‹ Ninon de Lenclos et les précieuses de la place RoyaleChapitre 37 sur 48 · DES ARTS ET DÈ LA LITTÉRATURE SOUS LOUIS XIV · texte numérisé non relu

DES ARTS ET DÈ LA LITTÉRATURE SOUS LOUIS XIV

A travers les éclats de la Fronde, la littérature de la place Royale avait gardé un caractère libre et ravissant, une beauté particulière et supérieure : quelques-unes des plus remarquables tragédies de Pierre Corneille furent écrites et même représentées pendant les troubles. Si le Ciel appartenait à l’époque de Richelieu, à la chevaleresque et castillane influence de la reine Anne d'Autriche, les Horaces et Cinna 1 étaient représentés sur le théâtre au temps de Mazarin, et Polyeucte paraissait en pleine barricade. Dans

t. Cinna et les Horaces furent représentés sur les théâtres de Paris de 1643 à 1646.

toutes ces œuvres se révélait un caractère antique et romain : presque toutes les maximes rappelaient la liberté perdue avec l’espérance de la reconquérir. Cinna transportait à Rome le spectateur enthousiaste qui vivait avec les tribuns, les consuls, le peuple des comices. Corneille, dans ses dédicaces, gardait un profond respect pour les cardinaux Richelieu et Mazarin, simple forme oratoire, laisser-passer pour ses grandes hardiesses de principes. Pierre Corneille fut l’historien du Sénat de Rome, le sublime traducteur de Tacite et de Suétone.

Ces sentiments de liberté se retrouvent dans toute la littérature de la Fronde. Même l’inoffensif Scudéry s’exalte dans la peinture de Brutus et de Cassius ; il élève la gloire du Sénat et l’opposition des Tribuns, de manière à correspondre aux agitations parlementaires de la Fronde. Si on lit attentivement les Fables de la Fontaine, on reconnaîtra bientôt une aigreur de pensées, une verve d’opposition et de censure : ses grenouilles qui demandent un roi sont un spirituel éloge de la démocratie *, et ses fables méritaient d’être dédiées à la duchesse de Bouillon, l’ardente fron-

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