MES CHERS CAMARADES
Au mois de mai 1860, Lamoricière avait répondu à la grande voix de Pie IX, et à sa suite, plusieurs Français et Belges étaient accourus à Rome.
Lamoricière! Sans lui nous ne serions peut-être pas ici, Messieurs!
Lamoricière! Ce nom est acquis à l’histoire et résume gloire, honneur et fidélité et le plus pur patriotisme.
Le général me nomma capitaine commandant des Franco-Belges et me chargea d'organiser le corps.
Nous étions quinze! Huit sont tombés sur le champ de bataille, les autres sont présents.
Une semaine après, nous étions à la caserne de la Cimara, lorsqu'un détachement des troupes pontificales passa, clairon en tête. Le général de Pimodan partait en expédition pour aller châtier les bandes garibaldiennes, qui avaient envahi le territoire du côté de Viterbe.
Je courus au ministère des armes et, une demi-heure après, nous suivions la colonne ct nous nous embarquions pour Cività Vecchia.
A Monte Romano, nous fûmes rejoints par quatre guides de Lamoricière.
M. le commandant de Monteuit, ici présent, fut nommé caporal clairon. En sortant de Toscanella, me trouvant près du sergent-major d'Albiousse, aujourd'hui votre colonel, comme nous causions des difficultés que nous allions avoir à surmonter, je lui dis : « La plus grande sera de nous faire accepter et de prendre droit de cité dans ce pays. »
Je lui annonçai qu'un jour nous combattrions en France, avee nn drapeau blanc; j'ajoutai que la dernière de nos étapes serait.
Mes chers camarades, permetlez-moi de ne vous dire qu'une chose, c'est que ma foi dans le régiment est loujours aussi complète, aussi grande en 1885 qu’en 1860!
A Viterbe, le lieutenant Sisson vint nous rejoindre avec trente recrues.
| Les volontaires arrivaient en foule. Ge fut alors que se présenta M. de Becdelièvre, ancien Q capitaine de chasseurs à pied, qui avait les plus brillants états de service. D:
Le général de Lamoricière lui confia le commandement de la petite troupe et fit bien. Elle était composée alors de deux compagnies, dont la première était commandée par le capitaine % ” de Charette et la seconde par le capitaine Guelton.
| Peu après, deux autres compagnies furent créées, ainsi qu'une compagnie de dépôt. Elles ct | furent confiées à des officiers du régiment suisse. 3 | 2e fut grâce au commandant de Becdelièvre que ce petit bataillon de volontaires prit les goûts . at | et l'esprit militaires qui lui ont permis d'offrir au Pape-Roi un dévouement que puisaient dans È é so leur cœur ces fidèles de la légitimité religieuse et politique. 4 of Le 49 juin, nous partions pour Terni, où un camp d'ob- ‘4 servation et d'instruction fut formé sous le commandement à l': du général de Pimodan. 3 di | Vous souvient-il, vous, mes amis, qui étiez à Castelfi- 4 ol | dardo, des paroles que nous adressa le général de Pimodan, : la | au moment où nous passions le Musone et où quelques F | balles de tirailleurs ennemis arrivaient jusqu'à nous”? 4 sl | « Allons, Messieurs, haut les cœurs, et faisons honneur à À ne | notre uniforme! En avant, et vive le Pape! » % | Vous souvient-il du général à la ferme des Crocettes, au 4 | milieu d’une terrible fusillade, blessé déjà, et nous mon- 4 ge trant de la main l'ennemi en eriant encore : € En avant, ct à po | vive Pie IX! » Le pape lui a fait les plus belles funérailles 4 | et le créa duc de Castelfidardo. 1 lui fit la plus belle 4 re | oraison funèbre qu'un soldat, qu'un gentilhomme puisse %$ m | ambitionner! | | Médaille de Castelfidardo Nous demeurâmes trois mois à Terni, nous exerçant à H. | toutes les manœuvres de campagne. 4 | Le 42 septembre, nous levions le camp. Le 17, nous bivouaquions au-dessus de Lorette, et | le 18 nous recevions, à Casteltidardo, le baptême du feu. La veille, le commandant de Becdelièvre nous réunit : « Messieurs, dit-il, demain vous allez D. voir le feu pour la première fois ; afin d'être sûrs de faire honneur à votre uniforme, passez au 4 confessionnal, j'en sors. » “4 | Loin de moi la pensée de prétendre qu'il n'y a que les gens religieux qui savent se battre; 4 mais je soutiens qu'il faut toujours une idée surnaturelle queiconque pour entraîner un homme 3 sur un champ de bataille, et j'avoue franchement que je vais plus gaiement au feu lorsque ma % feuille de route est en règle. ë. Quelques jours avant de quitter Rome, M. de Becdelièvre avait eu l'idée, d'accord avec le M général de Lamoricière, de nous donner l'uniforme de zouave. M. de Monteuit eut l'honneur d'être présenté au pape avec cet uniforme. Il fut accepté avec grande satisfaction par Pie IX. B- J'ai eu le bonheur de le porter un des premiers, 4 L Je ne vous raconterai pas la bataille de Castelfidardo; je rappellerai seulement l'ordre du Ÿ jour du commandant de Becdelièvre : « Nommez-les tous, où ne nommez personne, car tous 4 pe ont fait leur devoir! » 1 M : Une centaine de volontaires n'avaient pu rejoindre le bataillon à Terni; sous les ordres du À co
colonel de Mortillet, de MM. de Saisy et Thomalé, ils firent une pointe sur Ponte Corvo. a
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Quelques zouaves, après la bataille, rejoignirent Ancône; un seul revint à Rome avec armes ct bagages, il s'appelle Rouleau. — C'était un Vendéen!
Le {er janvier 1861, le corps fut réorganisé à six compagnies, et prit le nom de bataillon des zouaves pontificaux.
Au mois de mars il fut porté à huit compagnies. M. Allet fut nommé lieutenant-colonel, et le capitaine de la première compagnie chef de bataillon.
Ce fut avec regret que nous vimes partir notre commandant de Becdelièvre, c'est lui qui nous avait initiés aux détails du service, c'est lui qui nous avait conduits au baptême du feu, et le soldat reçut au cœur une blessure profonde en voyant s'éloigner un tel chef, Plusieurs de ses officiers le suivirent dans sa retraite.
Mgr de Mérode était ministre des armes; c'est à lui que revient l'honneur d'avoir formé l'armée pontificale, Gentilhomme et prètre, il avait compris tout le parti qu'on pouvait tirer du dévouement des catholiques de toutes les nationalités, et que le moment était venu où il fallait opposer la force à la force, malgré l'infériorité numérique, parce que le sang répandu est encore la plus éloquente des protestations.
Un trait de lui ferait mieux comprendre que tout le reste combien il savait défendre ses subordonnés, — Comme on lui reprochait d'avoir donné de l'avancement à un officier dont le nom était un drapeau politique, il répondit « que le drapeau avait été troué à Castelfidardo. »
1 avait autant d'esprit que de cœur, et le tout couronné d'une charité évangélique.
En 1860, à Ponte Corvo; en 1861, à Ponte di Correse; en 1862, à Ceprano, divers engagements avee l'armée italienne forcèrent l'armée française à reprendre les positions que la politique impériale, sous la pression révolutionnaire, avait contraint d'abandonner.
En 1866, le général Kanzler succéda à Mgr de Mérode; c'est lui qui dirigea, d'une manière si remarquable, toutes les opérations de la campagne de 1867; il eut, en 1870, la douloureuse mission de signer la capitulation de Rome. Dans loutes ces situations, très délicates el très difficiles où il s’est trouvé, il a fait preuve d'une grande habileté, cet s'en est toujours tiré à son honneur et au nôlre.
Au premier bruit de la convention de septembre, nn appel fut fait aux catholiques par le comité de Saint-Pierre, auquel je tiens à rendre ici l'hommage qui lui est dû.
Les comités belge, hollandais, anglais, autrichien, ete., nous ont envoyé des secours de toute sorte,
Après le départ de l'armée d'occupation, le 9 décembre 1866, les zouaves furent rappelés à Rome, et le 4er janvier 1867, un régiment de deux bataillons et de deux compagnies du dépôt fut formé; le premier bataillon, sous les ordres du commandant de Lambilly; le deuxième, sous les ordres du commandant de Troussures.
:e fut alors qu'on nous envoya dans les montagnes. faire la guerre aux brigands, ce qui, plus que tout, aguerrit le régiment,
En 1867, le choléra éclate à Albano. Une compagnie, à la tête de laquelle se trouvait M. de Résimont, était de passage; la population fuyait, cent morts dans une nuit! Toute la compagnie et le capitaine en tête, se firent infirmiers, fossoyeurs et gardiens des maisons abandonnées. Vers la fin du mois de septembre de la même année, l'invasion garibaldienne
Médaille de Mentana
nous fit faire cette mémorable campagne de quarante-cinq jours, couronnée par la bataille de Mentana.
Qui de vous a oublié notre rentrée triomphale à Rome, à côté de l'armée française ?
Au mois de janvier 1866, le régiment fut porté à cinq bataillons dont un de dépôt : le 4er, commandé par M. de Troussures; le 2e, par M. de Saisy; le 3, par M. de Lambilly; le #, par M. d'Albiousse; le 5°, par le major Heffner, remplacé plus tard par M. de Nervaux.
Nous restons à Rome jusqu'en 1870, nous assistons au Concile et au départ des troupes de l'armée d'occupation, nous la voyons s'éloigner, nous autres Français, avec cette jalousie que tout homme de cœur comprendra, lorsqu'il y a un combat entre le devoir et l'honneur.
Le 20 septembre, sur l'ordre du pape, nous étions obligés de capituler devant 65,000 Italiens, et Pie IX, à la fenêtre du Vatican, en nous voyant défiler pour la dernière fois, nous donnait sa suprême bénédiction, mais s'évanouissait dans les bras de ses camériers.
Le 95, nous quittions Gività Vecchia après avoir été séparés par nationalité sur l'ordre de M. d'Arnim, ambassadeur de Prusse, qui était venu assister à notre défilé, en face de l'état-major italien.
Le 27, nous débarquions à Toulon; de quatre mille hommes, nous étions réduits à six cents Français. Des pourparlers avaient eu lieu par l'entremise de M. Briot, commandant de l'Orénoque, et M. de Charette, avec le gouvernement de la Défense nationale; et les six cents hommes furent internés à Tarascon, en attendant qu'il leur fût permis de défendre, sans se séparer, le sol envahi par l'étranger.
Enfin, le 8 octobre, ils arrivèrent à Tours, et je recevais du ministre de la guerre par intérim, le général Lefort, mon brevet de commandant des Volontaires de l'Ouest.
Ce titre me fut donné par lui, « car, disait-il, vous ne pouvez conserver en France le nom de zouaves pontificaux. »
Le même jour, M. Dupont me remettait notre beau drapeau du Sacré-Cœur, avec une lettre de la Supérieure de Paray-le-Monial, qui écrivait: « Si vous ne pouvez le donner au général Trochu pour le planter sur les murs de Paris, où à Cathelinean qui vient de faire une proelamation dans laquelle il invoque la sainte Vierge, vous le remettrez au commandant des défenseurs de l'Ouest. »
Cette lettre est datée de huit jours avant notre débarquement à Toulon. Le 11 octobre, au matin, le commandant Le Gonidec, avec deux cents hommes, avait le bonheur de protéger la retraite à Cercoltes, et le nouveau régiment des zouaves pontificaux, appelé « les Volontaires de l'Ouest, » recevait le baptême du feu en France, et obtenait l'autorisation de conserver son uniforme.
Arrivés au Mans le 17 octobre, trois bataillons furent formés sous le commandement : le ter, de M. de Monteuit; le 2%, de M. Le Gonidec; le 8e, de M. de Conëssin. M. d'Albiousse est nommé major, M. de Troussures faisant fonctions de lieutenant-colonel,
Un escadron d'éclaireurs, commandé par M. du Tilleul, et une batterie de montagne, sous les ordres de M. de Falaiseau, complètent l'organisation.
Le major Vincenti était chargé des ambulances; el trois anmôniers, qui nous avaient suivis de Rome, restaient attachés à chacun des trois bataillons : Mgr Daniel, que nous avons eu la douleur de perdre depuis; le R. P. de Gerlache et le R. P. Doussot. MM. les abbés Martin, Le Gal, Peigné et d’autres aumôniers auxiliaires furent adjoints; l'un d'eux, M. l'abbé Fouqueray, trouva la mort à Yvré-l'Évèque.
Le 9 novembre, nous partions avec la brigade Ficrrech, pour nous rendre à CGhâteaudun, et à la formation du 17% corps, nous passions sous les ordres du général de Sonis qui m'écrivait cette lettre admirable : « Tout doit être commun entre nous, joies, douleurs, sacrifices. »
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