‹ Ninon de Lenclos et sa cour Emile ColombeyChapitre 16 sur 33 · NINON DK'LENCI, OS · texte numérisé non relu

NINON DK'LENCI, OS

' — Moi, non plus. ’

— C'est fort, et vous, Brancas?

— Ne cherchez pas plus loin, c’est moi : la comtesse a eu la fantaisie de me parfumer d’essence de violette...

— Il s’agit bien d’essence de violette ! Est-ce que j’aurais poussé un cri de douleur ?

— Qu’y a-t-il donc ? dit Charleval inquiet. •

■ — Il y a que Sév^né nous marche sur les pieds de- • puis une (femi-heure...

— Laissez-le faire, repartit d’Émery survenant.

' — Vous n’y êtes pas intéressé,' vous.

— Autant que vous, monsieur le chambellan.

— En vérité ! s’écria la Mesnardière d’un air goguenard.

— Expliquez-vous, dit Charleval. ' .

— Expliquez-vous, répéta Brancas.

— C’est bien simple : Ninon m’a autorisé à me mettre avec vous sur les rangs.

— Prenez la queue, ajouta d’EHiène.

— C’est ce qu'elle m’a dit et c’est ce que je fais.

— .\h ! ah ! ah ! interrompit Bois-Robert, en riant aux éclats, voilà les Frondeuses qui ont enlevé les Frondeurs.

— Bon voyage ! fit gaiement Ninon.

Mesdames de Chevreuse, de Montbazon et de Fiesque s’étaient enfuies sans tambour ni trompette entraînant toute la bande, moins Saint-Évremont et Sévigné.

— Mauvais augure ! dit le surintendant à Saint-Évremont, la Fronde débute par une déroute.

ET SA COÜR.

— Non pas, elle se retire en laissant de la garnison dans la place. Je reste avec Sévigné.

— Vous restez seul sous les armes, car le marquis est fait prisonnier.

— Bah ! les prisonniers de Ninon recouvrent vite leur liberté.

— Vous avez été promptement relâché, vous ?

— Moi? je n’ai jamais porté de chaînes..^ J’ai toujours été l’ami de Ninon, rien de moins...

— Rien de moins ? fit d’Émery intrigué.

— Tous ses amants n’aspirent-ils pas à devenir ses amis? c’est donc plus. Mais vous me paraissez quelque peu curieux, monsieur le surintendant ?

— Oui, je le suis assez.

— Vous tiendriez alors à savoir ce que 1a duchesse de Chevreuse disait de vous en sortant?

— Sans doute.

— Prenez garde !

— Je m’attends à tout d’une femme galante qui touclie à la cinquantaine et en est réduite à un seul... coadjuteur. Que disait-elle ?

— « D’Émery, c’est la duchesse qui parle, ne pouiTa pas se plaindre de la fortune, car il aura la chance d’être pendu une seconde fois. »

— Que me fait le poteau, puisque j’en reviens?

Le combat avait fini, faute de combattants. On ne dansait plus, on jasait, divisé par petits cercles-.

Sévigné essayait de rivaliser de ver\e avec Ninon.' '

MNON DK LKiXCLOS

(lilles Boileau, pris de nouveau entre les deux marquises, servait encore de pâture aux moqueries des maris .qu’il était censé berner. 11 ae manquait pourtant pas d’esprit et le prouvait à l’occasion. Rencontrant un jour Neulgermain, le poëtc le plus crotté du roj'aume, celui-ci voulut éviter les brocards qui menaçaient ^le pleuvoir sur son chapeau défoncé :

— Mon/.hapelier m’a trompé, dit-il.

— Mais il y a deux ans qu’il vous a trompé,, repartit Boileau. .

L’abbé |ouait avec madame de Toré une scène que Molière, sans l’avoir entendue,^ devait, vingt-quatre. ans plus tard, introduire dans le Malade imnyinaire. La présidente s’était mise à pleurer sur le président et sa misérable destinée :

— Eh ! madame, s’écria Bois-Robert, à quoi bon cette comédie? Ce qui me fâche, c’est que, cet homme déclaré fou, vous ne serez plus maîtresse de son bien ;,ati moins c’est l’avis de monsieur Clvampion.

.— Je ne crois pas, répondit-elle vivement, qu’il en sache plus long que monsieur Pucelle qui est de l’opi- * nion contraire.

— Ah ! voilà parlé comme il faut; vous pe jouez plus la comédie à cette heure. . , ,

— L’abbé Mondori s’imagine toujours être au théâtre, dit madame de Toré en riant et agaçant de la main Rambouillet qui arrivait sur , le tard, comme un homme du bel air. , - . . . .

ET SA COL’Pi.

Ce RaïubouiUet était le ûls d’un tiuaiiciej' tlu uièiuo nom, qui habitait le faubourg Saint-Antoine et que l’ou a souvent confondu avec le marquis de la rue Saint- Thpnaas du Louvre, quoiqu’il n’y eût entre eux aucun lien de parenté. . .

Le retardataire propageait cette méprise le plus qu’il pouvait. Il copiait les façons des gentrlshommes et s’agitait en tous sens.

Madame de Toré prenait plaisir à le voir se toiüller ainsi :

— Allons, monsieur, dit-elle, avancez, avancez : nous n’en mourrons pas pour cette fois ; n’ayez point peur de vous tuer du premier coup.

,A minuit sonnant, une cloison tout entière disparut, découvrant une magnifique salle à manger où fumait un vrai souper de surintendant.

Chacun de s’émerveiller et d’aiguiser ses dents.

— Oh ! oh ! s'écria Bois-Robert, c’est maintenant, ma chère présidente, que je me crois tout à fait à mon église de l’Hôtel de Bourgogne. Quel changement k vue !

— Il ne manque qu’une chose, dit madame de Toré, c’est un souper de carton. Désirez-vous un nouveau changement à vue ?

— Merci.

On se rangea autour de la table et l’on fit honneur au repas qui ne se composait que de mets inédits, et qui.

considéré dans son ensemble, était un chef-d'œuvre de bon goût et de délicatesse.

Ninon était placée entre Sévigné etd’Éniery.

— Vous avez oublié de prendre la queue, murmura d’Elbène à l’oreille de ce dernier.

XIY

1j« Couvent de I^airny.

La roine du Palais-Royal en était venue, dans son désert, au point de porter envie à la reine de la rue des Tournelles, qui trônait sans conteste au milieu (Luiie cour nombreuse et dévouée. Quelle chute pour Torgueilleuse Anne d'Autriche ! Cette envie, ou plutôt cette haine, était encore attisée par toutes ces grandes dames dont les amants étaient devenus les adorateurs de Ninon. Elles avaient juré sa perte et demandaient, au nom des bonnes mœurs publiqugment outragées, qu'on renfermât aux Madelonnettes. Ce couvent, situé rue Fontaine-du-Temple, était une maison de détention consacrée aux « fdles repenties. » La régente, on le pense bien, ne sc fit pas prier pour donner son acquiescement. Mais le conseiller d’État Bautrii éleva une^objection :

— Ninon, dit-il, n’est ni fille ni repentie.

— Je lui permets, repartit Anne d’Autriche, en considération de sa pieuse mère, morte si saintement, de choisir elle-même le couvent qui lui plaira.

164 NINON DIî: LENCLOS

Hn exempt, Guitaut, fut chargé de transmettre à Ninon les ordres de la reine.

Elle songeait à Sévigné.

L’exempt accomplit sa mission avec une grande politesse, contrairement aux habitudes des gens de cette sorte. Ninon eut commandé le respect au soudard le plus grossier,

— Ah ! ah ! ah ! fit-elle en sortant de son rêve par un éclat de rire, vous direz à la reine que je choisis les (irands-Cordeliers.

L’exempt rapporta fidèlement la réponse, quelque ggillarde qu’elle lui parfit.

— Fi! la vilaine, s’écria Anne d’Autriche se mordant

les lèvres pour garder son.sérieux. . ^

^ Elle était loin de s’attendre à un pareil choix.

Deux Jours après, Ninon s’était retirée à Lagny dans un convenue bénédictines, fondé en 1611 par Charlotte je Bret, professe de Farmoutier et ex-prieure du naonastère de Saint-Thomas de Laval, situé dan§ le diocèse de Sens, près de Montereau. . - . , .

La petite yille de Lagny s’élève sur la rive gauche de la Marne, entre deux coteaux plantés dç vignes. Cette ancienne cité de l’Ile-de-France était renommée au moyen âge pour l’étendue de son commerce, pour ses foires .,et ses marchés. Mais elle a subi bien des épreux’es : jetée à quelques lieues de Paris, comme une sentinelle avancée, ^lle recevait toujours les premiers coups. Elle fut brûlée plusieurs fois pendant,la guerfe de cent ans et rasée en

‘ KTSA COI h.

1348 par les Anglais. Jean,- duc de Bourgogne, s’y établit en 1115: il ne devait y séjourner que quelques jours'. Au' bout de deux -mois et demi, leé Parisiens, las dé l’aflendre, le baptisèretit Jean de Lngnij qui na kàle. Lui, pour se venger du sobriquet, abaUdonna Lagny h ses soldats qui, tout k la fois ivres devin et de sang, portèrent d’tm/ e^Urémité de la viHe k l’autre le pillage, l’incendie et'le viol. Elle passa en fi 18 au 'pouvoir des Armagna(*s.* Mais le coup qui lui fut le plus sensible partit de la main' do comte de Lorges, chargé, Sous François 1"^ d’étouffer la révolte des habitants. Lé comte, après une loUgiic rcsistancé,- parvint a s’empaYer de Lagny, et, le* soir môme de son'entrée, invita les femmes des vainfcUs a ûiié grande fôte. L’invitation était "un ordre : if fallut s’y rendre ; et, tandis qu’au milieu de la nuit on égorgeaib au dehors tous les hoinfUes valides, les soldats, restés dans le bal, s’occupaient k repeupler la ville..'. Il* y à plus do trois siècles que" ce viol organisé à été consommé, èV pourtant il est encore aujourd'hui, pour les hab4tanrs,ûu vivant et cuisant souvenir. Malheur aux mauvais plaisants qui, pour faire allusion au fcomte de Lorges; demandent:

« Combien vaut l’orge ? » On les empoigne, et; quelle-que soit la saison,' on les plonge dans un bassin, pour Idiir' « apprendre* k se taire, » comme disait une 'inscription disparue. ' '

Tc«te la cour de Ninon, instruite dü lieu de sa retraite,' ([ui cette fois n’avait pas été cachée, eut bientôt pris la route de Lagny. Elh^ s’installa dans l’auberge de l’Épée-

M.NO.N LENXLOS

Royale et y couiplota, au débotter, la délivrance (le la raduse.

— * Il faut mettre le feu au couvent, dit Sévigné, et profiter du tumulte pour enlever Ninon.

Et tout le monde d’aj^laudir, excepté Brancas et Bois-Robert.

— Vbus êtes de grands enfants^ répliqua l’abbé, en

haussant les épaules. Le bel expédient ! Âllumer un incendie et se jeter dedans ! merci 1 , • -

— Vou^refusez donc, mon cher, dit d’Elbène,-de vous bal)iluer d’avance aux fiammes éternelles /

— C’est votre affaire à vous, et non la mienne , car S^tan ne brûle pas ses amis.

— Mais enfin que proiwsez-vous ? demanda Char- Icval.

— Un , moyen bien simple et d’une exécution très-facile. Le caractère dont je suis revêtu m’ouvrira les portes toutes grandes, et je me fais fort de ne pas sortir sans Ninon.

• ^ Excellent moyen ! s’écria Brancas, car, de cette façon, Ninon sera délivrée et la religion respectée.

On rit beaucoup de la naïveté du comte. Quant à l’abbé, il fut rais en demeure de remplir l’engagement qu’il venait de prendre. . .

Bois-Robert n’était pas homme à reculer. Il se composa un maintien des plus graves et gagna le couKcnt, suivi d’un petit laquais (jui portait sou'bréviaire.

Cette maison était d’ailleurs d’un abord facile. Desti-

Kl ÿA CMIU. 157

nées à Tinstruction des filles, les Bénérlictuics ne gardaient leur cellule que durant le temps du noviciat ; et encore éUût-on libre^ à cette époqucdè, de eonummiquer avec elles. Ninon pouvait donc recevoir les visites de ses amis ; mais nul ne s’étaîl présenté jusqu^alors. Ils désiraient tous la revoir, mais dehors et non dedans.

Bois-Robert leva le marteau qui> retombant avec fracas, fit gémir profondément Tépaisse et solide porte du couvent : elle s’ouvrit aussitôt et une sœur converse s’offiit à ralfi)é qui demanda à parler à la supérieure. Onle mena au parloir et Charlotte le Brct parut au bout de quelques minutes.

C’était une femme longue et sèche.

— Vous avez, il y a peu de temps, madame, dit Bois- Hobert, donné asile à une grande pécheresse amenée ici par le repentir. En êtes-vous contente ?

— Hélas! mon père, je crains bien que les tentatious du monde n’aient encore trop de prise surson esprit.

— Je suis chargé par la reine, qui l’honore de son intérêt, de scruter ses plus secrètes pensées et de la raffermir, si elle chancelle, dans la pieuse résolution qui l’a déterminée à venir se réfugier auprès de vous. Je désirerais aller la surprendre dans sa cellule, si la règle ne s’y oppose pas.

La supérieure frappa un timbre, et une religieuse se ' présenta.

— Sœur Perpétue, conduistiz ce lu>n père dans la cellule de sœur Madeleine.

NINOIS DE LE.NCLOfS

— Le noîti n’est pas mat appliqué, pensa Bois-Rôljtrf. Il salua profondément la supéiièuré/ éf, guidée par sœur Perpétue, enfila un de ces cloîtres immènses qui glacent et attristent l’âme. ■ ' " '

Le petit laquais suivait toujours. Il avait son laissfcz-passer sous le bras. ^ — ; .

La sœur s’arrêta et, choisissant une clef au milieu du lourd trousseau qui pendait â- sa ceinture, la fit grincef dans une serrure roudlée.'Lâ porte niasMve et gonflée par l’hunridité roula lerttement sur ses gondé, et découvrit une manière de cachot éélairé par en haut et meublé d’un lit rebondi comme une planche, d’une table ctd’imé -chaise boiteuses. ' “ *'

Ninon tenait à la inaîri son Montaii/nc, introduit' par contrebande. ‘

— Que le Seigneur sort avec vous ! dit Bois-Kùbert eu entrant. ' • ' • ' •

— Au diable l’importun! répondit Ninon qui né reconnaissait pas l’abbé. ' ^ “

— Tétebleu! ma'divifte, vou^'n’y allez pas ’de langue morte ! Heureüsement que sœur Perpétue s’est éclipsée'!

— Bois-Kobertt - • - ,

' Lui-même.' . . • v . •

— Je vous prenais pour un prêtre.

— L’habit fait souvent le moine. • ‘

— Que venez-vous chercher ici ? Je croyais être tranquille en in’enterrffnt dans cé caveau et l’ori né cesse de me troubler dans mes... méiUtatiorts.

.. EI.SA.COÜP, .

, . — , Je viens vous .raffermii’ dans les, profl^tsk édifknls que vous avez formés.

— Pasquin ! ,

, — O lua s(jeur, Tépreuve est pourte, et pourtant vous avez déjà dû remarquer que le vrai bonheur ne se trouve que dans.la soUtudê des monastère» !

— Allons, maître Turiupin, laissons ces babioles^ et causons sérieusement. Que me voulez-vous^

— ;^Vous enlever !

— Vraiment? Ah! ah! ah! . '

. — Gela vous fait rire i ' , ,

— Qui ne rirait pas? Ninon enlevée par Bois-Robert.

— Penh ! un caprice !-

— Vous voudriez vous réhabiliter, mon cher ; mais c’est chose impossible : on vous connaît trop !

— Me réhabiliter? Je n’y songe guère. La preuve, c’est

que je ne prétends vous emmener que sous les vêtements de mon petit laquais. ... ...

— Où donc est-il ? . .

— Babylas! appela l’abbé. . ^

Babylas entra. .

• r- Déshabille-toi, dit Bois-Robert.

— Un moment! s’écria Ninon. 11 faut < d’abord que je consente au ravissement. . . >

— J’espère que vous ne me ferez pas manquer à ma parole : j’ai promis à tous nos amis, qui vous attendent à l’Épée-Royale, de m’y pas revenir sans vous...

- — Ah ! ils m’ont suivie dans l’exil : voilà de bons et '

IftO M>0>' DE I.ENtXOS

fidèlës chevaliers. Vous les reiHercierez, je vous prie, en mon nom.

— Vous les remercierez vous-même...

— Mms veus savez bien, l’abbé, que mon exil est

forcé? ’ '

— Bah! la Fronde commence à’absorber toute l’attention...

— Vous disiez dont; que les « oiseaux des Tournelles, »

comnae les a nommés Charleval, se sont abattus sur Lagny? - .

Toute la bande est à l'Épée-Royale. J’y ai même remarqué deux nouveaux visages.

— Comment les appelez-vous ?

— Vassé...

— Vassé?... alil oui, l’ami du marquis de Sévigné. Et l’autre ?

— L’autre, c’est Sévigné, parbleu !

> — Eh bien! que fait donc ce fainéant de Babylas?

— Enfin! je l’emporte... ou plutôt Sévigné l’emporte. iMais je mets tout amour-jn-opre de côté; et toi, petit, mets bas ton justaucorps.

Babylas, immobile et la bouche béante, s’imaginait avoir mal entendu.

— Voyons, repartit Bois-Robert, dépêchons : tu comprendras tout à l’heure.

Babylas alla se blottir aufond de la cellule ets’exécuta, non sans chercher dans sa tête une explication qu’il ne put trouver.

ET SA cour.

Ifil

— Maintenant, à votre tour, Ninon, dit Bois-Robert, enveloppant Babylas dans son manteau et l’entraînant près de la porte, restée entre-hâillée. Faites votre toilette sans crainte... Je vais guetter sœur Perpétue.

Ninon défit sa robe noire et son voile blanc, puis entra dans les vêtements de Babylas, comme s’ils eussent été faits pour elle. Les cheveux seuls essayaient de se rebeller contre cette transformation, mais il fallut céder et s’enrouler sous le chapeau.

— Allons, dit-elle, le tour est joué. Passez-moi le petit bonhomme, que j’en fasse une novice.

— Oh ! s’écria Babylas presque aussi stupéfait, que Sosie rencontrant Sosie.

— Vive Dieu! dit Bois-Robert^ Babylas lui-même ÿ est pris tout le premier. Cela va à merveille.

— Ah! je comprends, ajouta le fmnulus de l’aljbé-; vous voulez nie mettre en cage... mais m’y laisserez- vous longtemps?

— Ne crains rien, mon enfant, repartit Ninon,' en

l'embéguinant : tu n’auras demain matin qu’è te débarrasser de cette coiffe et l’on se hâtera de te rendre ta liberté. '

— Le petit gredin ! s’écria Bois-Robert : fl vous a lâdessou s une figure de nonnain â tenter saint Dominique l’encuirassé !

— Chut! fît Ninon, j’entends venir quelqu’un...

— Sans doute sœur Perpétue. Rappelle-toi, Bâbÿlas, que tu'es changé en sœur MarMeine. et vous, Ninon.

toi MNUN DF: KE>CLOS

.pveneï moa bi’évi^iro et suivez-moi avec l’air béat qui

cquvient au laquais d’un abbé.

, La i^eligieuse attendait discrètement sur le seuit

— Que le Saint-Esprit soit avec vous ! dit Bois-Robert en sprtapt et eq guise d’adicu.

Sœur Perpétue dqnna un tpur de clef et l’on se remit en route.. . , „ .

Lu supérieure était restée dans*1M^arloir.

— Eh bien ! mon père, demanda-t-elle, êtes-vous satisfait vous-même de sœup Madeleine?

— Oui, madanae ; j’espère qq’elle finira par se dégager de toute pensée mondaine et par entrer en religion.

— Dieu le veuille ! elle a de lourds pécbés.à expier et ne peut se purifier que par de grands sacrifices.

— Le Seigneur lui donnera le courage de les accom- |dir> comme il lui a inspiré le regret de ses fautes, ajouta Bois-Robert en s’inclinant.

— Ainsi soit-il! repartit la supérieure, eh faisant une

profonde révérence. . . . , ..

Le carrosse de Vassé stationnait à la porte du couvent. baMe.snardière était placé sur le strapontin où il étincelait avec ses bas couleur de feu. Sévigné et le chevalier occupaient l’intérieur.

L’abbé a perdu son pari, dit Sévigné.

— Allons, Ninon, riposta Bois-Robert, en l’aidant à monter dans la voiture, prouvez à ces raes^eurs que j’ai tenu ma parole. .

.^-r-,.r.orbleu! marquis, fit Vassé, j’avais plus de con-

ET SA EOER. . li'.S

Ihnict* quo Ujt dan^j^ l’abbé. Je me duutais ^du tom*. . Réparation d’honneur! s’écria Sévigné, c’est nous qui avons perdu... mais perdre ainsi c’est gagner.

. tt'.Vous répondrez de mon à#ne devant Üieu, dit Ninon en souriant, car vous avez déchiré le voile que j’allais grondre. . . . v

. — Bois-Robert nous donnera l’absolution, <lit Yassé, ^t notre responsabilité sera couverte.

— D’ailleurs, ajouta Sévigné, le voile n’a pas éU’î inventé pour vous :,on ne. doit cacher que ce .qui blesse les ^ux... ^ - -

— Voilà une thèse qui sent le fagot, dit Rois-Robert. Je ne puis entendre de telles énormités.

Il prit son bréviaire et se mit à marmotter entre ses dents. < -

Vassé et l’abbé tournaient le dos aux chevaux Ninon était assise à la droite de Sévigné. Le premier donna le mot d’ordre au .cocher et le carrosse roula.

— Pourquoi donc Ninon ne vient-elle point ? demanda la Mesnardièa'o en se baissant.

Hélas ! riposta Vassé,, la dévotion lui a dérangé le cerveau. . . . , . ,

— La dévotion est une l>onne ebose^ mais il ne faut pas en abuser. Est-ce que le mal est sans remède ? Je vais descendre près dq yous, vous me mettrez au courant. Le laquais ^dç l’abbé prendra ma place. Cela jure de le voir dedans, quand |e suis dehors. - i

— Vous save4 bien,, inpa cher, .que Bois-Robert, ne

Page 1