Comparez mon travail sur Catherine et Marie de Médicis
2. Les dépêches se trouvent en original aux Archives de Simancas.
sion de l’alliance catholique-espagnole, avait recherché les causes réelles de l’influence et de la grandeur des frères Albert Brantès et Cadenet qui, de simples éleveurs de faucons, maintenant avaient grandi jusqu’aux premières faveurs.
L’amitié du roi pour Albert, créé duc de Luynes, venait, d’après ces dépêches, de ce que Sa Majesté s’était pris d’une grande tendresse pour la duchesse ; la pauvre infante s’en était plainte sans trop insister; dans sa naïveté, la pieuse Espagnole croyait la duchesse de Luynes trop attachée à ses devoirs pour manquer à ce qu’elle devait à son mari et à sa reine, mais elle craignait la domination de la duchesse, la perte de tout crédit : le roi ne cessait d’être auprès de Mme de Luynes 1 tendre et affectueux ; ils passaient des journées ensemble ; Anne d’Autriche n’avait plus pour la protéger Marie de Médicis, la reine mère, dont la disgrâce était arrivée avec celle du maréchal d’Ancre; Luynes s’était élevé au pouvoir, et cette faveur, il la devait à la duchesse, sa femme. Ainsi se plaignait l’infante reine, avec une douceur angélique dans sa correspondance à Madrid.
Un peu plus tard, nouvelles inquiétudes : le
1. La dépêche ajoute : Creciendo de otra parte los favores. conrersacicnes y visitas que el Rey, tiene con la duguesa de l.uynas.
roi avait pris plaisir à s’entretenir plusieurs fois avec une des filles d’honneur de la reine mère, du nom de Mlle d’Hautefort : entrée au service de Marie de Médicis depuis l’âge de douze ans, Mlle d’Hautefort avait grandi en beauté parmi les filles d’honneur d’Anne d’Autriche: le roi lui témoignait presque publiquement une grande amitié ; il restait des heures en causeries ; mais au dire de tous, cet amour vif ét ardent avait un caractère de chasteté particulière. Louis XIII se passionnait jusqu’à être jaloux, grondeur, exclusif; il boudait la jeune fille tour à tour, ou se rapprochait d’elle avec bonheur ; mais les sentiments du roi se bornaient à des témoignages chevaleresques, à un amour respectueux et inquiet qui ne possédait pas et ne voulait pas laisser posséder à d’autres ; il avait au fond du cœur de ces feux qui couvent dans les âmes religieuses, assez fortes pour les comprimer honnêtement ; le roi aimait passionnément et il se contenait ; il avait une haute idée de l’honneur de la femme, la lecture des livres mystiques donnait à l’amour une romanesque pudeur qui dominait les sens même dans leur plus grande exaltation. La reine s’était quelquefois inquiétée des assiduités du roi auprès de Mlle d’Hautefort ; cette jeune fille, avec une sincérité particulière, lui rendait
compte de chacun de ses entretiens avec Louis XIII *.
Le roi se trouvait à cette époque dans des rapports délicats au point de vue politique, avec la reine Anne d’Autriche ; un grand parti de noblesse mécontente entourait Gaston, duc d’Orléans, pour l’opposer à son frère. Les façons gracieuses de Monsieur avec le parlement et la bourgeoisie le rendaient très-populaire ; le projet des parlementaires (on a quelque raison de le croire certain), était d’élever Gaston au trône à la place de Louis XIII, qu’on aurait déclaré incapable, même impuissant 2 ; Monsieur, duc d’Orléans, aurait alors épousé Anne d’Autriche, dont le premier mariage serait déclaré nul.
Gaston et la reine étaient-ils entrés dans ces idées d’une façon absolue? Aucun document ne le prouve , pas même les correspondances secrètes des ambassadeurs d’Espagne. L’intrigue n’était pas moins certaine entre les partis*. Monsieur, d’une charmante figure, l’ênfant préféré de Marie de Médicis, était fort assidu
1. Cette fidélité dans scs devoirs plaisait au roi; il ne pardonna pas néanmoins à Mlle de Hautfort de tout rapporter à la reine Anne d’Autriche, quelquefois au cardinal de Richelieu.
2. Le roi n’avait pas encore d’enfant; les malcontents disaient qu’il n’en aurait jamais.