‹ Ninon de Lenclos et sa cour Emile ColombeyChapitre 15 sur 33 · NINON IVE LRNCLX),S ET SA COUR · texte numérisé non relu

NINON IVE LRNCLX),S ET SA COUR

' — ‘ Elle Mé^rènd par le menton fet rtle dit « Qaé tn es pédant !'»•' ' •- x’ * -

Deux amies de la niaison, mesdames de - Vitry et de ■ Maulny, se complaisaient Èrvoir le jeune avocat au parement se- débattre au milieu des minauderies dont. elles Fenveloppaientl' Boileau fais^t la roue, radieux de sou bonheur ; ri^était plus le fils' du greffier de la grànd^ chambre. Le vilain se dandinait comme un boimne de ®Our; il-s'imaginait queles blanches-mains des deux marquises, en l'efïleurânt, t’avaient' savonné des pieds à là tête.,.-. :• ■ '.r, .

Les maris étaient du complot;' M; de Maulny disait ù Boileau, en montrant M. de Yitry î -• - -j

- , 1 — Voyez, comme il est jaloux de vous. • • * ' • .

Et M. de Vitry, en indiquant M.- de ftlaulny J . ::

• — ^'Pauvre homme! vmis- hiî mettez bièn martel en tête. > -■

;-BoiIeàu; comme de raisoBj nargUa^ l’innocence rie

l’épOUXi ' - 1 *-'■'> - > I . • fc/. 'V

.. —Ils sont tous les mêmes, se disait-ily aveô le sourire d’un amant heureux. v •

Maintenant que nous avons fait connaître le personnel hEabihiel de l’hôtel Commode, introduisons le vleoteur dans le bal donné par d’Ëmery. . - • . > - î. >

Le'üfll. '

Les Frondeurs invités répondirent preâqué tous h l’appel du surintendant , qu’ils regardaient comme une ^provocation. " '■ •' \ ;

Le marquis d’Hectot ouvrit la marche, suivi de Sàint- Ibal , Hannerie , Cauménil ,'Boucauîë, Campion , Sévigrié, Coulon et quelques autres qui faisaient simplement norabré.

Il n’en fut pas de même des Frondeuses. Le mépris l’avait ernporté chez elles sur la curiosité. Trois seulement se présentèrent, et encore ne comptaient- elles plus parmi les femmes. C’étaient mesdames de Fiesqùe7de Chevreuse' et de Mo'ntbazon, qui, à l’imitation de MtVdemoiseUe, affichaient une' allure virile; Elles' venaient à ce bal comme à une rencontre. ' •

D’Émery reçut ses invités avec ube cordialité qui-les déconcerta : on eût dit qu’il accueillait des-amis. Madame de Toré remplissait de la façonNia phis accorte le rê»le

de maîtresse de maison^ à défaut de sa belle-mère toujours plongée dans les Ktanies.

Toré se tenait au fond et dialoguait avec Bois-fioJiert qui rétôurdissait de ses fariboles, tandis que mesdames de Vitry et de Maulny grisaient Gilles Boileau de propos capiteux. Les maris eurent piüé du pauvret : ils le tirèrent des mains de leurs femmes , au risque de pa^r pour d’alfreux jaloux.

— Cela va trop loin, dirent-ils en chœur.

Us se mordaient les lèvres jusqu'au sang, pour garder leur sérieux. • '

— Cela ira aussi loin que vous ^voudrez, messieurs, repartit Boileau- en retroussant des moustaches, absentes.

ILavait l’audace que donne l'irresse. . ^ ,,

— Mon cher, ajouta Maulny, en le prenant à part, j’espère que vous n’allez pas tout à la fois fah*e couler le sang et l’honneur de ce malheureux Vitry!

— Je ne saurais faire couler l’honneur de personne : Vaugel^ s’y oppose, répondit le petit pédant d’un.tpn superbe. . ....

- — Tout. doux! dit Vitry à l’oreille de Boilçau; moquea-vous deJtfaulny,,mais ne le tuez pas. ,

— Les idiots! fit l’avocat. ■ '

Et, les écrasant de son dédain, il joignit Bois-Bobert pour lui demander les noms des trois Frondeuses.

. , Tore était en train de rudoyer l’abbé : •

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• dé3h<5nore» l%abît qùè^to-porfeâ,

en faisant le Mnn^ori cômrae tu fais^ ‘

On sdt que Blondori était un cenfédieo-de l’Hdtel de fieurgogRet- ' '

L’irritation du président, qui' succédait sirbiteraéiit ît une longue hilarité, annonçait ' une crise prochaine. Madame de Toré appela un laquais , et' lui commanda d’enlever sans bruit son màrir ' - . •

La porte s’ouvrit en ce' moment, et Ninon éntra, accompagnée de Saint-Évremont.

Derrière, suivaient les quatre martyrs.' ' .

On profita de l’attention provoquée par les nouveaux venus pour bâillonner Toré et l’enrpoi’ter.

Quelques minutes après, le laquais qui avait reçu les' instructions de la présidente reparut auprès d’elfe :

— Nous avons couché monsieur, fit-il; sa tête est

remplie de visions : il désire que madame lui tienne société. , ^ .

— : Dites-lui, répfiqua-t-^lle, que, si j’y aHais,. je. trouverais uu corps qui m’incommoderaü fort.

On entendit liientôt, des cris perçants : la^ ciise' avait éclaté et le remède opérait. >. ^

— C’est mon mari que l’on fouette,- répondit simplement madame de Toré aux regards qui l’interrogéaUmt.

U sen^lail qu’éde parlât d’un enfant mutin.' -

Et tout le monde de rire, le surintendant' plus' haut: quepersonnci # ^

14* NINÜN DE^tENO-OS

A Q’Émery apjproç^é

des mains de Saint-Évieruont.; > -.‘v..'t . .i-

V. — vYoaê voyez, lut <J*t-iI> que j’ai tenu;ma,pwoVîT ' Je vous ai promis des Frondeiifs, en voilà ; j’ai qaême ôté |usqq.’à prier ceux qw doivent jmç précéder. . ^ . .

Il désignait C^arleval et les autres..^,. J

Je vous adniire. c ^

— Hélas! quand m’aimerex-vQUS ? ... , ;

— Quand vous ne serez plus inltendant.^ . t- \ .

— Pourquoi cela ? : . ' , , ^ . n . \

— Ne m’avez-yous pas dit gùe les surintendants.^ n^étaient faits que pour être abhorrés? . , ^ ^

— Eh bien ! détestez inoi alors. Mes affaires iront peut-être plus vite, puisque l’on prétend que la haine fraye quelquefoisde chemin à l’aniour. Pardon du phœ- -bus!

— Éntendons-iiôus î jéme suis engagée, iion à aimer, mais à me laisser aimer. ’ ^ ** '. ■ . . .

— C’est juste , fit d’Émery : diable de ventre , va ! ' ’ - ‘“ La Fronde vous etiÿÇraisàe erteoTe i papa d’Éméry, dit Saint-Ibal intervenant. ' ^ ~ *

Cela né prouve qu’une chose, "mon petit, repartit d’Émery avec la même familiarité, o’est qu’elle ne m’ém-' pèche >pas de dormir. ^ - r *

Attrape ! fit Beueaule: ‘ '• ' '• ‘ •

Le surintendant V pour Couper eoUrt aüx saillies > se bata de prendre la raaiu de Ninon et donna le signal de l’ouverture du bal. ’ ^ - x

KT SA a)UP..

Les Frondeuses devisaient de Ninon.

— Qu’est venue faire ici cette impertinente ? demanda madame de Montbazon.

— Son métier, dit madame de Chevreuse.

— Cette fille-là, ajouta madame de Fiesque, a juré de nous dépouiller de tous nos galants.

— Est-ce que vous avez des prétentions sur le surintendant? refH’it madame de Chevreuse, en le montrant avec Ninon. i

— Tiens, fit la comtesse, c’est elle qui a les honneurs de la soirée... Je me doutais bien que ce scélérat de d’Émery nous jouerait quelque méchant tour. Nous n’avons été invitées que pour orner le triomphe de ïà Ninon !

— Retirons-nous, dit madame de Montbazon.

— Moi, je suis d’avis de rester, repartit madame (le Chevreuse, j’ai un mot à dire à Pàrticelli.

Et, Sévigné se présentant, elle alla se placer avec lui en regard de d’Émery.

Madame de Fiesque et Hannerie , Madame de Mont- Lazon et d’Hectot se rangèrent vis-à-vis les uns des autres.

Madame de Toré et Saint-Évremont faisaient face à la marquise de Maulny et à Cauménil.

Le bal commença.

Ninon dansait avec la grâce qu’elle mettait en toutes (‘hoses : elle tenait tous les yeux en éveil. On ne voyait

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qu'elle : on applaudissait à la distinction et à la'souplesse de ses mouvements. '

Madame de Montbazon était pourpre de colère. La comtesse riaifde rage. Quant à madame de Chevreuse, elle s'amusait à briser son éventail sur la bedaine de , d'Emer\-.. • < .

— Les dames devraient toujours ,viser au cœur, lui

dit-il galamment. ^ ‘ ...

— C'est aussi ce que je fais, répliqua-t-elle. -

— ^ Vous touchez un peu bas.

— Pourquoi le portez-vous là ?

Le cynique Coulon, qui suivait ce jeu de scèi>e, jeta dtfns l’oreille de Campion une plaisanterie qui fit rougir le maréchal-de-bataille.

— Vous êtes toujours" sans égale, ma divine, dit Bois- Hobert, saluant Ninon après la danse.

— Avez-vous fini d’user ma robe, l’abbé 'i

— Que me chantez-vous là ?

— Le bruit court que votre chasuble est faite d’une ‘ de mes robes.

— Mes confi’ères me l’auraient vite volée !

— Cela ne m’étonnerait point*, dit d’Hectot intervenant, car j’ai vu l’autre fois, aux Mathurins, saint Nicolas convoiter l’habillement de saint Joseph , qui n’était pourtant qu’une houppelande du chancelier Séguier.

’ — J’y étais, fit Bois-Robert. ' '

— Par quel hasard? demanda Ninon i '

— Je passais devant... il faisait chaud, quon^ue ce fut

El SA COUR^ 1A7

en mars, et je suis entré pour prendre le frais. Je ja’avais pas fait fausse route... car Cérisy prêchait, et peu de personnes avaient Tindiscrétion de l’écouter. C’était la Saint-Joseph. On avait aussi jugé à propos de mettre à 1a Vierge une cravate de madame d’ Aiguillon.

L’orchestre termina cette conversation à bâtons rompus, et une nouvelle contredanse commença.

« . Ninon, priée par Sévigné, se trouva placée en fcoe de Bois-Robert, qui gambadait follement avec madanae de Toré. .. . ,

Jeune, de belle taille et d’agréable physionomie, Sévigné possédait ce genre d’esprit dont la légèreté est le seul mérite, qui se pose sur tout et ne s’arrête à rien , Son cœur était de même nature. Le volage marquis délaissait la plus aimable et la plus spirituelle d’entre toutes les femmes, pour courir sus à la beauté qui passait, fùt-elle déjà fanée par l’usage, comme la fameuse madame de Gondran. Il estimait la marquise sans l’aimer, et la marquise l’aimait sans l’estimer. . , ,

— Quel homme pour cette femme ! s’écriait Ménag(ï en la dévorant de ses yeux de pédant calcjné.

, C’était la première fois que Sévigné rencontrait Ninon. Il s"en montrait vivement épris.

. — Aïe! fit d’Elbène.

— Qu’est-ce? demanda Cluirleval.

— Vous n’avez rien senti?

— Non,

— Et vous, la, Mesnanlière ?

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