L’analyse de Phèdre est parfaitement exacte
poètes satisfaits, et d’heureux pensionnés de cour, cette ingénieuse critique que lançait sur Phèdre les dernières ombres de l’hôtel Rambouillet. Aussi Boileau ne se tint pas de colère : attaquer le chef-d’œuvre de son ami, ne pas trouver admirables les vers sonores, imitatifs:
A peine nous sortions des portes de Trézène,
c’était un crime : comment ne pas proclamer amusantes ces entrées, ces sorties des confidents qui venaient raconter les aventures et la mort d’Hippolyte : c’était l’erreur littéraire de l’antique hôtel de Rambouillet , et Boileau s’en vengea par quelques épigrammes.
Dans les arts, est- ce que la même supériorité n’appartenait pas au règne de Louis XIII ? Est-ce que les colossales toiles de Lebrun, ces tapisseries peintes des batailles d’Alexandre valaient les couleurs de Poussin et de Rubens? Les portraits léchés de Mignard pouvaient-ils se comparer aux graves œuvres de Philippe de Champagne, aux splendides ressemblances qui font réfléchir et penser? Le capricieux Callot était relégué par Louis XIV parmi ce qu’il appelait les magots de l’école flamande, les plus belles toiles du monde; et l’on faisait à peine attention à Van Dick, le mélancolique peintre des Stuarts, et à Rubens,
le divin artiste de la Descente de croix , de la mère des douleurs, du Christ à la chair morte et déjà presque ressuscitée, de la Madeleine aux cheveux blonds et flottants, agenouillée aux pieds du Sauveur. Si Versailles avait une grandeur, une majesté incontestable, combien était gracieux, svelte, le palais Cardinal, l’hôtel Màzarin avec leur coupole, leurs galeries florentine et romaine, car l’étendue, la magnificence ne constituent pas la beauté. Les églises même construites sous Louis XIII avaient une élégance, une richesse particulières, témoin le Val-de-Grâce, Saint-Paul-Saint-Louis de la rue Saint-Antoine; si les ornements extérieurs étaient simples, l’intérieur paraissait tout orné de marbres aux mille couleurs, et de tableaux de maîtres ! Au fond des chapelles latérales on voyait des tombeaux d’une belle sculpturë : le trépassé paraissait agenouillé sur la tombe, les mains jointes pour la prière : s’il était gentilhomme ou soldat, il conservait son armure ; secrétaire d’Etat ou magistrat, on le voyait sous sa toge sculptée en pierre; s’il était cardinal, sa robe pourprée était relevée par son rabat de dentelles et le cordon de l’ordre en sautoir, ainsi qu’on voit encore le cardinal de Richelieu à la Sorbonne. Ces tombeaux placés dans les églises ne pouvaient assurer sans doute
l’éternité, mais ils donnaient à l’homme la plus longue mémoire que l’humanité puisse obtenir: ‘ la créature en face de Dieu. Les tombes s’harmoniaient mieux avec les chapelles sombres et pieuses qu’avec ces cimetières vaniteux qui exposent théâtralement, sous la protection de quelques stupides symboles, les grandeurs d’un cadavre dévoré par les vers du sépulcre J .
Si l’idée morale de la charité n’est pas morte dans la société moderne, une grandeur particulière doit se rattacher au règne de Louis XIII*. Les deux quartiers Saint-Jacques et le faubourg Saint-Antoine virent s’élever partout des asiles pour les enfants trouvés, des hospices confiés aux sœurs grises pour le service des malades ; les missions étrangères furent destinées à porter le nom de France en Orient, en Amérique, dans les Indes. L’esprit cavalier de celte génération intrépide après les guerres civiles s’était jeté dans les découvertes aux lointaines contrées ; les flibustiers n’étaient que des vaillants hommes entraînés par le goût des aventures; avec ces
1. On peut voir quelques-unes de ces tombes à Saint-Gervais, Saint-Paul, Saint-Louis. Les tombes de Saint- Roch sont postérieures.
2. Saint Vincent de Paul assista Louis XIII dans ses derniers moments; il avait inspiré la plupart de ses bonnes œuvres. Saint Vincent de Paul fut sous ce règne un homme politique très-important.
francs tireurs partaient des missionnaires qui donnaient un but régulier et définitif à la colonisation; presque toujours en rapport avec les tribus errantes, les jésuites parvenaient à les éclairer, à les civiliser 1 , tandis que les pères de la Merci achetaient les esclaves chez les Turcs, les Algériens et les Tunisiens.
Telle était l’œuvre extérieure de cette société! Il y avait aussi des solitudes studieuses ouvertes au chrétien pour réfléchir sur lui-même, et parmi ces fondations, Port- Royal, séjour de prédilection des hautes intelligences. Sous Louis XIII se multipliaient aussi les couvents pour l’éducation des jeunes filles ét pour les Madeleines qui revenaient à la morale, à la pénitence. L’état religieux s’étendait; les œuvres et la prière étaient les profondes préoccupations de cette époque dont la grande pensée fut le salut. Les saintes filles vivaient et mouraient à l’abri des passions du monde, et une des plus heureuses fut Mlle de la Fayette, qui sut éviter les déceptions de Mlle de la Yallière, sa chère compagne aux beaux jours des demoiselles d’honneur de la reine.
I. L’établissement connu sous le nom de Missions dans le Chili fut un modèle de colonisation. L’ingénieux romancier M. Gustave Aymard en a rendu témoignage.