J'en ai donné les preuves daus ma Marie de Médicis
auprès d’Anne d'Autriche, et cela suffisait à un certain point de vue, pour exciter la jalousie de Louis XIII qui n’avait que des froideurs et des craintes à l’égard de la reine : depuis le ministère du duc de Luynes, ces soupçons étaient entretenus par la duchesse, qui prétendait gouverner le roi en exaltant les sentiments qu’il lui portait. La duchesse et Mlle d’Hautefort se par- , tageaient les affections royales et le pouvoir de l’une se balançait par l’autre ; la reine souffrait et ne disait mot 1 .
La cour de Louis XIII, depuis la disgrâce de Marie de Médicis, était devenue plus triste et plus ennuyée : on ne voyait plus ni fêtes, ni carrousels à la place Royale. La rue Saint-Antoine était vide de ces cavaliers matamores tout emplumachés.
Les Médicis aimaient les fêtes et la reine mère était la protectrice des filles d’honneur, comme autrefois Catherine de Médicis l’avait été de l’escadron volant de la reine; maintenant disgraciée en son château de Blois, la reine mère laissait un grand vide à la cour de Saint-Germain ; Anne d’Autriche isolée était livrée comme une proie à la calomnie : on interprétait mal
1. Cette conduite faisait l’admiration de l’ambassadeur d’Espagne, marquis de Moutéleone. Lo dissimula con mucha buena prudencia.
ses actions les plus innocentes, mais souvent mal réfléchies. L’éducation espagnole laisse une ravissante part à la galanterie ; la reine aimait les hommages, les compliments des beaux cavaliers ; et ses ennemis en prenaient prétexte pour irriter le roi contre elle; en Espagne même, le rosaire est une expression d’amour, et les fleurs qui couvrent et environnent l’autel de Marie sont souvent des symboles dont les amants comprennent les doux et chastes parfums. La duchesse de Luynes n’était pas étrangère aux vilains propos qu’on disait sur la reine , abandonnée seule à la médisance de tous et que le roi repoussait de sa couche *.
On était en pleine guerre contre les huguenots. Louis XIII développait une grande activité et un génie militaire très-distingué dans la campagne contres les places fortifiées du Languedoc ; l’art de l’artillerie était son goût. Les écrivains qui ont peint Louis XIII comme une espèce de roi fainéant, incapable de toute action vigoureuse, n’ont qu’à lire sa correspondance à cette époque décisive et surtout les bulletins écrits de
1. Ce fait est constaté par les dépêches des ambassadeurs d’Espagne. Au reste, Anne d’Autriche était très-froide pour son mari, et c’est à peine si les exhortations de son père l’entratnaient à lui faire quelques caresses. For que ha empetado a hâter algunas cariciat al re y su murido.
sa main qu’il adressait lui- même à la Gazelle de France , rédigéeparle sieurRenaudot 1 . Louis XIII, prince militaire, ne comprenait bien le Gouvernement qu’avec ses mousquetaires, qu’il présentait toujours comme un modèle de fidélité. Ces gentilshommes lui plaisaient parce qu’ils avaient le courage au cœur et l’épée au poing.
Dans cette campagne du Languedoc, l’esprit de la noblesse se révéla dans son éclat; les petits volontaires, fous de guerre à seize ans, aussi bien que les vieux seigneurs de fiefs faisaient leur devoir avec un entrain, une gaieté admirable, dont les Mémoires du chevalier de Gramont peuvent donner une idée exacte. Il existe, dessinés de la main du roi, des plans de fortifications très-remarquables et des modèles de pièces d’artillerie, de mousquetons et de fauconneaux d’une perfection particulière; s’il laissait le gouvernement de l’État au cardinal de Richelieu, il se réservait les périls de la gloire militaire; il aimait les sièges, les batailles, les assauts et la musique bruyante des mousquetades et des pétards : il laissait la galanterie aux belles dames de Saint-Germain et de la place Royale..