Î30 NINON 'DE LEN6L0S
— Lai-empfirez-vo'âs.loÿ^ettiènl;? ' • >
•' ~ il li'est pas permi^d’-en doutèr, diV Cfaarleval avec vivacité. ' ,
— Ce n'est pas à vous que je m’adresse; mon cher poëte. « ^ / ’ " • :
— Voici ma réponse, répliqua ?finon .* je vous ar ajourné au premier cheveu gris et suis -prête à tenir mon engageaient... mais j’ai grand’pe^r que l’éehéance que vous attendez si impatiemn'iént n’anrive point. La Mesnardière a composé, pour mon service ^particulier, une ■ pommade avec laquelle,' m’^-t-il dit,- je peutdéder les injures du temps.
— ^ Le traître !
Allons, Brancas, ne pensez plua au chewu en question, et,' çomrae je vous en ai prié déj?i> contentez-vous, ainsi que Charleval, de mon amitié. .. que -je n’accorde pas à tout le monde. ' • .
— Comte, s’écria le poëte, il y aurait mauvaise grâce à ne pas se rendre...
— Rendons-nous donc, répümdit -Brancas en soupirant. Adieu, cruelle, ajouta-t-il, les lèvres sur la main de Ninon. - .
— Au revoir, messieurs, dit-elle en jes reeooduisant. J’espère que vous me quittez sans la moindre rancune.
— Nous serions bien malavisés.. .'repartit Charleval.
— Ne répondez que de vous> rtiofa cher poëte,- interrompit Ninon. Voyez Brancas : il reste là muet Au
fait, je ne demande à ce maître distrait, comme preuve de
‘ BT Si CO DR.'
bonne entente^ qoe-de ne pas m^oubUerdaDS; ses. prières.
Le comte ‘ s’éloigna? en levant les yeux au ciel : cette • derni^ malice lui semblajt un blasphème. Quant. à Charleval^ il le suivait^ la figure souriante, mais te cœi/r gonflé : il s’appliquait à.ptoplTcr ses regrets.
— Où allons-nous ?diù-il, bientôt, ^’unXop- presque dégagé*. . ' < . . . ^
— Je l’ignore.
— Eh bien ! je vais vous renseigner là-dessus. Nous • allons chez madame de Cour'celles-Marguenat.
Comme il vous plaira.
— Savez-vous que le bruit court, par la ville, qqe vous l’avez embarrassée, cette pauvrette?
— Qu’y faire? '
— Le mari va jeter les hauts cris.'
— •' Pourquoi f' ' ^
— Parce qu’il ne pourra se croire l’auteur de l’enfanjt ^dotit'il sera le père. On connaît là" manière de vivre des
epoux.
— Oh! fit Brancas secouant sa torpeiir,' madame de tjOurcellës-Hargüénat n’ést'paeembarrassée de ce côté'... Elle a pris ses précautions. )ün soir qu’ils avaient retenu leur fermier "à souper, celüiAci, stylé par la dame, dit au mari qui, le repas achevé, se retirait en ' souhaitant le bonsoir : «Bé! où courez-vous?» — « Dans mon appartement », riposta l’autre. — ^(dPar ma foi ! je vous admiife de faire ainsi lit a part > la belle invention d’user quatre chaps, quand on peut n'en, user que deux ! »' Et, tout éh
NINOH DE LENCLOS
se gaussant'/ il mit dans la nasse le hlaltre des Comptes.
— Voilà Un fermiei'précidux.''MaiB obul! Cbûrcèlles- Marguenat est sur nos talonsi • ’ s
— Ah ! ah ! s’écria ce dernier, je vous ÿ prends, monsieur le chevalier def la rCine et- mo^aieu^le favori des Musès. . . Vous allèi rendre yfsite à ma femme! •
On était arrivé devant sa maison, située dans l’ileLOuviers. .
— ^ Cela vous déplairait-il? demanda Brancas.
— Je vous remercie, au contraire, de l’honneur que vous me faites; mais un mot avant d’entrer.
— Nous vous écoutons, continua le comte.
— Ménagez un peu ma femme : entre nous, elle est fatiguée en ce moment et ça se conçoit, car elle porte un petit Courcelles-Marguenat... Le médecin lui défend les longs entretiens. ^
— Que votre^ amour paternel. se rassure! répliqua Brancas. Nous nous contenterons, en gens discrets, de présenter nos devoirs, y
Charleyal s’associai à celte réponse par unie légère inclinaison de tête. ... ' ■ , .
• — Je suis bien, votre serviteur, messieurs, ajouta , le maître des Comptes. • j
Puis il gagna son appartement, laissant le chanip libre aux deu3^ amants de sa femme.
Madame- de CourceHes-Mafguenat les reçut avec de 'pétulantes démonstrations de joie : -elle -sauta. follement
ET SA COUK. 2jl3
uu cott de Brancas et gratifia CharleVal de la même accolade.
— Oh ! ne gambadez pas ainsi ! s’écria le preraidr, avec un geste d’effroi.
. — ïVoù vient donc cette grande frayeur? demandat-elle.
— Votre mari, que nous venons de rencontrer, dit Charleval,. nous a fait confidence de votre situation...
— Cet homme-là, interrompit-elle, est dans le cas de me compromettre ! Il faudra que je me décide à l’enfermef... Mais ne nbus ocqupons pas d’un tel belître, et roucoulons gentiment, comme trois, tourtereaux'.’ • . • .
Le comte et le poète roulaient de gros yeux enflammés autour de cette maîtresse-femme, de taille petite mais bien prise et dont le friand visage appelait les lèvres, comme une pêche veloutée appelle la dent.
■ Ils avaient complètement oublié Ninon qui, à la même heure, était sous le coup d’une affreuse anxiété.
■ Ha4am« Mcsarroj|. — Matfajue Csvnuel. . ■
Quelle était la cause de cette profonde douleur ? Une dangereuse maladie survenue tout à coupà Viltarceaux.
Le mar<juis n’étàit reqlré dans Paris qu’avec de vives appréhensions. Il redoutait ce milieu agité et fécond en naufrages. La fidélHé de Ninon* Je Ninon si mobile naguère, résisteraît-elle aux séductions 'qui allaient se dresser devant elle, comme autant d’écueils?
Posté dans’ son ap^rtement qiii était une manière d’observatoire d’où il pouvait pénétrer de l’œil dans l’intérieur de l’hôtel des Tournelles, Villârceaux traversait de ses regards soupçonneux la foule des visiteurs. H prenait souci de tout le monde, même de Brancas et de Charieval : les deux pauvres écloppés lui semblaient des rivaux triomphants. Bref cette procession continuelle de seigneurs et de beaux-esprits, d’amis, d’amants passés, d’amants futurs, avait fini, à la chute du jour, par user entièrement la provision de patience qu’il avait amassée. Le marquis avait résolu de tenir à L’écart, durant cette
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N1N€N DE hB«0l,Ô3 BT SA',C0TJR.
récftpttoB, d& ciiâinte que- sa «useeptibtUté's^éveitht'iit ne donnât prise au ridicule: Mats'eerôle de pMrtyrétaitaûtle.ssBs de-ses fbrcesk» ' . , ' . . . t
Or Villarceâaxÿ le- cœur tout iBetfi’tri par les miUe aiguiHoDs-de la jalousie, s’était levé précipilamnaent pour coutir chez Ninon, et, croyant prendre son chapeau, s’était -cdififé d’ante aiguière d’argeht qu^il n’avait pu retirer qu’avec l’aide de ses domestiques. Cet ébranlemënt/ joint aux angoisses d’un amour ulcéré, avait «ouduiirdéterminé .un transport au-, cerveau. • Le marquis, s’étai^ élancé vers la fenêtre pour se jeter dans la rue; mais ses valets s’étaient emparés de lui et l’avaient mis au lit, non Sans éprouver de jq résistance." Cela fait, un d’eux, se détachant?, alla chercher un médecin, >qni déclara le cas très-grave et prescrivit un repes absolu. ^
Aussitôt que la.triste nouvelle, fut connue de Ninon> .elle réavoyâ son monde en toute hâte^et vola chez A^illanceaux; mais la porte du malade était -fermée parordre,‘et les plus pressantes supplications ne purent fléchir les gardions. D’aillteUrs, lui direntrüs, cette inteidiction > la concernait surtout, elle qui était la cause première de ^a-congestion cérébr^e dont leur maître avait été frappé. Interrogés à ce sujet, ils répétèrent quelques-unes des paroles recueillies au milieu des divagations de'Vilkrreaux èn- délire;.. > • . > '>'
Ninon regôgna spn hôtel en maudissant le caprice qui l’avait ramenée h Paris, ainsi^que les hommageè qu’on lui' avait'rendus. Elle se sentait innocente-et se' traitait en
MNON DiE LEfiÈLOfS
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coap&ble. Sâns dôtHe ie marduis avâit eu le terf de se UvKr« deà.cKaintes pâéfiles, mais sà.vie courait des dangers^ et une sorte de responsabilité pe^it- fatalement' sur Ninon. Elle, chercha le moyen.de réparer la faute qu^eHe n’avait pàs commise. Une pehsée d’immolation se présentant à son espnl^Blle n’hésita pas à s’y attacher, et l’héroïque projet, à.peine conçu^ étajt expcuté. Sa' belle chevelure, impitoyablement fauchée, fut offerte en holocauste à Viliarceaux, ‘et bii'parvint au moment où il recouvrait une lueur de raisoni Profondément touché d’une telle preuve d’amour, le malade versh toutes les larmes que ses yeux pouvaient contenir : U était sauvé !
Et Gomiue, pour arriver à. une guétison rapide, il avait plus besoin de caresses que de remèdes, Ninon usurpa la place du médecin, qpi ne se retfta qu’en grommelant et en la menaçant des foudres de la Faculté. ' »•
Quinze jours après, il y avait fête à l’hotei des Toarnelles ron célébrait^ en petit comité, le, retour à la santé de Villarcesttix. Scarron et sa femme étaient les seuls convives priésALe cul-de-jatte,- souffreteux comme d'har v bitude> était, comme d’habitude aussi, en fonds d’appétit et d’esprit. Il étincelait de verve entre -deux mprcéaux. et ne coupait r court à son* intarissable gaieté que pour s’abandonner- à sa faim dévorante. C’était toujours, même pour ses plus intimes amis, un étrange spectacle que ce misérable paralytique, narguant, sans jamais se lasser, de continuelles douleurs. On s’émerveillait incessamment de voir tant dé joyeuses plaisanteries -jaillir
M SA CÔÜR. i. *37
xl’une ; pareille source : son corps, aflfreusepient tourmenté, se tortillait comme un Z; sa tête, qui semblait absorber toute la nourriture, et où luisaient deux gros yeux bleus, inclinait' en '^avant, comme un iardeau trop lourd pour son cou amaigri ; sa bouche était meublée de dents ébréchées et de couleur d^rdoise ; ses jambes et ses bras, crispés par les souffrances, étaient rentrés dans son buste décharné; c’était enfin, comme il l’a écrit lui- - même, un raccourci de lamisëre humaine. Et cette chose informé bouffonnait à mettre en belle humeur la postérité la plus lointaine ! ' '
Yillarceaux, tout en riant des spirituelles pasquinades de Searron, plaignait sa jeune et jolie femme d’être réduite à cet ordinaire aipusant mais peu substantiel. L’épouse-vierge remerciait mentalement le marquis des compliments de condoléance qu’elle lisait, dans ses yeux. Quant à Ninon, heureuse de la cure opérée aux dépens de ses cheveux que remplaçait une perruque sortie des mains habiles de Champagne, le coiffeur à la , mode, elle ne songeait pas à cmxîpromeltre la quiétude de son esprit, en' s’offensant des regards échangés. Elle se divertissait, au contraire, de cette éloquente pantomime autant que des saillies du poète., A la'fin, prenant ce dernier à partie : ' ■ '
— Je vous serais bien reconnaissante, dit-elle, mon jovial compère, de me donner le mot de l’énigme que^ vous m’avez adressée en guise d’étrennes.
— Oh ! oh ! fit-il , est- ce que Phœbus m’aurait dicté
NINON »E tEJretiÜS
quelque équivflque à vptre intention ? Il me joue souvent (le mauvais toirs semblables; et<moi, qui suis naïf, j’écris de c(jnfiance, sans regarder ce qu’il y a au bout ée, ma plume. Pourtant, je crois me souvenir ducas^.. Oui; je le tiens ^ - r •
0 ‘belle et charmante Ninon, ,
’ • A laquelle jamais on ne répondra non... i
— Sautez Ip (^ébut, maître flatteur. . ^
-r-.Sautep? la chose n’est pas facile pour un cul-(lejatte, -mais enfin essayons : .
. 'v CJo premier jom>de l’an nouveau ; .•«'< i
., Je n’ai rien d’assez bon, je n’ai rie» d’qssez beau, • : .
De quoi vous bâtir une étrenne;
' ■ Contentez-vous de mes soûhaitsf:
. Je consens de bon cœur d,’avoir gro’sse migraine,
Si ce n’est de bon cœur que je vous les ai faits. ■. ,
Je souhaite donc à Ninon Un mari peu hargneux, mais qui soit bel et bon...
— Marquis, je vous prends à témoin : former un.,,tel v(pu n’est-ce pas «eculer un peu trop Ipin les-limites du burlesque? • . . • ■ ' . • . ■ *
• — Ela effet, réplitpia ViUarceaux d’un ainéistrait. • > • Il était toujouts oepupé à dialoguer de l^ceil avec madame Scarron, à.qui-ce genre de conversation paraissait, plajre l)eaucoup: '
Sfîarron ne voy ait rieu ou pe. voulait rien voir. U n’avait pas le droit d’étre jaloux. ^
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>- ET «A OOtJR. '
Ninon- TOÿait tout, mais physionomie gapdait la- plus complète sérénité. . » - . . . ^
> — Allons; reprit-elle avec une indifférence simulée où
réelle, expliquez-vous, monsieur le donneur d'étrennes amlâguës. Qnelle lubie ^ous a ponté à ji{e souhaiter un , mâri? ' , •• - . '
— Demandez-le à messire Apollon ; c’est lui, vous.disje, qui m’a soufflé cette malice, LeNfourbe a sans doute ■quelque épithalame à>placer. - .
— Dans le genre dè fépithalatne composé en l’hen^ neur du mariage ^é M.-de Tressé avec mademoiselle de Lavardin... Merci du Gadeàu! ,•
Voire ! comme vods traitejz> ma mie, par-dessous jambe, une de mes medleures pièces ! Je veux, pour votre punition, vous en citer le lambeau suivant :
Enfla rinfanle Lavardine
Est femme d’un fort bon mari, ‘ >
Enfin, un- comte favori, .
■ ; , Lui tàlc, quand il veut, de la maiii-la poitrine.
Mais elle peut pareillement Lui tàtpr l’estomâc ; elle peut mènrcmenl
Lui paeserla main SU) l’éeliine.
Où trouver rien de plus délicatement* troussé?
^Troussé est le mot, ' ' - ' '*
Mais où donc' ont passé ma femme et le marquis ? demanda le poète à voix basse. • - ,r' .
Ninon les montra du doigt au fond de l’appartemoat.
. Us s’étaient levés,, sous prétmite d’examiner un tableau
«é NINON »t; KÈN(ÎLOS .
fraîchement ^ peint par 'Mignard, et ^llaweaux' mêlait avec adresse aux éloges donnés à Tartistê de raénues cajoleries qui tombaient; comme une douce musique', dans l’oreitle de madame ScârrOn. /
— Hé ! hé ! fît le mari, je sens de hellôs côrnes pousser sur la tête du fils de mon père. Mais ça ne percera pas le cuir chevelu. i. du moins dans- ce monde-ci »
,—e Que voulet-Vous dire 1 '• s
— Ah! oui... je ne vous ai point encore communiqué
mon projet. Le voici: je' pars. dans peu' de temps pour PÂm'érique dont lé bienfaisant climat, à ce que l’on m’assure, me rendra ma vigueur première. . ; ' '
— C’est un projet bien arrête-? '
.-•j-i. Parfaitement. Croyez-vous, ma chère Ninon, que mes souffrances m’amiiseht beaucoup, quoique -jC ' les supporte en riant? Croyez-vous aussi, entre nous, que je sois toujours de glace devant cette jeunesse et cette beauté que le mariage a jetées sous,' mon toit? Il me semble -parfois, dans mes niiits sans sommeil, ‘entendre une voix me crier, comme ùn écho de mademoiselle de Rohan, la bossue; « Qui m’ôteracet opprobre de virginité? »
Madame Scairoft et Villareeaux délaient rapprochés. Ils n’ayaient rien saisi de ce duo exécuté en sourdine.
— Ah ! vous voilàj Françoise, dit le poète redevenu souriant. Qu’admiriez-vous donc- là-bas avec tant d’application ?' .• .
— Le ravissant pOrtrait.de mfademofeelle , répliqua-
ËT SA COUR.
t-^lle en s’adressant à Ninon. Jamais Blignard n’a éné mieux inspiré : il est. vrai qu’il n’avait qu’à copier pour faire un chef-d’œuvre.
— Est-ce votre avis, marquis ? demanda Ninon d’uo' air légèrement railleur.
— Je ne pourrais que répéter ce que madame a si gracieusement dit, riposta Villarceaux quelque peu décontenancé.
— C’est flatteur pour moi, mais injuste pour le peintre dont vous diminuez, sans raison, le talent.
— Mignard^ interrompit’ Scarron, ne mérite que’des
reproches: c’est un méchant ami qui rie met le nez dans Paris que pour reprendre aussitôt la route de Rome. Je donnerais, de grand cœur, le Juvénal qu’on m’a volé, à qui m’apprendrait que la iriule du pape lui a lancé une bonne ruade... Cela le dégoûterait peut-être de la ville sainte. -
— Jttais , objecta gaiement Ninon, vous oubliez que la mule du pape n’est qu’une pantoufle. '
— Je ne l’oublie point. Mais il y a un pied dedansetun pied qui n’est peut-être pasperclus^.. A propos de perclus, je m’aperçois qu’il se fait tard... Onze heures ! et te voici encore debout, mon pauvre cul-de-jatte, toi qui te couches d’ordinaire avec les poules... Allons, Frariçoise, rentrons au logis. Bonsoir, Ninon; bonsoir, marquis.
’ Ninon appela Pierre, et Pierre héla les porteurs qui étaient à l’office. Ceux-ci aœoururent, et, 'soulevant Scarr ron comnHvune plume, , le descendirerit' dans la chaise
NINON DE LENCLOS restée au bas de l’escalier. Sa femme l’accompagnait, non sans regarder en arrière. VilIaroeaux,,qui l’avait reconduite jusqu’au palier; ne cessait de.la saluer de la tête. ♦La chaise partie^ il rejoignit Ninon. '
— Je vous croyais bien loin, dit-elle en pvomenànt.ses doigts sur son clavecin. , -
—r Quelle mouche vous pique donc, ma chère?
Il cherchait à se composer un maintien assuré.
— Mon cher, reprit-elle en continuant dé frapper les touches, perméttez-moi de ne pas répondre aujourd’hui à la question . que vous me faites. J’ai besoin de réfléchir
et... de dormir. Revenez demain. < ■'
- — Demain, j’ai proinis de me rendre à une eçurse de ■ bague qui a lieu à SaintrMandé. ^
■—' Alors, après-demain. Bonne nuit> msirquis, et que læfortune voqs soit propice! •
— Adieu, fit-il en rougissant.
Puis, couvrant de baisers la main que Ninon lui abandonnait, il s’enfuit avec la précipitation d’ua capjif q«e J’on délivre. , . • •
— Pauvre Villarceaux ! s’écria-t-elle, il avait grand' peur d’être retenu... comme si j’avais* coutume d’emprisonner personhe. Allons, encore un amour qui finit, et d’une singulière façon^ pour avoir duré si longtemps. Bah! il a jeté ces jours derniers une flamme trop vive... il ne restajt^pfus que des cendres des deux côtés. N’y pensons plus, ou, si nous y pensons,^^que ce soit à titre de .^Iractiom,.- Oui, c’efet cela, ajputa-t-elle après un mô-
meut de silence,' le marquis a dû parler de sa course dé bague et, comme le veut Tusàge, l’énamourée ne mariquera pas d’envoyer des galants : il s’agit de les intercepter.
On nommait galant “un nœud de ruban, une faveur. De là le vers à double entente qui s’est gâté en route :
Qband.on-})rend divÿa/an<, on a’en saurait trop prendre.
Ninon appela de nouyeau Pierre, et, lui donnant une bourse, le chargea ^de gagner le valet de confiance de
VillarceaUx. . • *
Le léndemaîu matin, mâîtrd -Pierre apportait trioriiphalemetitle9rubans*^aftendus; qui étaient couleur de feu. , — A merveille! dit" Ninon en les prenanf; mais que vois-je? un pli?... L’oiivrirai-je?... Pourquoi pas?.;. Je suis curieuse de connaître le style de la petite-fille d’Agrippa d’Aubigné... Ohî oh î ce sont dès vers... lisons:
Vous devez avolr.de la joie^ •' . ,
Des faveurs que l’on vous envoie.
Même il vous est permis d’y goûter des appas ;
Parlez, montrez, vantez ces légères offrandes, . . •
, Mais si l’on you^en fpit quelque }our de plus grandes, "Plcvousen vantez paz.
Très-bien, cela promet. Mâ foi ! Scarron n’a qii’a se dépêcher, s'il ne vaut pas que son cuir oheve.lü soit entamé dans l’ancien 'monde... Maintenant faisons remettre le tout à son adresse'. ' ' '
Le petit paquet^ àdpoHfement rêpUé, eutlicertcp de re-
tourner à sa véritalîle destination. La 'rç’ponsç né tarda pas d’arriver, entre les mains de Ninon : elle était ainsi conçue: , - ' .
Beauté, qui les autre^ surpasse,
Saclîez que mes sens sont ravis
De vous voit avec tant de grâce ' • ' • '
Me donner de si bons avis : • ..
El podr votre faveur, ce m’est un si cher gage
Que je découvre à tous l’estime que j’en fais.
Mais si voire bonté m’ob|igeail davantage, ' - '
' Je périrais plutôt que d’en parler jamais- ‘ ‘ ' »
Euh! le Pégase du marquis est quelque q)eu poiuSsif...
' ■* J t * * * ' vv
S’il est aussi mal monté pour, sa course de bague/ ses concurrents auront beau ieu... Mais rendons à C^ar ce qui appartient à César. Pierre! dépêche ceci à madame Scarron... à elle-même, tu entends?, - Pierre inclina la tête et se mit en devoir,d’obéir.N — Voilà, dit-elle, quand il fut sorti, voilà l’affaire engagée... Mais quel sera le .dénouement?.'.. Belle demande ! il sera tel que je le voudrai, puisque je tiens les . fils de l’intrigue. En attendant, allons passer l’après-midi chez madame Cornuel, que je n’ai pas encore été visiter depuis mon retour.
Elle monta dans.sa chaise et partit. , -
La spirituelle amie de madame Pilou, la dauàe accorte et fine, » comme l’a qualifiée^un poète anonyme, était en train, lorsque Ninon parut, de^bercer dans ses bras un petit ange qui semblait hé de la veillç. ;