Et le bailli?, demanda Ninon
— Il s’est enfui, comme viennent de faite Rraneas et la Mesnardière, - . - ^
Charleval branlait la tête en souriant. ^ ,
— Ils sont allés, dit d’Elbène, expier que^uè part le. . i la dinde qu’ils avaient sur le cœur, , -
— Qn’ils la digèrent en paix ! reprit Ninon. Quant à . nous, il nous reste à remercier nos deux sauveurs...
— C’est juste, fit d’Aubijoux.
— Ne vous pressez pas trop, comte, répliqua le duc... car nous avons un grand sacrifice à vous demander...
' *— Parlez.
— Le sacrifice Côncérne aussi Ninon. * "
>' Parlez^ répondit-elle, j’y souscris d’avance en témoignage de ma gratitude : je crains peu les robes nobses, mais leur contact me répugne et vous me Pavez -épargné.' v -r- '■.'•.r w. - ^
' * Vous n’ignoPM pas,' répartit Candale, la profonde irislesse que le vide, de l’bOtel des Tourneiles acaosée dans tout Paris... oh bieft.1 notis demandons, < avee tout
ET SA COIIU.
Paris, que ce vide soit rempli... Puisque nous avons retrouvé Ninon, il est de notre devoir de la rendre à sa cour qui la réclame... Vous ôtes libre de Tairaer, d’Aubijoux, mais non de la cloîtrer.
Le comte soupira en regardant Ninon;
— Je m étais cloîtrée moi-même, dit-elle.
— Qu’importe ! continua le duc. Il faut déchirer votre voite Vous oçscupez dans le: monde une place qu’il ne vous sera donné dé déserter qu’à la mort... Vous n'êtes pas uqe femme, vous*étes la femme ! Et, comme ' suprême parangon de grâces et de beauté, vous vous
devez à l’admiration de tous.
— Eteignez votre encensoir, mon cher Candale, repartit Ninon j il brille en pure perte... Je n’aime pas les parfums...* Vous m’avez demandé un... sacrifice, j’y 'ai souscrit tout d’abord; maintenant que je le connais, je m’y... résigne. Aussi bien, ajouta-t-elle en aparté, la compagnie de d’Aübijdüx commençait-elle à me paraître une solitude à deux^
Candale, Mortemart et Charleval remercièrent chaleureusement Ninorf ^de la résolution qu’elle venait, de ■prendre. * ' '
Quant à d’Aubijdux, ilWudisSâit le service rendu. Sa physionomie éplorée attendrit d’Elbène qui lui glissa Cette consolation dans Toreillè t
— • Comte, tout n’est pas perdu, puisqu’il vous resté lé petit vin d’Avenay... et moi pOur... vous consoler.' ~ Et il vida une dernière rasade.
*Anne il*Aatric|ie. — Retz et la- RocbefoHcanld. r-'
de Iicnc|oB.
La cour el la ville furent bientôt instruites du retour* de Ninon dans son hôtel. On s’y rendit en foulCj Frondeurs et Mazarins. *
Parmi ceux-cisefaisaientremarqi^er Palluau^puplessis- Praslin, Brienne et Scryien. Les autrès" Paient représentés par la tête du parti, Condé, Turenne, Vendôme, d’Hocquincourt, Oraminont, Retz et la Rochefoucauld. Venaient ensuite Saint-Évremont, qui détestait le ministre, mais regrettait Saint-Germain, et Sarrazin^ secrétaire du prince de Conti . , •
Il est inutile de mentionner au nombre des visiteurs les plus empressés, Charleval, Brancas, la Mesnardière et d’Ëlbène. Le vendredi saint était oublié ainsi que le viu d’Avenay. . .
D’Aubijoux boudait rue des Saints-Pères,^ n’imitant pas le noble exemple -de ses prédécesseurs, Miossens, d’Andelot, Navailles ht les autres, amis fidèles d’une infidèle maîtresse.
NINON M tKNCl.OS KT SA COUK. 119
Candate et Mortemârt avaient, dès le même jour, rétaWi la reine siir son'trône.
Placés, le premier à sa droite, le second à sa gauche , ils recevaient, avec une modestie enjouée, tes actions de grâée des courtisans... qui ôtaient leur masque à ta porte. ' ' ' , •
Il n’y a plus d’autre reine que Ninon'. La superbe Anne d’Autriche h’est à cette heure que la femme d’un cardinal, et d’un cardinal dont la tête est mise h prix. ' Quelle guerre que la Fronde ! guerre de cotillons 'et de robes noires ! Le parlement, qui refusait d’enregistrer les édits de Mazarin, avait pour complices les duchesses de Chevreuse, de Longueville et de Montbazon.
Madame de Longueville menait Cohdé, son frère, la Bochefoucauld, son amant en titre, et Turenne, soii amant en perspective. Celui-ei était, en même temps, sous le charme d’une gentille couturière de la rue des Petits-Chàmps." ' ’
Madame de Montbazon poussait Beaufort et d’Hocquincourt, les très-humbles esclaves de ‘ l’opulence de ses charmes.
Enfin madame' de Chevreuse, l’éternelle intrigante, agitait Betz qui ne demandait qu’à se remuer et qui était pour la régente une manière d’épouvantail. Cependant Anne d’Autriche repoussa l’étrange proposition de l’abbé Fouquet qui 's’étâit offert de tuer le coadjuteur et de le saler après. '
Scarron, Blot et Marigny mettaient le feu aux poudres
IM MNO.\ !)£ I^EXCLOii^ \ ’ '
avec leurs satires- pétillantes de verve^ Us .étaient secondés par une légion de poètes ardents à la besogne. Le vaudeville faisait plus de bruit et de mal que le omion.
.NiRon^dominanttoutj frondaiUa Fronde et le Mazarin.
Ce soir-là, le gros des .visiteurs écoulé, elle s'amusa de la mine embarrassée de la Rochefoucauld et ducoadjuteur, arrivés les derniers. ,
La Rochefoucauld était d'une orgueilleuse timidilé^ Il se méfiait de la parole et n'allait de franc jeu que la plume à la main. 11 n’avait de cœur ou plutôt de courage que sur le papier- .
Retz , petit et laid , avait l’air géné des myopes et des rêveurs. Ilvoyait et entendait- de travers .'-L’enveloppe était menteuse : elle cachait un raffiné des plus adroits. Mais l’habile duelliste tenait gauchement d’ordinaire le dé de la conversation : son esprit , si vif et si mordant, sommeillait presque toujours. L’amour seul lui enlevait ses préoccupations : il s’y adonnait avec la fougue de son double caractère d’homme d’église et d’homme de guerre. Un jour, Joly, son confident, Iqi reprochait vie licencieuse ;
— Mon pauvre amf; répondit-il, tu pe^ds ton temps à me prêcher. Je sais bien que je ne suis qu’un coquin ; mais, malgré toi et tout le monde, je le veux être, parce que j’y trouve du plaisir.
— Abbé, lui dit Ninon, quelle mouche vous -avait donc piqué l’autre fois, que vous vous disposiez à étrangler madame de Guéménéeî