LES DERNIERS DÉBRIS DE LA FRONDE ET DE LA PLACE ROYALE
On était au temps des plus vives joies et des plus ardentes amours de Louis XIV. Mlle de la Vallière allait donner son premier enfant au roi, plus épris que jamais 1 de sa jeune maîtresse. Molière faisait représenter son Impromptu de Versailles et modulait ses vers en l’honneur du tendre amour, au milieu des feux d’artifice et des bosquets de fleurs, où brillait le chiffre de Mlle de la Vallière uni à celui du roi, affront public jeté à la noble et jeune Marie-Thérèse.
Alors au couvent de Chailîot s’éteignait sans
l. Ce fut Mlle de Blois.
remords, sans douleurs, à l’âge de trente-sept ans *, la chaste Mlle de la Fayette, sœur Angélique en religion; tout ce qui tenait au règne précédent était dédaigné. Louis XIY s’absorbait dans son orgueil, et la reine mère Anne d’Autriche mourait à temps, car son fils osait lui manquer de respect. La place Royale était devenue presque une ville étrangère pour les courtisans de Versailles, tant ses mœurs étaient vieillies dans l’esprit de la nouvelle génération !
La famille de Mlle de la Fayette ne s’éteignait pas tout entière avec sœur Angélique; Marie- Madeleine Roche de la Vergne, comtesse de la Fayette, publiait de romanesques histoires; son père, maréchal de camp, était gouverneur du Havre, et sa mère Marie de Pena ou des Peines appartenait à la généralité d’Aix. (Il y avait dans notre Provence une bonne et vieille châtellenie, et les nobles dames avaient hérité de l’imagination des troubadours.) Mlle de la Vergne, dotée d’une éducation érudite par Mesnage et le P. Rapin*, délicieuse d’esprit, avait été une des précieuses distinguées de l’hôtel Rambouillet; à vingt-deux ans elle épousa le comte de la Fayette,