DISCOURS DE M. LE CAPITAINE FPANÇOIS DE MAISTRE
Bien qu'un des plus humbles parmi vous, je crois être le plus ancien. Aussi vous prierai-je de me permettre, à cause de mon grand âge, de lire mon toast à l'armée pontificale, à sa gloire impérissable :
J'ai eu l'honneur de faire partie de cette poignée de braves gens depuis la prise de Pérouse, en juin 4859, jusqu'au 20 septembre 1870, de néfaste mémoire.
La gloire des chefs rejaillit sur les soldats, Y a-t-il quelqu'un parmi vous qui ne soit fier de dire : J'étais soldat de Lamoricière, de Pimodan, zouave de Charette ?
La légende de gloire du régiment de zouaves commence à Castelfidardo, c'est là que Charette tombait avec un grand nombre des siens au cri de Vive Pie IX! et de ce sang généreux surgissait le beau régiment dont l'histoire maintenant est unie à celle de l'Église.
Pendant que Lamoricière serrait tristement la main de Pimodan blessé à mort, on voyait à quelque distance, dans ia plaine balayée par les boulets, un homme à cheval, immobile. Lamoricière l'indiquait aux malheureux débandés, et comme les faibles se serrent autour des forts, les petits auprès des grands, les groupes se reformaient derrière un pli de terrain dominé par la grande figure impassible. Ce cavalier triste et calme, sans peur et sans reproche, vous le reconuaissez, tous vous l'avez aimé, c'était Allet; il a été votre colonel, mon général, on l'a appelé le papa des zouaves. Cependant le lendemain de cette cruelle journée, tout était vie et mouvement à Ancône, La ville était gouvernée par un grand cœur, Quatrebarbes, la citadelle défendue par un illustre soldat, Lamoricière,
Dans le camp . tranché, aux avant-postes, le bataillon de Saint-Patrik, qu'il était plus facile
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de conduire au feu que de vêtir à l'ordonnance, rééditait avec plus de générosité et de vérité, la légende des volontaires en sabots de 93. Vous vous souvenez peut-être, monsieur, de ce détail, Ces braves gens avaient facilement adopté la guêtre blanche, mais bon nombre d'entre eux refusaient absolument la chaussure. Avec cela bravant les obus, se grisant de la fusillade et du bruit du canon, ne demandant qu'à mourir pour le Saint-Père. À côté d'eux le bataillon de bersagliers autrichiens rivalisait de zèle pour le service de la place.
Parlerai-je de l'artillerie? Les zouaves se souviennent de Dodier à Castelfidardo. Nous ne pouvons oublier Capuccini horriblement mutilé par un obus à Ancône, ayant perdu un bras et une jambe, et refusant de se laisser transporter à l'ambulance avant d'avoir commandé encore une fois le feu sur la frégate piémontaise. Weismenthal aussi refusait d'évacuer sa batterie en ruine et combattit à découvert la formidable artillerie de la flotte, jusqu'à ce qu'enfin un obus éclatant dans la poudrière mît fin à ce combat héroïque, ensevelissant sous les décombres le lieutenant et ses 50 artilleurs.
J'aime à me rappeler que je portais l'uniforme des carabiniers quand j'eus l'honneur d'être nommé officier d'ordonnance du général de Lamoricière, Vous avez vu à l'œuvre ces vrais soldats, mon général, dans les moments critiques qui précédèrent Mentana, Vous ne pouvez oublier ces deux semaines marquées du sang des du Fournel, de Quélen...
Le brave Mayer s'empara un soir des Monti Parioli occupés par Gairoli et 300 garibaldiens ; le revolver d'une main, le sabre de l'autre, à la tête de 80 hommes de sa compagnie, il tomba frappé de trois balles et de deux coups de baïonnette; il pouvait tomber alors, Cairoli était tué et l'ennemi en déroule.
N'oublions pas de donner un souvenir à nos camarades de la Légion romaine. Ils quittaient généreusement une glorieuse armée pour entrer dans nos rangs, destinés à succomber sous l'effort d’une politique révolutionnaire et impie.
Et ceci me rappelle un mot de cet admirable jeune homme que nous avons tous aimé, Bernard de Quatrebarbes, lieutenant d'artillerie, I était à l'hôpital de Monte Rotondo grièvement blessé. « Je ne sais, me dit-il, si je guérirai, mais il vaut mieux mourir pour le Pape maintenant que de voir plus tard le triomphe de ses ennemis et notre dispersion. » Eh bien, chers camarades, en même temps que les hommes donnaient à notre armée le baptême de feu, Dieu faisait descendre sur nous le feu vivifiant de l'amour du beau, du bon, du juste. C'est le signe caractéristique de notre armée,
Nous ne pouvons plus faire de nos corps un rempart à la personne sacrée du Souverain-Pontife, mais nous le défendrons encore par notre obéissance, par notre amour. 11 est toujours notre souverain et dispose de la partie la plus noble, la plus indépendante de notre être, il dispose de notre âme, et quand il parle nous nous inelinons.
Nous défendrons nos religieux qui travaillent et enseignent, nos religieuses qui soignent nos malades, nos prètres qui prient.
Nous défendrons nos enfants, avec l'espoir qu'ils feront avec plus de succès pour le droit et la justice ce que nous avons fait nous-mêmes.
L'armée pontificale aura fait souche d’honnètes gens, et voilà pourquoi, Messieurs, notre gloire est impérissable,
A l'armée pontificale !
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