SCENE Xdl
des amis... se flanquer des cuiips de |)uiiigs comme uue paire de plats gueux !...
C'est vrai : c'est dégoûtaut !...
NISUS
C'est ignoble : — Un bon coup de sabre, à la bonne beure!..
EURYALE, étonné.
Comment!...
NlSUS, après réflexion.
Écoute, Uuryale. — Tu l'aimes bien, Jeannette, n'est-ce pas?
EURYALE
Oui ! sans ça, est-ce que nous aurions des mots ensemble ?
MSUS.
Tu l'aimes trop pour y renoncer?...
EURYALE, après un silence.
Je ne pourrais pas.
NISUS, avec calme.
Ni moi non plus.
EURYALE, ému.
Ainsi, tu l'aimes mieux au bout de dix minutes, que moi que tu connais depuis dix ans...
MSUS, avec embarras.
C'est autre chose. — L'amitié... l'amitié c'est bien bon. .. mais ça, vois-tu, faut croire que c'est plus fort que tout... quand l'amitié vous devient à charge, n'y a plus d'amis. L'un de nous deux embèiv l'autre, faut que l'un de nous deux s'en aille. Personne ne veut s'en aller : vli nos sabres, vlà nos poitrines : c'est ça qui va décider. — Ça y est-il?... EURYAI.E, tmu.
Comment!... nous battre ensemble !...
Est-ce que tu canes ?
EURYALE, indigné.
Ah! Nisus!... est-ce que je canais quand un Prussien m'a fait cette entaille qui t'était destinée... NISUS, trcs-ému.
Pardon... ah! pardon... c'est vrai... nous battre ensemble, c'est impossible ! Eh! non... tes idées se passeronL.. et vois donc comme nous serons heureux, quand tu viendras chez nous, chez ma petite femme...
EURYALE
Jeannette ta femme!,.. — Tiens! t'as raison, c'est le seul moyen!.. Allons, ton sabre!..
Kisus.
Tu le veux! mais...
32 MSi;S ET EURYALE.
EURYALE
Esl-ce que tu canes?...
MSUS, frappe*.
Ah!... en garde!...
EURYALE
En garde!...
{Ils se placent, croisent leurs sabres , se regardent, — I^s deux sabres
tremblent dans leurs mains, l'un contre l'autre),
NI SUS
Attends!.. Euryale, attends...
EURYALE
Eli! bien, quoi? {Ils baissent leurs sabres,)
Je... cependant... parce que, vois-tn... je ne peux pas..,
EURYALE
Quoi?
MSUS.
Non : c'est une réflexion que je fais... l'un de nous deuxvg mourir, est-ce pas...
EURYALE, avec resolution.
Oui.
NlSUS.
Eh! bien... si c'est moi... avant ça, je voudrais prendre quelques dis|>ositions. . .
EURYALE
T'as raison ; moi aussi, je vas consigner mes dernières volontés,..
NlSUS, voj/ant le papier et l'encrier que Jeannette a laissés sttr la table de droite à la pi-cmière scène. Juslemenl, \'là de l'encre, du papier... attends... un bout de testament... deux mots seulement.
EURYALE
Va : je vais en faire autant.
îNisrs.
C'est ça. {H s'assied à la table et co'ii.) <• Je donne tout ce que j'ai, » {A part.) à qui? je n'avais (juo lui pour famille... s'il me tue, j'ai plus besoin de rien... il m'a sauvé la vie... c'était conune mon frère... oui: c'est cela... (// écrit.) KinVALl", , à part, (crirant sur son (jcnou. SI c'est moi (pii m'en vas, son bonheur ne m'olTenscra plus... Dans ce cas-là. jo veux y avoir èlé pour (jnelque chose... ça lui prouvera que j'ai pas de rancune (pi'il m'ait lue...
MStS.
Ça y est... (// plie son papier et le laisse sur la table.) * Eur)ulc, Nisu».