A M. ERNEST RENAN
Ccuiil pergonm, manel re$.
M. Ernest Renan a entrepris, dans les derniers cahiers àa Journal des Savants, une critique de mon système de déchiffrement des inscriptions cunéiformes. Je ne puis que remercier le savant académicien quia bien voulu consacrer un temps précieux à Texamen de ce volume et au contrôle d'études nouvelles qu'il est presque aussi diflicile de juger que de créer. La science ne peut que se féliciter quand , pour la première fois, une branche nouvelle des connaissances humaines, acceptée de confiance par les uns, contestée par d'autres qui dédaignent ces recherches, peut soulever une controverse sérieuse, et fournir les éléments d'une discussion, dont, & coup sûr, sortira la vérité.
J'ai divisé la première partie de mon travail en dix chapitres dont M. Renan adopte les deux premiers : ils contiennent le dépouillement des quatre-vingt-dix noms propres trouvés dans les traductions, et dont on dégage les caractères principaux, ainsi que l'exposition des méthodes différentes pour obtenir les valeurs des signes simples qui ne se trouvent pas dans les noms propres. M. Renan est d'accord sur le principe du sjllabisme de l'écriture assyrienne, et il en approuve les conséquences qu'il ne peut nier. Il y a des lettres indiquant &ei, M, Ru, ra, ri, rv;
d'autres qui expriment ar^ ir^ ur. Quand on veut écrire 6ar,6tr, hur^ on écrit ba ar^ bi ir^hu ur^ ou bien il existe pour bar, hir^ hur^ des signes spéciaux qui^ dans les mêmes mots, permutent avec ]es groupes 6a ar^ bi ir, bu ur. Des milliers d'exemples prouvent ce principe que M. Renan ne conteste pas.
Il n'y a qu'un seul point où le critique a cru émettre un doute : c'est sur un chapitre III (p. 40)v du déckiffrement par nécessité philologique. Il est étonnant que juste la méthode exposée dans ce chapitre ait trouvé» en Allemagne et en France» des approbateurs sans réserve. Je puis dire à M. Renan que les formes ainttfo muscthrib (shaphel de harab) et S^rn^
ittazzal (de nazat)^ formes qu'il conteste comme sémitiques, le sont selon le jugement de tous les orientalistes que j'ai consultés à cet égard. Le troisième chapitre, intitulé : Du caractère idéographique de Vécriture anarienney n'est pas non plus contesté dans son principe. M. Renan doit admettre l'existence de signes désignant une idée tout entière, tels que nos chiffres : on écrit 1 et tin. Les Assyriens exprimaient leurs idées, ou par des signes idéographiques (qui ont à côté de leur valeur idéographique, une valeur phonétique toute différente), ou, comnio nous, par des caractères phonétiques. La comparaison des mêmes textes, et les syllabaires dont nous parlerons encore, coïncident pour nous éclairer sur la prononciation en assyrien des différents monogrammes. Je suis parfaitement de l'avis de M. Renan, <c qu'à moins d'indices spéciaux, on n'est jamais rigoureusement autorisé à conclure du sens d'un idéogramme le son qui était attaché *,y> Je me suis souvent, en cas de doute, exprimé dans le même sens ; mais heureusement les cas avérés par des indices spéciaux^ et ce qui vaut mieux, par des preuves réitérées, se comptent par centaines. 11 y a, au contraire, dix fois plus de monogrammes dont nous connaissons le son assyrien, sans en savoir la signification. Les listes que j'ai publiées page 118 et suivantes, où j'ai dû laisser en blanc la traduction de la transcription, militent en faveur de celte allégation.
I Je suis en droit de m'émouvoir de pareilles, phrases qui pourraient parfdiiemeni induire en erreur le lecteur qui n'aurait pas lu mon livre. Ces objections, et beaucoup d'autres également vagues, sont au nombre des faits « dont la puérilité étonne », pour me servir d'un dos termes regrettables de BI. Kenan. C'est Justement à la découverte de CCS m indices spéciaux » que j'ai consacré un travail de plusieurs années.
L'objection suivante de M. Renan (p. 175) sur les complexes de monogrammes, est une des moins fortes qu'il ait produites. Du moment qu'il admet des valeurs idéographiques simples, signifiant, par exemple, dieu et sceptre^ dieu et voûle, il n'j a pas de grande difficulté, ce me semble, à admettre que la juxtaposition de ces deux signes signiGe dieu du sceptre^ dieu de la voûte, et que le complexe de ces monogrammes ou Vidéogramwe signifie et se lise Nabou et ciel. Que ces monogrammes ont une signification phonétique, c'est un fait avéré; en revanche il n'y a pas, et M. Renan l'accorde, de signe phonétique qui n'ait une valeur idéographique. Quand les traductions trilingues, que M. Renan reconnaît comme base, traduisent des groupes d'origine babylonienne par les transcriptions perses, Nabutcudracara, Nabunaita, Bâbirus (le perse et le zend n'ont pas de /), il faut croire que ces groupes signifient Nabuchodonosor, Nabonid et Babylone, surtout quand ces mômes groupes se retrouvent, k Babylone, substitués h des mots écrits phonétiquement : Nubukvdurrusurf Nabunakid^ Babilu.
M. Renan déplace la question quand il dit que le mot s'écrit Anpaï et se prononce Nahonid, Non, il ne s'écrit pas Anpa ï; il s'écrit (le) dieu (du) sceptre (est) majestueux, et il se prononce Nabunahid. Quand Darius se plaint, sur le roc de Bisoutoun, des imposteurs Nidintabel et Arakh, il aurait donc dit en bon perse h son peuple : « Voici l'imposteur qui se donne pour Nabuchodonosor, fils de Nabunid, roi de Babylone; xi et aux Babyloniens, h l'adresse desquels est conçue la traduction sémitique :« Voici l'imposteur qui se donne pour Anpasadusis, fils d'Anpaï, roi de Dintirki ! »
M. Renan peut m'objecter que, quelques lignes plus loin, il dit que ce principe ce peut certes être vrai ». « Maisest-onsûr,demande-t-iL,qu'entre ces séries de signes qui se remplacent il y eûthomophonie,jou môme synonymie? )) Nous répondrons : « Quand la substitution se répète souvent, dans les mêmes textes, à la môme place, on en est sûr. » Quand Nabonid s'écrit des milliers do fois, ou ANPA /, ou ANPA nahid, ou Nabu /, ou Nabunahid, serons-nous trop hardis en admettant une homophonie, ou môme une synonymie?
Puisque nos raisonnements sur Nabonid et Ba6y/one « paraissent peu acceptables » h M.Renan, analysons le nom de Babylone. Nous voyons
surtout trois manières, parmi d'Autres que j'ai citées daûs les Etudes assyriennes^ que M. Renan aurait peut-être bien fait de consulter avant de se prononcer aussi défavorablement.
révalue à vingt mille le nombre de fois que f ai vu substituées ces ihànières d'écrire ce lîom, sur des briques, sur des cylindres, des barils» dés inscriptions sur pierre ou métal/ à Babylone, à Ninive, en Europe. J'ai vu, dans ma vie, cinq à six mille briques babylonienneà portant rinscription : Nàhuchodonosor^ roi de Babylonsy fis de Nalopallassar^ roi de Babylone, Cela fait déj^ dix k douze mille fois (et je ne parle que des trois manières que je vais analyser), et il y a par conséquent neuf manières de combiner les différents groupes, dans chaque légende, où le nom n*est pas toujours écrit de même les deux fois. Voici ces groupes :
■• n ::nî ^
PORTA. DÉI. DILVVII. 1\E6I0
Bab. ilu
Bà - bi [i] lu
La première forme est un idéogramme composé de trois signes, idée* graphiques ici, mais qui ont ailleurs la valeur phonétique bien avérée et reconnue par M. Renan, de din^ de Hr et de ki. Pour donner plus de force à mon raisonnement, je ne développtBrai pas l'interprétation dos signes ; car ce serait une opiàion, et je ne présente ici que des faits * . Ce groupe remplace les deux autres sept mille ficns, et il conistitue l'unique manière de rendre dans les inscriptions trilin^es le nom de Baby-
I Din ayant la valeur du«soudlie, origine », Ur celle de «tribu », JIrt colle de « région ■, Il serait possible de donner A ridéograrame <)ui désigne et se prononce Babylone, le sens de « ville de l'origine des tribus «.Cela n'est qu'une hypothèse i mais ce qui n'en est p.is une, c'est que lu complexe de ces trois valeurs idéographiques cache un sens inUiquani tint épithélo suffisamment significative de h ville de Babylone.
lone. Seize fois les^rostes des textes assjriens de Bisoutoun et de Nakch-i- Koûstam ont roccasion de tradaire le nom du pays et de la ville do BâUruSf seize fois on j Toit ce groupe. El s'il ne se prononçait pas Bahilu^ pourquoi le traducteur assyrien Taurait-il choisi pour traduire BâbimSy puisqu'il âvait k sa disposition le groupe phonétique ^a-&i-tu, qui le remplace si souvent à Babjlone? Je ne sais pas dans quelle bizarrerie je me serais jeté la tête en arrière, si j'avais suivi le conseil de M. Renan, « de reculer devant mes propres hypothèses ». Dans ce cas je n'accepte pas ce mot. Quelle est la voie que mon savant critique aurait suivie? Aurait-il admis une ville Dinlirkif ou bien avec moi un idéogramme comme il en admet d'ailleurs, dont le sens désigne Baby- Jone, et qui se prononce Bahilu?
Mais parlons du second groupe. Il se compose de quatre signes phonétiques signifiant dans leur ordre portCy dieuy déluge^ région. Souvent le troisième manque, et le groupe se compose des signes portCf dieu, région; plus souvent encore le troisième signe (ayant la valeur phonétique RA) est remplacé par le second, et nous voyons le groupe porte, dieUf dieuj région ; quelquefois, mais rarement, les deux dernières ne se trouvent pas, et nous ne lisons que porte j dieu.
Le premier signe de ce groupe se voit dans les inscriptions trilingues conmie traduction du mot perse duvarthi^ porte (sanscrit dvdr, grec dupa, persan der, allemand thiirf anglais door). A Ninive, on lit comme substitution dans les mêmes passages souvent les lettres phonétiques bahi * ; un syllabaire (k. 110) nous le donne comme ayant la valeur phcmétique kâ et la valeur idéographique bahu. Or, dans beaucoup de langues sémitiques, bah veut dire porte. Je n'ai jamais rencontré jusqu'ici ce signe avec la valeur syllabique kà que lui donne Sardanapale, mais toujours avec la signification de porte ou bab en assyrien, bien admissible dans le nom du royaume de Nabuchodonosor.
Les deux signes suivants forment une seule idée : c'est le dieu du délage,le Kpovoç de Béroseje 'HXoç de Diodore,le El des Babyloniens. C'est le dieudieUf le dieu par excellence. Le second signe, dont la valeur incontestée est an, est en morne temps l'expression idéographique de dieu,
1 BoilJ. d.ins II* Journal J.iatfque, 18S7, X, p. ôIS.
ce que M. Renan admet également. Un syllabaire, ainsi que les textes assyriens, nous prouvent que la prononciation de ce mot fut ilu. On conçoit maintenant pourquoi le troisième signe est quelquefois rejeté, pourquoi, dans d'autres occasions, il est remplacé par le second. La seconde partie du nom est ilu, ce qui avec le premier ensemble donne Babilu,
Quant au quatrième signe, c'est le postpositif muet indiquant que ce qui précède est le nom d'une localité ou d'un pays, et qui se lit, après les noms d'Assyrie, de Ninive, d'Orchoé, de Borsippa, de Kutha, etc.
La seconde forme de ce nom se trouve k Babylone au moins dix mille fois, et c'est celle qui presque exclusivement est employée à Ninive; rarement elle y permute avec la première, et jamais, jusqu'ici, j'y ai vu le nom de Babylone écrit avec les caractères phonétiques qui forment le troisième mode.
Faudrait-il conclure de là que les Niniviles ne connaissaient pas le nom de Bahilu?
Le dernier point est en dehors de la discussion, puisque M. Renan n'en conteste pas la lecture. On y trouve à la fin de Bahilu encore le signe postpositif de contrée. Le mode phonétique, jusqu'ici seulement observé à Babylone, y est même beaucoup plus rarement employé ; faudra-t-il conclure de là que Nabuchodouosor ne prenait que rarement le titre de roi de Babylone? Je ne le crois pas, mais je pense que les trois groupes ont réellement une seule et unique prononciation, celle de Babylone, ce qui n'a rien de « peu acceptable ».
J'arrive à la théorie de la polyphonie, comme l'appelle M. Renan, qu'il voudrait mieux appeler le fait de la polyphonie, c'est-à-dire la pluralité des valeurs phonétiques appartenant à la même lettre. Il ne s'agit pas d'un principe ; j'ai expliqué le fait assez clairement, do l'avis de ceux qui ont lu le livre. Faisons d'abord une réflexion à pn'ort.'cc Est-il bien acceptable que des gens qui ne manquent pas d'intelligence se soient créé une si grande difficulté qui doit les entraver à tout instant, s'ils n'y avaient pas été contraints? » Que voulez- vous que je fasse, après avoir allégué quarante faits parmi quelques milliers que j'ai vus , si M. Renan les déclare peu concluants?
J'ai dit plus haut que pour écrire har, mas, on peut écrire ha ar^
fîia as, ou exprimer ces syllabes par des signes spéciaux. Or il se trouva que dans cent passages le même mot montre le groupe ba ar, dans cent autres le signe spécial, et il se trouve aussi que ce même signe, dans d'autres mots, remplace régulièrement le groupe ma as. M. Renan cite le nom d'Achéménide, Ahamannissi en assyrien ; par un hasard assez singulier, il se trouve que ce mot contient justement, Tune à côté de r autre, les deux valeurs man et nis que possède le double crochet. M. Renan dit que MM. les assyriologues ne déclarent pas supposable une faute du lapicide. MM. les assyriologues sont plus explicites ; ils déclarent que, dans les mots mandatta^ mammany manndiy argamannu et beaucoup d'autres, ils voient substitué au groupe ma an ce même signe qu'ils rencontrent également comme remplaçant le groupe ni is dans guruniSf sadanis, khur'sanisy ahubanis, ukannis, mtisaknis, etc. Certes, il eût été beaucoup plus agréable à MM. les assyriologues de ne pas trouver sur leur chemin ces faits; itiais tous les raisonnements du monde n'écarteront pas ces obstacles qu'il s'agit de vaincre et non de nier.
On va lire le jugement de M. Renan :
i( Les exemples qu'il cite me paraissent peu concluants; dans la plupart des cas, c'est pour la commodité de l'interprétation et pour sortir d'inextricables embarras qu'on a recours à ce moyen désespéré. Or, do tous les expédients, celui-là, je l'avoue, est le dernier (!) auquel j'aurais eu recours. Les formes en faveur desquelles on croit devoir faire cette concession, telles que [suivent douze mote, mais on ny voitpa^ vingl-^nq autres que f ai également cifes), blesseront, je crois, la plupart des personnes qui s'occupent de la philologie comparée des langues sémitiques, et leur paraîtront d'abord inintelligibles. )>
Je demande pardon au savant académicien : pour prouver le fait, j'ai cité des faits qu'il aurait dû vériGer avant d'écrire cette phrase. Les formes que je cite se présentent ainsi, et ce n'est pas un besoin d'interprétation qui me les a fait inventer. Le même signe est remplacé par vu us ou mn us dans Dariyavus, mustisir^ mustalam^ et par si tV en kaair^ nasiV, Misir (t^ypte), sirli. Le même signe se voit h la place de ma al dans Hamal, maly kamat^ lamal, salmat, etc.; h la place do
i Boiti a déjà âign.ilt^ crtto fréquente subbtitution.
sa at dans usatris, kasad^ murappisat^ Artahals'a (Artaxerxes), iisattir^ etc.; à la place de la at dans Diglat (le fleave du Tigre], huilât^ hilat; h la place de na at dans miskunat^ $anat; à la place de ku ur dans namkuTf azkur^ izkur. Ces mêmes valeurs sont indiquées dans les syllabaires. Je lis azkur et izkur^ première et troisième personne de zakar ce se souvenir )>, parce que je trouve les mots également écrits, az-ku ur et izku ufy et je ne lis pas, pat cette raison, azmaty azûaty azlaty aznat. La question sur la forme, qu'elle soit sémitique ou chinoise, est secondaire dans cette première appréciation.
Mais pour parler du sémitisme, qui ne fait rien à l'affaire encore, je regrette de ne pas connaître un seul membre de la majorité des sémitistes dont parle M. Renan. Tous ses collègues à l'Institut, tous les professeurs au Collège de France et à la Bibliothèque que j'ai consultés, appartiennent à la minorité non blessée à l'endroit du sémitisme. Comment?
des formes verbales, transcrites en arabe^.***AXMW»,Jbiiw>, 'L^y^ïas^^^, i£Xj.%w» , des participes qu'on pourrait croire arabes, n'ont rien de sémitique?
Nous n'insisterons pas sur les étranges assertions de notre savant critique, car la nature de la langue appartient ^ l'interprétation , et nous nous occupons ici exdusivement du (ait que M. Renan ne nie pas entièrement, c'esi-à-dire, de la substitution constante de différents groupes au môme caractère. Ce fait est confirmé par les syllabaires assyriens qui attribuent au signe exactement les mêmes valeurs multiples que nous trouvons dans les textes.
M. Renan admettant la nature de ses documents curieux, nous n'avons pas à nous étendre sur ce sujet. 11 est, du reste, d'accord avec nous sur un point, qu'il y aurait danger de les suivre aveuglément, et je suis parfaitement de son avis, que « la plupart du temps les erreurs des anciens furent moins des erreurs, que le résultat du point do vue, entièrement différent du nôtre, où ils étaient placés ». Mais je n'ai jamais réformé, comme il Je fait entendre, les syllabaires de Sardanapale ; seulement je me suis imposé l'obligation de ne jamais employer un caractère avec une valeur syllabique déjà représentée par un autre signe; car cette valeur
pourrait résulter de l'emploi de ce signe suivi d'un complément phonétique S dont M. Renan ne conteste pas la possibilité.
Si, par exemple» le monogramme rendant porte a, selon les syllabaires, la valeur de k&, je m'explique ce fait ainsi: il rend également une autre idée» fenêtre, en assyrien kâv; mais alors, pour le distinguer de porte» il est généralement accompagné du complément phonétique va, à cause du v qui finit kOv, Dans ce ca8« si Toa ne regarde que le fait, le signe rend %s; mais cette attribution n'est qu'apparente, puisque en réalité la lettre signifie fenêtre* On n'a donc pas le droit d'en^)loyer indistincteoBent notre monograname avec la valeur &â. Voilà les réserves que j'ai faites^ et dont» je crois» on me saura gré.
La polyphonie exisAe.
Je s«HB très4iettrenx de trouver dans les chapitres suivants moins d'opposition de la part de M. Renan ; il adopte mes opinions sur l'origine hiéroglyphique et non sémitique de l'écriture cunéiforme. Je suis d'accerd avec lui sur l'extrême précaution qu'il faut apporter dans la détermination des peuples touraniens inventeurs de l'écriture anarienne. Je puis le rassurer sur la valeur des idéogrammes : ce sont les faits les moins déductihleSy mais les plus sûrs, parce que à leur endroit on a les milliers d'indications fournies par les syllabaires, en dehors de celles que donnent les inscriptions et dont nous avons déjà connu un exemple dans le nom de Babylone. J'ai copié h Londres près de deux cents fragments de tablettes, contenant chacune en moyenne soixantedix données de cette espèce : ce serait à peu près douze ou treize mille idéogrammes ayant, en regard, leur explication phonétique; mais parmi ces données, il n'y en a pas une sur vingt qu'on puisse utiliser pour l'explication des textes.
M. Renan s'exagère les difficultés qui existent certainement ; mais en le lisant» on croirait que je suis arrivé à mes résultats tout d'un coup. Il oublie que pour être sâr de la lecture d'un polyphone, il m'a fallu
.^^»»— — »^.^ I I I ■>■»■» 111 H 1» I I I lli n
1 Le complément phoDéUque se retrouve dans les biéroglyj^be^égypliens fit ilaos récriture Japonaise, suivant M. Léon de Rosny. Le principe que j'ai énoncé n'est donc pas aiMfi anormal q«e semble le erebre M. Renan, qnl, seloii nous, s'effraye trop de diffit ovitét <lool M*w sommes la bien imaoenle rictine.
quelquefois allendre deux ans, jusqu'à ce qu'une bonne fortune ait mis entre mes mains une indication qui ne laisse plus de doutes. Il faut le temps , et pour découvrir les choses , et pour se frayer le chemin h la conviction du public. Je remercie M. Renan d'avoir inauguré par ses objections la nouvelle phase dans laquelle va entrer cette étude ; il en aura bien mérité quand il se sera décidé à changer son attitude pyrrhonnienne contre celle de Tinterprète, quand il voudra abprder lui-même Texplication des textes par une étude suivie et indépendante de la mienne. C'est alors qu'il reconnaîtra, à coup sûr, la rigueur de ma méthode et la nécessité d'accepiter, malgré leur incontestable étrangeté, quelques-uns des faits qu'il entoure encore d'un doute que je crois stérile : c'est alors seulement qu'il pourra se prononcer avec autorité sur ce qu'il y a, <( dans ces délicates études, de certain, de probable et d'incertain )>.
M. Renan nous avait promis de soumettre h uno analyse critique notre interprétation des inscriptions. Nous avions donc pu espérer que le savant auteur de VHistoire des langues sémitiquei nous éclairerait sur beaucoup de points qui étaient restés obscurs h nous-même, qu'il réfuterait nos lectures des signes , qu'il contribuerait , en un mot , par sa critique au progrès de la science.
Assurément nous reconnaissons, avec l'admiration qu'ils méritent, les talents hors hgne de M. Renan ; nous faisons la part de la nouveauté surprenante des résultats, comme do la difficulté très-grande que le critique consciencieux a à vaincre ; mais nous ne pouvons supprimer le regret que M. Renan ait trop tenu compte de ses idées préconçues, au lieu d'examiner d'abord la réalité des faits que nous alléguons.
Écoutons M. Renan.
« M. Oppert fait un vœu qui étonne ; il reconnaît que les inscriptions unilingues {dépourvues de traduclions) sont bien plus faciles à in ter-
prêter que les inscriplions Irilingues. » Cette phrase, qui pourrait induire en erreur le lecteur du Journal des Savants^ exprime justement le contraire de ce que j'ai dit page 121 :
« Mais quelque importantes que soient ces traductions des inscriptions perses, nous n'aurions jamais triomphé des difficultés quelles présentent, si nous n'avions appelé à notre secours les documents assyriens et babyloniens proprement dits et éclaircissant des questions restées sans explication par les documents trilingues. Nous devons à notre grande richesse en inscriptions unilingues les indications que nous chercherions en vain dans les documents de Persépolis et de Bisoutoun. »
Et page 256 : <c Nous avons voulu étendre autant que possible la base sur laquelle il faut asseoir l'interprétation des inscriptions babyloniennes et niniyites. On comprend notre préoccupation à cet égard. Dorénavant, il ne s* agit plus d'invoquer le secours d'une traduction ; il faudra marcher seul, sans autre assistance que celle que nous fournissent, ou les textes dans leur ensemble, ou les principes de la philologie comparée. Mais combien nombreux sont les écueils que nous aurons à éviter, et auxquels nous n'échapperons peut-être pas toujours ! ^otre interprétation ne se portera pas sur une seule sorte d'inscription ; nous en verrons qui appartiennent h des ordres d'idées bien différents. Un mot, une syllabe bien compris, peuvent nous mettre sur la voie de la vérité ; mais aussi, en revanche, il faudra bien peu de chose pour nous écarter du droit chemin et nous laisser pendant longtemps dans notre erreur : car les racines d'une langue, et surtout d'un dialecte sémitique, se prêtent k beaucoup d'interprétations, et si l'on ne se défie pas de ses rapides progrès, si Ton n'est pas en garde contre sa propre sagacité, on arrivera à des résultats qui peuvent intéresser un instant par leur nouveauté, mais qui seront renversés par des appréciations moins brillantes peut- (}tre, mais plus solides.»
Voilà comment je trouve plus faciles les inscriptions babyloniennes. Certainement, a on ne peut déchiffrer une ligne des inscriptions trilingues sans le secours des textes de Babylone et de Ninive ». La raison en est bien simple et expliquée dans mon livre. Les inscriptions trilingues montrent, par les traductions à côté, que tel signe veut dire cte/, terre, dieu, porte, père^ mère, frère, etc. Les textes et syllabaires do