ne lui épargnaient pas la calomnie, et les poètes du Marais faisaient dire au petit roi, dans une sorte de badinage moqueur 1 :
Maman est mazarine Et je suis Mazarin.
Les rancunes impitoyables contre le cardinal de Richelieu surexcitées après sa mort, s’étendaient jusqu’à Mazarin, représentant de son système avec plus de finesse et de modération.
On dit que le feu cardinal Voulut montrer à cet empire,
Que s’il avait fait bien du mal,
Un autre pourrait faire pire,
1. Pour l’histoire des barricades, voir mon livre sur Anne d’Autriche.
Et qu’il choisit à cette fin Pour successeur Mazarin
L’autre coterie du Marais soutenait le parti modéré de la Fronde, les parlementaires timides qui voulaient traiter avec la cour sans se compromettre avec le peuple. On pouvait compter parmi ces rêveuses d’arrangements et de transactions les filles d’esprit ou de plaisir : Marion Delorme, Ninon de Lenclos, que tout ce fracas dérangeait de leurs distractions et de leurs affaires ; si elles aimaient à caqueter comme les petites gazettes du quartier, elles vivaient du loisir de tous : on se couronne rarement de fleurs dans les crises publiques ; la Fronde empêchait les bénéfices des financiers, la véritable providence des femmes de galanterie, et tous étaient dévoués à Mazarin. Marion Delorme et Ninon de Lenclos n’étaient pas assez riches pour vivre d’un amour pur et désintéressé, et l’on pensait peu aux grandes entretenues durant les troubles; les rentes étaient mal payées, la misère rendait les femmes trop faciles : « on en avait plus qu’on en voulait pour un boisseau de farine, » comme le disaient les chansons du Pont-Neuf; de sorte que les courtisanes d’élite n’étaient plus recher-