‹ Ninon de Lenclos et sa cour Emile ColombeyChapitre 24 sur 33 · NINON BE LENCLOS · texte numérisé non relu

NINON BE LENCLOS

' 'Oette* cortvorsation. à* bâtons rompus (Jürâ jusqu’au souper. . . . ; . ■ ■ .

Ninon, retournée chez ^éytrpOvà une épUre en vers, que liH adressait Saint-Éw.emont • et qui se. terminait amâ : ' ' - . .

Il faut brûler d’ene namtne -légère, ■

Vive> brillante, et ioujours passagère ; .

Être ineonslante aussi longtemps qu’on peut ;

Car un temps vient où ne l’est pas qui vent."

Voitâ; dit-elle, une leçon que j’ai méritée, mais que je ne mérite plus... Saint-Évreinont. a été nrial' réglé ; il

retecde,

L’autevir dp l’ôpître n’était pas Ipin», Il entra comme Ninon en finissait la lecture.,

, Eh bien ! ,dit-il, ai-je frappé juste? Cetté belle fidélité est-elle entamée ?

— Vous avez, mon cher, enfoncé une porte ouverte. J’en suis fort aise ! il vaut mieux que ce soit Ninon

^ ait triomphé de Nirton. Vous voyez que.je fais bon mqrché dé mes rimes...

— Vous les avez pourtant longuement couvéps ; et j’aîrae à crpire que, si je né vous ai pas vu plus tôt, la faute en est à ce laborieux enfantement, Voas vouliez vous faire précéder d’un message.

— Entendons-nous. J’art’ive de Saint-Germain, où j’avais rejoint la cour, et c’est là quider j’ai appris quelle Maraïs n'était plus veuf de sa reine. On m’ayait aussi affirmé que voi^ étiez toujours enlacée dans la même (Siaîne...

'• ' ET SA. CO en.

J^im^rovisai alors cé que vous venez de lire, et, après vous Tavoif adressé^ je me décidai à partir pour assurer le succès de ma missive.

' — Je regrette que vous ayez trouvé besogne faite.

— Encore une fois, j’en'Sûis fort aise. Mais çe -pauvre VillarCeaux, que devient-il? A quelles extrémités Taporté son infortune?

— Hélas ! il s'ést jeté dans les. bras...

He la religion ? '

— De madame Scarron.

' — Ils étaient donc -oiiterts ? - -

' — 0uî... ils cherchaient de Toccupation. ’ . '

— G"est bien naturel..’, et le- marquis supplée Te cul-

dçr jatte? ^

•— i N'àllbns pas si vHe : notre -couple n’en est qu’aux préliminaires...'.

. Niimn racôhta l’épisode des miadrigaint et, après avoir établi la position respective des parties, fnit Saint-Évreinonl au fait de la scène qunllfe préparait et dont le lecteur va être témoin., - ’

— TêtedîleuT s’écrîa-t-il/'^j’espère que vous mé tiendrez au courant, à Saint-Germain où je Détourne, des

suites de ce commencé de vers. Cela'me divertira un peu . . .

et j’ai grand besoin de dîstraetioris, cÆr sî le métier de courtisan rapporte dé Thonneur, il rapporte aussi bien des bâillements. . . ‘ ‘ - '

Madame liopl» XIT. — Une-e«ealade.

, Sv / ’ ’ .

Ninon était à l’issue de son déjeuner, l<^rsqu’bn annonça la viàite de Villarceaux. Ejle ordonna qu’on le fit passer dans son boudoir, puis se rendit près de lui.

La physionomie du marquis trahissait un vif embai’ras : ses yeux fuyaient les , yeux dç Ninon. Il s’inclina respectueusement, mais sans prononcer une parole, comme un criminel qui paraît devMit. son juge et attend sa condamnation. . ^ •

— .Dois-je vous féliciter ou, vous consoler ? demandat-elle d’une voix doucereuse. ,

. — De quoi? répliqua Villarceaux tout interdit. •

— De votre victoire qu de votre défaite. ...

— r Ah ! oui... hélas l ma chère, çonsolez-moi. C’est le comte d’Olqnne qui a enlevé l’anEieau.

— Ces beaux rubans couleur defeu..ne vous ont donc

- pas porté bonheur ? ' ‘ . ...

Ninon montrait les galants qui flamboyaient sur la garde de l’épée de Villarceaux.

NrNON Wî LEÎXCLOS ET- SA EÜUIl. U»

— Que voulez'-voùs.diiie ? bjégaya-t-il constetnéu

— • Marquis;, qu’avez -vous fait de rti«s-tîhevé,ux ? s-ér cri&-t*elle eu jouant l'indignatioa. ...

Elle s'était levée pour donner à son geste un dévetop* peinent théâtral. < . , ' .

— Oh ! je suis bien coupable ! dU-il> en so pzécipitant à ses pieds. • -

— Debo^it i si-l’oa vQUs voyaitdans Cette posture^ on crqifait que- vous -m’aimez' encore., r Maint eoaot, reprenez Votre siége> comme je reprends le inien> et eau-, sons... comme deux amis. ^

Viilarceaux se rassit. d’un air résigné eq- face, de Ninon : on eût dit d’un patient qqi se préparait à; la tw-

ture. ^ ,

-7- Souffrez d’abOrdj ajo,uta-t-eJle malicieusement avee un temps d’arrêt., que je vous rappelle le.rève que naguère nous avons fait ensemble. . .-Vous aviez, toqtquitéé. pour moi, lés plus hautes et les plus éblouissantes dames de la cour, >sans compter certaine marquise- quj vous -adore, quoiqu’elle soit' votre femme et naoL, j’avais tout abandonné pour vodS/ caprices du jbOr, caprices du lendemain, tout... jusqu’à Brapeas.

Cette chute amena un sourire sur les lèvres de - YUlar-

ceaux. Ninon 'continua, sans prendre garde : . ,

— Pais nous nous étions enfuis pour- nops> retirer

dans-une sorte de chaumière... et y jouer, sans témoip^, une pastorale amoureuse. pièce eut la durée que vous

savez... Bref, la monélonie de cette longue églpgue nous

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m ' wioV 'irE'.LtNtL^fe'

rejeta jSltK la route de Paris. NcKjaavions besoin tous' deux de-moufvoment et de bliüit : ne f^siahs toujours

qu’un. Jusque-là pas le-rnoiudVe 'nuug<f entre nous... Mefs, le détnon de la j^ousié von s soufflant de mécbtirites pensées, la tragédie menaça de succéder “à la pastorale., Je me' hâtai, voms savez comment, dq'voüs rendre à la raison.’.., ‘ • •

Le iMrquis fitmine de s’agetKdiijIér'de nouveau:

— Lkisséz-<moi aller jusqu^au bout, repfit Ninon en

l’arrêtant. Vos soupçons disparurent, mais Tinfidélifé que vous redoutiez éclata... Seulemént, riafidête,-rene lut pas-moi. - • > • ' ' : • * ■

En ce'îuoment, -on grattait à la pdîfe : c’éteit madame Scarron/ Villarceaux semblait médusé par cette apparition, à laquelle pourtant il s’attendaiti - • ~

— On ne peut arrivfer plusà pVopôs, pensa Ninbni Ma

chèrê Françoise; dH-elle en la prenant parTa. main,' as-- Soyez-vous dans ce fauteuil ét veuillez écouter 'une histirtre que je sui§ eri train de raconter à M. .de Villareéaux..'. et'qui vous ifttéresseru'peut'-être. . - ‘ '

— Elle m’intéressera sans aucun. doute... repartit la

jeune femme avec Une amabilité calculée. - • •

' L’amour est comme le' soleil d’août : il mûrit vite. Madame Scarrpn était toute transTormée : elle avait complètement dépouillé’la timidité de son âge.'Elle flairait un piège ‘et le défiait résolùment.

il s’agît, poursuivit .Ninon, d’une petite perfidie commise pat urt çavalief... que m’appellerai Viflarceaux,

.■ ET'SA.COUM.; - ■ . Ht

pour lui dQiMier ua.poto, DouC‘VillaroeauJc ...4 youS|»«p»

■ meitez, marquis ? . .

Ce deuriér répan(ilit par uoe imparceptiWie incKnaisoH . accompagnée d'un regard suppliant.

•:-r-J>opc VülàBQeauîÇy répéla-t-:eUe'cruedement, étæt épris .d'une, hoqnête'dame,.. comme dit Brantôme quelle, par le même motif, j'appeUerai NinojïiJl-.raim«t . au. point d'en pei-dre la tête... sauf à prendre feu d'un autre oétâ, au pfé'mier choc de d'eux beaux yèvnt... les vôtres, je suppose, si vous le permettez aussi, ma K^bère amie.

— J'aurais bien mauvaise grâce de ne jias me prêter à ce badinage, répliqua madame Scarron avec un go'uriré • des plus placides. C'est fort piqdant,.,ôoittina»i.

Une telle . assurance étonnait et secouait Villià^aux dans spn abattement^, mais ne le üçait potut ,da profond ' mutisme dans lequel il était plongé. vRonteux du rôle lamentable qu’il jouait, il essgyak.an yain de se rafierm» et de jeter u« mot dans le dialogue* Le^. souvenu* de la belle chevelure, qui Jui avait été sacrifiée, le poitfchaggait comme un remords et glaçait sa langue. ,

^ , Ah ! vous trouvez la cbçBe piquante ? reprit hüaon ;■ ^ • '

et vous, marquis ? ■ , ...

Un second regard suppliant fot SB r4p6flse.

..T-; Oui, je -ni'aperçeis. quô oeia vous divertit ausâ. .* .

Je continue doOG, puisqpe vqus

Viilarceaux (je renq^onte ^rmion dadal ëétacliétoat d^

ca^ de Pi**¥» et aqpj:oché auK beawf |^x de- madame

•J9i ' de LENOtOS

ScafTorv. Et nos dëux amanl§ de seÆre' suc1’b,eure mille douceurs et de se becqueter presque... à notre barbe, carie njarr était, .comme .moi, témoin déjà scène. L’affaire n’en demeuïa'pas là: des galants... assez semblables à ceux que porte lo marquis... bire ut 'envoyés, le ■len^emakkyàVillareeaux avec un trèg-gtsaeiéiiK> madrigal dont j’ai' retenu ces trois ver? : . ' v ’ * . ' •

Parlez, montrez, vantez les.legèies offiifnde?,

Mais si l'on Vous en fWt qtjelqîie jbuf de plus ■g^flnd^< •

*« ■ ' r^e v6ûs-çn'iVantez pas. • .

Le marquiSj, comme c’était son devoir, se jiâta dé répondre : ■ ' ‘ .

périrai plu Wt.que 4’en jjarl.çr jaipals. .

vLa fhi de l’histoiré, ma pétitè amie, né vous semblet=^l'e -pas encore' plus piquante que le commencement ?

. ‘ G’eSt donc' fitni.?» répliqua madame Scarron avec

tmeinaHeieusè aflIecWtioB-de regret. • -• • <•

• Elle n^àvait'pas réçu' le coup sans broncher, rftaiselle s’éteit vite reùitee sur pied.'*Quant it tViUarceaux, il était ■ anéanti. •• r • ■ ‘ ■

* ' • — ' iè re^ette'i comme vous,' rép’rit N«lon, que ce récit tourne ■ si court, mais je ne puis le pousser plus Ipin . . . C’est à vons, ’ du teste, dé me fournir' la suite. . .

• ^ le vais; si vous' le désirez, vous- la donner à l’instant..'. repartit madame Scarron en souriant. • ^

Très-voloiliiors, ma belle devincrôsse; '-* • •' - ■ faut tVabôrdj’raa obère *i«m, que vous soyez

'KT SA tOL'iJ. -

aseez bonne pouf répondre à une indiscrète qu j’ai à vous adresser. . ....

* — ^.Parlez. • .

— Avez-vous, sans rémission, chassé de > monsieur de Villarceaux, ici présent ?

— Je ne l’ai pqs chassé... il s^en est, allé de

— Enfin, il n’y est plus ?

— Non... J’ajouterai tout bas qu’il a pu s’échapper : la porte était ouvert^..

Le marquis paraissait respirer plus libremen

— Tant mieux, car, de cette façon, je n’ai ] cin à me reprocher... et je reste digne de vol

— Vous y tenez .beaucoup ?

— Plus qu’à l’amour de .monsieur de V4II que j’ai eu le tort d’écouter àda légère. Je n accepter ses protestations de tendresse que s ficc d’inventaire, comme dit M. Patru. Et h cAté, n’auralt dû quitter la place qu’après congé de vous, en galant homme.

— A tout péché miséricorde. Allons, revent "mon cher marquis,

— Vous me pardonnez ? s’écria ce <ier joyeux.' -

— Je fais plus: je vous unis.,., soyez heureu; fants, mais hàtez-vous... car l’Océan va bit séparer.

— Oh ! ce voyage n’aura pas lieu, dit yivf dame Scarron. Fantaisie de malade, qu’une

NINON DE-l.ENCLOS

faisilp emportera T D’ailleurs^ ajouta-t-elle mentalement, je trouverais bien moyen de l’empêcher.

— S’il en était ainsi, cela dérangerait un projet que je caresàais cette nuH.

— Quel projet ?

— De vous accompagner en Amérique.

— Vraiment ?

— Pourquoi pas ? je serais curieuse de voir ce merveilleux pays dont on parle tant...

— Paris ne tarderait pas de vous faire déAiut.

— Il n’y a que Paris d’habitable, hasarda Villarçeaux.

— Vous oubliez le Vexin, riposta malignement Ninon, et les deux années que nous y avons passées,

— C’est juste, fit le marquis en se mordant les lèvres.

— Mais, pour en revenir à nos moutons... vous pensez donc, rna bbère Françoise, que Scarron changera d’idée ?

— J’en suis sûre.

— Tant pis, car je ne puis décemment aller là-bas toute seule.

— Continuez, croyez-moi, de régner ici; ne vaut-il pas mieux être adorée que dévorée? Et l’on court souvent, dans le merveilleux pays en question, la chance de servir de pâture à qudque friand Caraïbe...

Après cette saillie, la jeune femme se leva pour rentrer à l’hôtel de l’Impécuniosité, où elle avait confié le cul-de-jatte aux soins de ses deux belles-sœurs. Elle sortit, donnant le bras à Villarçeaux qui était moins

heureux peut-être de sa bonne fortune que de la franche cordialité avec laquelle son salut d’adieu kti avait été rendu.

Ninon, selon' sa promesse, envoya, séance tenante, à Saint-Évremont le billet suivant :

' « Riez, mon ami, riez... de ma déconvenue: j’ai bel et bien mordu la poussière. La petite-fille d’Agrippa d’Aubigné m’a tenu tête dès le début et finalement m'a amenée à composition. Quel vieux renard que cette enfant j Elle ira. loin : le mot n’est pas de moi, il est d’un maçon nommé Barbé, que l’on se plaît dans les cercles à. faire monter sur le trépied, et qui a dit de madame Searron qu’on lui présentait ; « C’est la femme d'un es^ iropié, mais je m’y connais : elle est née pmir être reine. » Reine, c’est beaucoup; pourtant, si l’envie lui prend de donner raison à la prophétie de maître Barbé, je ne doute pas qu’elle ne fasse payes* quelque jour à Louis XIV les dettes d’Henri IV... Agrippa serait bien vengé I Ainsi soit-il. » t

On sait ce qui arriva. En attendant, le voyage du culde-jatte remis aux calendes grecques, Villarceaux s'égaya où devait apprendre à réciter le chapelet l’amant repu de madame deMontespén, cherchant des épices d’amour dans les raffinements d’une dévotion féline. Sûus le masque dont elle se couvrit, madame de Maintenon continua au marquis les faveurs dé madame Searron. Miosæns et les autres eurent en même temps part au gâteau. Madame Louis XIV avait donc honnêtement couru te

gniHeddu^ Iprsqn'eHe reçut 'le. prix de « 0 » austérHé* • Quinze jours après la scène racontée plus haut, pendant que Condé et Turennc étaient aux prises dans te faubourg Saint-Antomo, Ninon rèvait-'à-edn nouveau veuvage dans le kiosque du jardin, où elle s’abritait contre l'acdeur accaliiante (kx soleH de juillet.

■ — Je dois être satisfaite, se disait-dlo, sans que les eoüpsde canon qui l’etentisèaient-à son oreiHe lui causas»sent la moindre impression: j’ai aiiué..v d’amour! Que me reste4-il' à désirer ? Rien. Mais que faire, car il ne faut pas demeurer oisive 1 Aimer encore... de la même manière ? Non,' c’est assez d’une fois. Aimer alors comme ja(ks>? Sans doute, puisque c’est ma destinée, au dhrcde Saint-ÉVreinont... Mais qui?- La.^erre civile qui gronda adx portes de Paris a fait le vide autouede moi. Amis et ennemis du Mazarin, tout a disparu... Oh! l’inepte chose que cette Fronde ! Oh.! les sottes gens que ces gens d’esprit qui, après avoir dépensé leur dernière saillie, s’amusent à brûler de la poudre comme de vulgaires soudards ? En vérité, ce Paris, . prodaraé la seule ville habitable, est, à l’beurequ’il est; d’utt aspect ravissant... On dirait d’une cHé qui a déménagé aux'trois quarts... Les passants ^clair-semés que l’on rencontre dans les rues; sont en tram, pour la plupart, de s’enfuir, deguerre lasse, dans de loHitains pays que ne troublent point ces misérables conflits ’d’ambilions... lis vont où Scarron voulait aller et où j’aurais voulu le suivre... II est juste d’ajouter qu’à -ce -besoin de cd«ne se méle la fièvre de

ET SA COtlft. - ■' aw

For... OwA^eut se reposer dans les bras^de la f«rtune!

Pierre interrompit le monologue en apportant un numéro de la Gazette de Loret : «

' ‘-=- Qu"est-ce que cela ? s'écria Ninofi...' Ali ! c’est le factum de cetûnpertftient nouvelliste quK a toujours l'o- ■Veille collée aux serrures et qui versifu; ses eaqoets pour les vendre piquants... Sur qui répand-il' son encre athjourd’hui t... Tiens... voici de l’à-propos : ■ • , '

JIne j rudeiUe maréchale Dans l’Amérique occidèhtale ’ Va, dit-on, planter le piquet, * . • ' •

Non pas pour jouer aii piquet,, ^ ■

, Ni planter des i hou\, ni des raves, ^

^ Mais pour, en trafiquant d’esclaves,

' Gagner bravrmenftons les ans * '

Des cent cinquante-mille francs. ^

, JGnoiij la belle courtisane,

Kst aussi de la caravane....

Courtisane ! répéta-t-elle avec un sourire où éclatait le plus der dédain... Mais qui a porté ce drôle chargéde distraire mademoiselle de Longueville à m’enrôler dans eétfe troupe' d’émigrants ?... Ah ! j’y suis... Villdrcoaux ou madame Scarron aura parlé de mon projet de voyage et le bruit en sera venu .jusqu’à ce Loret qui n’a pas manqué d’en faire son profit... Mais voici le canon de la Bastdlequi se mêle de la partie... La ville s’était cependant déclarée neutre. .-. Pourquoi ce subit changement de front ?...!! y a du Retz là-dessous !... Ce n’est pas pour rien qu’il s’est blotti au Luxembourg... L’incorrigible

sa.

NWON DK LENCDOÔ ET SA COUR.

frondeur se sera repenti de son rep^ir et il aura voultf payer, en monnaie de fourbe, le chi^au de eardhial qu'il a reçu dernièrement d’Anne. d’Autriche

Tandis que Ninon se perdait en suppositions bien ou mal fondées, la porte Saint r Antoine s’ouvrait aux soldats de M. le Prince. Racontons brièvement ce* qui s’est passé. D’abord Retz n’avait eu garde de tremper dans la diversion opérée en faveur de Condé qu’il espérait, au contraire, voir écraser sous les murs de Paris. Il ne s’était occupé qu’à comprimer la fougue belliqueuse de Gaston, qui rugissait conune un lion parce qu’H était loin de tout péril. C’était la duchesse de Monfpensier qui, de son propre mouvement, avait provoqué cette diversion. Au moment où M. le Prince allait * être circonvenu parle maréchal laFerté qui cherchait à se porter entre lui et les remparts, elle avait fait tirer le canon de laBastHle sur l’armée du roi; puis, les abords dégagés, elle avait introduit les Frondeurs dans la ville...

Ninon attendait le retour de Pierre qu’elle avait envoyé prendre langue au dehors, lorsqu’un jeune homme, escaladant la muraille, sauta dans le jardin et parut tout H coup à la porte du kiosque.

— Qui êtes-vous, et que voulez-vous ? s’écria ^inon, plus surprise qu’effrayée,

— Qui je suis?.... dit l’inconnu, vous le saurez. Ce que je veux? M’assurer de votre personne !

Ciovrville. — Clnisttne de ü«ède.

La Doit commetiçak à tomber.

Ninon engagea l’inconnu à passer dans l’appartement du rez-de-chaussée que l’on venait d’éclairer et s’empressa de lui montrer le chemin. Lorsqu’ils y entrèrent, Pierre arriva tout effaré, mais il se retira sur un signe de sii maîtresse '

— Maintenant, monsieur, dH-elIe, êtes-vous décidé à

me donner des eiiplications? Depuis quand, pour exécuter un mandat d’amener, escalade- t-on les murs? La route que vous avez choisie n’est pas, ce me semble, la route ordinaire... De plus, vous n’avez ni l’âge ni lamine d’un sergent... Vous ne pouvez être, excusez ma franchise, qu’un... voleur ou... '

— Vous me jugez bien, interrompit le mystérieux personnage ensonriant.

- — Ou un amoureux, ajouta Ninon.

• — Ahîah!'

Mais* lequel des deux êtes- vous?'

NINON DK LENCLüS

— Peut-être... Tun et l’autre.

— Vous aimez, je le vois, les situations compliquées...

— Oui, j’en raffole... je me plais à semer ma vie d’incidents de toute sorte : c’est une comédie de cape et d’épée, où j’accumule les aventures les plus divertissantes, mais dont le dénouement sera forcément tragique, cap elle ne finira qu’à ma mort.

— Et sur qu^l geprç de mort corpptez-vpus?

— Qu’importe la manière dont on disparaît? Quand la

pièce est jouée... bonsoir la compagnie ! On se couche et l’on dort tranquille... rjue l’on «U ■ou non sa tête sur’ les épaules ! • * , ’ • ^ *

■— Je vous admire! .

’ — Franchement? • ,

‘ — Franchêmentj Vous professez dà une philosophie dont l’audace me charme. . et qui me donne l’envie de faire avec vous plus ample connaissance. ' -

— Je comprends... et vais me dépouiller de l’incognito qni vous gêne. Sachez d’abord que le hasard m’a baptisé du nom dé Jean Hérault... Abl je ne suis j>as sqrti delà «uissode Jupiter!... Le pauvre diable de père qui m’échut en partage ne.ine légua, ^en mourant^ ni titres ni fortune; mais il m’avait gratifié d’un esprit fécond en ressources et d’une constitutionTobuste... Or, pour quiconque a de bonnes jambes et de l’invention, rien n’est inaccessible... Les montagnes que.l’on ne peut gravir en ligne droite, on les tourne... Me voilà donc parti de mon village, léger d’argent mais sûr d’atteindre... le haut de

. ET -SA C6ü«.' - •

la montagne. <^e je visais. J’étais attaché au prince de Mâi'sillac enrquraiité.de valet de^hambre. Je fis avec lui la campagne de Flandre, et lorsque, devenu duc de la Rochefoucauld, U se jeta dans la^fronde, je m’y préctfH-* tai à'sa suite... Oit trouver. une plus ëelle occasion pour satisfaire le besoin d’activité qui me dévorait? Aussi m’en suisse donné à cœur joie 1 Que de cartes brouillées ou débrouillées! que de pièges tendus oü éventés!* U n’y a que ce damné eardinal de Retz qui ait mis mes ruses en défeot...' Hier>il s’agissait de i’artêter-sur 4e Pout-Nea^ et je suis arrivé trop tard. Aujourd’hui, je veux le gagner à k cause de M . le Prince, et 11 me glisse entre les doigts. . . Mais l’oiseau ne nous échappera pas^ car nous tenons k cage ! '

Les Frondeurs se sont donc- emparés de la viHe?

— C’est-à-dire qu’elle leur a ouvert sés portes d’elle-

méme, «près avoir gracieusement envoyé quelques boulets aux gens du roi. Vous avez dû, mieux que personne, entendre d’ici le ronflement dtf canon..,' • •

• — Oui,’itm’a rompu la tête... * * . - .

— Moi, je sortais du Luxembourg lors de- la pmnière décharge dé la Bastille... *J’accOurus de ce côté et rencontrai près' des Jésuites lè duc de la HochefoucauUl tout couvert de sang et soutenu sur son cheval par deux hommes; une mousquetàdelui avait balafré le visage audessous des yeux. Je l’acoompagnai jusqu'à l’hôtei de Liancourt et, quand je le vis couché ët entouré de médecins, je repris ma course à travers Paris, criant â- nos

NINON DE LENGLOS

anais que je. croisais^ a Ce n’est pas le tout d’étre eiHré... il &ut puvger. la ville des raazarins.qui s’y cachent. » pour prêcher d’exemple, avisant votre demeure sigualée eonuae suspecte, je me dressai sur k selle de mon cheval que j’abandonnai au laquais qui me suivaii... Vous savez le reste, belle dame. *.

Et que prétendez-vous faire de ma persona», monsieur Jean Hérault ?..

— Ah! voici le point d^icat.,. Vous m’avez compU-

menté sur ma bonne mine, et, pour ce, qualifié de vor leur... ' . .

— Rétablissimsdes faits; j’ai dit qué vous ne pouviez être qu’un voleur ou.. .

— Achevez.

— C’est inutile^.. Vous vous rappelez ce que vous avez répondu.

-r Oui, et il dépend de vous que je sois æulement l’un des deux ou tous les deux à la fois.

— Allons ! je ne veux pas charger votre conscience d’un crime; vous n’aurez pas la peine de mô... voler.

Très-bien ! • .

— Vous plairait-il, avant toute, chope, de partager mon souper qu’en ce moment l’pn doit être. prêt à servir?

— Volontiers, et je vous promets d’y faire honneur, oar j’ai gagné un furieux appétit à ces allées et venues.

— Offirez-moi donc le bras et passons à la salle à

manger. . .

Le repas fut des plus gais : HérauH, aigudlcHmé par Ninon, se montra d’une folie étourdissante. — Sa verve * dura jusqu’au matin.

' Il sortit de l’bôtel des Tournelles d’assez bonne heui*e pour aller s’enqu^r de l’état de son maître. Les inquiétudes de la Rochefoucauld étaient entièrement dissipées : ses 'médecins lui avaient certdié qu’il consM’vef«ât ses deux yeux. Le duc ne se sentait pas d’aise d’en être quitte à-si bon marché et paraissait disposé à coturir bientôt de nouvelles aventures. . 4 • •

Mais la Fronde était à son déclin : elle se termina par l'égorgement de quelques mazarins à l’Hôtel de ville. N’oubKons pas d’^outer ce trait qui la complète : ici comme toujours la farce se njêla au drame. C’était par une magnifique nuit du mois de juillet : tandis que le sang des partisans du cardinal coulait à flots, on vit passer à la Grève même une mascarade composée d’une vendeuse de rubans et du bedeau de t>aint-JacquesMa- Boucherie. La dame le Riche était en chemise et le compère Pasquier en caleçon- : cette tenue légère avait pour excuse une chaleur tropicale. Le couple folâtre faisait assaut de propos gaillaixis et traînait derrière soi une longue queue de polissons gouailleurs.

La cour rentrée .dans Paris, Hérault tourna ses vues de ce côté et s’en fut offrir ses services à Mazarin qui s’empressa de le prendre au mot, et qui, pour mettre son habileté à l’essai, le chargea tout d’abord d’une mission de confiance auprès du prince de Conti. H s’agissait de

1S1N0N DK LKNCLOS

se rendre h Bordeaux et d’éteia(tee le dernier foy«r de la Fronde. Hérault s’édiappa aussitôt des bras de Ninon êl gagnais Guyenne. Son entreprise fut couroonée d’un rapide etfdein succès; L’adroit et: heureux négociateur obtinl^ en récon^)ense^ une recette 'générale des tailles^ Lorsqu’il reparut à l’hôtel des Tournelles, il ne s’appelait plus Jean Hérault tout court, mais de Gourville, du nom d’une terre qu’il venait d’acheter. . /r *

. Ninon ressentait une affection mêlée de curiosité pour cet aventurier à tous crins qu’elle voyait monter quatre.à quatre tes degrés' de l’échelle sociale, aujourd’hui domestique du prince de MarsHIac et demain agent secret

du cardiual en attendant qu’admis au .jeu de la,cour

il devienne le partner obligé de Louis XIV. Elle lui garda longtemps sa place, sinon dans son cœur, du moins près de son cœur, et, durant les fréquentes absences de GourvHle, ne lui donna que des suppléants obscurs,-de ces galantsde hasard que l’on renvoie-commè des valets dont on ne veut plus. . . . • < .

• La renommée 'de Ninon allait toujours croissant. Aussi Christine de- Suède, arrivée à Paris le 8 septembre 165t>, ne manqua-t^lle pas de venir lui rendre visite, presque au débotter. Le mot n’est poiôt hors de swson, car l’ex-reine affichait une allure masculine.. Mais Ninon avait déserté, la veille, la rue des Tournelles, pour aller passer une partje'de l’automne déns ce château où elle avait expérimenté l’âraour et. où l’amitié la ramenait. Elle y reçut une lettre; non -écrite pour elle par le duc

ET SA •COÜW. '* m

de Gaise, mais t|ue Toiy faisait circuler pour les curieux 'détails qui y étaient renfermés: Lo'briUant etléger duc s'était rendu sur la frontière au-devant de Christine, porteur des compliments de Louis Kl V, et il s'était acquitté de sa tâché avec tout le respect voulu, sauf à blasonuer sous le manteau l’iHustre voyageuse. Citons son ' épître t * • • • - i V* ‘ ,

« Je veux, dans le temps que jem'ennüié cruellement, <c penser à vous divertir, en 'vous tmvoyant le portrait <f de lafteine que j’aecompagnè. Elhe u’est pas grande, » mais elle a la taille fournie -et la croupe large;- le « bras beau, la main blanche et bien faite,'maisrplus d'iiomme que de fenm>e, une épaule haute, dènt.elie «•cache si bien le- défaut pw^ bizarrerie de son habit, «-sa' démarche et ses actions/quô; l'on en pourrait faire « des gageuresi Le visage est grand sans être défectueux ; «-tous les traits sont de même et fort marqués : le nez & aquilin, la bouche asse^rande, mais paS' désagréable; «ses dents passables, ses. yeux^ fort. beaux et pleins tle a feu ; son teint^ nonobstant quelques marques de petite « vérole, assez vif et assez beau, le tour du -visage assez « raisonnable, accompagné di'une- coiffure fort bizarre, ft. C'est une perruque d’homme fort grosse et fort relevée « sur le front, fhri épaiase- sur les c6tés, qui en bas ades « pointes fort daires; le dessus de la tête 'est d’un tissu do cheveux, et le derrière a quelque chose de là coif- « tare d’unC' femme.*' Quelquefois elle porte u« cha- « peau. Son corps; lacé par derrière de biais,, est quasi

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iM NINON DE EENCLOS <r

« fait comme nos pourpoints, sa eheimso sortant tout « autour au-dessus de sa jupe ipi'eUe porte assez mal « attachée et pas trop droite. Ëile est toujours fort poua drée, avec force poimnade, et ne met -quasi jamais de « gants. Elle est chaussée comme un homme, dont elte «^a le ton de voix, et quasi toutes les actions. Elle affeete « fort de faire Tamazone. Elle a pour le moins autant de a gloire et de fierté qu'en pouvait ayoir le grand Gus- « tave, son père. Elle est fort civile et fort Caressante, ' «parle huit langues, et principalement la française, - « comnte si elle était née- à Paris. Me sait plus que toute « n(Mre Académie jointe à la Sorbonne, se connaît adr « mirablement en peintinre, comme en toutes les autres « choses, sait mieux toutes les intrigues de notre cour « que mob Enfin c’est une personne tout à fait extraor- « dinaire. Je raccompagnerai à la cour par le chemin de « Paris ; ainsi vous pourrez en jugw vous-même. Je (c crois n'avoir rien oublié à sa peinture, hormis qu’elle « porte quelquefois une épée avec un collet de buffle et « que sa perruque est noire, et qu'elle n'a sur sa goige « qu'une écharpe de même. » - La cour était à Compïègne. Christirms’y rendit, après avoir occupé quinze jours, au Louvre, le splendide appartement du roi, où l’on admirait la riçhe tapisserie de Scipion et le lit de ?atin bkmc en broderie d'w, légué . par Riclielieu à Louis XHI. Une pompeuse réception l’attendait. Louis XIV et Anne d'Autriche l’accueillirent comme une reine... Maie Chtislino ri’éfait pas femme à

- ET SA COUR. * Ï67

g’aecommodep longten^s du cérémonial de ta cour. EUe tenaait alors à la liberté plus qu’aux honneurs : son abcheation l’a bien prouvé. EUe subit donc quelques fêtes, ptutét qu’elle n’en jouit, et se disposa ensuite à retourner en Italie. Le maréchal d’Albret monta dans son carrosse. • ■ - 1 '

— Savez-vous, monsieur, lui dit-rfle. quel regret M’emporte en quittant la France?

— Que Votre Majesté daigne m’en faire partyrépliqtm^ t-il, et peut-être serai-je assez heureux... • . >•

— C’est, interrompit Christine, de ne pas avoir vu' Ninon.

— Vous la verrez, si vous voulez mepermettrede modifier légèrement notre itinéraire.

— Modifiez-le à votre guise, mon cher maréchal... je vous donne vingt-quatre heures de marge. Est-ce suffisant ?

— Plus que suffisant, si Votre Majesté ne comprend pas dans ces vingt-quatre heures le temps que nous avons à consacrer au marquis de Saint-Simon et à madame du ■Plessis chez qui nous devons nous arrêter...

— Corbleu î ai-je l’habitude de retirer d’une main ce que je donne de l’autre ?

Christine sacrait volontiers : l’abbé Bourdelot lui avait jadis fait présent d’un chapelet de jurons choisis* qu’elle défilait dévotement à l’occasion.

Lorsqu’ils arrivèrent au château de Villarceaux, d’Albret se détacha en éclaireur et courut prévenir Ninon,.

i» NINON DF: LENCLOS ET SA COl’B.

qui Bvait renoüé ses relations pbilosof^iques avec Vati' carville et était en train de s’amuser, coira»© autrefois, des billevesées de ce maître rêveur. Le ‘marquis, chasseur passionné , faisait une battue aux environs de Mantes. . - ^ .

Ninon se leva précipitamment et sortit pour aller recevoir la reine à son entrée dans l’avenue. Varicarville l’accompagna tout en continuant de discuter une foHe que^on qWil avait entamée,et qui «encernaU la célébration des noces d'Adam et d’Ève. *

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>V»rlcarvt]le et Cba|»eU«. -r* Wou« lit table.

. Ouf 1 s’écria Clirislirie en ,§c laissant tomber dans un fauteuil, où elle dédira ses membres, er^qurdis. 4jaëore les vpyage&et ils m’éreintent dés le début,,. Arrangea ça ! , ^ . . , . . . ...

. — : C’est xjue Votre Majesté, dit Ninon, oublie qjue, si, elle a l’ânie d’un homme, elle a le corps d’une femme. . ^ . . .

— Hélas ! oui, et il est plus difficile d’abdiquer son sexe que sa.,couronne, ajouta la reine en posant son . pied droit sur une chaise, avec le sans-façon qui la ca<xactérisait. ^

— La nature, dit naïvement Varicaryille, n’aurait pas eu, je crois, grand’chose, à faire pour achever la transformation de Vo.tre. Majesté- • .

— Hein ? fit Christine en scrutant de l’œil le pçrsqnr nage. • ... ..s .

» S.Quffrez, inteprompit vivement Ninon, que je vous ' .^ésente nmnsiaur de Varicarville, un sage qui a U. muse

NINON DE LINCLOS

d'un fou, un philosophe voué au vert, qui voudrait envoyer paître l’humanité.

— Je regrette fort de n’avoir pas connu monsieur, quand j’étais sur le trône de Suède. J’avais, vous ne l’ignorez pas, réuni autour de moi une foule de savants et de poètes, au milieu desquels agitait sa marotte le médecin Bourdelot, dont le malin cardinal a fait un abbé... C’était une véritable ménagerie de bétes curieuses... Je la croyais complète, mais hélas! monsieur de Varicarville a manqué à rna collection.

— Saluez donc," mon cher, murmura d’Albret à l’oreiJle de ce dernier, en le poussant du coude.

Varicarville s’inclina, sans sortir du rêve dans lequel il s’était plongé après son incartade.

— Ne perdons pas notre temps en sornettes, reprit Christine. Je suis venue ici, souveraine déchue,' pbur contempler une souveraine dont le pouvoir grandit tous Tes jours...

— Permettez... Votre Majesté a quitté 1a place, mais la place finira par me quitter...

— Vous avez trop d’esprit pour ne pas la conserver jusqu’au moment du grand saut.

— C’est-à-dire que, la beauté disparue (vous voyez que je me flatte aussi à l’occasion), je me mettrai à tenir bureau d’esprit, comme mesdames les précieuses, c jansénistes de l’amour.

— Tête-bleu ! s’écria Christine en levant le pied à la ^ hauteur du nez de Varicarville qui, recula effrayé, Voilà

• ET SA CCült.

ces péronnelles baptisées comme elles le mêlant !<|ue dites-vous de ce mot, monsieur le due?

— Rien ne m’étonne dans la bouche de Ninon, repartit d’Albret : elle m’a gâté comme tous ses amis.

— C’est juste... moi, Seule, ai le droit de m’étonner, quelque prévenue que je sois... Mais j’ai une question . délicate à poser à Ninon... Il n’y a pas de femme ici... nous pouvons parler à cœur ouvert. Foin des bégueules!

— Je vous écoute, dit Ninon en souriant,

■ — Les hommes, ma chère , me mettent en appétit! non parce qu’ils sont hommes, mais parce qu’ils ne sont pas femmes... Comme vous (je ne mfen, cache point), j.’ai beaucoup aimé : c’était un de mes plus agréables passe-temps, au milieu des ennuis de -la reyauté> et j’y trouvais toujours une joie nouvelle...

— Il n’y a rien de si varié dans la nature que les- plaisirs de l’amour, quoiqu’ils salent toujours les mêmes, ajouta simplement Ninon.

- — Allons, je suis dispensée de naa question... J’étais sùr le point de vous demander la définition ded’amour : k voici faite et parfaite. Mais je vais, en revanche, vous adresser une prière. . .

— Qui sera pour nio. • ordre.

— Hum ! 31 je vous prenais- au mot, peub-ôtre regretterier-vous de vous -être engagée ? -

— De quM s’agit-il donc?

— De me gâter, comme vous flver gâté monsieur le maréchal... bref, de me suivre çn Ralie.

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